Douze sonnets : un essai ambitieux.

Doucet, jeune débutant, dans les années 1890 et suivantes, publie des poèmes dans diverses revues et compose des pièces de théâtre qui ne connaissent pas le succès.

En 1893 il publie, chez Léon Vanier, un recueil de sonnets, forme très en vogue à cette époque. Ce recueil est imprimé par l’imprimerie E. Cagniard, à Rouen, il est officiellement vendu trois francs ; une justification manuscrite indique un tirage à quarante exemplaires. Cette édition est probablement faite à compte d’auteur.

 

Les douze sonnets sont les suivants :

  • Dédicace
  • Marie
  • Jumièges
  • Nuit d’Hiver
  • La Neige va tomber
  • La Neige est tombée
  • Avant l’aube
  • Éventail japonais
  • Au second acte de « Samson et Dalila »
  • Sortie de Messe
  • Saint-Adrien
  • Attente

Ces sonnets se lisent agréablement – Doucet ne se prend tout de même pas trop au sérieux. Voici le premier d’entre eux :

Dédicace

Peut-être un jour, plus tard, c’est l’espoir qui fait vivre
Dit la chanson, plus fier que le paon de Junon,
Serai-je l’un de ceux dont on vante le nom,
Et dont à plusieurs mille on édite le livre.

Peut-être aussi – d’un vain espoir je ne m’enivre –
La gloire à mon appel répondra-t-elle : Non.
Peut-être pour demeure aurai-je un cabanon ?
Ma route est commencée ainsi : je veux la suivre.

En attendant, j’ai fait les sonnets que voici,
Mes bons amis, pour vous, n’ayant que le souci
De plaire à votre goût si fin, de vous distraire.

Si je fais mieux plus tard, il me sera très doux
De vous devoir ce mieux ; si c’est pis, au contraire,
Mes meilleurs vers du moins auront été pour vous.

Le recueil est illustré de dessins de Vignet. Il s’agit de Henri Vignet, peintre né à Rouen en 1857 – il participe au Salon de Rouen en 1891. Pour ce recueil, il compose des ornementations florales, traitées en fond à pleine page, et imprimées en vert ou bleu, alternativement – sur la page entière, quitte à prendre le pas sur le texte, rendu d’autant moins lisible.

Matériellement, ce livre est un in-quarto de petites dimensions : 14cm x 18,5 cm, de soixante pages, non paginées, sous une couverture de papier vert d’eau. Il est composé de sept cahiers de huit pages, précédés d’un demi cahier. Sur chaque belle page est imprimé un motif floral – la page en regard étant systématiquement laissée vierge.

Les motifs sont imprimés alternativement en vert et en bleu – mais l’examen attentif montre que des irrégularités peuvent apparaître : deux pages successives en bleu, ou en vert.

Vignet n’a pas composé trente motifs différents – on retrouve plusieurs fois les mêmes dispositions, et la même succession de motifs. Voici tous les motifs recensés :

Série A.

Série B.

Série C.

Ces douze premiers motifs sont les seuls utilisés dans un premier exemplaire. Mais l’examen d’un second exemplaire révèle l’existence d’une autre série (série D) :

Pour toutes ces séries on note l’alternance de vert et de bleu – s’agissant d’un même feuillet plié au format in-quarto, il suffit d’imprimer chaque face d’une couleur et l’autre de l’autre couleur. Ces séries sont toujours utilisées dans cet ordre, indépendamment du texte imprimé – il y a sans doute eu une première impression des motifs, suivant les quatre dispositions choisies. Voici un état des pages successives du recueil :

tableau_total_12sonnets

Sont représentées ici toutes les pages d’un exemplaire, à l’exception du premier demi-cahier. La série G2 est utilisée dans un autre exemplaire. On voit pour ce premier exemplaire l’utilisation des séries A, B, C, A, B, C, B, dans cet ordre. Le second exemplaire présente les séries suivantes : A, C, D, A, B, C, D.

Comme on le voit en comparant ces deux exemplaires, il n’y a aucune recherche d’adéquation particulière entre les poèmes et les motifs.

Ce type d’ornementation, assez original, sera réutilisé par Doucet plus tard, pour son recueil Danses – courts textes de prose, illustré par Louis Fuchs, publié par Ollendorff en 1902.

danses_doucet_fuchs

On trouve également un conte de Jean Lorrain, illustré de cette façon : Neighilde, conte de Noël, publié par la Revue Illustrée le 1er décembre 1899. Ce conte de quatre pages est illustré par Henri-Patrice Dillon de fonds végétaux, de différentes teintes.

lorrain_dillon_neighilde

Deux années plus tard, Doucet publiera un autre livre chez Vanier – la Puissance du souvenir. Curieusement, dans la bibliographie présente en début d’ouvrage, Douze Sonnets n’est pas cité – au contraire de la forme graphique, Doucet aurait-il renié ce premier recueil poétique ?

 

 

Publicités

la Perle, de Doucet, illustré par André Cahard

Le 15 juillet 1898, nous avons vu que la Revue Illustrée publiait un conte de Doucet, illustré par André Cahard : lEffigie. Le 1er novembre de la même année, la Revue publiait un autre conte de Doucet, toujours illustré par André Cahard : la Perle.

 

L’inspiration de Doucet, cette fois-ci, est plutôt mystique : un jeune noble, séduit par une bohémienne, vole le plus beau bijou de la statue de la Vierge, hébergée dans la cathédrale locale. Son repentir le conduit à mener une vie d’ermite, respecté de tous pour sa bonté et son dévouement. Arrivé à son centième anniversaire, une vision lui dit qu’il pourra, dans son creuset, reformer la perle volée pour la restituer ; il y passe tout son bois, puis tout ce qui peut brûler, pour maintenir le feu vivant jusqu’à l’heure fatidique – et à l’heure dite le Christ lui pardonne ; il tient la perle – qui est une larme.

Ce conte est publié, comme l’Effigie, sur un cahier de huit pages, plus une page de titre, sur papier Draeger ; il porte une dédicace : « Pour Jean Lorrain ».

 

La mise en page et le découpage des illustrations sont très étudiées, avec un jeu de miroir et de fausse symétrie entre les différentes pages. Les illustrations sont tirées en noir, le texte en couleur, dans des réserves. Les illustrations sont signées et datées 1897 dans l’image.

rv_perle_8

Comme pour l’Effigie, cette illustration ne sera pas reprise en volume ; mais le conte lui-même sera repris par Doucet plus de vingt années après.

En effet ce conte figure, sous le même titre, dans le recueil « Verrières » que Doucet publie en 1926, chez Lucien Gougy (repris ensuite en 1929 à compte d’auteur).

Dans ce recueil, Doucet groupe sept contes, en respectant toujours le même schéma de mise en page : une première page portant la dédicace, un frontispice, en noir, d’Edgard Maxence, une page de titre ornée d’une grande vignette représentant une rosace, de Paul de Pidoll, puis un texte de présentation du conte, et enfin le texte du conte – dans lequel est inséré un hors-texte d’Edgard Maxence. Les textes sont encadrés de bordures et ornés de lettrines et de culs-de-lampe, par Paul de Pidoll.

verriere_perle_titre

Cette fois-ci le conte est dédié à « mon Amie Adèle BOUCHET« .

 

Dans cette version tardive du conte, Doucet procède à de nombreux changements, tant de détail que d’amplification de l’histoire : ici la bohémienne est la complice du Diable en personne – et Doucet rajoute toute une partie de narration de la recherche vaine que mène le jeune noble – qui est nommé dans cette histoire : Adalbert de Walpurgis. De même, l’action est située : la statue de la Vierge est l’ornement principal de la cathédrale de Trèves (représentée dans la gravure en frontispice). Mais le schéma général, et le sens, restent inchangés.

 

 

 

La Princesse sous verre – Jean Lorrain – André Cahard

 

 

 

Source : librairie Bertrand Hugonnard-Roche.

 

Un 28 aout, Jean Lorrain écrit cette lettre :

Hôtel Suisse, Genève.

Genève, le 28 Aout 189..

Mon cher ami
en route pour les chateaux du Roi de Bavière, les chateaux ! je ne puis rien vous envoyer, car mon appartement est fermé et mon personnel -(un valet de chambre le seul gardé) en congé pour deux mois,

je ne rentrerai en l’horrible Paris que fin octobre à la dernière extrémité mais je puis écrire à une amie qui a un exemplaire du Conte (car il a paru jadis en livraison dans la Revue Illustrée). de vous communiquer ledit conte

S’il vous plait, j’ai dans mes cartons de quoi compléter, mais cette princesse sous verre est à mon avis (je me mouche pas du pied) la Perle de l’Ecrin

Si fade et si veau froid que soit la Suisse qui fait sa cuisse (c’est du Montesquiou) oh combien je préfère les lacs aux falaises et aux galets les glaciers

Veuillez me mettre aux pieds de Madame Nathanson
votre
Jean Lorrain

Le destinataire de la lettre est sans doute Thadée Nathanson (1868-1951), fondateur de la Revue Blanche.

Cette lettre est passée en vente deux fois, chez Binoche, en 2012 puis en 2015 ; elle a récemment été vendue sur EBay. Dans toutes ces annonces l’année est lue 1892. En pratique ce n’est pas possible ; en effet le conte cité dans la lettre n’a été publié dans la Revue Illustrée que le 1er décembre 1895 – il faudrait lire plutôt 1896 ou 1897…

Comme on le lit, Jean Lorrain tient la Princesse sous verre en haute estime. Ce conte a été publié pour la première fois dans la Revue Illustrée, fin 1895, illustré par André Cahard ; il y sera publié de nouveau, le 20 décembre 1905 et le 5 janvier 1906, sous le titre ‘Roses de Noël’, avec des illustrations de Lubin de Beauvais – cette seconde version étant nettement moins ambitieuse.

Comme assez régulièrement dans la Revue Illustrée, pour les cahiers portant les contributions de prestige, ce conte est publié sur un papier spécifique, sans numérotation, et sur deux cahiers particuliers ; il s’agit ici d’un papier Draeger épais.

Ces cahiers, imprimés à part, l’étaient en nombre suffisant pour pouvoir être commercialisés, ou donnés, de façon séparée ; c’est cette pratique qu’évoque Jean Lorrain dans sa lettre – c’était une pratique courante, notamment au moment des étrennes, que les auteurs demandent à la Revue Illustrée des dizaines d’exemplaires de ces tirages.

Dans ce cas particulier, ce conte a également donné lieu à une publication de luxe, confiée à l’éditeur Tallandier, qui reprend exactement la disposition de la publication dans la Revue Illustrée ; mais sur des papiers différents : cinquante exemplaires de tête sur Japon, et cent-soixante-dix exemplaires sur papier Idéal, avec un emboîtage spécifique.

Le conte sera repris dans le recueil publié en 1901 : « Princesses d’Ivoire et d’Ivresse » ; de façon beaucoup moins luxueuse…

Plus récemment, à l’occasion du Salon du Livre de Rouen, en 2006, l’association Arlinéa et Elisabeth Brunet ont réédité ce conte, sans reproduire la page de titre de Tallandier ; reproduction fidèle de la première publication dans la Revue Illustrée.

Voici la reproduction du la première publication :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici la page de titre de la réédition d’Arlinéa :

princesse_titre_reedition

Et voici comment ce conte a été repris dans Princesses d’Ivoire et d’Ivresse :

 

 

 

 

Pétrone et Anacréon.

Jérôme Doucet publie, en 1902 et 1903, une paire de deux petits ouvrages de luxe, composés de traductions de petits fragments attribués avec plus ou moins de certitude aux poètes Pétrone et Anacréon, traductions du grec et du latin, établies par lui-même.

Ces deux ouvrages sont publiés par l’éditeur Ferroud – André Ferroud,  ou plutôt son neveu François, qui en ces années-là dirige effectivement la maison d’édition – François, ami de Jérôme Doucet.

Formant pendant, les deux ouvrages ont des caractéristiques communes : il s’agit de deux plaquettes in-4°, de format 25cm x 17cm, comportant 48 pages. Elles sont illustrées de 8 compositions de Louis-Edouard Fournier : une petite vignette sur la couverture, répétée sur la page de titre, et 7 compositions en tête de chacun des 7 fragments traduits.

Les sept petits fragments sont précédés d’une introduction de Jérôme Doucet, de 8 pages, dans la numérotation pour le Pétrone, numérotées en chiffres romains pour l’Anacréon. Chaque fragment traduit est composé sur quatre pages : une page de titre, une page blanche, une page comportant la composition de Fournier, et sur la dernière page, la fin (éventuelle) du fragment.

Pétrone.

p_titre

Ce livre, le premier publié, est édité en 1902 – l’achevé d’imprimer est daté du 10 mai (1902), l’imprimeur étant A. Lahure, 9 rue de Fleurus à Paris. Les compositions de Fournier sont gravées à l’eau-forte par Xavier Lesueur.

Doucet a traduit sept fragments :

  • la crainte, mère des Dieux
  • à mon amie
  • les oreilles de Midas
  • l’inutile parure
  • épitaphe d’une chienne de chasse
  • la compensation
  • Pasiphaé

 

Doucet dédie son livre à son ami Jean Lorrain :

A
JEAN LORRAIN
intelligentiae arbiter
cet essai sur
TITUS PETRONIUS
elegantiae arbiter
est dédié
par
Son ami
J.D.

 

p_trois_legendes

La quatrième de couverture comporte une publicité de Ferroud pour le précédent livre de Doucet, publié par Ferroud : Trois légendes d’or, d’argent et de cuivre.

Le tirage est de 276 exemplaires répartis de la façon suivante :

  • 25 exemplaires sur papier du Japon contenant trois états des eaux-fortes dont l’eau-forte pure, l’eau-forte terminée avec remarque et une composition originale de L.-E. Fournier.
  • 50 exemplaires sur papier du Japon contenant deux états des eaux-fortes dont l’eau-forte avant la lettre.
  • 150 exemplaires sur papier du Marais, à la forme, avec les eaux-fortes avec la lettre, vendus 20 francs.

Plus 50 suites sur papier du Japon, eaux-fortes terminées avant la lettre avec remarque, tirées en sanguine, au prix de vingt francs.

Un exemplaire unique contenant tous les originaux est au prix de mille francs ; les exemplaires de tête sont indiqués à soixante-quinze francs, ce qui ne prend pas en compte la différence des deux tirages.

Les exemplaires en grand papier sont effectivement légèrement plus grands : 26 cm x 18,5 cm.

On trouve trace des exemplaires personnels de Jérôme Doucet et Marie Meunier, qui font partie des exemplaires de tête sur Japon – voir Bibiliothèque Doucet : Pétrone.

Anacréon.

a_titre

L’année suivante Ferroud publie le pendant – l’achevé d’imprimer est daté de septembre 1903. L’imprimeur est différent ; il s’agit cette fois de Ch. Hérissey, à Evreux ; les eaux-fortes sont tirées par Louis Fort à Paris. De même, la gravure est confiée à Edmond Pennequin.

Le livre est dédié à Angelo Mariani – producteur du fameux Vin Mariani (ce qui est indiqué pour un poète comme Anacréon) et éditeur des Figures Contemporaines – dans lesquelles le portrait de Jérôme Doucet apparaît cette année-là :

A
ANGELO MARIANI
cet essai sur
ANACRÉON DE TÉOS
Chantre du Vin
est dédié
J.D.

Les sept fragments traduits sont les suivants :

  • l’amour mouillé
  • son combat avec l’amour
  • l’amour captif
  • à une jeune fille
  • son ivresse
  • à sa maitresse
  • l’amour piqué par une abeille

a_int

Le tirage annoncé est de 226 exemplaires également :

  • un exemplaire unique contenant tous les originaux,
  • 25 exemplaires sur papier du Japon avec trois états des eaux-fortes, vendus 100 francs,
  • 50 exemplaires sur papier du Japon avec deux états des eaux-fortes, vendus 30 francs,
  • 150 exemplaires sur papier du Marais à la forme, avec un état des eaux-fortes, vendus 20 francs.

Plus 50 suites sur papier du Japon, eaux-fortes terminées avant la lettre avec remarque, tirées en sanguine, au prix de vingt francs. Le prix de l’exemplaire de tête est sans doute, comme pour Pétrone, de mille francs ; il a été acheté par Arthur Meyer et figure dans le catalogue de sa  bibliothèque.

Il existe un tirage non mentionné, hors commerce, composé de cinq exemplaires sur papier de chine, réservés aux collaborateurs de l’édition : l’auteur (deux exemplaires, pour lui et son épouse), l’éditeur, et sans doute l’illustrateur et le graveur – Voir Bibliothèque Doucet : Anacréon.

Les exemplaires sur grand papier (japon) sont au format 27cm x 18cm ; les exemplaires sur chine sont au format 26cm x 18cm.

Il existe des états supplémentaires des eaux-fortes, sur chine, japon ancien, en sanguine avec ou sans remarques. L’exemplaire offert par Doucet à Eugène Descaves contient ainsi quatre suites en plus de l’état avec la lettre.

a_suites
Anacréon : quatre états de l’eau-forte

 

 

 

 

 

Bibliothèque Doucet : Narkiss.

Ce livre de Jean Lorrain  été publié par les soins de Doucet, en 1908, avec les moyens de l’éditeur et ami Fernand Ferroud, pour honorer la mémoire de son ami mort deux années plus tôt, et financer la construction d’un monument à Fécamp.

Le livre a figuré dans le bulletin Web 5, de la librairie Busser. Il est à noter que la provenance n’est pas certaine – elle est déduite des documents dont l’exemplaire est truffé. Il pourrait avoir été constitué pour un autre intervenant dans cette édition : Ferroud, Guillonnet, Georges Normandy…

narkiss_busser1

Voici sa fiche.

Jean Lorrain, Narkiss, conte pour mon ami Lalique. Paris : Editions du moment (sic : pour Monument) (imp. La Semeuse à Paris), 1908.

In-8, 236×160 : frontispice, (34 ff.), couverture illustrée. – Demi-maroquin caramel à larges coins, dos à nerfs, tête dorée, couverture et dos conservés (H. Blanchetière).

…/… Tirage à 300 exemplaires numérotés et signés par l’éditeur. Celui-ci, bien que numéroté 63, fait partie des 25 de tête sur japon avec 3 états des gravures (bistre, vert et état définitif). Exemplaire unique, ayant probablement appartenu à l’éditeur et préfacier Jérôme Doucet. Il se trouve enrichi des éléments suivants :

  • deux essais de couleurs de la couverture (l’une imprimée en vert sur papier blanc, la seconde imprimée sur papier vert),
  • une maquette du frontispice à la mine de plomb sur papier contrecollé réalisée par Guillonnet, légendée et signée en bas à droite par Jérôme Doucet,
  • une épreuve d’essai d’une illustration en bistre avec ornement imprimé en vert,
    deux feuillets d’essais typographiques paraphés par l’éditeur J.D. (Jérôme Doucet),
    une épreuve d’essai d’une illustration en couleurs,
  • un dessin original rehaussé en couleurs de Guillonnet, représentant la maquette d’une page, légendé et signé Jérôme Doucet.

 

 

Les sept princesses – un livre avorté

Jean Lorrain, « écrivain scandaleux »,  est connu pour ses romans : Monsieur de Bougrelon, Monsieur de Phocas, la Maison Philibert – et également pour ses recueils de contes, dont principalement « Princesses d’ivoire et d’ivresse« , publié en 1902 par Ollendorff.

Lorrain attachait une grande importance aux contes, ainsi qu’il le dit lui-même, dans le texte publié en préambule à ce recueil ; texte remanié plusieurs fois au gré de ses publications. Et la publication de 1902 ne correspond pas à ce que voulait Lorrain.

En effet, avant cette publication, Jean Lorrain a le projet d’un livre regroupant sept contes – sept princesses – illustrés par Manuel Orazi (1860-1934) – artiste que Lorrain apprécie particulièrement, et pousse autant qu’il le peut.

Mais les tractations, négociations, pourparlers autour de la réalisation pratique du livre décourageront Lorrain, qui se contentera d’une publication dans une collection à grand tirage – c’est un livre au format in-12, de 264 pages, non illustré ; tiré sur un papier très ordinaire, vendu trois francs cinquante. Il existe un tirage de tête, 10 exemplaires sur Hollande, au même format.

couverture
origine : librairie l’amour qui bouquine – Bertrand Hugonnard-Roche

Du projet initial seule a survécu la couverture, illustrée par Orazi, et représentant les sept princesses du projet initial (trois sur la couverte, une sur le dos, et trois sur la quatrième page de couverture), chaque princesse étant accompagnée de son attribut permettant de l’identifier. Même la liste des contes prévue n’est pas respectée – des sept contes d’origine, six seront repris dans le recueil, qui au total comportera vingt-trois contes, regroupés en cinq sections.

Jérôme Doucet, dans la préface de « Narkiss« , publié en 1908 pour financer l’érection d’un  Monument à Lorrain, nous rappelle que ce dernier n’était pas satisfait de ces éditions :

‘Jérôme, mon bon ami, quand ferons-nous le volume de luxe?’

Lorrain n’a connu que trois éditions de luxe de ses ouvrages : La Mandragore, illustré par Marcel Pille,  publié par Pelletan en 1899, Ma petite Ville, illustré par Orazi, publié par Louis Henry May en 1898, et la Princesse sous Verre, illustrée par André Cahard, publié par Tallandier en 1896 (ce conte est repris dans les Princesses d’Ivoire et d’Ivresse). Princesse d’Italie, illustré par Orazi, publié en 1898 par Borel, ne peut pas vraiment être considérée comme une édition de luxe, même s’il existe  un tirage en grand papier.

Les sept contes du projet initial, qui ont bien été illustrés par Orazi, ont été publiés dans la Revue Illustrée :

  • la Princesse aux lys rouges, publié le 15 novembre 1897
  • la Princesse des chemins, publié le 1er décembre 1897
  • Le conte des trois duchesses, publié le 1er avril 1898
  • la Princesse au Sabbat, publié le 1er décembre 1898
  • la Princesse Neigefleur, publié le 1er janvier 1899
  • la Princesse aux oies, publié le 15 septembre 1899
  • la Princesse Ottilia, publié le 15 novembre 1899.

Tous ces contes avaient fait l’objet de publications antérieures, dans l‘Echo de Paris, le Journal, ou Le Courrier Français – sauf la Princesse aux oies, qui n’a pas non plus été retenu pour les Princesses d’ivoire et d’ivresse.

les illustrations d’Orazi, des aquarelles tirées en couleur, sur papier couché, sont donc restées limitées à la Revue Illustrée – Revue disponible sur Gallica, certes, mais en noir et blanc uniquement.

 

la Princesse aux lys rouges.

 

le conte se termine par une illustration pleine page :

lys_rouge

Logiquement, la tonalité de l’illustration est le rouge.

La Princesse des chemins.

 

Ce conte, assez exceptionnellement, est illustré en camaïeu de bistre.

Conte des trois duchesses.

 

Comme pour le précédent, Orazi a choisi des illustrations monochromes, grises ou bistres.

Ce conte sera publié dans les Princesses d’ivoire et d’ivresse, avec le titre ‘Les Filles du vieux Duc‘.

la Princesse au Sabbat.

 

Sur la couverture, son attribut est une grenouille.

la Princesse Neigefleur.

 

On aura reconnu Blanche-Neige dans ce conte. Exceptionnellement, le conte est précédé d’une page de titre.

la Princesse aux oies.

 

Ici Orazi a principalement utilisé des hors-texte.

la Princesse Ottilia.

 

 

Ordre

Quel aurait pu être l’ordre de publication de ces contes ? je les ai présentés dans l’ordre de publication de la Revue Illustrée, mais on sait par d’autres exemples qu’il n’a pas grand chose à voir avec la publication en livre.

Dans le recueil de 1902, l’ordre retenu est le suivant :

Dans la section ‘princesses d’ivoire et d’ivresse’ :

  • la Princesse aux lys rouges
  • la Princesse des Chemins
  • la Princesse au Sabbat
  • les filles du vieux Duc (le conte des trois duchesses)

Dans la section ‘Princesses d’ambre et d’Italie’ :

  • la Princesse Ottilia

Dans la section ‘Contes de givre et de sommeil’ :

  • la Princesse Neigefleur

Autres contes dans la Revue Illustrée

Le recueil publié comporte vingt-trois contes, dont seulement six du projet initial. Parmi les dis-sept autres contes publiés, six avaient donné lieu à une publication dans la Revue Illustrée :

  • la Princesse sous verre, publiée le 1er décembre 1895, avec des illustrations d’André Cahard. Elle sera republiée par la Revue Illustrée le 20 décembre 1905 et le 5 janvier 1906, sous le titre ‘Roses de Noël’, avec des illustrations de Lubin de Beauvais.
  • la Légende de la fée Mélusine et du Chevalier Raymondin, publiée le 15 mars 1896, avec des illustration de Henry Bellery-Desfontaines.
  • la Légende d’Amadis et de la fée Oriane, publiée le 1er juillet 1896, avec des illustrations de Henry Bellery-Desfontaines.
  • la Princesse Mandosiane, publiée le 1er juin 1899, avec des illustrations d’Alfred  Daguet.
  • Neighilde, publiée le 1er décembre 1899, avec des illustrations de Henri-Patrice Dillon.
  • L’inutile vertu, publié le 1er août 1901, illustré par Georges Conrad.

En plus de ceux-ci, la Revue Illustrée a publié d’autres contes de Lorrain – comme par exemple la Reine Maritorne ; un recensement de ces contes serait intéressant.

Pour aller plus loin

Le recueil ‘Princesses d’ivoire et d’ivresse‘ se trouve facilement – soit dans une des rééditions d’Ollendorf, soit dans l’édition donnée par Jean de Palacio chez Séguier, en 1993.

Sur ce sujet, il faut lire également ‘les périodiques illustrés (1890-1940)‘, présenté par Philippe Kaenel, aux éditions In-Folio, 2011 – notamment la contribution d’Evanghélia Stead : De la revue au livre : Jean Lorrain et ses illustrateurs dans la Revue Illustrée.

orazi_fin