Doucet et l’éditeur François Ferroud.

Jérôme Doucet et François Ferroud, le neveu d’André Ferroud, sont amis – peut-être cette amitié date-t-elle de la première collaboration entre les deux, à l’occasion de la publication d’un recueil de contes, les 3 légendes, d’or, d’argent et de cuivre, recueil qui occupe Jérôme Doucet pendant plusieurs années, depuis 1895 (première mention) jusqu’en 1922 (dernière publication d’un conte de ce recueil). Même s’il Ferroud a publié assez peu d’ouvrages de Doucet, ils n’en ont pas moins travaillé plusieurs années ensemble, sur diverses productions.

Concrètement, cette collaboration se traduit par les publications suivantes :

3 légendes, d’or, d’argent et de cuivre.

En 1901, l’éditeur Ferroud (librairie des Amateurs) publie les 3 légendes, d’or, d’argent et de cuivre, illustré par Georges Rochegrosse. 

 

 

Il s’agit d’un in-8°, de (8) 121 (3) pages, illustré de 33 compositions de Rochegrosse, gravées en taille-douce et tirées en noir. Le tirage est de 350 exemplaires.

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Pour plus de détail sur cette édition, voir cet article détaillé, qui reprend également les impressions dans la Revue Illustrée, et l’édition de 1922.

Pétrone et Anacréon.

Il s’agit de deux ouvrages, publiés à une année d’intevalle, formant une paire :

  • en 1902, Pétrone, illustré par Louis-Edouard Fournier.

 

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C’est un petit in-4°, qui contient la traduction, par Doucet, de sept fragments attribués à Pétrone, et illustrés de 8 compositions gravées à l’eau-forte par Xavier Lesueur.

  • en 1903, Anacréon, illustré par Louis-Edouard Fournier.

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C’est un petit in-4°, qui contient la traduction, par Doucet, de sept fragments attribués à Anacréon, et illustrés de 8 compositions gravées à l’eau-forte par Edmond Pennequin.

Ces 2 ouvrages, qui forment pendant, sont étudiés en détail dans cet article.

les trois comédies de l’amour.

Ces livres, forment un ensemble. Ferroud a souvent publié des paires de livres ; ici, c’est , cas nettement plus rare, un groupe de trois livres, sur le même thème.

Les textes réunis sont l’Amour médecin, de Molière, le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, et On ne badine pas avec l’amour, de Musset. Les trois livres ont des caractéristiques communes ; seul diffère l’illustrateur – les illustrations sont gravées à l’eau-forte par Edmond Pennequin.

Il s’agit de volumes de format in-folio, avec cahiers numérotés, de dimensions 18cm x 26 cm ; la couverture porte la mention « PARIS / édition Ferroud / 1905 » ; la page de titre indique « PARIS / librairie des amateurs / A. Ferroud – F. Ferroud, successeur / 127, boulevard Saint-Germain, 127 / 1905 ». Le livre est imprimé par Ch. Hérissey d’Evreux ; les eaux-fortes sont tirées par Ch. Wittmann.

Un avant-propos, inséré dans l’Amour médecin, signé de Jérôme Doucet, explique le choix des trois pièces, et des illustrateurs ; Doucet s’y présente comme l’éditeur, et pas simplement le préfacier, de cette édition. Le texte de cet avant-propos est donné en annexe.

Le livre est annoncé pour fin octobre 1905 ; les trois livres sont livrés sous emboîtage commun et le tirage est de 225 exemplaires :

  • 25 exemplaires sur papier du Japon, à la forme, contenant un dessin (aquarelle pour Musset) original inédit et un triple état des eaux-fortes : eau-forte pure, eau-forte terminée avant la lettre, eau-forte avec la teinte, 150 francs ;
  • 50 exemplaires sur papier impérial du Japon avec double état des eaux-fortes, 50 francs ;
  • 150 exemplaires sur papier du Marais à la forme fabriqué spécialement, contenant un état des eaux-fortes, 35 francs ;
  • plus 30 suites des eaux-fortes avant la lettre, sur Japon.

A ces 225 exemplaires, il faut rajouter 5 exemplaires hors commerce, sur vélin, réimposés au format in-4°, avec une suite des figures sur vieux japon.

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catalogue de la bibliothèque Lucien Gougy.

Chaque livre est illustré de 8 compositions :

  • une vignette sur la couverture,
  • une vignette sur la page de titre,
  • une grande composition à mi-page au début de chacun des trois actes,
  • un cul-de-lampe à la fin de chaque acte.

La vignette de la couverture est toujours en noir ; les autres illustrations sont tirées en noir ou en sanguine et « mises en couleur ».

  • l’amour médecin, illustré par L.Ed Fournier

Le premier des trois livres est illustré par Louis-Edouard Fournier (1857-1917). Avec Pennequin, ils avaient déjà illustré Anacréon, deux années plus tôt ; pour le Pétrone, le graveur était Louis Lesueur.

 

 

L’Amour médecin, couverture et page de titre.

Le livre comporte 62 pages numérotées ; l’achevé d’imprimer est daté du 21 janvier 1905. Il comporte l’avant-propos, sur III pages, qui est tout de même compris dans la numérotation ; cet avant-propos est daté de juin 1905, dont bien après l’impression du livre lui-même – mais il est cohérent avec l’impression du troisième livre.

 

 

Les illustrations sont tirées en noir et mises en « couleur » – un vert pâle.

 

  • on ne badine pas avec l’amour, illustré par Adrien Moreau.

Le second livre est illustré par Adrien Moreau (1843-1906). Les illustrations, gravées à partir des aquarelles de Moreau, sont tirées en noir et mises en couleurs à la poupée.

 

 

Le livre comporte 95 pages ; l’achevé d’imprimer est daté du 3 avril 1905.

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  • le jeu de l’amour et du hasard, illustré par Maurice Leloir.

le troisième livre est illustré par l’ami de Doucet, Maurice Leloir ; Les illustrations sont tirées en sanguine et mises en couleur – un bleu pâle.

 

 

Le livre compte 104 pages ; l’achevé d’imprimer est daté du 5 juin 1905.

 

 

A noter une curiosité ; il existe au moins deux couvertures différentes, l’une mentionnant « Edition Ferroud », l’autre, de façon plus classique « PARIS / librairie des amateurs / A. Ferroud – F. Ferroud, successeur / 127, boulevard Saint-Germain, 127 / 1905 ».

 

Narkiss, de Jean Lorrain

Jean Lorrain est mort en 1906 ; ses amis, parmi lesquels Georges Normandy et Jérôme Doucet, ont le projet d’ériger un monument dans sa ville natale, Fécamp. Pour financer ce projet, il est décidé d’éditer un des contes si fameux de Jean Lorrain, dans une édition de luxe – telle qu’il en aurait rêvé, ainsi que nous le dit Doucet dans la préface.

Ce projet est porté par une structure spécifique, « les éditions du Monument » – ce livre n’est donc pas tout à fait une production des éditions Ferroud – mais à y regarder de plus près François Ferroud a certainement participé à cette édition.

 

 

Le livre est de format (environ) 16 cm x 24 cm ; il comporte 78 pages. Il est illustré par O.D.V Guillonnet, qui a fourni le dessin de la couverture, le frontispice et trois hors-texte, plus dix vignettes in-texte (dont une sur la page de titre). Les illustrations sont gravées par Xavier Lesueur, et tirées en vert, réhaussées d’or ; les in-texte sont collés sur les pages (comme l’avait déjà fait Doucet dans certains livres des éditions le Livre et l’Estampe).

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La mise en page est particulièrement soignée, le texte étant inscrit dans une stèle funéraire, avec l’astre solaire, et un symbole égyptien varié, en bas de chaque page. Ces décorations sont dorées.

 

 

frontispice et un hors-texte. Images : librairie le Feu Follet.

Le livre est imprimé par la Semeuse, à Paris ; l’achevé d’imprimer est daté de janvier 1908. Le livre est tiré à 300 exemplaires :

  • 25 exemplaires sur Japon Shidzuoka avec III états des figues (décomposition des 2 couleurs : vert et bistre).
  • 50 exemplaires sur Japon avec II états, pour F. Ferroud, éditeur.
  • 225 exemplaires sur vélin à la cuve des papeteries d’Arches, avec un seul état.

Guillonnet, Lesueur, 50 exemplaires réservés pour Ferroud… on peut penser qu’une collaboration entre Doucet et Ferroud pour cette maison d’édition créée de toutes pièces est au moins probable.

En annexe on trouvera la préface de Jérôme Doucet.

Ce livre a été reproduit en fac-simile par les éditions QuestionDeGenre (bibliothèque GayKitchCamp), au prix de 14 euros ; la réédition est « presque » fidèle : le format est légèrement réduit (15 cm x 21 cm) ; les encadrements des textes sont tirés en noir ; mais ça reste un moyen peu onéreux de se procurer ce livre recherché.

 

 

Annexe : Avant-propos aux trois comédies de l’amour.

 

L’Amour médecin, le Jeu de l’Amour et du Hasard, On ne badine pas avec l’Amour… que de choses, en apparence, les séparent et les éloignent ces trois œuvres dramatiques ; la date, le scénario, le style même, et cependant, en réalité, que de points communs les rapprochent : l’éternel à-propos du sujet, qui ne peut dater étant de tous les temps, l’intrigue facile, connue, mais toujours intéressante, toujours neuve, la forme enfin digne, en toutes trois, de l’immortel génie de leurs trois écrivains.

Que de raisons encore les groupent, les unissent, les classent en un indissoluble trio ; ne serait-ce d’abord que la magie de ce mot : Amour, le maître irrésistible de toutes les unions, dont le nom éternel se retrouve dans les trois titres, ne fut-ce que la coupe analogue en trois actes, pour les trois pièces, ne fut-ce même que cette petite remarque de symétrie mesquine en apparence : la même capitale, magistrale, l’M est l’initiale commune aux trois noms, des trois Maîtres : Molière, Marivaux, Musset.

Ne sont-elles pas également trois expressions typiques de leur époque, de leur milieu : Molière détrônant le théâtre italien en le battant avec ses propres armes, Marivaux créant cet ancêtre du flirt, le marivaudage auquel il donna le baptême de son nom, Musset, avec son âme romantique, ne pouvant concevoir l’amour sans la mort.

Ces trois comédies eussent chacune suffi à éterniser leur auteur.

C’est pourquoi il était logique, juste, indispensable de les grouper définitivement ces trois comédies de l’amour, de les assembler, purs joyaux, appareillés, dans un même écrin, à jamais.

C’est pourquoi elles paraissent aujourd’hui, illustrées chacune par un peintre différent, Louis Edouard Fournier, Maurice Leloir, Adrien Moreau ; chaque artiste ayant été choisi pour représenter le siècle qui lui est le plus familier, dont il a donné déjà de brillantes interprétations.

Et ces illustrations traitées selon la manière spéciale de chaque siècle, celles du Molière à la façon des dessins de Terburg, celle de Maurice Leloir évoquant les meilleurs Watteau, celles d’Adrien Moreau faisant penser aux aquarelles si recherchées d’Eugène Lamy, ont été gravées à l’eau-forte et au burin en fac-similé absolu des originaux.

Car E. Pennequin a su, héritier des secrets et de l’habileté de son maître Alphonse Leroy, interpréter entièrement avec son art, à l’eau-forte, sans aucun secours mécanique, aussi bien les coups de crayon si libres et si légers de Maurice Leloir que les touches si fraîches et si coquettes des aquarelles d’Adrien Moreau.

Et pour compléter, Wittmann a brillamment tiré les eaux-fortes dans la belle typographie d’Hérissey.

Ces trois comédies de l’Amour, ces trois chefs-d’oeuvre, de Molière, de Marivaux, de Musset ne sont-ils point ainsi, Messieurs les bibliophiles, bien faits pour vous tenter, pour vous plaire.

Souriez, si vous voulez, à notre paternelle tendresse, reprenez même, à notre adresse, en l’une de ces trois comédies, le mot de Molière : « Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse ! « ……

Oui nous sommes orfèvre, nous en convenons, mais reconnaissez avec nous que ce bijou, ces trois bijoux qu’on vous offre sont d’or pur, de dessin précieux, de ciselure exquise d’un prix bien doux pour leur valeur, et dignes en tous points de vos somptueuses vitrines.

Jérôme DOUCET.

Juin 1905.

 

Annexe : préface de Narkiss.

 

– « Jérôme, mon bon ami, quand ferons-nous le volume de luxe ? » – Combien de fois Jean, mon bon ami, ne m’avez-vous point dit ou écrit cette phrase ? Lorrain me la répétait aux heures, même triomphantes, de « M. de Phocas », alors que la grosse vente qui ne pouvait éblouir ou griser un homme de cette valeur n’apportait à cette âme éprise de beauté, curieuse de bibelots, aucune sensation élevée ou rare capable de la faire vibrer.

« Comme ils sont laids ces romans » disait-il avec une lippe de dégoût, « ils sont odieux les trois francs cinquante qui puent le journal ».

Et il froissait les pages, ses doigts s’exaspéraient, se crispaient sur le papier grossier au contact vulgaire… « Quand ferons-nous le beau livre de luxe?… » et pour se reposer, sa main, cette petite main fine, sombre, velue, constellée de bagues allait caresser le flanc velouté d’un pot vert de Lachenal ou la glace attiédie d’un cristal de Gallé. Et nous fîmes souvent de belles illustrations pour ses contes ; les Princesses d’Ivoire et d’Ivresse, les Princes de Nacre et de Caresse défilèrent vêtus d’or et de perles dans le logis de René Baschet, c’étaient les belles heures de la précieuse « Revue Illustrée », mais le livre de luxe ne fut jamais fait, comme Lorrain le souhaitait tant, comme il le demanda si souvent.

Nous avions, croyions-nous, tout le temps de le faire, hélas ! maintenant il est presque trop tard.

Non, il en est temps toujours, car les amis de Lorrain sont encore très vivants, ses admirateurs augmentent en nombre chaque jour, et les bibliophiles, qui ne donnent leur appui qu’aux artistes dignes de leur consécration, attendent et désirent un beau livre de Jean Lorrain.

Et c’est pourquoi Narkiss a été fait.

Narkiss ! ce récit prestigieux qui est à la fois tout le Lorrain de jadis et celui de naguère, quoi qu’en disent certains qui l’ont cru, à tort, dédaigneux des Princesses et féru de modernisme en des jours de lassitude, à ses heures de départ ; Narkiss ! ce conte fantastique, cruel et somptueux où tout l’amour de Lorrain, pour les gemmes, les colorations, les harmonies, toute son horreur pour la redingote, la banalité, la laideur éclatent en fanfare à chaque ligne. Narkiss ! où Lorrain a tant mis de soi, nous a paru sous tous rapports désigné plus que tout autre pour être le sujet de ce livre de luxe.

Du reste à son apparition au « Journal » en troix parties, Lorrain me l’avait signalé ; « Voilà qui ferait bien notre livre de luxe », ce leitmotiv de tant de nos causeries ; et je suis sûr qu’il pensa en écriva ce conte, long assez pour un livre de bibliophile, trop court pour un ouvrage banal, à noter aux places voulues des phrases ciselées pour le peintre, à découper son texte en quatre tranches pondérées s’adaptant à merveille à la tenue d’un ouvrage illustré.

Et c’est pourquoi nous avons choisi Narkiss pour sujet de « livre de luxe » tant désiré, pour le livre du Monument.

Non, jean Lorrain n’avait pas renié ses Princesses et les Fées – mais il fallait se réveiller parfois du rêve. Tel un homme qui le jour venu s’arrache au sommeil pour aller peiner le labeur quotidien, Lorrain quittait ses tapisseries et ses bibelots pour fréquenter les salles de rédaction, il enfermait ses Princesses dans la chambre hantée et se mettait à griffer ses Raitif.

Mais cela ne veut pas dire qu’il reniait son genre. Lorrain est un de nos grands poètes et la copie hebdomadaire n’a tué jamais en cette pensée robuste et forte une parcelle de poésie. Narkiss restera une des plus belles pages de son oeuvre, ce récit complet, d’un style prestigieux, d’une coloration admirable, à côté de Bougrelon digne d’Anatole France ou de Voltaire, de Phocas que Flaubert eût salué avec un respect effrayé, est une des facettes, petite peut-être mais éblouissante, de cette âme taillée à même une troublante émeraude.

Quand au livre lui-même, il a été conçu dans une forme que Lorrain eût aimée – noir et or.

Les compositions de Guillonnet ont traduit à merveille le côté somptueux et rêveur du récit. L’archaïsme en est précis sana être sec et la formule nouvelle sans nul anachronisme.

La manière noire des graveurs anglais du XVIIIe siècle, si à la mode aujourd’hui, est venue sur la première eau-forte pure apporter son enveloppe mystérieuse, traduction fidèle des compositions de Guillonnet, et la typographie conçue dans le style des stèles antiques, a contribué pour sa part à la présentation précieuse et raisonnée de ce livre, à qui rien ne manquerait si l’approbation de Lorrain, qui eût été absolue, ne lui faisait, hélas ! défaut.

JEROME DOUCET.

 

 

 

 

 

 

 

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Doucet à la Revue Illustrée

Jérôme Doucet a beaucoup contribué à la Revue Illustrée, d’abord en tant qu’auteur, puis avec le titre de Secrétaire de la Rédaction, de juillet 1897 à 1902 environ. Son action dans ce rôle est assez peu documentée ; il a certainement une influence sur les choix éditoriaux (auteurs et illustrateurs), ainsi que sur les choix techniques (usage des inserts en couleur notamment).

Pendant ces années-là, il a également beaucoup contribué, en tant qu’auteur, à la Revue ; et il a fait un fréquent usage de pseudonymes pour cela.

Le numéro d’étrennes du premier décembre 1897 est assez emblématique de ce point de vue. Il s’agit d’un numéro spécial, pour Noël, vendu 3 francs au lieu de 1,5 francs habituellement. La couverture de ce numéro ne comporte pas le sommaire, mais un poème signé Montfrileux, intitulé la Mule de Noël, illustré par la reproduction en couleurs d’une composition de Rodolphe Vacha.

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Voici le sommaire de ce numéro :

  • Jean Lorrainla Princesse des Chemins, illustrations de ORAZZI (sic), tirées en couleurs
  • MontfrileuxMaurice Leloir, aquarelles inédites gravées par FLORIAN, ROUSSEAU et RUFFE. – le Voyage de Noces.la Chaise à Porteurs.
  • Anatole FranceLa Bergerie.
  • Pierre LotiLucette, composition de J. Van BEERS.
  • André TheurietSouhaits de Noël.
  • Jérôme Doucetla Chanson des Ailes de Moulin, la Chanson de la Poudre de Riz, aquarelles de LOUIS MORIN, tirées en couleurs.
  • Tristan KlingsorLa Pantoufle de Satin, illustrations de J. DÉDINA.
  • Hugues Leroux. – les délices du Patin, composition de DOUGLAS ROBINSON.
  • Marthe Stiévenard. –Noël, dessin de BELLERY-DESFONTAINES.
  • Rodolphe Vacha. – La Mule de Noël.
  • Adolphe Brisson. – sur les toits de Notre-Dame, photographies de ED. HAUTECOEUR.
  • B. Rabier. – Rue barrée.
  • Documents Esterhazy-Dreyfus, lettres et portraits.
  • Camille Legrand. La Quinzaine Parisienne, photographies de REUTLINGER.
  • Francisque Sarcey. – Critique littéraire, illustrations de FERNAND FAU.
  • Louis Schneider. Echos de Théâtres, la Musique du Régiment Préobrajensky, photographie BARY.
  • S. de Pierrelée. – Livres d’étrennes. – La Vie Mondaine. – Echos mondains.
  • Gustave Robert. – les Concerts.

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La plupart de ces articles sont imprimés sur papier spécial ; seul le conte de Jean Lorrain est imprimé sur deux cahiers particuliers, qui peuvent être séparés facilement – c’est une pratique connue de cette Revue de tirer ces contes en plus grand nombre que nécessaire, et d’en conserver des cahiers, qui peuvent alors constituer des cadeaux particuliers.

A première vue, rien de surprenant : Doucet figure au sommaire, pour la reproduction de deux chansons, illustrées par Louis Morin ; ce qui n’est pas une surprise ; au cours de l’année, on trouve de telles chansons dans la plupart des numéros. A noter que ces chansons seront regroupées dans la Chanson des Choses, qui sera publié l’année suivante par L-Henry May (dont on reparlera plus bas).

En fait, Doucet est un peu plus présent… En effet il utilise alors plusieurs pseudonymes, dont deux figurent dans ce sommaire : Montfrileux et Pierrelée.

Doucet, dans ce numéro, a donc produit :

  • le poème de la couverture, signé Montfrileux ;
  • l’article, sur cinq pages, sur Maurice Leloir, signé également Montfrileux ; article illustré par trois feuilles supplémentaires, comportant les gravures de Leloir ;
  • les deux chansons, illustrées par Louis Morin, signées Doucet, sur quatre pages ;

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  • A la fin du numéro, quatre pages de publicité peu déguisée pour les publications L.-Henry May, comportant notamment un éloge d’un livre de Jean Lorrain (Ma petite ville, illustré par Orazi)- pages signées S. de Pierrelée ;
  • les deux pages de la Vie Mondaine, signées le Masque de Velours, et S. de Pierrelée au sommaire.

Au total, on peut compter dix-neuf pages directement produites par Doucet, sur un total de cinquante-cinq pages au total (en comptant la couverture, et en enlevant les pages laissées blanches au dos des gravures pleine page) – le tiers de la Revue est une contribution de Doucet !

En annexe, voici le sonnet de la couverture :

La Mule de Noël

SONNET

Que nous veut cette mule rose ?
Dites-moi, Dame de Beauté,
Serait-ce par naïveté
Que votre pied rose la pose ?

Ou bien faudrait-il mettre en cause
Un peu de curiosité ?
Vous avez, à satiété
Pourtant, ici-bas, toute chose

Ne serait-ce point, par hasard,
Un pauvre cœur que ce regard
Malicieux et vainqueur guette.

Le mien peut-être ? – vous l’épiez,
Sachant bien, divine coquette,
Qu’il s’en va rouler à vos pieds.

 

 

 

 

 

 

 

Douze sonnets : un essai ambitieux.

Doucet, jeune débutant, dans les années 1890 et suivantes, publie des poèmes dans diverses revues et compose des pièces de théâtre qui ne connaissent pas le succès.

En 1893 il publie, chez Léon Vanier, un recueil de sonnets, forme très en vogue à cette époque. Ce recueil est imprimé par l’imprimerie E. Cagniard, à Rouen, il est officiellement vendu trois francs ; une justification manuscrite indique un tirage à quarante exemplaires. Cette édition est probablement faite à compte d’auteur.

 

Les douze sonnets sont les suivants :

  • Dédicace
  • Marie
  • Jumièges
  • Nuit d’Hiver
  • La Neige va tomber
  • La Neige est tombée
  • Avant l’aube
  • Éventail japonais
  • Au second acte de « Samson et Dalila »
  • Sortie de Messe
  • Saint-Adrien
  • Attente

Ces sonnets se lisent agréablement – Doucet ne se prend tout de même pas trop au sérieux. Voici le premier d’entre eux :

Dédicace

Peut-être un jour, plus tard, c’est l’espoir qui fait vivre
Dit la chanson, plus fier que le paon de Junon,
Serai-je l’un de ceux dont on vante le nom,
Et dont à plusieurs mille on édite le livre.

Peut-être aussi – d’un vain espoir je ne m’enivre –
La gloire à mon appel répondra-t-elle : Non.
Peut-être pour demeure aurai-je un cabanon ?
Ma route est commencée ainsi : je veux la suivre.

En attendant, j’ai fait les sonnets que voici,
Mes bons amis, pour vous, n’ayant que le souci
De plaire à votre goût si fin, de vous distraire.

Si je fais mieux plus tard, il me sera très doux
De vous devoir ce mieux ; si c’est pis, au contraire,
Mes meilleurs vers du moins auront été pour vous.

Le recueil est illustré de dessins de Vignet. Il s’agit de Henri Vignet, peintre né à Rouen en 1857 – il participe au Salon de Rouen en 1891. Pour ce recueil, il compose des ornementations florales, traitées en fond à pleine page, et imprimées en vert ou bleu, alternativement – sur la page entière, quitte à prendre le pas sur le texte, rendu d’autant moins lisible.

Matériellement, ce livre est un in-quarto de petites dimensions : 14cm x 18,5 cm, de soixante pages, non paginées, sous une couverture de papier vert d’eau. Il est composé de sept cahiers de huit pages, précédés d’un demi cahier. Sur chaque belle page est imprimé un motif floral – la page en regard étant systématiquement laissée vierge.

Les motifs sont imprimés alternativement en vert et en bleu – mais l’examen attentif montre que des irrégularités peuvent apparaître : deux pages successives en bleu, ou en vert.

Vignet n’a pas composé trente motifs différents – on retrouve plusieurs fois les mêmes dispositions, et la même succession de motifs. Voici tous les motifs recensés :

Série A.

Série B.

Série C.

Ces douze premiers motifs sont les seuls utilisés dans un premier exemplaire. Mais l’examen d’un second exemplaire révèle l’existence d’une autre série (série D) :

Pour toutes ces séries on note l’alternance de vert et de bleu – s’agissant d’un même feuillet plié au format in-quarto, il suffit d’imprimer chaque face d’une couleur et l’autre de l’autre couleur. Ces séries sont toujours utilisées dans cet ordre, indépendamment du texte imprimé – il y a sans doute eu une première impression des motifs, suivant les quatre dispositions choisies. Voici un état des pages successives du recueil :

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Sont représentées ici toutes les pages d’un exemplaire, à l’exception du premier demi-cahier. La série G2 est utilisée dans un autre exemplaire. On voit pour ce premier exemplaire l’utilisation des séries A, B, C, A, B, C, B, dans cet ordre. Le second exemplaire présente les séries suivantes : A, C, D, A, B, C, D.

Comme on le voit en comparant ces deux exemplaires, il n’y a aucune recherche d’adéquation particulière entre les poèmes et les motifs.

Ce type d’ornementation, assez original, sera réutilisé par Doucet plus tard, pour son recueil Danses – courts textes de prose, illustré par Louis Fuchs, publié par Ollendorff en 1902.

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On trouve également un conte de Jean Lorrain, illustré de cette façon : Neighilde, conte de Noël, publié par la Revue Illustrée le 1er décembre 1899. Ce conte de quatre pages est illustré par Henri-Patrice Dillon de fonds végétaux, de différentes teintes.

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Deux années plus tard, Doucet publiera un autre livre chez Vanier – la Puissance du souvenir. Curieusement, dans la bibliographie présente en début d’ouvrage, Douze Sonnets n’est pas cité – au contraire de la forme graphique, Doucet aurait-il renié ce premier recueil poétique ?

 

 

la Perle, de Doucet, illustré par André Cahard

Le 15 juillet 1898, nous avons vu que la Revue Illustrée publiait un conte de Doucet, illustré par André Cahard : lEffigie. Le 1er novembre de la même année, la Revue publiait un autre conte de Doucet, toujours illustré par André Cahard : la Perle.

 

L’inspiration de Doucet, cette fois-ci, est plutôt mystique : un jeune noble, séduit par une bohémienne, vole le plus beau bijou de la statue de la Vierge, hébergée dans la cathédrale locale. Son repentir le conduit à mener une vie d’ermite, respecté de tous pour sa bonté et son dévouement. Arrivé à son centième anniversaire, une vision lui dit qu’il pourra, dans son creuset, reformer la perle volée pour la restituer ; il y passe tout son bois, puis tout ce qui peut brûler, pour maintenir le feu vivant jusqu’à l’heure fatidique – et à l’heure dite le Christ lui pardonne ; il tient la perle – qui est une larme.

Ce conte est publié, comme l’Effigie, sur un cahier de huit pages, plus une page de titre, sur papier Draeger ; il porte une dédicace : « Pour Jean Lorrain ».

 

La mise en page et le découpage des illustrations sont très étudiées, avec un jeu de miroir et de fausse symétrie entre les différentes pages. Les illustrations sont tirées en noir, le texte en couleur, dans des réserves. Les illustrations sont signées et datées 1897 dans l’image.

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Comme pour l’Effigie, cette illustration ne sera pas reprise en volume ; mais le conte lui-même sera repris par Doucet plus de vingt années après.

En effet ce conte figure, sous le même titre, dans le recueil « Verrières » que Doucet publie en 1926, chez Lucien Gougy (repris ensuite en 1929 à compte d’auteur).

Dans ce recueil, Doucet groupe sept contes, en respectant toujours le même schéma de mise en page : une première page portant la dédicace, un frontispice, en noir, d’Edgard Maxence, une page de titre ornée d’une grande vignette représentant une rosace, de Paul de Pidoll, puis un texte de présentation du conte, et enfin le texte du conte – dans lequel est inséré un hors-texte d’Edgard Maxence. Les textes sont encadrés de bordures et ornés de lettrines et de culs-de-lampe, par Paul de Pidoll.

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Cette fois-ci le conte est dédié à « mon Amie Adèle BOUCHET« .

 

Dans cette version tardive du conte, Doucet procède à de nombreux changements, tant de détail que d’amplification de l’histoire : ici la bohémienne est la complice du Diable en personne – et Doucet rajoute toute une partie de narration de la recherche vaine que mène le jeune noble – qui est nommé dans cette histoire : Adalbert de Walpurgis. De même, l’action est située : la statue de la Vierge est l’ornement principal de la cathédrale de Trèves (représentée dans la gravure en frontispice). Mais le schéma général, et le sens, restent inchangés.

 

 

 

La Princesse sous verre – Jean Lorrain – André Cahard

 

 

 

Source : librairie Bertrand Hugonnard-Roche.

 

Un 28 aout, Jean Lorrain écrit cette lettre :

Hôtel Suisse, Genève.

Genève, le 28 Aout 189..

Mon cher ami
en route pour les chateaux du Roi de Bavière, les chateaux ! je ne puis rien vous envoyer, car mon appartement est fermé et mon personnel -(un valet de chambre le seul gardé) en congé pour deux mois,

je ne rentrerai en l’horrible Paris que fin octobre à la dernière extrémité mais je puis écrire à une amie qui a un exemplaire du Conte (car il a paru jadis en livraison dans la Revue Illustrée). de vous communiquer ledit conte

S’il vous plait, j’ai dans mes cartons de quoi compléter, mais cette princesse sous verre est à mon avis (je me mouche pas du pied) la Perle de l’Ecrin

Si fade et si veau froid que soit la Suisse qui fait sa cuisse (c’est du Montesquiou) oh combien je préfère les lacs aux falaises et aux galets les glaciers

Voulez-vous mettre aux pieds de Madame Nathanson
votre
Jean Lorrain

Le destinataire de la lettre est soit Thadée Nathanson (1868-1951), fondateur de la Revue Blanche soit son frère Alexandre.

Cette lettre est passée en vente deux fois, chez Binoche, en 2012 puis en 2015 ; elle a récemment été vendue sur EBay. Dans toutes ces annonces l’année est lue 1892. En pratique ce n’est pas possible ; en effet le conte cité dans la lettre n’a été publié dans la Revue Illustrée que le 1er décembre 1895 – il faudrait lire plutôt 1896 ou 1897…

Comme on le lit, Jean Lorrain tient la Princesse sous verre en haute estime. Ce conte a été publié pour la première fois dans la Revue Illustrée, fin 1895, illustré par André Cahard ; il y sera publié de nouveau, le 20 décembre 1905 et le 5 janvier 1906, sous le titre ‘Roses de Noël’, avec des illustrations de Lubin de Beauvais – cette seconde version étant nettement moins ambitieuse.

Comme assez régulièrement dans la Revue Illustrée, pour les cahiers portant les contributions de prestige, ce conte est publié sur un papier spécifique, sans numérotation, et sur deux cahiers particuliers ; il s’agit ici d’un papier Draeger épais.

Ces cahiers, imprimés à part, l’étaient en nombre suffisant pour pouvoir être commercialisés, ou donnés, de façon séparée ; c’est cette pratique qu’évoque Jean Lorrain dans sa lettre – c’était une pratique courante, notamment au moment des étrennes, que les auteurs demandent à la Revue Illustrée des dizaines d’exemplaires de ces tirages.

Dans ce cas particulier, ce conte a également donné lieu à une publication de luxe, confiée à l’éditeur Tallandier, qui reprend exactement la disposition de la publication dans la Revue Illustrée ; mais sur des papiers différents : cinquante exemplaires de tête sur Japon, et cent-soixante-dix exemplaires sur papier Idéal, avec un emboîtage spécifique.

Le conte sera repris dans le recueil publié en 1901 : « Princesses d’Ivoire et d’Ivresse » ; de façon beaucoup moins luxueuse…

Plus récemment, à l’occasion du Salon du Livre de Rouen, en 2006, l’association Arlinéa et Elisabeth Brunet ont réédité ce conte, sans reproduire la page de titre de Tallandier ; reproduction fidèle de la première publication dans la Revue Illustrée.

Voici la reproduction du la première publication :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici la page de titre de la réédition d’Arlinéa :

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Et voici comment ce conte a été repris dans Princesses d’Ivoire et d’Ivresse :

 

 

 

 

Pétrone et Anacréon.

Jérôme Doucet publie, en 1902 et 1903, une paire de deux petits ouvrages de luxe, composés de traductions de petits fragments attribués avec plus ou moins de certitude aux poètes Pétrone et Anacréon, traductions du grec et du latin, établies par lui-même.

Ces deux ouvrages sont publiés par l’éditeur Ferroud – André Ferroud,  ou plutôt son neveu François, qui en ces années-là dirige effectivement la maison d’édition – François, ami de Jérôme Doucet.

Formant pendant, les deux ouvrages ont des caractéristiques communes : il s’agit de deux plaquettes in-4°, de format 25cm x 17cm, comportant 48 pages. Elles sont illustrées de 8 compositions de Louis-Edouard Fournier : une petite vignette sur la couverture, répétée sur la page de titre, et 7 compositions en tête de chacun des 7 fragments traduits.

Les sept petits fragments sont précédés d’une introduction de Jérôme Doucet, de 8 pages, dans la numérotation pour le Pétrone, numérotées en chiffres romains pour l’Anacréon. Chaque fragment traduit est composé sur quatre pages : une page de titre, une page blanche, une page comportant la composition de Fournier, et sur la dernière page, la fin (éventuelle) du fragment.

Pétrone.

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Ce livre, le premier publié, est édité en 1902 – l’achevé d’imprimer est daté du 10 mai (1902), l’imprimeur étant A. Lahure, 9 rue de Fleurus à Paris. Les compositions de Fournier sont gravées à l’eau-forte par Xavier Lesueur.

Doucet a traduit sept fragments :

  • la crainte, mère des Dieux
  • à mon amie
  • les oreilles de Midas
  • l’inutile parure
  • épitaphe d’une chienne de chasse
  • la compensation
  • Pasiphaé

 

Doucet dédie son livre à son ami Jean Lorrain :

A
JEAN LORRAIN
intelligentiae arbiter
cet essai sur
TITUS PETRONIUS
elegantiae arbiter
est dédié
par
Son ami
J.D.

 

p_trois_legendes

La quatrième de couverture comporte une publicité de Ferroud pour le précédent livre de Doucet, publié par Ferroud : Trois légendes d’or, d’argent et de cuivre.

Le tirage est de 276 exemplaires répartis de la façon suivante :

  • 25 exemplaires sur papier du Japon contenant trois états des eaux-fortes dont l’eau-forte pure, l’eau-forte terminée avec remarque et une composition originale de L.-E. Fournier.
  • 50 exemplaires sur papier du Japon contenant deux états des eaux-fortes dont l’eau-forte avant la lettre.
  • 150 exemplaires sur papier du Marais, à la forme, avec les eaux-fortes avec la lettre, vendus 20 francs.

Plus 50 suites sur papier du Japon, eaux-fortes terminées avant la lettre avec remarque, tirées en sanguine, au prix de vingt francs.

Un exemplaire unique contenant tous les originaux est au prix de mille francs ; les exemplaires de tête sont indiqués à soixante-quinze francs, ce qui ne prend pas en compte la différence des deux tirages.

Les exemplaires en grand papier sont effectivement légèrement plus grands : 26 cm x 18,5 cm.

On trouve trace des exemplaires personnels de Jérôme Doucet et Marie Meunier, qui font partie des exemplaires de tête sur Japon – voir Bibiliothèque Doucet : Pétrone.

Anacréon.

a_titre

L’année suivante Ferroud publie le pendant – l’achevé d’imprimer est daté de septembre 1903. L’imprimeur est différent ; il s’agit cette fois de Ch. Hérissey, à Evreux ; les eaux-fortes sont tirées par Louis Fort à Paris. De même, la gravure est confiée à Edmond Pennequin.

Le livre est dédié à Angelo Mariani – producteur du fameux Vin Mariani (ce qui est indiqué pour un poète comme Anacréon) et éditeur des Figures Contemporaines – dans lesquelles le portrait de Jérôme Doucet apparaît cette année-là :

A
ANGELO MARIANI
cet essai sur
ANACRÉON DE TÉOS
Chantre du Vin
est dédié
J.D.

Les sept fragments traduits sont les suivants :

  • l’amour mouillé
  • son combat avec l’amour
  • l’amour captif
  • à une jeune fille
  • son ivresse
  • à sa maitresse
  • l’amour piqué par une abeille

a_int

Le tirage annoncé est de 226 exemplaires également :

  • un exemplaire unique contenant tous les originaux,
  • 25 exemplaires sur papier du Japon avec trois états des eaux-fortes, vendus 100 francs,
  • 50 exemplaires sur papier du Japon avec deux états des eaux-fortes, vendus 30 francs,
  • 150 exemplaires sur papier du Marais à la forme, avec un état des eaux-fortes, vendus 20 francs.

Plus 50 suites sur papier du Japon, eaux-fortes terminées avant la lettre avec remarque, tirées en sanguine, au prix de vingt francs. Le prix de l’exemplaire de tête est sans doute, comme pour Pétrone, de mille francs ; il a été acheté par Arthur Meyer et figure dans le catalogue de sa  bibliothèque.

Il existe un tirage non mentionné, hors commerce, composé de cinq exemplaires sur papier de chine, réservés aux collaborateurs de l’édition : l’auteur (deux exemplaires, pour lui et son épouse), l’éditeur, et sans doute l’illustrateur et le graveur – Voir Bibliothèque Doucet : Anacréon.

Les exemplaires sur grand papier (japon) sont au format 27cm x 18cm ; les exemplaires sur chine sont au format 26cm x 18cm.

Il existe des états supplémentaires des eaux-fortes, sur chine, japon ancien, en sanguine avec ou sans remarques. L’exemplaire offert par Doucet à Eugène Descaves contient ainsi quatre suites en plus de l’état avec la lettre.

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Anacréon : quatre états de l’eau-forte

 

 

 

 

 

Bibliothèque Doucet : Narkiss.

Ce livre de Jean Lorrain  été publié par les soins de Doucet, en 1908, avec les moyens de l’éditeur et ami Fernand Ferroud, pour honorer la mémoire de son ami mort deux années plus tôt, et financer la construction d’un monument à Fécamp.

Le livre a figuré dans le bulletin Web 5, de la librairie Busser. Il est à noter que la provenance n’est pas certaine – elle est déduite des documents dont l’exemplaire est truffé. Il pourrait avoir été constitué pour un autre intervenant dans cette édition : Ferroud, Guillonnet, Georges Normandy…

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Voici sa fiche.

Jean Lorrain, Narkiss, conte pour mon ami Lalique. Paris : Editions du moment (sic : pour Monument) (imp. La Semeuse à Paris), 1908.

In-8, 236×160 : frontispice, (34 ff.), couverture illustrée. – Demi-maroquin caramel à larges coins, dos à nerfs, tête dorée, couverture et dos conservés (H. Blanchetière).

…/… Tirage à 300 exemplaires numérotés et signés par l’éditeur. Celui-ci, bien que numéroté 63, fait partie des 25 de tête sur japon avec 3 états des gravures (bistre, vert et état définitif). Exemplaire unique, ayant probablement appartenu à l’éditeur et préfacier Jérôme Doucet. Il se trouve enrichi des éléments suivants :

  • deux essais de couleurs de la couverture (l’une imprimée en vert sur papier blanc, la seconde imprimée sur papier vert),
  • une maquette du frontispice à la mine de plomb sur papier contrecollé réalisée par Guillonnet, légendée et signée en bas à droite par Jérôme Doucet,
  • une épreuve d’essai d’une illustration en bistre avec ornement imprimé en vert,
    deux feuillets d’essais typographiques paraphés par l’éditeur J.D. (Jérôme Doucet),
    une épreuve d’essai d’une illustration en couleurs,
  • un dessin original rehaussé en couleurs de Guillonnet, représentant la maquette d’une page, légendé et signé Jérôme Doucet.

 

 

Les sept princesses – un livre avorté

Jean Lorrain, « écrivain scandaleux »,  est connu pour ses romans : Monsieur de Bougrelon, Monsieur de Phocas, la Maison Philibert – et également pour ses recueils de contes, dont principalement « Princesses d’ivoire et d’ivresse« , publié en 1902 par Ollendorff.

Lorrain attachait une grande importance aux contes, ainsi qu’il le dit lui-même, dans le texte publié en préambule à ce recueil ; texte remanié plusieurs fois au gré de ses publications. Et la publication de 1902 ne correspond pas à ce que voulait Lorrain.

En effet, avant cette publication, Jean Lorrain a le projet d’un livre regroupant sept contes – sept princesses – illustrés par Manuel Orazi (1860-1934) – artiste que Lorrain apprécie particulièrement, et pousse autant qu’il le peut.

Mais les tractations, négociations, pourparlers autour de la réalisation pratique du livre décourageront Lorrain, qui se contentera d’une publication dans une collection à grand tirage – c’est un livre au format in-12, de 264 pages, non illustré ; tiré sur un papier très ordinaire, vendu trois francs cinquante. Il existe un tirage de tête, 10 exemplaires sur Hollande, au même format.

couverture
origine : librairie l’amour qui bouquine – Bertrand Hugonnard-Roche

Du projet initial seule a survécu la couverture, illustrée par Orazi, et représentant les sept princesses du projet initial (trois sur la couverte, une sur le dos, et trois sur la quatrième page de couverture), chaque princesse étant accompagnée de son attribut permettant de l’identifier. Même la liste des contes prévue n’est pas respectée – des sept contes d’origine, six seront repris dans le recueil, qui au total comportera vingt-trois contes, regroupés en cinq sections.

Jérôme Doucet, dans la préface de « Narkiss« , publié en 1908 pour financer l’érection d’un  Monument à Lorrain, nous rappelle que ce dernier n’était pas satisfait de ces éditions :

‘Jérôme, mon bon ami, quand ferons-nous le volume de luxe?’

Lorrain n’a connu que trois éditions de luxe de ses ouvrages : La Mandragore, illustré par Marcel Pille,  publié par Pelletan en 1899, Ma petite Ville, illustré par Orazi, publié par Louis Henry May en 1898, et la Princesse sous Verre, illustrée par André Cahard, publié par Tallandier en 1896 (ce conte est repris dans les Princesses d’Ivoire et d’Ivresse). Princesse d’Italie, illustré par Orazi, publié en 1898 par Borel, ne peut pas vraiment être considérée comme une édition de luxe, même s’il existe  un tirage en grand papier.

Les sept contes du projet initial, qui ont bien été illustrés par Orazi, ont été publiés dans la Revue Illustrée :

  • la Princesse aux lys rouges, publié le 15 novembre 1897
  • la Princesse des chemins, publié le 1er décembre 1897
  • Le conte des trois duchesses, publié le 1er avril 1898
  • la Princesse au Sabbat, publié le 1er décembre 1898
  • la Princesse Neigefleur, publié le 1er janvier 1899
  • la Princesse aux oies, publié le 15 septembre 1899
  • la Princesse Ottilia, publié le 15 novembre 1899.

Tous ces contes avaient fait l’objet de publications antérieures, dans l‘Echo de Paris, le Journal, ou Le Courrier Français – sauf la Princesse aux oies, qui n’a pas non plus été retenu pour les Princesses d’ivoire et d’ivresse.

les illustrations d’Orazi, des aquarelles tirées en couleur, sur papier couché, sont donc restées limitées à la Revue Illustrée – Revue disponible sur Gallica, certes, mais en noir et blanc uniquement.

 

la Princesse aux lys rouges.

 

le conte se termine par une illustration pleine page :

lys_rouge

Logiquement, la tonalité de l’illustration est le rouge.

La Princesse des chemins.

 

Ce conte, assez exceptionnellement, est illustré en camaïeu de bistre.

Conte des trois duchesses.

 

Comme pour le précédent, Orazi a choisi des illustrations monochromes, grises ou bistres.

Ce conte sera publié dans les Princesses d’ivoire et d’ivresse, avec le titre ‘Les Filles du vieux Duc‘.

la Princesse au Sabbat.

 

Sur la couverture, son attribut est une grenouille.

la Princesse Neigefleur.

 

On aura reconnu Blanche-Neige dans ce conte. Exceptionnellement, le conte est précédé d’une page de titre.

la Princesse aux oies.

 

Ici Orazi a principalement utilisé des hors-texte.

la Princesse Ottilia.

 

 

Ordre

Quel aurait pu être l’ordre de publication de ces contes ? je les ai présentés dans l’ordre de publication de la Revue Illustrée, mais on sait par d’autres exemples qu’il n’a pas grand chose à voir avec la publication en livre.

Dans le recueil de 1902, l’ordre retenu est le suivant :

Dans la section ‘princesses d’ivoire et d’ivresse’ :

  • la Princesse aux lys rouges
  • la Princesse des Chemins
  • la Princesse au Sabbat
  • les filles du vieux Duc (le conte des trois duchesses)

Dans la section ‘Princesses d’ambre et d’Italie’ :

  • la Princesse Ottilia

Dans la section ‘Contes de givre et de sommeil’ :

  • la Princesse Neigefleur

Autres contes dans la Revue Illustrée

Le recueil publié comporte vingt-trois contes, dont seulement six du projet initial. Parmi les dis-sept autres contes publiés, six avaient donné lieu à une publication dans la Revue Illustrée :

  • la Princesse sous verre, publiée le 1er décembre 1895, avec des illustrations d’André Cahard. Elle sera republiée par la Revue Illustrée le 20 décembre 1905 et le 5 janvier 1906, sous le titre ‘Roses de Noël’, avec des illustrations de Lubin de Beauvais.
  • la Légende de la fée Mélusine et du Chevalier Raymondin, publiée le 15 mars 1896, avec des illustration de Henry Bellery-Desfontaines.
  • la Légende d’Amadis et de la fée Oriane, publiée le 1er juillet 1896, avec des illustrations de Henry Bellery-Desfontaines.
  • la Princesse Mandosiane, publiée le 1er juin 1899, avec des illustrations d’Alfred  Daguet.
  • Neighilde, publiée le 1er décembre 1899, avec des illustrations de Henri-Patrice Dillon.
  • L’inutile vertu, publié le 1er août 1901, illustré par Georges Conrad.

En plus de ceux-ci, la Revue Illustrée a publié d’autres contes de Lorrain – comme par exemple la Reine Maritorne ; un recensement de ces contes serait intéressant.

Pour aller plus loin

Le recueil ‘Princesses d’ivoire et d’ivresse‘ se trouve facilement – soit dans une des rééditions d’Ollendorf, soit dans l’édition donnée par Jean de Palacio chez Séguier, en 1993.

Sur ce sujet, il faut lire également ‘les périodiques illustrés (1890-1940)‘, présenté par Philippe Kaenel, aux éditions In-Folio, 2011 – notamment la contribution d’Evanghélia Stead : De la revue au livre : Jean Lorrain et ses illustrateurs dans la Revue Illustrée.

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