Doucet et Alfred Garth-Jones

Jérôme Doucet a toujours choisi avec soin ses illustrateurs, avec quelques artistes de prédilection, des amis avec lesquels il a collaboré de longues années ; et d’autres avec lesquels la collaboration a été plus éphémère, voire très ponctuelle.

La collaboration avec Alfred Garth-Jones est plutôt à ranger dans la seconde catégorie ; en effet elle ne concerne qu’une série de treize contes, qui seront publiés en deux recueils, en 1899 puis en 1900.

Ces treize contes présentent une grande unité ; ce ne sont pas du tout des contes pour enfant, les thématiques sont globalement semblables, et tournent autour de la perte, de l’impossible recherche de ce qui n’est plus ; ce ne sont pas des histoires gaies – on est bien dans la tonalité « fin-de-siècle ».

Alfred Jones, qui se fait appeler Garth-Jones pour se différentier des nombreux homonymes, est un illustrateur Anglais, né en 1872 ; il a donc 26 ans quand Doucet le sollicite. Ce sera son unique travail en France ; France qu’il connaît bien pourtant puisqu’il a étudié à l’Académie Julian, avec Jean-Paul Laurens.

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Contes de Haute-Lisse – frontispice

Jérôme Doucet a de nombreux liens avec le milieu artistique – lors de l’exposition Internationale de Rouen, en 1896, il rédige la partie Arts de la Revue de l’exposition ; il est gérant de l’Hôtel du Dauphin et de l’Espagne, où Murer, son futur beau-frère, organise ses propres expositions des Impressionnistes. Peut-être est-ce à cette occasion qu’il rencontre Garth-Jones. Cette collaboration sera la première importante production de Garth-Jones, ce qui poussera The Studio à indiquer qu’il est plus connu en France que dans son propre pays. Son style est également typique de son époque, et évoque les préraphaélites, Arts and Crafts et les réalisations de Lucien Pissarro avec Eragny Press.

Les contes sont destinés à être publiés dans la Revue Illustrée, dont Jérôme Doucet est le secrétaire de la Rédaction ; ils sont annoncés fin 1898, pour parution en 1899, « illustrés en couleurs ». Mais leur parution sera différée, et finalement ils paraitront d’abord en volumes.

Les treize contes sont les suivants :

Contes de Haute-Lisse  – publiés en 1899 :

  • le sommeil – 15 avril 1902
  • le ramier – 1er septembre 1901
  • le serment – 15 janvier 1902
  • le missel 15 juillet 1901
  • la main – 1er juin 1902
  • la cicatrice – 15 octobre 1901

Contes de la Fileuse – publiés en 1901 :

  • la clepsydre – 1er juillet 1903
  • le calvaire – 1er avril 1904
  • le cerisier – 1er janvier 1904
  • le cavalier – 15 juillet 1904
  • la tulipe noire – 15 février 1903
  • le cœur – 1er novembre 1904
  • les jumeaux – 1er décembre 1899

L’ordre indiqué est celui des recueils initiaux ; les dates indiquées sont les dates de parution dans la Revue Illustrée. Comme on le voit, la publication s’est étalée sur quatre années ; un seul conte a été publié dans la Revue avant sa parution en recueil ; et ironiquement le conte publié en premier est le dernier de la liste…

A noter un emploi de certaines illustrations de Garth-Jones pour un autre conte de Doucet : le 15 décembre 1902, la Revue Illustrée publie « la mort de Pierrot« , illustré de 8 grandes compositions d’André Cahard, et (mais ce n’est pas indiqué) de plusieurs vignettes d’Alfred Garth-Jones destinées à illustrer le Cavalier et la tulipe noire.

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Contes de Haute-Lisse – couverture

 

Contes de Haute-Lisse, Bernoux et Cumin

Le premier recueil, titré « Contes de Haute-Lisse« , est publié par MM. Bernoux et Cumin, imprimé par l’imprimerie de Vaugirard, l’achevé d’imprimer étant daté du 16 décembre 1899. Il s’agit d’un grand in-4° (26cmx33cm), non paginé, sous couverture rempliée verte. Le tirage est de 600 exemplaires : 20 exemplaires sur japon avec un dessin, 300 francs ; 80 exemplaires sur japon avec une suite sur chine, 200 francs ; 500 exemplaires sur vélin du Marais vendus 40 francs.

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bulletin de souscription – Origine : Gallica

Le livre porte la dédicace suivante :

à ma chère femme
         auprès de qui la vie
           est le plus beau des contes
            cet ouvrage est
              dédié

Alfred Garth-Jones a conçu l’illustration et les ornements du livre : couverture, encadrements des titres, dédicace, justification, table. L’ouvrage comporte un frontispice monumental, et chaque conte est composé de la façon suivante :

  • une page de titre spécifique,
  • 8 pages encadrées et illustrées par une vignette à demi-page
  • un cul-de-lampe.

L’encadrement, composé de savants entrelacs tous différents, est d’un type spécifique à chaque conte. Les illustrations sont tirées en noir et mises en couleurs, d’une couleur différente pour chaque conte ; sur les quatre premiers contes le fond de l’encadrement et de la page de texte est teinté en beige.

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le Sommeil – première page

A noter que la reproduction dans la Revue Illustrée est fidèle à l’édition en recueil – mêmes format, dispositions, couleurs, papier.

Contes de la Fileuse, Tallandier

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Contes de la Fileuse – couverture

Les sept autres contes sont édités l’année suivante, par Tallandier, sous le titre des Contes de la Fileuse,  la fileuse étant bien sûr l’araignée, fileuse du destin – qui domine ces contes.

Le format est ici celui d’un petit in-4° (19cm x 24,5 cm) de 112 pages ; le tirage comporte un exemplaire unique, puis 25 exemplaires sur japon, 25 exemplaires sur chine, et enfin 500 exemplaires sur vélin du Marais, vendus 40 francs. Il est imprimé par Draeger, les encres étant fournies par Lorieux ; l’achevé d’imprimer est daté du 31 octobre 1900. A noter un tirage spécial : 20 exemplaires pour la Société des XX. Apparemment deux exemplaires ont été réservés à Jérôme Doucet.

Comme pour le premier recueil, chaque conte est précédé de sa propre page de titre ; les illustrations sont également tirées en couleur, avec une différence toutefois : les vignettes sont en noir et les encadrements, tous différents, sont tirés en couleur ; les  couleurs sont  spécifiques à chaque conte.  Contrairement au premier recueil, la longueur des contes varie, de 12 à 16 pages. Avec une illustration par page imprimée, plus les pages de titre et le frontispice, le recueil comporte 105 illustrations, y compris  les culs-de-lampe.

Le livre porte la dédicace suivante :

à Ludovic Baschet
en témoignage des Leçons d’Art
qu’il nous a données

Ludovic Baschet est le propriétaire de la Revue Illustrée dont Jérôme Doucet est le Secrétaire de la Rédaction.

Lors de la parution de ces contes dans la Revue Illustrée la mise en page initiale n’est pas respectée ; l’ordre des illustrations est ainsi changé, les couleurs sont différentes.

Ces deux recueils, et la parution dans la Revue Illustrée, eurent sans doute un certain succès ; en tout cas des rééditions ont eu lieu.

Tales of the Spinner, Russell

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Tales of the Spinner – cartonnage à dos de vélin

La première d’entre elles est une traduction en anglais, effectuée par T.O. Guen, publiée en 1902 par Russell à New York.

Cette édition reproduit assez fidèlement l’édition Tallandier, avec quelques particularités ; la plus visible étant que le livre est proposé dans un cartonnage éditeur, avec dos de vélin, avec une grande composition de Garth-Jones sur le premier plat ; l’ornementation générale est ainsi légèrement modifiée (pages liminaires, dédicace, titre et justification). De même les couleurs des encadrements diffèrent-elles de l’édition Tallandier ; sans doute à cause de la traduction, certains culs-de-lampe sont omis : au total le livre comporte 3 illustrations de moins que l’édition française.

La dédicace est également différente : « To my mother« , Est-ce Doucet qui a fait ce changement ?

La justification indique 500 exemplaires sur vélin ; aucun exemplaire de tête n’est mentionné.

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Tales of the Spinner – frontispice et page de titre

Contes de Haute-Lisse et de la Fileuse, Joanin

EN 1903 l’éditeur Joanin donne une édition populaire, au format in-12 de 231 pages, qui regroupe les treize contes, dans un ordre nouveau : les deux recueils initiaux sont clairement séparés mais dans chaque groupe l’ordre d’origine est légèrement modifié. Le livre est imprimé à Fontenay-aux-Roses, par L. Bellenand, l’achevé d’imprimer est daté du 10 novembre 1903. Le livre est vendu 3Fr50. Aucune justification de tirage n’est indiquée ; il a pu exister des exemplaires de tête en nombre restreint. De même, aucune dédicace.

L’éditeur indique cent une illustrations de Garth-Jones ; les encadrements ne sont pas reproduits. Chaque bonne page porte une illustration, du même ton que le texte, un bistre assez foncé.

Le baiser rouge, Ambert

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La date d’édition n’est pas indiquée, mais est à situer début 1912 (le livre est annoncé dans le Temps du 4 avril 1912 ; une critique de ce livre paraît dans la revue la Belgique Artistique et Littéraire au même moment : une nouvelle édition est donnée par « L’édition Moderne – Librairie Ambert« ). C’est le numéro 17 de la collection ; le prix indiqué sur cette collection populaire est de 95 centimes. C’est un in-8 de 123 pages, qui ne comporte pas de dédicace ni de justification, mais possède un tirage de tête comme on le verra plus loin.

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Cette édition reprend les treize contes, en supprimant la distinction entre les deux recueils initiaux : les contes des deux recueils sont intercalés. Le premier conte, la Cicatrice, est renommé Le Baiser rouge, et donne son nom à l’ouvrage. Les illustrations, toujours sans les encadrements, sont disposées au gré des pages, et sont donc largement redimensionnées.

Contes de Haute-Lisse et de la Fileuse, Ambert

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tirage de tête – couverture – à noter le médaillon repris de l’édition courante, collé sur la couverture

Il existe en effet un tirage identique au livre précédent avec toutefois quelques particularités remarquables :

  • le titre général est « Contes de Haute-Lisse et de la Fileuse« , mais le premier conte garde son nouveau titre « le Baiser rouge« .
  • quelques coquilles sont corrigées,
  • le tirage est limité à 50 exemplaires hors commerce sur japon

Il s’agit sans doute du tirage de tête du livre précédent ; un tirage conséquent pour une édition populaire. Jérôme Doucet s’est certainement destiné cette édition ; on trouve en effet des exemplaires dédicacés à ses amis, jusqu’en 1945.

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contes de Haute-Lisse et de la Fileuse – Ambert – tirage de tête – frontispice. A comparer avec le frontispice des Contes de Haute-Lisse.
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3 réflexions sur “Doucet et Alfred Garth-Jones

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