les maîtres anciens

En 1905, Doucet a publié, chez Juven, un recueil de notices artistiques : les peintres français. Ce livre a un un succès certain ; au point que quelques années plus tard, un second volet est publié : les maîtres anciens.

doucet_maitres_anciens

Ce livre est toujours publié par Juven – cette fois-ci il regroupe des notices sur les artistes suivants :

  • Giotto, les Della Robbia, Memling, Dürer, Holbein, Rubens, Velasquez, Rembrandt, Murillo.

On voit que le propos est différent ;  s’il manque des grands noms (Vinci, Michel-Ange, Goya…) les artistes retenus sont et demeurent des maîtres incontestés.

Comme pour le premier volet, le texte est très didactique ; une part importante est laissée à la partie biographique et anecdotique ; chaque artiste est replacé dans une chronologie de l’art assez scolaire.

maitres_anciens

Le livre se présente sous le même format ; un in-8° de 19 cm x 28 cm, de 319 pages, sous cartonnage de l’éditeur ; il est illustré de nombreuses reproductions photographiques en noir, et imprimé par Paul Dupont, à Paris, en septembre 1911. Le livre est publié pour les étrennes ; il se vend 6 francs. L’adresse de l’éditeur a changé : 13, rue de l’Odéon.

Contrairement au premier volet, il comporte une dédicace :

à la princesse Smaranda Mourousy
en souvenir de nos visites du Louvre
en témoignage de respectueuse amitié.

La princesse Smaranda Cantacuzino (née en 1848, décédée en 1925) est l’épouse du prince roumain Dimitrie Mourousy, général, né en 1847, mort en 1916 ; c’est la grand-mère d’Alexandre Rossetti, à qui Doucet dédicacera un autre ouvrage, en 1921 : la légende des mois.

Le livre paraît en fin d’année 1911, pour les étrennes ; et des compte-rendus (fournis par l’éditeur) lui sont consacrés dans la Presse, tels que celui-ci :

  • la Liberté, 20 décembre 1911 :

l’éclatante faveur qu’ont rencontrée les Peintres français a amené Jérôme Doucet à présenter les Maîtres anciens et leurs principaux chefs-d’oeuvre. Ceux-ci, reproduits photographiquement, sont accompagnés de monographies anecdotiques et très documentées. (1 vol, 6 fr). Et voilà un ouvrage qui instruira les enfants et les jeunes gens et que les lecteurs d’âge mûr feuilletteront, eux aussi, avec le plus grand plaisir.

Ces deux livres se sont effectivement très bien vendus ; ils ont été proposés dans plusieurs cartonnages différents, et sont aujourd’hui encore très courants – leur valeur est donc tout à fait minime.

Extraits.

Voici quelques extraits ; en général, le dernier paragraphe de chaque notice – avec une reproduction de tableau, issue de Wikipédia, correspondant dans la mesure du possible aux illustrations retenues par Doucet.

giotto_dante_1

  • Giotto

Que l’on compare au Maître de 1200, par exemple, cet artiste singulier dont le nom a causé bien des combats artistiques, Cézanne, et l’on sera surpris puis aussitôt l’on comprendra comment il y a tant d’analogies entre des œuvres si distantes en apparence.
Des âmes neuves, mais hautes, des natures artistes, mais frustes, en face du même modèle, qui jamais ne change : la vie, avec leurs seules ressources devaient forcément, par des moyens semblables, arriver à une expression fort analogue, où la sincérité domine parfois jusqu’à la naïveté.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

  • les Della Robbia

Rêveur puissant, Andréa concentra toute sa pensée dans la composition de son bas-relief; pieux, sincère, détaché des choses d’alentour, il a si conserver à son ciseau un style sacré, qui est plus qu’une personnalité et atteint l’originalité sublime. de la sorte avec sa vision personnelle constamment aiguisée, il a pu rénover des scènes trop souvent traduites, comme la Crucifixion, où tous les personnages ont isolément une expression particulière d’une douleur spéciale, dans la poignante tristesse de l’ensemble.

Hans_Memling_chasse_sainte_ursule

  • Memling

La châsse de Sainte Ursule est la pièce capitale, terminée en 1489 ; qu’il nous soit permis de noter comment elle est restée à Bruges conservée pieusement par les Ursulines. Elle faillit, en effet, venir en France au moment des guerres de la République. Les commissaires français à qui on avait donné ordre de réclamer « la châsse » pour les musées français vinrent la demander aux religieuses. Elles répondirent naïvement qu’il n’y avait aucun sujet de chasse, au pieux hôpital, et de la sorte le trésor ne vint pas à Paris.
Les autres œuvres de Memling ont disparu, ou peut-être ce peintre méticuleux et peu besogneux ne fit-il que peu de choses, apportant à chacune de longs soins et de multiples heures de travail.

Dürer_-_Alte_Pinakothek

  • Dürer

Peintre puissant, dessinateur d’abord et dessinateur merveilleux, il nous montre de l’art décoratif tant pas les dessins d’orfèvrerie, d’ex-libris, de fresques qu’il composa, que par l’arrangement prestigieux de  ses toiles et des paysages où vivaient ses portraits.
Il est doué d’une imagination exubérante, d’une invention jamais prise au dépourvu et toujours pittoresque ; il est aimable ou cruel, mystique ou positif selon les sujets ; il peint une figure admirablement douée de la Madone, un masque hideux de la Mort, ou la tête vivante et fripée d’un vieillard et toujours, partout, on retrouve la vie, on reconnaît sa patte. C’est la variété infinie dans une exécution homogène, personnelle, unique.

Hans_Holbein_le_jeune-_The_Ambassadors_-_Google_Art_Project

  • Holbein

Même si on enlève au catalogue des pièces de Holbein ce qui est douteux ou n’est même pas absolument sûr, il reste encore de quoi montrer que ce fut un être admirable. Portraitiste de premier ordre, décorateur d’une ingéniosité charmante, graveur émérite, illustrateur superbe, philosophe, penseur, humoriste, Holbein a fait faire à son art, à l’art en général, un pas énorme en Angleterre comme dans son pays.

Rubens_Christ_et_la_pecheresse

  • Rubens

La place de Rubens est […] considérable, telle qu’il résume à lui seul toute la peinture anversoise de son époque et qu’il semble presque que Van Dyck soit d’un autre temps, parce que le génial portraitiste est le seul qui puisse résister et rester auprès du peintre de Marie de Médicis.

Velazquez-les_fileuses

  • Vélasquez

Il fit usage dans ses œuvres d’une manière de peindre abrégée, abreciada, comme il dit ; il peignait d’un premier jet des ébauches admirables, à peine couvertes.
Ces peintures sont merveilleuses : à peine indiquées de près, elles sont si justes d’effet, si synthétisées, qu’en s’éloignant, comme dans un brouillard, les choses apparaissent et se dessinent, se précisent.
Le fameux tableau dit des Fileuses appartient à cette série de merveilles ; il est très important et complet, et date vraisemblablement de 1654 ou 1655.

rembrandt_la ronde de nuit_Rijksmuseum

  • Rembrandt

De l’éclairage conventionnel, un peu enfantin du Changeur, à l’incomparable lumière de la Ronde de nuit, composition surprenante d’une magistrale exécution, il y a un monde, mais ceci encore est à la gloire de Rembrandt qui dut de son début à son apogée, on peut dire même jusqu’à la mort, suivre toujours une voie ascendante, à pic semble-t-il, et passer du curieux et de l’intéressant au sublime, au génial.

murillo_assomption_vierge

  • Murillo

C’était une belle âme d’artiste, richement douée, dans un corps d’honnête homme.C’est donc un exemple, en tous points, pour les artistes de tous les temps.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s