Doucet et la demi-reliure

Doucet, bibliophile, faisait relier ses livres ; journaliste, il tenait une chronique régulière dans la Reliure, l’organe des patrons du syndicat de la reliure.

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Il avait donc un avis certain sur la façon de faire relier ses livres… et cet avis est assez tranché.

Dans la Reliure, Doucet fait paraître un article assez long, « l’art et le goût« , (sous-entendu, en matière de reliure), sur les numéros 461 à 465, de février à juin 1934 ; il y revient dans le numéro 467, d’août 1934, pour répondre à des critiques.

Voici ce qu’il écrit au sujet des demi-reliures.

Dans le numéro 464, après avoir traité des cartonnages, il aborde la demi-reliure :

Si nous arrivons à la demi-reliure, nous avons encore beaucoup plus à dire, parce qu’elle est moins simple, plus complexe que les cartonnages.
Les occasions de faire des fautes de goût sont multipliées. D’abord, je le répète, la demi-reliure est une chose un peu hybride.
Si nous la considérons uniquement comme un moyen de conservation du livre qu’on doit utiliser, pour travailler, elle est parfaitement logique.
Il est inutile alors de faire une dépense sans raison sur un bouquin de travail ; ce serait sot même en outre, puisque la manipulation pourrait abîmer une belle reliure, forcément délicate.
S’il s’agit d’un ouvrage d’art, de bibliothèque, la demi-reliure n’a qu’une explication : l’économie, et ceci n’a rien à faire avec l’art, c’est même ordinairement contraire au bon goût.
Je préfère un cartonnage bien exécuté à une demi-reliure même réussie.
Pourquoi les profondes modifications de nos conditions d’existence ont-elles rendu presque impossibles les reliures jansénistes de jadis qui, à mon goût, étaient le seul échelon artistique entre le cartonnage et la reliure pleine décorée de filets, second échelon pour atteindre la reliure mosaïquée, cette œuvre d’art précieuse entre toutes.

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Reliure : René Kieffer, sur la Chanson des Choses, Doucet.

On voit que Doucet n’est pas favorable aux demi-reliures… mais il va aller encore plus loin dans la suite.

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Reliure : René Kieffer, sur Madame Bovary, Ferroud.

Doucet poursuit dans le numéro suivant :

Nous voici donc arrivés à examiner les règles du goût en ce qui concerne un des points principaux de l’œuvre d’un relieur.
La demi-reliure n’est-elle pas, en effet, ce qui compose la partie principale de ses travaux, je pourrais même dire, pour la plupart, toutes les œuvres quotidiennes.
La demi-reliure. Mais son nom le dit bien, l’avoue clairement et si elle est bête, elle est loyale, elle n’est une reliure qu’à moitié, une demi-reliure, l’ouvrage recouvert par elle est relié à demi.
Et rien n’est affreux, absurde comme une demi-mesure. On ne doit pas faire, dit un vieux proverbe, sagesse des nations, les choses à demi.
Même par surtout pour la reliure.
Oui, oui, je sais, vos raisons, ne me les répétez pas, je vous redirais qu’économie et goût, c’est ennemis mortels.
Comme faire, alors ? il y a plusieurs moyens, soit intellectuels, soit même matériels.
Au lieu de faire relier deux volumes et de dépenser sur chacun une demi-reliure, n’en donnez qu’un à votre relieur et faites faire une reliure toute entière, une reliure pleine, une vraie reliure, pas une demi.
Nous verrons tout à l’heure le côté pratique, les détails matériels, dont on est bien forcé de s’occuper quoique nous parlions art et goût.
Ce que j’écris en ce moment s’adresse, non à vous amis relieurs, mais aux bibliophiles et si je vous le dis, c’est pour que vous le leur répétiez.
Ayez le courage de combattre ce bon combat contre la demi-reliure, soyez audacieux. Je sais bien que votre profession vous porte plutôt à la rêverie, à la réflexion, soyez de votre temps, des combattifs.
Parlez aux clients, dites-leur d’acheter moins de livres, de les relier mieux. En art la qualité a toujours dominé la quantité. Dites-leur qu’une médiocre reliure, une demi-reliure n’ajoute aucune valeur marchande à un livre si, par bonheur, elle ne lui en retire pas.
Osez – je me souviens de la lettre-circulaire que René Kieffer adressa aux bibliophiles – sous le titre Réflexions sur la reliure.
Il combattait, avec beaucoup de modération pour moi, car il avait peur de se faire dire : « Vous êtes trop intéressé à la question pour en parler librement, vous êtes orfèvre, monsieur Josse ».
Mais il disait bien nettement tout ce que la demi-reliure a d’hybride, de médiocre, de … moitié fait.
Et il offrait – voilà bien parler – des reliures pleines à des prix nets et probants.
Examinons, en effet, une demi-reliure.
Ou bien elle se contente d’un dos simplement avec des plats papier. En ce cas elle est potable, bonasse, mais c’est uniquement la protection d’un livre médiocre.
En ce cas un joli cartonnage sera combien plus artistique, montrera combien plus de goût.
Si le cartonnage n’est pas résistant, c’est que le livre est d’usage courant. Alors c’est un bouquin de travail, pas besoin, de luxe, le goût suffit. Et il est nécessaire toujours. Faites un cartonnage percaline, il en est de très résistants.
René Kieffer a oublié de dire dans sa note que l’on a fait à une époque des cartonnages toile gaufrée parfois, souvent illustrés, qui sont amusants, et la preuve en est que certains, dits romantiques dans les catalogues, font de jolis prix, alors que le même livre, en demi-reliure, se vend moins bien que broché.
Ou bien, ne perdons pas le fil de nos idées, la demi-reliure est avec coins, elle veut nous en boucher un dirai-je, et elle devient prétentieuse.
Car le coin n’est pas, à la façon de certains petits coins en parchemin vert des reliures anciennes, protecteur de l’angle fragile, il veut être décoratif.
Il est parfois énorme, rejoint presque la bande du dos, sur le plat, il s’étale, fi !
Et alors – regardez bien – la peau employée est presque aussi copieuse que pour une reliure pleine, la fabrication, avec le détail des quatre coins, est presque aussi longue que celle d’une reliure pleine, etc.
Et comme c’est une demi-reliure, tout de même, vous ne pouvez demander que le demi-prix d’une vraie, d’une réelle reliure.
Alors ? Alors au lieu d’une demi-reliure en beau maroquin, à coins, à mors large, faites une reliure pleine, en cuir, veau, basane même, mais pas à demi.
Souvenez-vous des livres d’autrefois, tous en veau plein, en basane pleine, en parchemin.
Monotone une bibliothèque ainsi composée de ces livres un peu sombres ? Non. Les dos avec leurs fers et leurs pièces de titres sont suffisamment variés, et c’est eux seuls que l’on voit.
Puis aujourd’hui il y a tant, tant de matériaux variés d’aspect, de couleurs, de grains. Il y a des tas de choses pour recouvrir un livre et pas à demi.
Il y a même des marocains, des vrais, des plus vrais que ceux du Cap, car ils viennent du Maroc, de notre colonie, non d’une colonie anglaise, à des prix permettant des pleins abordables, des peaux à 30 et 40 francs, prix pour deux beaux livres in-12 au moins, en bleu, en rouge, en citron.
Mais en tout ça, me demande un relieur raisonnable voyant que je m’emballe et vagabonde, vos règles de goût pour la reliure s. v. p.
Mes règles – ou plutôt ma règle – elle est simple, courte, claire et nette :

N’en faites pas…

(les italiques et les caractères gras sont de Doucet). C’est clair !

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Reliure : René Kieffer, sur les Maris de Mlle Nounouche, de Lemonnier – premier contreplat.

Dans le numéro 467, Doucet publie un complément à son article :

Mon dernier article m’a valu deux lettres.
Je veux y répondre ici, puisque les correspondants liront cette réponse — n’ont-ils pas lu la causerie? — et en même temps elle sera sous les yeux des autres lecteurs, parmi lesquels, peut-être, il en est qui n’ont pas osé répondre, exprimer des sentiments pareils, au moins analogues, à ceux de mes interlocuteurs.
Dans l’une de ces épîtres, courtoises et sensées, je lis cette phrase :
« Ne pas faire de demi-reliure, dites-vous, Monsieur, mais alors je n’ai qu’à fermer mon atelier, puisque l’on ne me demande que cela, uniquement, et je n’aurais qu’à mourir de faim. »
Avec, plus loin, cette petite sentence : « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ».
Je réponds d’abord à cet axiome qui est bien comme tous les autres, parfaitement vrai et faux à la fois, parce que la vérité n’est pas toujours une ; elle est parfois complexe et même variable, opposable à elle-même, ainsi que le proclame un autre dicton : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà ».
Si on s’en tenait à l’exactitude de la sentence : les conseilleurs… on ne donnerait jamais aucun avis, on supprimerait toute critique et les réflexions sages, les observations sensées, d’où découlent si souvent d’heureuses améliorations ne seraient jamais énoncées.
Puis, je réponds encore à mon correspondant :
« Mon avis n’engage que moi. Vous n’êtes pas forcé, ni aucun autre, de me croire, de me suivre, même de me lire. »
J’apporte des objections, on peut m’en objecter d’autres, je montre la question sous un jour, on peut la présenter sous un autre : de ces discussions la lumière jaillira… peut-être.
Si elle est aveuglante, tant pis, mon cher correspondant; je ne veux certes pas que vous mourriez de faim. Je vous rappellerai seulement un vieil artisan de Saintes qui brûla ses meubles pour faire son œuvre, car il mourait de faim, ce dont il devint, immortel, il se nommait Bernard Palissy.
Pardon, je veux vous répondre plus clairement, plus amicalement, mon ami.
Je ne dis pas : refusez les commandes de demi-reliure que l’on vous apporte, je vous conseille seulement de causer avec votre client, qui vous écoutera au moins, vous suivra peut-être.
Montrez-lui les inconvénients, le ridicule, la laideur de celte formule hybride : la demi-reliure ; faites-lui valoir la sincérité, le goût, le chic de la reliure pleine ; même si elle emploie des matériaux peu coûteux, papier peigne pour le cartonnage, toile ou tout ersatz pour les autres.
Calculez devant lui que le prix d’une peau banale, mais de cuir tout de même, pour une pleine reliure, n’est pas supérieur au prix du maroquin nécessaire à une demi-reliure avec larges mors et grands coins proportionnés.
Car si la demi-reliure a encore des mors et des coins de demi-grandeur elle devient alors d’une mesquinerie ridicule.
Je voudrais que vous arriviez ainsi, peu à peu, à le convaincre, après vous avoir vous-même convaincu d’abord. Car vous pouvez vous demander si vous le persuaderez, puisque je ne vous ai pas persuadé moi-même.
Puisqu’on demande du nouveau, de l’inédit, ne serait-ce pas une innovation de trouver le moyen de faire de la reliure pleine au prix de la demi-reliure en employant des matériaux nouveaux qu’on n’avait pas jadis.
Pour ce qui est de la main-d’œuvre, je prétends — par raisonnement — sans être du métier, hélas! que vous n’avez pas plus de difficulté, si vous êtes relieur digne de ce nom, que vous n’emploierez pas plus de temps pour faire une couvrure en plein ou bien de la faire avec dos, coins et plats rapportés.
Alors… ne faites plus de demi-reliure et vous ne mourrez pas de faim.
Et restons bons amis, voulez-vous ?
Dans l’autre lettre, je relève une phrase, qui est inconsciemment douloureuse, à mon sens, parce qu’elle résume trop une intention humaine généralisée aujourd’hui plus que jamais, épater les autres, leur en jeter plein la vue, dit-on, soyons nets : les leurrer.
« Quand les volumes, écrit mon relieur, sont rangés dans la bibliothèque, derrière la vitre close, avec leur dos de beau cuir, même souvent mosaïqué, comme les autres, les pleins coûteux, ils font absolument le même effet. On ne voit pas les plats, ils deviennent, pour ainsi dire, tout à fait inutiles. »
Vraiment ! alors vous unissez l’art et l’utilité ; eh bien, vous allez les faire faire de beaux enfants, des horreurs.
Puis vous ne pensez pas, en écrivant ces lignes, que c’est, en somme, une duperie que vous combinez. Vous voulez, en décorant le dos de mosaïque, faire croire qu’il y en a sur les plats. Le possesseur de livres serait donc assez bêtement vaniteux pour vouloir épater ses visiteurs en leur faisant croire qu’il a de somptueuses reliures là où il n’en a que de demi.
Il pourrait aussi les inviter à déjeuner et leur servir un poulet en carton décoré, comme dans les pièces de théâtre.
Mais, objectez-vous, quand il faudra découper et manger le poulet… Parfaitement à quoi je réponds : Mais quand il faudra ouvrir la vitrine et tirer le bouquin, la honte d’être pris en flagrant délit d’orgueil mensonger sera pis encore.
D’ailleurs avez-vous songé qu’avec ce raisonnement — inutilité d’un plat qui ne se voit pas, quand le livre est en rayon — vous rendez complètement inutile, beaucoup plus encore, la doublure mosaïquée qui est une somptuosité, une gloire de la reliure.
Non, mon ami, le véritable amateur, artiste, n’a pas une belle reliure pour les autres, par gloriole, par vanité ; il la possède par amour, par goût, par passion, pour soi-même.
Je ne dis pas qu’il n’aime pas à les montrer, en disant ou en pensant : vous n’avez pas aussi beau, aussi réussi. Mais ceci c’est de l’amour car c’est un mélange d’adoration, d’attachement et de jalousie.
Et je conclus :
Mon premier correspondant, faites encore des demi-reliures pour ne pas mourir de faim, mais essayez de réagir, mon second, ne songez jamais au trompe-l’oeil, c’est presque de la malhonnêteté !… et c’est haïssable en reliure, plus qu’ailleurs. Les relieurs sont peut-être les plus loyaux des artisans.

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Reliure : Laurent, sur la Mort du Dauphin, de Daudet, premier contreplat.

L’article est illustré par diverses reliures, issues de la bibliothèque de Jérôme Doucet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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la reliure Jotau : une nouveauté présentée par Jérôme Doucet.

Dans la revue la Reliure, Jérôme Doucet, qui y tient une chronique régulière, donne un compte-rendu de l’exposition organisée, en 1933, à la Maison de France, avenue Georges V, par la Fédération de la Gravure, du Livre d’Art et des Industries qui s’y rattachent.

Dans le numéro 449, de février 1933, son compte-rendu est publié, et il y évoque une nouveauté qui l’a marqué :

La reliure pratique, et qui, chose admirable, trouve le moyen d’être artistique très sincèrement, c’est celle de MM. Brodard et Taupin. Nous consacrerons prochainement un article à cette formule nouvelle dont je ne pourrais parler ici que trop sommairement et sans avoir étudié de près la technique et les intentions, comme la portée qui me paraît très importante.

Il termine (dans le numéro suivant suite à une erreur de composition…) sa chronique en nommant cette nouvelle reliure : « le Plasco, de MM. Brodard et Taupin. »

 

Dans le numéro 458 (novembre 1933)  de la même revue il publie donc son analyse de cette nouvelle reliure, le Plasco :

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Une nouvelle reliure

On peut aimer une chose ou ne pas l’aimer, mais on doit être juste dans son jugement, en dehors de son goût personnel, il en faut toujours reconnaître les qualités.

C’est bien le cas de la nouvelle reliure que vient de mettre au point parfaitement la maison BRODARD et TAUPIN, déjà si connue pour ses reliures par jets de matières colorantes et qui donnent ‘impression de reliures mosaïquées.

Cette reliure a d’abord une indiscutable qualité, elle arrive à son heure, elle correspond exactement à l’esthétique moderne, elle est parfaitement à sa place dans un intérieur d’aujourd’hui, par sa couleur, sa matière, sa forme nettement cubique.

Un peu massive peut-être, comme les meubles actuels, elle ne peut être indifférente, passer inaperçue elle est quelque chose de nouveau et de bien.

Est-ce bien une reliure, au sens ordinaire, classique du mot ? Ça c’est un peu délicat à affirmer, elle est un peu lourde à tenir, je dis un peu, car c’est surtout une lourdeur apparente qui provient de l’épaisseur visible du plat, de la matière plastique employée pour la composer.

Car en vérité le plat est évidé à l’intérieur à la place de la doublure habituelle, mais il reste pour l’œil encore fort épais.

Ainsi relié, un livre est une sorte de bloc luisant d’une netteté, d’une propreté admirables, d’aspect peut-être un peu froid, ce n’est pas la douceur du maroquin, une peau qui s’accorde mieux avec une main d’homme, mais un livre relié ainsi appelle tout de même la main, on a le désir de le toucher, de le prendre.

Il y a un point particulièrement délicat que j’ai signalé à propos de toutes les reliures et qui ici est très marqué.

Je veux parler du rapport qui existe entre le volume et sa reliure, rapport de prix, rapport de nature.

Le prix de la reliure de M. Taupin est, sans être élevé, tout de même d’une importance suffisante pour exiger un volume lui-même d’un certain prix.

Or, un volume de valeur demande une reliure d’une qualité que ne donnera peut-être pas la reliure Taupin, qui ne fait pas peut-être suffisamment corps avec le livre et donne quand on l’ouvre une impression d’emboîtage, plus, de boite.

Le corps du livre ne garde peut-être pas assez cette masse bien homogène, le livre baille un peu, mais ceci peut sans doute se corriger par une préparation de reliure, avant la couvrure, plus serrée.

En somme, la part du relieur dans ces travaux n’est pas du tout analogue à celle d’un relieur ordinaire, avant de philosopher davantage, tâchons de présenter cette si intéressante nouveauté.

La reliure Taupin en galalite, se compose essentiellement de trois pièces, deux plats et un dos.

Je dis en galalite, mais c’est plus précisément en une matière plastique nommée étrangement POLLOPAS, c’est Kulhmann qui prépare depuis longtemps celte poudre à base d’urée, el il a fallu des années de recherches, d’études acharnées pour arriver à la mouler, et même à l’utiliser.

Cette chose bien particulière, le Pollopas est une matière vivante qui travaille sans cesse, et qu’il faut donc, si on l’emploie, faire tenir en place.

On a donc calculé son angle de déformation de telle façon que les plats, déformés mathématiquement au moment de la fabrication, redeviennent plats, à. mesure que la déformation s’atténue avec le temps.

Il a fallu ensuite mouler le Pollopas, il faut pour cette opération une température de 150 degrés et une pression de 250 kilogrammes.

Il a fallu aussi calculer le temps de pression, deux minutes et demie et résoudre une question très délicate, celle de la tombée des matières.

Quand on presse une poudre, on réduit son volume, puisque les grains se rapprochent et s’agglomèrent, il y a donc une partie de la matière qui déborde, quand il s’agit comme ici de plats rectangulaires.

Le déchet est ici de 25 %, pour éviter une trop grosse coulée, on a dû faire un prémoulage, à une pression moindre en une demi – minute on a aggloméré la poudre de Pollopas suffisamment pour qu’elle fasse un bloc qu’on peut manier, en allant délicatement.

C’est ce bloc où l’on a réservé la place de la plaque métallique du titre, le décor qui sera coloré après, avec un jet de matière que l’on moule ensuite définitivement.

Le dos aussi moulé dans un moule arrondi est fait séparément avec une machine particulière en même Pollopas.

Mais il reste encore à résoudre deux questions aussi graves, aussi apparemment insolubles, attacher les plats au dos et le livre à sa reliure, il n’y a pas de colle qui fasse adhérer un papier ou une mousseline, une toile de reliure à une matière plastique.

La question a été résolue de la manière suivante : dans la cavité intérieure du dos, ont été réservés, au moulage, des manières de saillants troués qui servent à tenir une toile perforée aux mômes places et se continuent par des rivures. Cette toile, elle, collera parfaitement avec le dos et les plats du livre même. Mais une des plus grosses difficultés était d’assembler les deux plats et le dos.

Il fallut d’abord terminer les plats du côté du dos par une sorte de scie à dents carrées et régulières qui s’emboîtent exactement dans la scie en contre-parties réservées sur chaque côté du dos (une sorte d’engrenage rectiligne qui l’emboite dans un cadre).

Puis pour maintenir ces deux engrenages emboîtés, on a prévu, c’est le brevet Crébel, un trou qui traverse de part en part toute la rangée des dents, trou calibré qui recevra une tringle d’acier.

Cette tringle, tout en maintenant le plat attaché à son dos, permet de faire pivoter le dit plat et d’ouvrir le livre tout grand aisément.

Cet agrafage est encore un brevet.

Comme on peut comprendre aisément, tout cela est minutieux et long. On ne peut mouler qu’un plat à la fois, un dos de même, il y a, au point de vue pratique, des moments perdus, ceux qui se passent en attendant que la pression soit suffisante. Et cependant, grâce à l’outillage très bien mis au point, le coût de ces reliures est demeuré très modéré.

Il y a aujourd’hui quatre couleurs, bleu, noir, vert clair et rouge, couleurs vives très modernes, qui donnent à ces livres un aspect tout à fait approprié aux intérieurs actuels.

On doit avoir chez soi quelques spécimens de ces reliures, à l’heure présente le nombre des livres ainsi recouverts est assez limité, mais les libraires éditeurs s’y mettent et nous aurons bientôt, un choix où vous pourrez trouver votre goût personnel.

Jérôme DOUCET.


On peut noter plusieurs points :

  • le nom de la reliure n’est pas clairement fixé en début d’année – Doucet parle de Plasco, et pas de JoTau, qui est, comme on le sait, une abréviation du nom de Joseph Taupin.
  • Les reliures en question sont fabriquées à partir de 1933, jusque dans les années 1950 – alors qu’on annonce couramment une fin de fabrication en 1933.
  • Il existe bien des brevets pour ces reliures, même s’il n’y a pas « un » brevet Jotau.
  • Doucet, comme souvent, est fervent partisan de la modernité ; nous sommes en 1933, en plein dans l’art déco, et cette reliure est bien de ce temps.
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vente Wittock – Alde, lot 157 – le 14 novembre 2017 : réunion de toutes les teintes Jotau

Le livre des Masques – Marie Meunier

En 1903, Jérôme Doucet publie, avec sa maison d’édition ‘le Livre et l’Estampe’, un recueil de portraits-charge, illustrés par Jules Fontanez, « le Livre des Masques« .

Comme à son habitude, en plus de l’exemplaire de tête, Jérôme Doucet en offre un exemplaire de choix à son épouse, Marie Meunier. Cet exemplaire a figuré dans le catalogue 3/1984 de la librairie Privat-l’Art de voir (qui a fermé ses portes en 2012), sous le numéro 76. Voici sa notice :

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76. [DOUCET (J.)]. Montfrileux. LE LIVRE DES MASQUES. Cent dessins de J. Fontanez. Paris, le Livre et l’Estampe, 1903, gr. in-8, maroquin havane foncé, plats à encadrements de listels mosaïqués gris fer et havane clair, enroulés en arabesques, dos à nerfs, décor mosaïqué dans le style des plats entre les nerfs, tr. dorées sur brochure, bordure intérieure encadrée d’un double jeu de 4 filets dorés, doublures et gardes de soie brochée jaune d’or, couverture illustrée conservée (les deux plats et le dos), étui bordé (Canape). 24 000 F.

100 compositions dans le texte, la moitié sur double page encadrant le texte tiré en bistre, illustrent cette galerie de portraits caricaturaux : forains, gens de cheval, chasseurs, orphéonistes etc…

Un des 50 exemplaires sur Chine (seul grand papier) avec une suite des figures avant la lettre et un dessin original signé de J. Fontanez. Exemplaire unique offert par l’auteur, Jérôme Doucet, à son épouse, avec un amusant envoi. Enrichi :

  • d’un second dessin original signé de Fontanez.
  • d’un portrait au crayon de Doucet avec cette légende de la main de l’artiste : « tel est Montfrileux vu par Fontanez ». Ce dessin est accompagné d’un texte manustrit et signé par « Montfrileux-Jérôme Doucet ».
  •  de divers documents relatifs à la réalisation de l’ouvrage : épreuves corrigées d’un texte, « le véloceman », non retenu dans l’ouvrage, relevé des sommes versées à Fontanez avec reçus signés par l’artiste, second état de la couverture etc…

Très belle reliure de Canape, très caractéristique de l’époque Art Nouveau.

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24000 francs de 1984 représenteraient environ 4000 euros aujourd’hui. A noter, comme sur d’autres exemplaires, que Marie Meunier n’a pas utilisé les services de René Kieffer – c’est le second cas retrouvé de reliure faite par Canape, après celle-ci.

 

 

exemplaire d’Anatole France

Enquête bibliophile autour d’une trouvaille au Grand Palais, les Poésies et les amours d’Anatole France

 

Sur le stand de la librairie Cambon, au milieu de belles pièces (beaux cartonnages romantiques, reliures mosaïquées, éditions originales recherchées) se trouvait un petit ouvrage, sans prétention.

Il ne montrait que son dos de maroquin beige, sans ornement : seulement l’auteur (Anatole France), le titre (poésies), et l’année (1896). Aucune dorure superflue, pas plus d’ailleurs sur les plats.
Une fois ouvert, tout de même, une riche dentelle intérieure encadre les contre-plats de tabis rouge, de même que les gardes.

Ah, tout de même ! dans la dentelle se cache la signature du relieur : R.P. Raparlier.
Voyons voir… les Poésies, Anatole France, 1896 : c’est l’édition définitive, en partie originale, publiée par Lemerre à tout petit nombre (pour les grands papiers) : 25 Hollande, 15 chine, 5 japon.

Raparlier, c’est le relieur préféré d’Anatole France, dont il évoque déjà le nom (en fait, celui de son père) dans « le livre du Bibliophile », en 1876, signé par Lemerre.Cet exemplaire est truffé. Un précédent propriétaire a laissé la fiche descriptive, avec son numéro d’inventaire. L’écriture est belle, et rappelle quelque chose…

Une carte au chiffre AC a été rajoutée. Il s’agit d’une lettre assez émouvante : «pourquoi te plais-tu donc à me faire souffrire (sic) ainsi ?» «je suis désespérée». Qui a pu écrire cette lettre, et quel rapport avec le livre ?
Un peu plus loin se trouve un ex-libris : un bouquet de fleurs, avec les initiales LAC. On retrouve le AC de la carte. Sans doute pas une coïncidence !
Allons plus loin : cet exemplaire est sur chine. Quel est son numéro ? ah ! il n’est pas numéroté ! il porte la mention « exemplaire de l’auteur » et la signature de Lemerre.
Exemplaire de l’auteur ! Mais alors, regardons mieux la fiche descriptive : eh oui, on reconnaît bien l’écriture  d’Anatole France !

Mais alors, si c’est son exemplaire, les initiales LAC doivent désigner Léontine Arman de Caillavet ! Et la carte au chiffre de AC est une lettre de Mme Arman de Caillavet à Anatole France !Petit Rappel historique : Léontine Lippmann (née en 1844) se marie en 1868 avec Albert Arman, qui se fait appeler Arman de Caillavet, du nom de sa mère. Comme de nombreux autres à cette époque, il tient beaucoup à cette fausse particule, au point de demander à changer de nom. Le Conseil d’Etat l’autorise seulement à s’appeler Arman-Caillavet, mais ce n’est pas important : le nom avec particule est passé dans l’usage courant.

Mme Arman (ou Mme de Caillavet comme on finira par l’appeler) tient salon dans son hôtel particulier, 12 avenue Hoche. Anatole France, avec qui elle entretient une liaison passionnée, voire orageuse (ce qu’illustre bien la petite carte présente dans ce livre), est toujours présent.Mme de Caillavet exercera une grande influence sur Anatole France. Elle prend une grande part dans plusieurs œuvres importantes, dont principalement « Le Lys Rouge », qui transpose leur histoire commune. Jules Renard, dans son journal, en donne un autre exemple : Pour l’adaptation à la scène de « Crainquebille », elle suggère une fin différente, adoptée par Anatole France.

Léontine Arman de Caillavet meurt en 1910. Elle laisse un fils, Gaston Arman de Caillavet, écrivain, proche d’Anatole France (ils collaborent sur l’adaptation du Lys Rouge à la scène), qui mourra en 1914. La fille de Gaston et de son épouse Jeanne Pouquet, Simone, épousera en secondes noces André Maurois.Le salon de Mme de Caillavet est fort fréquenté, et reçoit notamment un jeune homme qui n’a encore rien écrit, et qui est fasciné par Anatole France, au point d’oser lui demander cette même année 1896 une préface pour son premier ouvrage, «Les Plaisirs et les Jours» (en fait c’est Léontine qui se charge de cette demande…). Ce jeune homme, fidèle de ce salon, ami proche de la famille, saura s’en souvenir pour son grand oeuvre. On retrouve de nombreux traits d’Anatole France dans Bergotte ; Mme Verdurin, Saint-Loup, Gilberte, doivent beaucoup à la famille Caillavet.

Debout sur la chaise, Jeanne Pouquet, belle-fille de Léontine Arman. A ses pieds, un futur auteur connu.

Mme de Caillavet reçoit de nombreux écrivains, et logiquement sa bibliothèque s’enrichit de leurs ouvrages, envoyés par leurs auteurs reconnaissants. Anatole France lui fera de nombreux cadeaux pris parmi sa bibliothèque personnelle, qui porteront donc logiquement l’ex-libris LAC.

Ces ouvrages, avec ceux de sa belle-fille Jeanne Arman de Caillavet (Jeanne Pouquet) seront dispersés à Drouot, les 1er et 2 juin 1932.

Les poésies, exemplaire de l’auteur, figure dans le catalogue, sous le numéro 72. Voici sa description :

La fiche descriptive d’Anatole France, bien que volante, est toujours dans l’ouvrage ! mais entretemps celui-ci s’est enrichi de la carte, qui bien évidemment a été acquise à une autre occasion.

Le lot a été adjugé 530 francs, auxquels il faut ajouter 14% de frais de vente : 600 francs de 1932, ce qui donnerait aujourd’hui 375 euros.

Le lot suivant du catalogue de 1932, le numéro 73, est ainsi décrit :

Il a été adjugé 500 francs, ce qui donnerait 350 euros.

A noter au passage qu’il est décrit comme petit in-12, et le précédent in-16, alors qu’il s’agit de la même édition ! d’ailleurs les deux indications ne sont pas plus exactes l’une que l’autre ; il s’agit d’un format in-4°, mais les dimensions correspondent à un format in-12.
tirages_France
à gauche, le tirage de tête sur chine ; à droite le tirage courant.
Ce livre remarquable par sa dédicace peut être suivi depuis cette vente. En effet, Vandérem parle de cet exemplaire dans « Gens de qualité ». Il est passé dans les bibliothèques successives de Jacques Dennery (1984, lot 87) puis du Colonel Sicklès (vente IX, 1991, lot 3641). On le retrouve en 1999 chez Piasa, vente du 28 avril, lot 496, adjugé 7500 francs (soit 1450 euros aujourd’hui).D’autres ouvrages du catalogue de 1932 peuvent être également suivis.
Voici notamment le numéro 34 : Les noces Corinthiennes. Cet exemplaire possède une très belle reliure de Raparlier, dans laquelle une miniature du XVIIe siècle a été insérée. Il a fait partie de la collection Hayoit, et figure à sa vente sous le numéro 407. Il est récemment repassé en vente, chez Briest-Poulain-Tajan, le 16 octobre 2013, sous le numéro 33. Vendu 4000 francs en 1932, puis estimé 1500 euros en 1995, il a été adjugé 3000 euros (avec les frais) l’an dernier.
Hayoit avait un second ouvrage provenant de cette vente : La Rôtisserie de la Reine Pédauque, lot numéro 417, exemplaire numéro 1 sur japon, relié par Raparlier, estimé 1500 euros. Cet exemplaire figurait à la vente de 1932 sous le numéro 58 ; il avait été adjugé 7600 francs. Il contient également sa fiche descriptive de la main d’Anatole France, et un fragment autographe de l’épitaphe de Jérôme Coignard. Cet exemplaire avait fait partie de la collection Simonson (vente de 1946, numéro 379).

Le numéro 112 de la vente de 1932, «Histoire de Dona Maria d’Avalos et du Duc d’Andria», revêtu d’une reliure très décorative de Carayon, avait été adjugé 1400 francs à l’époque.

Il est repassé en vente chez Binoche et Gicquello le 9 novembre 2012 (lot 55) où il a obtenu 2200 euros. Comme plusieurs autres exemplaires de cet ensemble, il a fait partie de la bibliothèque de Léontine, puis de sa belle-fille Jeanne. Ces livres, qui n’avaient pas d’autographe originellement, ont alors été dédicacés par Anatole France à Jeanne Pouquet.

la reliure à la Lamoignon

 

Connaissance de la Reliure : la reliure « à la Lamoignon »

« Reliure à la Lamoignon ». Cette expression familière n’est pas une invention récente : on la trouve dans les Bibliographical decameron, publiées en 1817 par Thomas Dibdin. Et ce bibliographe n’est pas tendre avec ce style : « De tous les styles du plus mauvais goût, lequel égale la Reliure à la Lamoignon ?« , style qu’il qualifie par ailleurs de « Hideous and Tasteless« .
Mazette ! il faut aller voir de plus près.
Etiquette de la bibliothèque Lamoignon.
La bibliothèque Lamoignon, « Bibliotheca Lamoniana« , d’après l’étiquette collée sur le contreplat de ses livres, est une des fameuses bibliothèques constituées sur plusieurs générations, par une famille de noblesse de robe : les lamoignon de Bâville.
Pour l’historique de la famille, et de cette bibliothèque fameuse, il faut relire l’article : http://histoirebibliophilie.blogspot.fr/2013/08/bibliothecalamoniana_1.html
Au XVIIIe siècle, la bibliothèque est la propriété de Chrétien-François de Lamoignon (1745-1789). Il ne faut pas le confondre avec son petit cousin Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794), défenseur de Louis XVI. Le premier se suicide au début de la Révolution, le second est guillotiné.
Chrétien François a développé la bibliothèque dont il a hérité, et a fait relier ses nouvelles acquisitions, récentes ou non, à son relieur, Enguerrand, suivant ses directives, qui ne sont donc pas du goût de Dibdin.
Après sa mort, la bibliothèque est vendue en 1791, principalement au marchand Thomas Payne, qui la détaillera dans les années suivantes, en France et en Grande Bretagne. Payne édite un nouveau catalogue de cette bibliothèque en 1793. En 1797, un catalogue de la bibliothèque de Lamoignon-Malesherbes est publié par Nyon, dans lequel se trouvent des ouvrages présentant les caractéristiques de la Bibliotheca lamoniana, mais qui ne figurent pas dans le cataloque de 1791.
Quelles sont donc ces caractéristiques qui permettent de repèrer facilement un ouvrage sorti de cette bibliothèque ?
Tout d’abord, assez classiquement, une étiquette de bibliothèque apposée au premier contreplat. Rectangulaire, assez neutre, l’étiquette porte la cote de l’ouvrage, sous la mention « Bibliotheca Lamoniana« .
Ensuite, sur une des premières pages de chaque tome, un tampon avec un L couronné. Ce tampon n’est pas apposé sur la page de titre, mais sur une des premières pages du texte.
Tampon au L couronné, sur une des premières pages des Oeuvres de Règnier, 1746.
Les livres, quand ils sont reliés au XVIIIe siècle, le sont le plus souvent en maroquin, qu’on attribue à la famille Anguerrand ou Enguerrand : soit Pierre, reçu maître en 1726, soit son fils Etienne, maître en 1747, soit encore Pierre-Etienne, reçu maître en 1771.
On les attribue sur des critères logiques : certaines de ces reliures sont signées, pour d’autres on dispose encore de la facture. Pour les autres, c’est plus compliqué : l’activité de ces relieurs a pu être contemporaine ; la date de reliure de certains ouvrages n’est pas connue ; la plupart d’entre elles ne sont pas signées. L’attribution se fait sur la ressemblance, la présence des « caractéristiques Lamoignon« , et se limite à « Enguerrand », sans spécifier de quel relieur il s’agit.
Le plus souvent, la reliure est en maroquin, à dos plat. Sur les plats, un double filet doré, avec une rose en coin.
Mably, entretiens de Phocion, in12, 1763. Catalogue Lamoignon, 1791, numéro 3868 (parmi d’autres livres de Mably). Librairie Amélie Sourget.
Jusque là, rien que de très classique. Mais voici donc les fameuses « caractéristiques Lamoignon« .
Outre la pièce de titre en maroquin, on trouve une pièce en queue, toujours en maroquin. Cette pièce porte souvent la date, et peut comporter la cote du livre dans la bibliothèque. Dans certains cas cette cote est dorée dans un caisson au dessus de la pièce portant la date.Pour les livres en plusieurs tomes, la pièce en queue n’est présente le plus souvent que sur le premier tome.
Historiae Augustae. Catalogue lamoignon, numéro 4357. Librairie George Bayntun.
Ceci donne un aspect inhabituel à ces reliures ; on est habitué à trouver la date sur un dos de reliure, d’ailleurs pas sur une pièce de maroquin, mais la règle dans ce cas est de conclure que la reliure n’est pas d’époque : le plus souvent il s’agit d’un maroquin du XIXe, d’un grand atelier, sur un livre (beaucoup) plus ancien. Voici donc une exception à cette règle.
Voiage de Gautier Schouten aux Indes Orientales. Amsterdam, 1708. 
Catalogue Lamoignon 1791, numéro 3709. 
Vente Christie’s du 9 décembre 2014, Paris. 
Lot 52, adjugé 3600 euros avec les frais. Librairie Hérodote.
Ces livres, dispersés dès la Révolution, ne sont pas rares : le catalogue de 1791 comptait environ 6000 numéros, auxquels il faut ajouter quelques titres du catalogue Malesherbes de 1797. Des titres présentant ces caractérisques apparaissent plusieurs fois par an dans les grandes ventes aux enchères, et figurent au catalogue de librairies réputées.
Curiosité : les numéros 2716 (oeuvres de Régnier, édition de 1733) et 2717 (oeuvres de Régnier, édition de 1746) sont passées en vente à quelques mois d’intervalle, chez Sotheby’s (Paris), le 6 novembre 2014 pour le premier, et De Baecque (Lyon) pour le second.
En juillet 2016, le numéro 3498 (Acajou et Zirphile, 1744, in-12, fig. d’après le catalogue) a été vendu 458 euros sur ebay – il est alors décrit comme un in-4 ce qui est effectivement plus probable.
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