Edouard Pelletan et Adolphe Bordes.

Édouard Pelletan, né en 1854 et mort en 1912, est un éditeur important de la période 1900. Plusieurs bibliographes ont étudié sa production, dont Léopold Carteret, et tout récemment dans les Architectes du Livre (journées d’études de l’Université Paris Nanterre).

Sa bibliographie est complexe, et sera l’objet d’un autre article. Je voudrais ici insister sur le rôle joué par un bibliophile, ami et soutien de Pelletan, Adolphe Bordes.

Au début de l’année 1896, Édouard Pelletan a quarante-deux ans ; il vient de démissionner de son poste de fonctionnaire au Ministère des Affaires Étrangères. Il fonde sa maison d’éditions en reprenant les locaux de la Revue Illustrée, de la famille Baschet, et a déjà un programme très élaboré, qu’il annonce dans une plaquette distribuée largement (cinq cents exemplaires offerts à MM. les Bibliophiles, et cent exemplaires vendus, pour le premier tirage, un second tirage est rapidement effectué, non limité) : Le Livre, plaquette programme dans laquelle il énonce les principes et les idées qui vont le guider ; complétée par une annonce des premières publications mises en chantier – pas moins de quatre livres de bibliophilie, pour la première année :

  • Musset : les Nuits, et Souvenir, illustrations par A. Géradin, gravées par Florian ;
  • Moreau : petits Contes à ma sœur, illustrations par Dunki, gravées par Clément Bellenger ;
  • Villon : les Ballades, illustrations par Gérardin, gravées par Julien Tinayre ;
  • Beaumarchais : le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro, illustrations de Daniel Vierge, gravées par Cl. Bellenger.

Ce programme ne sera pas intégralement respecté ; Le livre de Beaumarchais sera retardé et remplacé par L’Oaristys, de Théocrite, illustré par Georges Bellenger, la gravure étant de Froment.

Le premier livre est annoncé pour le 15 février ; c’est un peu optimiste : l’achevé d’imprimer est daté du 21 mars. Le second est annoncé pour le 1er mars ; là également il y a un décalage : les grands papiers sont achevés d’imprimer le 20 mai, la suite le 25 juin 1896.

Ce sont des livres de haute bibliophilie : la justification annoncée, qui ne sera pas tout à fait respectée, est la suivante :

  • un exemplaire, n° 1, sur satin, in-4 raisin (texte réimposé) avec une aquarelle originale et une double suite d’épreuves d’artistes signées, sur japon et sur chine (à souscrire) ;
  • un exemplaire, n° 2, sur whatman in-4 raisin, texte réimposé, contenant tous les dessins originaux avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine (à souscrire) ;
  • 23 exemplaires, de 3 à 25, sur japon ancien, à la forme, in-4 raisin, contenant tune aquarelle originale, une double suite d’épreuves d’artistes signées. 500 Fr ;
  • 25 exemplaires, de 26 à 50, sur japon des manufactures impériales, avec un tirage à part de toutes les gravures sur japon ancien et sur chine. 200 Fr ;
  • 50 exemplaires, de 50 à 100, sur chine fort, avec un tirage à part de toutes les gravures, sur japon ancien et sur chine, au prix de 150 Fr ;
  • 100 exemplaires, de 101 à 200, in-8 raisin, sur vélin à la cuge des papeteries du Marais, avec un tirage à part sur japon ancien à la forme de toutes les gravures, au prix de 100 Fr ;
  • 300 exemplaires, de 201 à 500, in-8 raisin, sur vélin à la cuve des papeteries du Marais, au prix de 50 Fr.

Comme on le voit le budget de chaque édition est conséquent : 50 000 francs par livre, soit 200 000 francs de budget pour la première année. Édouard Pelletan compte sans doute sur les souscriptions pour financer cette somme ; mais il doit tout de même en avancer une partie, puisqu’il fournit des spécimens des gravures dans sa brochure – il ne peut attendre les souscriptions pour mettre en chantier ces publications. Pelletan, bien sûr, ne se lance pas seul, sans appuis. Membre des cercles positivistes, Il peut compter notamment sur Noël Clément-Janin, ainsi que sur Anatole France ; et aussi sur la famille de son épouse, Caroline Tinayre.

Justement, le 29 mai 1896, Clément-Janin fait paraître, dans la Petite Presse, l’entrefilet suivant :

BIBLIOPHILIE
Je viens de voir – spectacle peu banal, – un livre de quatre mille francs !
Et un livre moderne, ce qui est mieux ! Un livre qui n’est pas d’hier, mais qui sera né demain, car l’édition n’est pas encore prête, et seuls, les vingt-cinq exemplaires de grand luxe sont en ce moment tirés. L’auteur ? Hégésippe Moreau. L’ouvrage ? Les Petits Contes à ma Sœur !
Qu’est-ce qu’on peut mettre, demandez-vous, dans un livre pour qu’il puisse valoir 4,000 fr. ? Oh ! gens peu bibliophiles, qui ignorez le prix du papier vélin à la cuve, des impressions extra-soignées, de la gravure sur bois quand elle est signée Clément Bellenger, et des dessins originaux, quand il sont dûs au crayon spirituel de Dunki !
Ce n’est que cela que l’on met dans les volumes d’art, à la naissance desquels préside M. Edouard Pelletan, dont le nom restera attaché à la rénovation de l’illustration par la gravure sur bois. Et cela suffit pour créer un chef-d’œuvre bibliophilique, que M. Adolphe Bordes, le successeur des de Thou, des La Vallière, des de Soleine, des Pixérécourt, des Nodier, des Janin, va placer sur ses rayons rivaux de ceux de M. Béraldi.
Heureux M. Bordes, dont la mémoire passera à la postérité, sur les ex-libris de ses livres, avec la réputation d’un homme fortuné qui fut en même temps un homme de goût. C.-J.

Adolphe Bordes, né en 1860 à Paris, mort en 1918 à Arcachon, dans la Villa Algérienne (au Cap-Ferret) de son beau-père Léon Lesca, est un armateur bordelais – pas n’importe lequel : « chef de la plus importante maison à voiles du monde entier » indique son dossier de Légion d’Honneur, obtenue en 1907. Bibliophile, il sera membre de la société Les XX, et également des Amis des Livres (membre correspondant), avec son cousin Henri Bordes, il est Trésorier-Archiviste de la société le Livre Contemporain.

De gauche à droite : Louis Barthou, Félix Lesueur, le Baron de Claye et Adolphe Bordes. Almanach Pelletan 1899.

Adolphe Bordes souscrit l’exemplaire numéro 2, d’après la justification indiquée plus haut ; mais cette justification n’était qu’indicative ; voici la justification telle qu’indiquée dans le livre :

  • un exemplaire unique, sur satin, in-4 raisin (texte réimposé) avec six aquarelles originales et une double suite d’épreuves d’artistes signées, sur japon et sur chine ;
  • un exemplaire, n° 1, sur whatman in-4 raisin, texte réimposé, contenant tous les dessins originaux avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine ;
  • un exemplaire, n° 2, sur whatman in-4 raisin, texte réimposé, contenant les maquettes et croquis de l’illustrateur avec une aquarelle originale, les frisquettes du graveur et une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine ;
  • 26 exemplaires, de 3 à 28, sur japon ancien, à la forme, in-4 raisin, contenant tune aquarelle originale, une double suite d’épreuves d’artistes signées ;
  • 2 exemplaires, de 29 à 30, sur vélin blanc à la forme des papeteries du Marais, in-4 raisin (texte réimposé) contenant une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine ;
  • 25 exemplaires – de 31 à 55 – sur japon des manufactures impériales, avec un double tirage à part sur japon ancien et sur chine de toutes les gravures ;
  • 50 exemplaires – de 56 à 105 – sur chine fort, avec un double tirage à part sur japon ancien et sur chine de toutes les gravures ;
  • 100 exemplaires – de 106 à 205, in-8 raisin, sur vélin à la cuge des papeteries du Marais, avec un tirage à part sur japon ancien à la forme ou sur chine ;
  • 145 exemplaires, de 206 à 350, in-8 raisin, sur vélin à la cuve des papeteries du Marais.

Comme on le voit, Adolphe Bordes a bien l’exemplaire numéro 1 de cet ouvrage.

Adolphe Bordes n’est pas seulement un bon client pour Pelletan, c’est aussi un ami. On en a plusieurs signes, comme par exemple la dédicace de la Prière sur l’Acropole, de Renan, que Pelletan publie en 1899 :

Cette édition établie à la gloire des Lettres françaises pour l’Exposition Universelle de 1900 est dédiée à monsieur Adolphe Bordes comme un hommage reconnaissant de son dévoué E. P.

source : gallica.bnf.fr

On en trouve également une trace dans une lettre d’Anatole France à Adolphe Bordes, insérée dans son exemplaire (numéro 1 bien sûr) des Poèmes du Souvenir, publié par Pelletan en 1910 (la lettre en question est publiée sur le blog du Bibliophile) :

[…] Je n’oublie pas que, en compagnie d’Edouard Pelletan, mon ami et le vôtre, vous m’avez accueilli gracieusement au milieu de vos nobles richesses[…]

On en trouve un autre témoignage dans la préface du Catalogue général de l’Œuvre d’Édouard Pelletan, publié en 1913, par Clément-Janin :

[…] quand il fallut se prononcer sur le risque d’une opération, M. le docteur Jayle […] s’empressa-t-il de réunir une sorte de conseil de famille. Ce conseil était composé de la plupart de ceux dont on retrouve, non sans mélancolie, les noms sur la dédicace, pleine d’affection et d’espoir, du denier livre de Pelletan : Les Travaux et les Jours et La Terre et l’Homme. C’étaient : MM. Anatole France, Louis Barthou, Adolphe Bordes, les docteurs Hillemand, Gagey, et le signataire de ces lignes [Clément-Janin].

Cette phrase fait référence à la dédicace insérée en tête du dernier livre préparé par Pelletan, puis publié par son gendre René Helleu : Les Travaux et les Jours et La Terre et l’Homme. Voici cette dédicace :

En tête de ce livre d’humanité
qui glorifie l’effort vainqueur
j’inscris avec une juste reconnais-
sance et une joie tendrement émue
le nom des amis qui, d’un zèle
inlassable, m’assistèrent dans une
crise doublement douloureuse

à ceux
qui me conservèrent la vie
aux docteurs
Constant Hillemand, Pierre Gagey
Jayle et Monprofit

à ceux
qui me la rendirent plus chère
à mesdames
Jeanne Henri Chabal et Pierre Gagey
à
Anatole France
Adolphe Bordes, Louis Barthou
Clément-Janin

Comme on le voit, Adolphe Bordes, depuis les débuts, est un fidèle de Pelletan, au premier rang. Cet ami souscrira (systématiquement ?) aux premiers numéros des ouvrages publiés. Et quand, pour certaines éditions, la justification ne mentionne pas d’exemplaire numéro 1 particulier, alors son exemplaire indique « exemplaire unique, imprimé pour Monsieur Adolphe Bordes ».

exemplaire d’Adolphe Bordes de l’Almanach du Bibliophile

Ces livres seront, pour certains, luxueusement reliés, notamment par Marius-Michel. Ce n’est toutefois pas général ; un certain nombre restent en feuilles. Après la mort d’Adolphe Bordes, une grande partie de sa collection intègre la collection de Suzanne Courtois – celle-ci en fera relier, souvent par les frères Maylander, et y apposera son ex-libris.

un des nombreux exlibris de Suzanne Courtois. Il existe en différentes couleurs, et également une version papier.

Voici un florilège de certains de ces livres, qui sont passés en vente ces dernières années :

1900. Les Syracusaines.

Vente Alde du 3 décembre 2012, lot 83. Estimé 4000 à 5000 euros.

THÉOCRITE. Les Syracusaines. Paris, Pelletan, 1900. 2 volumes grand in-4, maroquin vert, listels de maroquin vert foncé et rouge sertis d’or en encadrement des plats, dos à nerfs orné, tranches dorées, dentelle intérieure dorée, doublure de maroquin rouge ornée d’une frise florale mosaïquée en maroquin de différents verts avec fleurons dorés aux angles, gardes de soie, doubles gardes, couverture, chemise et étui. (Marius Michel).

Édition illustrée de 16 compositions de Marcel Pille, gravées par Froment Fils, tirée à 350 exemplaires.

Exemplaire n°1 nominatif pour Adolphe Bordes sur Whatman, avec texte réimposé, contenant les dessins originaux, dont 4 très importantes aquarelles à pleine page, et une double suite d’épreuves d’artiste signées sur japon mince et sur chine. Les dessins originaux sont reliés dans le volume de texte. Les suites sont reliées à part dans une reliure en demi-maroquin à coins.

De la bibliothèque Suzanne Courtois, avec ex-libris.

1901 – Poèmes en prose.

Vente Beaussant-Lefèvre, collection jean-Claude Delauney, 23 octobre 2019, lot 29. Adjugé 5500 euros plus les frais.

GUÉRIN (M. de). Poèmes en prose. Paris, Pelletan, 1901, grand in-4°, maroquin bleu janséniste, dos à nerfs,
doublure de maroquin havane sertie d’une large guirlande florale mosaïquée de maroquin vert, couverture, tranches dorées sur témoin, étui gainé de même maroquin (Marius Michel). 5000/7000€
L’une des plus belles publications d’Édouard Pelletan (1854-1912).
7 compositions d’Henri Bellery-Desfontaines (1867-1909), gravées sur bois par Ernest Florian (1863-1914).
Exemplaire n° 1, cité par Carteret, imprimé sur papier Whatman pour Adolphe Bordes, le grand collectionneur bordelais. Il contient :

  • tous les dessins originaux (pleines pages, ornements, initiales), la plupart sont signés ou monogrammés, soit 18 feuillets.
    Seul n’y figure pas le fleuron du deuxième plat de couverture. Ils ont été montrés en même temps que ceux de Steinlen pour L’Affaire Crainquebille (n°21) à l’exposition organisée par l’éditeur Pelletan en décembre 1900. Ces deux ensembles (livres et dessins) ont ensuite appartenu à Suzanne Courtois, puis à Jean-Claude Delauney ;
  • une suite des 7 compositions (pleine page, en-tête et cul-de-lampe) sur japon mince signées par Florian ;
  • une suite des 7 compositions (pleine page, en-tête et cul-de-lampe) sur japon mince signées par Florian ;
  • une suite des décompositions des couleurs des 7 illustrations (pleine page, en-tête et cul-de-lampe) sur japon mince, soit 41 planches.
    Le volume de suite est en demi-maroquin bleu à coins ; il s’ouvre sur la page de titre du livre.
    Provenances : Adolphe Bordes ; Suzanne Courtois, avec son ex-libris.

1902 – cinq poèmes.

Vente Beaussant-Lefèvre, collection jean-Claude Delauney, 23 octobre 2019, lot 32. Adjugé 11000 euros plus les frais.

HUGO (V.). Cinq poèmes. Paris, Pelletan, 1902, 2 volumes in-4°, maroquin prune, couronne de laurier irradiante sur les deux plats, dos à nerfs, doublures de maroquin vert (serti d’une guirlande florale dorée pour le volume de texte ; vierge pour celui des dessins), gardes de tabis prune, couverture et dos, tranches dorées sur témoins, chemise et étuis gainés de maroquin prune (E. & A. Maylander). 4 000 /6 000 €
Édition publiée pour le centenaire de la naissance de Victor Hugo (1802-1885).
35 compositions d’Auguste Rodin (vue d’un buste sculpté de Hugo gravée sur bois), d’Eugène Carrière (5), de Daniel Vierge (4 vignettes et 3 lettrines historiées), Adolphe Willette (3), Louis Dunki (4), Alexandre-Théophile Steinlen (15). L’ensemble gravé sur bois par Fr. et E. Florian, Crosbie et Duplessis, L. Perrichon et É. et E. Froment…
EXEMPLAIRE UNIQUE (n° 1), cité par Carteret, réimposé sur Whatman, imprimé pour Monsieur Adolphe Bordes, il contient :

  • les dessins originaux de Daniel Vierge, au crayon avec rehauts à la sanguine et à la gouache (4), Adolphe Willette, au crayon avec rehauts à la gouache et à l’encre de Chine (3), Louis Dunki, crayon et encore de Chine à la plume et au lavis (5) et Théophile-Alexandre STEINLEN, au crayon, au crayon gras, à la gouache et à l’encre de Chine (15), soit 27 dessins sur 26 ff.
    Tous sont signés ou monogrammés, parfois annotés ; quelques feuillets comportent des croquis au verso ;
  • une double suite d’épreuves d’artiste sur japon mince et sur chine (4 des 5 estampes d’après Carrière comportent également une décomposition des tons en deux planches), soit 86 planches ;
    Sont joints :
  • une LAS du libraire René Helleu à Mme Courtois, 2pp. in-4° datées « 14 mai 1959 ».
    « … Il est bien évident que lorsqu’Édouard Pelletan rédigea l’annonce du tirage de ses Cinq poèmes de Victor Hugo, il n’avait pas réalisé que les originaux des artistes illustrateurs seraient particulièrement difficiles à réunir dans un format unifié, d’emblée Rodin, qui offrait sa sculpture, était hors de jeu ; Carrière aussi avec son illustration peinte sur toile. Deux exemplaires Whatman ont dû être tirés pourtant, quant à moi je n’en ai jamais vu aucun… » ;
  • 2 bulletins de souscription (l’un sur vélin, l’autre sur japon) et un carton d’invitation au nom de M. et Mme Bordes pour « une heure de poésie et de musique » aux Éditions d’art.
    L’exemplaire est parfaitement conservé.
    Dimensions : 343 x 256 mm (pour le volume de texte) ; 380 x 279 mm (pour le volume des dessins).
    Provenances : Adolphe Bordes, le grand collectionneur ; Suzanne Courtois, avec son ex-libris.

La reliure a probablement été commandée par Suzanne Courtois. A noter que cet exemplaire figure sur le site d’un libraire, sans le second volume de dessins, mais avec les dessins de Daniel Vierge, Willette et Dunki.

1902 – le Procurateur de Judée.

Vente Beaussant-Lefèvre, collection jean-Claude Delauney, 23 octobre 2019, lot 23. Adjugé 6500 euros plus les frais.

Le Procurateur de Judée. Paris, E. Pelletan, 1902, grand in-4°, maroquin havane, double listel de
maroquin havane et rouge autour des plats, dos à nerfs orné de même, doublure de maroquin rouge ornée d’un large décor floral mosaïqué de box vert et havane, couverture, tranches dorées, chemise et étui gainés de même maroquin (Marius Michel). 2 500 / 3 500 €.
14 compositions d’Eugène Grasset, gravées sur bois par Ernest Florian (1883-1914).
EXEMPLAIRE UNIQUE, imprimé sur papier Whatman pour Adolphe Bordes. Il contient :

  • les 14 dessins originaux de Grasset. Le cul-de-lampe de la p. 44 n’y figure pas ;
  • une suite d’épreuves d’artiste sur japon mince, avec la décomposition des couleurs pour les bois en couleurs ;
  • une suite d’épreuves d’artiste sur chine, avec la décomposition des couleurs pour les bois en couleurs.
    L’ensemble des suites est formé de 77 planches.
    Le volume de suite est relié en demi-maroquin havane à coins, il s’ouvre sur le feuillet de titre du livre.
    Provenances : Adolphe Bordes, le grand bibliophile bordelais ; Suzanne Courtois, avec son ex-libris ; Bogousslavsky, avec son ex-libris placé ici en début de volume.

1910 – Les Poèmes du Souvenir

  • France, Anatole — PaulÉmile Colin et Pierre-Eugène Vibert
  • Les Poèmes du souvenir. Paris, Édouard Pelletan, 1910.

Exemplaire n° 1, du grand bibliophile Adolphe Bordes.

In-4 (305 x 250 mm). Maroquin prune, grand décor floral et géométrique aux plats, mosaïqué de maroquin ocre, mauve, lilas, brun et bleu marine, dos à nerfs, décor mosaïqué de maroquin bleu, doublure de maroquin taupe à décor mosaïqué encadré de filets dorés, gardes de soie aux motifs brodés, tranches dorées (Marius Michel). Étui doublé de Got & Vilaine.

Édition illustrée de 26 bois originaux, dont 15 par P.E. Vibert et 11 par P.-E. Colin.

Exemplaire de tête. Tirage à 365 exemplaires, dont 25 de présent, celui-ci n° 1, imprimé pour M. Adolphe Bordes, sur vélin crème filigrané « WBW ».

Exemplaire unique, enrichi de :
– 36 dessins originaux par Vibert et Colin : les 26 dessins originaux des bois et 10 autres dessins ou essais des mêmes artistes, non retenus. Vibert a exécuté les portraits des poètes, les vignettes, culs-de-lampe et ornements tirés en ocre dans le texte, les dessins originaux sont à la mine de plomb avec rehauts de lavis. Colin est l’auteur des illustrations hors texte, tirées en noir, dont les originaux sont ici réalisés au fusain, parfois rehaussés au crayon de couleur ou au pastel blanc.
– France, Anatole. Une lettre et un manuscrit autographes et signés. Par l’intermédiaire de l’éditeur Pelletan, Anatole France est heureux d’offrir quelques lignes de sa main à Adolphe Bordes, qui l’a déjà gracieusement accueilli « au milieu de [ses] nobles richesses« . Il a joint à sa lettre le manuscrit des dernières lignes de son étude sur les trois poètes réunis dans cet ouvrage : Lamartine (Le Lac), Hugo (Tristesse d’Olympio) et Musset (Souvenir).

Vente Sotheby’s, Paris, le 31 mai 2016, lot 101, estimé 3000 à 4000 euros.

1910. La Chanson des Gueux

Ce livre n’est pas décrit dans une fiche de libraire ou de commissaire priseur ; il fait partie des collections de la Bibliothèque Cantonale et universitaire de Lausanne. Sa fiche est consultable ici.

La chanson des Gueux par Steinlen. Non coté. BCU Lausanne.

Jean Richepin, La chanson des gueux
Edition intégrale décorée de 252 compositions originales de Steinlen
Paris : Edouard Pelletan, 1910

USC 2570

Un des trois exemplaires de tête réimposé sur papier Whatman, avec une suite sur japon et une suite sur chine, deux prospectus et un carton d’invitation pour l’exposition des dessins de Steinlen (n° 1, imprimé pour Adolphe Bordes), relié en 4 volumes par Marius Michel en plein maroquin havane, plats intérieurs en maroquin tête de nègre, gardes de tissu ocre, tranches dorées sur témoins.
Cet exemplaire comporte 234 grandes compositions originales ayant servi à l’illustration, 29 dessins des bandeaux et lettrines du « glossaire argotique » et de la table des matières (une des lettres ornées manque), l’encadrement de la justification du tirage où figurent les portraits de Steinlen­, Richepin et Pelletan, un grand portrait de Richepin et 9 dessins non utilisés, soit en tout 272 compositions originales (mine de plomb, fusain, encre noire, gouache blanche et crayon bleu), la plupart à la dimension du livre réimposé (36 x 26 cm), parfois plus grandes, sur des feuillets repliés.

Paul-Émile Colin et la Grande Guerre, II.

Dans cet article, je montrais l’activité assez réduite de Paul-Émile Colin pendant la première Guerre mondiale. En fait, cet article se concentrait sur l’activité en rapport avec la bibliophilie : essentiellement les gravures de Colin, publiées dans des livres, de luxe ou non.

Mais Colin, principalement connu comme graveur, est également peintre. Et à ce titre, il a, comme de nombreux autres artistes de cette époque, témoigné de la Guerre, en répondant à l’appel des Armées aux artistes (principalement des peintres) en 1916 et 1917.

On peut lire à ce sujet cet article, publié sur le site du musée des Armées.

Dans le cadre de ces missions d’artistes, encouragées voire demandées par l’armée, Paul-Émile Colin a participé deux fois, en juin 1917, puis en aout 1917. Une exposition, au Luxembourg, sera organisée pour présenter les résultats de ces missions. Le 20 octobre 1917, dans le Temps, le journaliste Thiébault-Sisson donne un compte rendu de cette exposition, sous le titre Au musée du Luxembourg / l’exposition des peintres aux Armées – ce journaliste fait d’ailleurs partie de la Commission chargée des achats par l’armée, son avis est donc important.

source Gallica.bnf.fr

Suite à ces expositions, au moins trois toiles ont été acquises par le musée des Armées. Ces toiles ne représentent pas des combats, mais plutôt soit l’activité en arrière des lignes, soit les dégâts des bombardements. C’est général pour tous les artistes, et c’est normal : s’ils sont envoyés au front, ce n’est pas en première ligne bien sûr ; et d’autre part la guerre moderne, en 1917, ne se prête pas aux tableaux héroïques des siècles passés.

Les trois tableaux de Colin achetés sont les suivants :

Ruines du château de Ham.

Dimensions : 27,5 cm sur 34,5 cm ; aquarelle et gouache sur papier marouflé sur carton. Musée de la Guerre à Paris.

Pont sauté à Noyon.

Dimensions : 27,5 cm sur 34,2 cm ; aquarelle et gouache sur papier marouflé sur carton. Musée de la Guerre à Paris.

Hôtel de ville de Roye.

Dimensions : 27,5 cm sur 34,2 cm ; aquarelle et gouache sur papier marouflé sur carton. Musée de la Guerre à Paris.

Paul-Émile Colin et la Grande Guerre.

Paul-Émile colin, né en 1867, a donc cinquante ans pendant la Guerre ; en 1914 il s’engage comme médecin auxiliaire, à Sceaux, (sa première profession) et sera employé par l’armée comme dessinateur, sur les théâtres des grandes batailles de 1914, et notamment la bataille de l’Ourcq, un épisode de la bataille de la Marne.

De ce passage aux Armées nous reste un album in-folio, dans lequel Colin retrace certains lieux de la bataille, en vingt-deux lithographies, sous le titre « Les Routes de la grande guerre. La bataille de l’Ourcq ». Les sujets retenus sont nettement plus bucoliques que guerriers ; dans certains cas, seule la légende permet d’imaginer ce qui a pu relier le paysage choisi à la bataille. Le texte de présentation, par contre, est très patriotique – l’album est publié en 1917.

l’orme plaideur : l’arbre a pu servir de guet…

On peut lire plus de détails sur cet album, ainsi que sur les autres in-folio de Colin, dans cet article.

Colin, graveur de son état, a produit et diffusé de nombreuses gravures sur bois, sa technique de prédilection. Mais dans toute son abondante production, la guerre n’apparait (quasiment) jamais. Et en tant qu’illustrateur d’ouvrages (le plus souvent de bibliophilie) la guerre est également absente, comme on peut le constater en lisant sa bibliographie : le seul livre traitant de la guerre est l’ouvrage de André Fribourg, Croire, histoire d’un soldat, publié en 1917 chez Payot, et illustré d’un frontispice sur bois de Colin.

A. Fribourg, Croire, frontispice de Colin.

Paul-Émile Colin a tout de même produit quelques gravures sur la Grande Guerre, en plus de ce frontispice.

La guerre racontée par nos généraux.

Après guerre, la librairie Schwarz publie un ouvrage en trente livraisons, à six francs chacune, qui connaîtra une grande diffusion : la guerre racontée par nos généraux. Le livre, en trois tomes, sera publié de 1919 à 1922. Il est écrit (ou du moins signé) par le général Dubail et le maréchal Fayolle, et contient de nombreux documents (cartes, vues panoramiques, représentations des armes et équipements…) mais aussi de nombreuses gravures, sur bois (près de sept cents).

Les pages de titre nous indiquent les principaux auteurs (dessinateurs et graveurs), au premier rang desquels Charles Fouqueray et Lucien Jonas. Mais bien d’autres artistes ont été mis à contribution, sans être mentionnés en page de titre – c’est le cas de Paul-Émile Colin, qui donne une gravure, en camaïeu, pour trois livraisons.

Il s’agit d’un livre in-4° (24 cm sur 32 cm) ; les gravures (du moins pour la série dont font partie les contributions de Colin : Visions de guerre) mesurent 12 cm sur 18,5 cm, dans un encadrement de 1 cm d’épaisseur – ce sont des tableaux encadrés !

Les gravures sont imprimées en deux tons : un noir profond, et une teinte pastel. Il existe au moins deux tirages différents, avec des tons différents : un bleu et un ocre. Les gravures portent un titre, et sont suivies d’un texte qui explique la gravure – le texte, sans doute pas de Colin, est d’un ton très patriotique là également. Le tout occupe une page entière :

Voici les trois gravures :

1. Le champ de bataille.

C’est la première contribution de Colin – et l’éditeur n’est pas bien certain du nom de l’artiste, nommé ici « Collin » sans préciser son prénom – mais il précise bien que la composition et la gravure sont du même artiste. C’est d’ailleurs une constante dans cette publication que les graveurs sont systématiquement identifiés, ce qui n’est pas si fréquent.

Le texte sous la gravure est à la gloire de l’armée française : « il y a des braves qui guettent et qui [..] assureront la possession de ce champ de bataille dévasté, mais conquis ».

2. L’attaque du château de Nesle.

A noter qu’ici l’impression du ton bleu est très pâle… L’éditeur a fait des efforts pour identifier l’artiste : ici il indique P.A. Collin – ce n’est encore pas ça, mais ça arrive !

3. La passerelle.

Cette fois-ci, Colin est correctement identifié. Il ne s’agit pas ici d’une scène précise, mais d’une évocation d’une scène courante. « C’est une image vivante de la guerre, de ses difficultés imprévues, de la hardiesse résolue avec laquelle les soldats français savaient les résoudre » dit le texte d’accompagnement.

Vignettes patriotiques.

Voici deux vignettes, qui peuvent faire partie d’une série plus importante, et qui sont certainement produites pendant la guerre, dans un but de propagande. L’éditeur est mentionné : Berger-Levraut, Nancy – A cette époque l’éditeur se double d’une « librairie militaire« , qui publie notamment les livres d’instruction de l’armée, ainsi qu’une série d’affiches de Victor Prouvé, tout à fait dans le ton de ces deux vignettes. Elles sont signées dans le dessin « P E Colin » de façon très discrète. La légende est imprimée sous la vignette.

Les dimensions du papier sont de 9 cm sur 14 cm ; les dimensions du cadre de la gravure de 7 cm sur 11 cm ; le dos est vierge, le papier est de relativement mauvaise qualité, jaunâtre, très fin et mou. Je n’ai pas trouvé d’informations supplémentaires.

Ne pas vaincre, ce serait s’appauvrir pour longtemps :

Tirons parti de tout :

reliures incisées de P.E. Colin

les 21 septembre 2021, Artcurial, dans la vente de la seconde partie de la bibliothèque de Maurice Houdayer (https://www.artcurial.com/fr/vente-4156-bibliotheque-maurice-houdayer-part-2), propose les lots suivants :

Lot 93 :

Artcurial, Paris

[COLIN].- DUHAMEL (Georges)
La Pierre d’Horeb.
Paris, Éditions d’art Manuel Bruker, 1927.
In-8 (25,6 x 17,2 cm), maroquin brun, au premier plat grand cuir incisé signé du monogramme de P.-E. Colin, dos à nerfs avec pièces de titre et d’auteur en maroquin noir, titre et auteur dorés, pièce en maroquin caramel portant un ornement de filets dorés, tête dorée, encadrement intérieur de maroquin brun souligné d’un filet doré, doublures et gardes peintes à la gouache par P.-E. Colin et signées de son monogramme, couvertures et dos conservés, étui (René Kieffer).

229 p., [4] ff.

Première édition illustrée.
ORNÉE DE 32 BOIS GRAVÉS EN CAMAÏEU DE PAUL-ÉMILE COLIN ET 19 CULS-DE-LAMPE.
Tirage limité à 390 exemplaires, celui-ci l’exemplaire unique imprimé pour l’illustrateur Paul-Émile Colin sur papier du Japon à la forme, contenant les dessins originaux de l’illustrateur signés (17 dessins dont 2 inédits, un rehaussé pour le frontispice, non retenu, et un représentant une fontaine daté de 1893 à Clamart), une double suite d’épreuves complètes des gravures sur papier du Japon à la forme et sur papier de Chine, une suite des couleurs décomposées, une suite d’épreuves de la planche de noir et l’épreuve d’une planche refusée. Exemplaire enrichi :
– de la maquette à l’aquarelle du décor de la reliure ;
– de 4 gouaches originales monogrammées peintes sur les doublures et gardes ;
– du spécimen-prospectus de l’édition.
Remarquable exemplaire en reliure décorée d’un cuir incisé de René Kieffer.

Provenance : Paul-Émile Colin (justification).

Bibliographie : Talvart et Place, IV, 386.

Petites rousseurs éparses et petites traces noires en marge, rousseurs prononcées à la maquette pour la reliure, large mouillure jaune affectant 3 dessins originaux, bande d’insolation en tête du premier plat et en bordure du dos, griffure et petit choc en pied du second plat, petits frottements aux coins et au dos avec pièces légèrement décollées.

Estimation : 700 à 900 euros.

Le livre est vendu 1560 euros avec les frais.

Lot 94 :

Artcurial, Paris

[COLIN].- HÉSIODE et FRANCE (Anatole)
Les Travaux et les Jours suivis de La Terre et les Hommes.
Paris, Pelletan, 1912 [1913].
In-4 (29 x 21,9 cm), maroquin olive, au premier plat large cuir incisé représentant les travaux des champs signé du monogramme de P.-E. Colin, tranches dorées, doublures de maroquin chocolat serties d’un filet doré avec large décor mosaïqué de pampres en maroquin vert de deux tons (vert olive et vert tendre), treilles en maroquin brun et grappes de raisin en maroquin violine, gardes de soie brochée à décor de rinceaux vert sapin, couvertures et dos conservés, chemise et étui (René Aussourd – 1913).

224 p., [2] ff.

Édition originale de la traduction de Paul Mazon. Le second ouvrage est d’Anatole France.
OUVRAGES ILLUSTRÉS DE 114 BOIS DE PAUL-ÉMILE COLIN, DONT 7 HORS TEXTE. DES LETTRINES ET BANDEAUX DÉCORATIFS SONT GRAVÉS SUR BOIS EN COULEURS.
Tirage limité à 405 exemplaires. Un des 35 exemplaires sur papier du Japon ancien, celui-ci le n° 11 imprimé pour M. Blumenfeld-Sciama comportant une suite sur papier de Chine.
Imposante reliure doublée avec cuir incisé de René Aussourd.

Provenance : Henry Blumenfeld-Sciama (souscripteur et ex-libris à son chiffre).

Bibliographie : Carteret, Illustrés, IV, 202. Monod, 6012.

Dos passé, infimes rousseurs éparses, quelques traces brunes en gouttière des feuillets (en particulier p. 87), dos de la chemise passé, des frottements à l’étui.

Estimation : 400 à 500 euros. Le livre est vendu 885 euros avec les frais.

Le motif choisi par Colin pour le livre de Duhamel n’a aucun rapport avec l’illustration, à base de vues urbaines principalement.

Pour le livre de Hésiode, le motif ne reprend pas directement un des hors-texte mais il est tout à fait adapté ; c’est peut-être un dessin non retenu.

Ces livres font partie du petit corpus de reliures avec cuirs incisés de Paul Émile Colin, qui en a réalisé plusieurs ; Hugues avait publié en 2008 un article de Bergamote sur ces reliures remarquables : https://bibliophilie.com/les-cuirs-incises-de-paul-emile-colin/.

les dessins de Paul-Émile Colin pour Sylvie.

Depuis 1943, Paul-Émile Colin a entrepris la publication d’une série de livres, qu’il illustre et édite lui-même, « au Bourg-la-Reine / près Paris ». Ces livres, à quelques minimes différences près, constituent une série homogène, pour le format, l’illustration, les tirages.

Nb : la série est détaillée dans cet article : les dernières productions de Paul-Emile Colin.

Dans cette série, en 1946, il publie Sylvie, de Gérard de Nerval. Le livre, de format in-8° ( 16 cm sur 25 cm) est illustré de trente bois originaux de Colin. Le tirage est le suivant :

  • un exemplaire (numéro 1) sur japon ancien avec tous les dessins des bois et trois suites sur trois japon différents tirées à la main par l’artiste.
  • quarante exemplaires sur velin d’Arches – de 2 à 41 – avec un dessin en camaïeu, une suite sur velin et cinq gravures sur japon tirées à la main, le tout livré dans un emboîtage recouvert de papier de garde exécuté par paul-Émile Colin.
  • cent trente exemplaires – 42 à 171 – sur velin de Voiron.
  • 15 exemplaires de présent (sur velin de Voiron) numérotés en chiffres romains.

Dans cette justification, on voit que les originaux, ayant servi aux bois gravés, sont regroupés dans l’exemplaire 1. Ce qui veut donc dire que les dessins insérés dans les exemplaires de tête, ne correspondent pas à l’illustration du livre ! – d’ailleurs, le livre ne contenant que trente bois, on voit bien que les quarante exemplaires de tête ne pouvaient pas les contenir.

En fait, les dessins « en camaïeu » insérés, sont plutôt à considérer comme des études, correspondant aux recherches pour les grandes vignettes du livre.

L’illustration, sensée être de trente bois, est en fait constituée de la façon suivante :

  • une vignette de petite dimension (4,5 cm sur 6 cm) sur la page de titre ;
  • un grand bois, à pleine page (9 cm sur 13 cm), en frontispice ;
  • quatorze vignettes (9 cm sur 8,5 cm) en tête de chapitre ;
  • quatorze vignettes (6cm sur 4,5 cm) souvent placées en cul-de-lampe ;
  • trois petites vignettes (1 cm sur 4,5 cm, 2 cm sur 3,5 cm, 1,8 cm sur 3,2 cm) placées en bandeaux ;
  • un petit fleuron (1 cm sur 1 cm).

Ce qui fait trente-quatre gravures – à noter que les suites contiennent trente-trois d’entre elles ; le fleuron n’est pas repris.

Voici trois de ces dessins :

dessin de l’exemplaire 9 – source : svv St-Quentin, vente du 19 mars 2021.
dessin de l’exemplaire 10.
dessin de l’exemplaire 33.

Le format de ces dessins est de 9,4 cm sur 8,4 cm – ce qui correspond à peu près au format des grandes vignettes. On peut essayer de rapprocher les dessins en camaïeu des gravures. Ce n’est pas forcément facile…

Voici quelques gravures qui utilisent des éléments présents dans le dessin de l’exemplaire 33 :

On retrouve les arbres, ainsi que, dans la vignette centrale, les habits des personnages. La vignette de droite semble la plus proche du dessin.

Voici une gravure qui pourrait s’apparenter au dessin de l’exemplaire 10 :

On voit qu’on est loin du dessin..

Et pour le dessin de l’exemplaire 9 ? eh bien, aucune gravure ne correspond à la scène dessinée… dans le livre Paul-Émile Colin n’a conservé aucune scène d’intérieur.

On voit donc que les quarante dessins disséminés dans ces exemplaires (plus bien sûr les dessins insérés dans les exemplaires de tête des cinq autres livres de cette série), s’ils sont des dessins de recherche, peuvent tout de même être intéressants ; car pour certains d’entre eux pas repris en gravure, ou sous une forme très modifiée.

On peut lire, sur Paul-Émile Colin :

frontispice.

Bibliographie de Paul-Émile Colin.

Paul-Émile Colin, né le 16 août 1867 à Lunéville, et mort à Bourg-la-Reine le 28 octobre 1949, est un peintre, graveur et illustrateur. En fait, c’est d’abord un médecin ; il a exercé pendant quelques années, et à ses débuts comme illustrateur on le présente comme le « Docteur Colin ».

Il a une prédilection pour la gravure sur bois, gravure originale ; contrairement à la plupart des illustrateurs, il grave lui-même ses compositions. Mais Colin, également peintre, utilisera d’autres techniques, comme l’aquarelle, pour certaines éditions illustrées. Remarqué par Edouard Pelletan, il lui restera fidèle – Pelletan éditant ses cinq premiers livres.

Paul-Émile Colin n’a pas une production importante – au total, un peu plus de trente ouvrages, à partir de 1894, en comptant son premier essai, non publié, jusqu’en 1947, cinquante-trois ans plus tard.

Edgar Poe – Histoires extraordinaires – non édité, 1894

En 1894 Colin prépare une illustration des Histoires Exrtaordinaires d’Edgar Poe, pour laquelle il réalise une série de treize bois, de format 10 cm sur 13 cm. Il éditera la suite, sur des feuilles de format 13 cm sur 20 cm, à vingt exemplaires, plus deux exemplaires d’artiste.

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Auteurs divers – Almanach du Bibliophile – Pelletan, 1904.

Edouard Pelletan, pour la cinquième édition, datée de 1902 (mais l’achevé d’imprimer est daté du 20 mars 1904), de son Almanach du Bibliophile, fait appel à Paul-Émile Colin, qui réalisera trente-et-un bois originaux (le prospectus annonce 30 bois originaux du docteur Paul Colin).

 

Le tirage est de 900 exemplaires :

  • 25 exemplaires sur chine avec suites d’épreuves d’artiste, vendus 80 francs
  • 25 exemplaires sur chine, vendus 40 francs
  • 850 exemplaires sur « beau papier », vendus 12 francs.

Ces exemplaires sont au format 14,5 cm sur 20 cm, les exemplaires sur chine sont réimposés au format in-4°. A ces exemplaires il faut ajouter un « exemplaire unique », au format 23 cm sur 32 cm, sur vélin, contenant tous les originaux de Paul-Émile Colin, imprimé pour Adolphe Bordes.

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Jules Renard – Les Philippe, précédés de Patrie ! – Pelletan, 1907.

En 1907, Édouard Pelletan publie Les Philippe, de Jules Renard, précédés d’un petit texte : Patrie ! qui occupe trois pages.

Il s’agit d’un volume in-8° (18 cm sur 25 cm), de 136 (+8) pages ; il est illustré par huit hors texte en camaïeu, et cent trois bois en noir, de Paul-Émile Colin. Il est imprimé par la Semeuse, l’achevé d’imprimer étant daté du 30 septembre 1907.

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source : librairie Koégui

Le tirage est de mille deux cents exemplaires :

  • 25 exemplaires sur japon ancien, avec une collection d’épreuves d’artiste signées, sur chine,  vendus 300 francs ;
  • 75 exemplaires sur chine, vendus 150 francs ;
  • 1100 exemplaires sur papier du Marais pur chiffon, vendus 20 francs.

Le tirage est important, et le prix faible pour ce genre d’édition : Pelletan, avec ce livre, a voulu montrer qu’il est possible de concilier livre de bibliophilie exigeante et prix accessible.

Le livre sera republié en 1930 par Hachette, dans la collection les Grands Écrivains, avec les mêmes illustrations. Il s’agit d’un volume in-8° ( 15 cm sur 21 cm) de 283 pages

Anatole France – les Poèmes du Souvenir – Pelletan, 1910

En 1910 Pelletan publie une étude d’Anatole France : Les Poèmes du Souvenir, sur Le Lac (Alphonse de Lamartine), Tristesse d’Olympio (Victor Hugo) et Souvenir (Alfred de Musset). Il s’agit d’un petit volume de 96 pages. Il est achevé d’imprimer le 7 décembre 1910, à l’Imprimerie Nationale.

Il est illustré par Pierre-Eugène Vibert et Paul-Émile Colin, de 25 (mais la page de titre en annonce 26) gravures originales :

  • 15 gravures de Vibert ;
  • 10 gravures de Colin.

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Le tirage est de 385 exemplaires :

  • un exemplaire sur vélin d’Arches, numéro 1, contenant tous les dessins originaux ;
  • 25 exemplaires sur japon ancien, contenant une collection d’épreuves d’artiste, sur chine, vendus 300 francs.

Ces 26 premiers exemplaires sont au format in-4°, texte réimposé (23 cm sur 29 cm).

  • 2 exemplaires sur chine, non vendus ;
  • 310 exemplaires sur vélin du Marais, vendus 65 francs.

Ces exemplaires sont au format in 8° (16,5 cm sur 24 cm). Il existe également 25 exemplaires de présent.

 

Hésiode, Anatole France et Paul Mazon – les Travaux et les Jours – Pelletan, 1912

En 1912, Pelletan, malade, édite son dernier livre : les Travaux et les Jours, d’Hésiode, traduction nouvelle de Paul Mazon, suivis de La Terre et l’Homme, par Anatole France, décorés de cent quatorze bois originaux de Paul Émile Colin. Le livre est imprimé par L’Imprimerie Nationale, l’achevé d’imprimer étant daté du 31 janvier 1913 – Édouard Pelletan est mort le 31 mai 1912.

Les Travaux et les Jours occupent les 106 premières pages, avec le texte grec en regard de la traduction. Il est illustré de nombreux bois, en noir, dont un frontispice et six hors-texte, des lettrines, imprimées en ocre, et des bandeaux, imprimés en vers et ocre.

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La Terre et l’Homme occupe les 103 pages suivantes ; le texte est illustré de très nombreux bois in-texte, en noir, de lettrines ocres, et de bandeaux en deux tons ; il n’y a pas de hors-texte dans cette partie.

Le tirage est de 375 exemplaires (plus 30 de présent) :

  • un exemplaire sur vélin d’Arches, numéro 1, contenant tous les dessins originaux ;
  • 35 exemplaires sur japon ancien, contenant une collection d’épreuves d’artiste, sur chine, vendus 750 francs.

Ces premiers exemplaires sont au format grand in-4°, texte réimposé.

  • 339 exemplaires sur vélin du Marais, vendus 200 francs.

Ces exemplaires sont au format petit  in 4° (20 cm sur 27 cm).

Maurice Barrès – dix aspects de la Lorraine – Pelletan, 1912

Il s’agit ici plus d’un album que d’un livre. C’est le premier des grands in-folio de Paul-Émile Colin, décrits dans cet article.

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Le tirage est de soixante exemplaires, dont quinze sur japon et quarante-cinq sur vélin d’Arches, au format 32 cm sur 42 cm (format du port-folio).

 

Émile ZOLA – Germinal – Les Cent Bibliophiles, 1912

Voici la première collaboration de Colin avec un autre éditeur que Pelletan – une Société de bibliophiles.

Le livre, en deux tomes, est au format 21,5 cm sur 29,5 cm ; il comporte 338 et 279 pages. Il est illustré de 132 bois, dont 2 frontispices et 6 hors-texte, en camaïeu.

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Le tirage est limité à 120 exemplaires, sur vélin d’Arches, réservés aux membres de la Société.

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Stendhal- le rouge et le noir – Crès, les Maîtres du Livre, 1912

C’est le premier livre publié par Georges Crès, pour lequel Paul-Émile Colin donne un frontispice, ce ne sera pas le dernier. Ces livres sont publiés dans la collection les Maîtres du Livre, et appliquent tous la même formule : au format 13 cm sur 18,5 cm, ils sont tirés à 1500 ou 1600 exemplaires, dont 50 ou 60 sur grands papiers ; les exemplaires ordinaires sont vendus de 10 à 13 francs. Celui-ci comporte deux tomes – Paul-Émile Colin réalise le frontispice du tome 2.

Maurice Barrès – la Colline Inspirée – Pelletan, 1915

Après la mort d’Édouard Pelletan, son gendre, René Helleu, a pris la direction de la maison d’édition, et publie, en 1915, la Colline inspirée, de Maurice Barrès. Il s’agit d’un fort volume in 8°, de 16,5 cm sur 24 cm, de 416 pages. Il est imprimé par l’Imprimerie Nationale, l’achevé d’imprimer étant daté du 12 septembre 1915 « date anniversaire de la victoire de la Marne« .

Le livre est illustré de quarante-huit « paysages lorrains » de Colin, tirés en noir. Le tirage est de 550 exemplaires, plus 30 de présent :

  • un exemplaire, sur Whatman, contenant tous les originaux, plus une double suite, sur japon et sur chine ;
  • 25 exemplaires sur japon à la forme, contenant une suite sur chine, vendus 250 francs ;
  • 30 exemplaires sur chine, vendus 100 francs ;
  • 494 exemplaires, sur vélin du Marais, vendus 40 francs.

 

Paul Émile Colin – Les Routes de la Grande Guerre – PE COLIN Bourg la Reine, 1917

C’est le second in-folio de Colin. C’est la première fois que Colin utilise une autre technique ; en effet l’illustration est composée de lithographies et de bois. Le tirage est de 140 exemplaires :

  • 2 exemplaires sur Whatman, non mis dans le commerce ;
  • 20 exemplaires sur japon, avec une suite des bois sur chine, vendus 500 francs ;
  • 138 exemplaires sur vélin d’Arches, vendus 200 francs.

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André Fribourg – Croire. Histoire d’un Soldat – Payot, 1917

Ce petit livre, de 255 pages, au format 12 cm sur 19 cm, est illustré d’un frontispice par Paul-Émile Colin. C’est le premier livre de ce genre, mais pas le dernier.

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Maurice Barrès – Colette Baudoche – Crès, les Maîtres du Livre, 1918

Second livre de cette série.

Rudyard Kipling – Nouveaux Contes Choisis – Crès, les Maîtres du Livre, 1919

Autre titre de cette série..

Léon Tonnelier – Images de mon pays – Crès, 1919

Ce livre est bien édité par Crès, et bien illustré uniquement d’un frontispice de Colin ; mais il ne fait pas partie de la Collection des Maîtres du Livre  – il s’agit d’une publication plus populaire, au même format, comportant seulement 58 pages ; il est vendu 3 francs.

Albert Samain – Aux flancs du vase – Crès, les Maîtres du livre, 1919

Autre titre de cette série..

Pierre Mille – L’Inde en France – PE COLIN Bourg la Reine, 1920

Il s’agit du troisième in-folio de Colin. Le tirage est de 120 exemplaires :

  • un exemplaire sur japon ancien pour l’auteur,
  • dix exemplaires sur japon,
  • cent neuf exemplaires sur Whatman.

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François de Curel – L’ivresse du Sage – Crès, 1921

Ce livre, bien qu’édité par Crès, ne fait pas partie des maîtres du Livre, mais d’une autre collection : le Théâtre d’Art. Au format in 12 (15 cm sur 20,5 cm), de 230 pages, il est tiré à 1950 exemplaires :

  • 25 exemplaires sur vieux Japon impérial ;
  • 25 exemplaires sur chine ;
  • 1900 exemplaires sur vélin de Rives.

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L’illustration se compose d’un frontispice, tiré sur fond jaune, et d’ornements (bandeaux, vignettes) sur bois.

Edouard Estaunié – Solitudes – Crès, les Maîtres du Livre, 1922

Autre titre de cette série. Le frontispice est de Paul-Émile Bécat ; Colin dessine des ornements.

Émile Verhaeren – les Forces tumultueuses – Crès, les Maîtres du Livre, 1922

Autre titre de cette série. Le frontispice est de Pierre Gandon ; Colin dessine des ornements.

Charles Guérin – le cœur solitaire – Crès, les Maîtres du Livre, 1922

Autre titre de cette série..

Stendhal- le rouge et le noir – Crès, les Maîtres du Livre, 1912

C’est le premier livre publié par Georges Crès, pour lequel Paul-Émile Colin donne un frontispice, ce ne sera pas le dernier. Ces livres sont publiés dans la collection les Maîtres du Livre, et appliquent tous la même formule : au format 13 cm sur 18,5 cm, ils sont tirés à 1500 ou 1600 exemplaires, dont 50 ou 60 sur grands papiers ; les exemplaires ordinaires sont vendus de 10 à 13 francs. Celui-ci comporte deux tomes – Paul-Émile Colin réalise le frontispice du tome 2.

Hippolyte Taine – Notes sur l’Angleterre – Crès, les Maîtres du Livre, 1923

Autre titre de cette série – avec une variante : le livre comporte deux tomes ; il comporte deux frontispices, en camaïeu.

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Pierre de Nolhac – Poèmes de France et d’Italie – Lapina, 1923

Grand changement avec ce livre – il n’est pas édité par Crès, et c’est également la première fois que Paul Émile Colin réalise des bois en couleur. Le livre, de format 16 cm sur 22,5 cm, comporte 166 pages. Il est imprimé par Lapina, l’achevé d’imprimer étant daté du 6 septembre 1923.

Le tirage est de 1300 exemplaires :

  • un exemplaire réimposé sur japon ancien, contenant les originaux et une suite des bois décomposés, une suite sur chine et sur japon ;
  • un exemplaire réimposé sur japon contenant les crayons préalables, une suite des bois décomposés, une suite sur chine et sur japon ;
  • 15 exemplaires sur chine, contenant une suite des bois décomposés ;
  • 30 exemplaires sur japon impérial, contenant une suite des bois décomposés ;
  • 1253 exemplaires sur papier de Rives BFK
  • 25 exemplaires hors commerce.

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source : librairie Eppe

 

 

Jean Yole – les démarqués – les Médecins Bibliophiles, 1926

Il s’agit ici aussi d’une publication pour une Société de Bibliophiles. Le livre, de XII plus 218 pages, de 21 cm sur 29 cm, est illustré de bois tirés en noir. Le tirage est limité à 150 exemplaires.

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Source : vendeur johndoebooks*123, ebay

 

Georges Duhamel – la Pierre d’Horeb – Manuel Bruker, 1927

Ce livre, in 4° de 18 cm sur 26 cm, 238 pages, est illustré par de nombreux bois originaux de Paul-Émile Colin, tirés en camaïeu. Il est imprimé par Léon Pichon, pour le compte de Manuel Bruker, l’achevé d’imprimer étant daté du 14 mai 1927.

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Le tirage est de 416 exemplaires :

  • un exemplaire sur japon à la forme contenant les dessins originaux et diverses suites ;
  • quinze exemplaires sur japon à la forme avec les mêmes suites ;
  • trente exemplaires sur japon de Shidzuoka avec une double suite sur japon et sur chine ;
  • cinquante exemplaires sur vélin d’Arches contenant une suite sur chine ;
  • trois cents exemplaires sur vélin d’Arches,
  • vingt exemplaires hors commerce.

Docteur Lucien-Graux – la Colombe meurtrie, 1927

Ce livre, édité par l’auteur (se trouve à Paris, 6 rue de Ridder), est un in-12 de 14 cm sur 20 cm, comportant 68 pages ; il est imprimé par Léon Pichon, l’achevé d’imprimer étant daté du 9 juillet 1927. Il est illustré par un frontispice, deux bois in-texte et un cul-de-lampe, tirés en camaïeu, de Paul-Émile Colin.

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Le tirage est limité à 285 exemplaires :

  • 10 exemplaires sur japon ancien à la forme ;
  • 250 exemplaires sur vélin pur fil Lafuma ;
  • 25 exemplaires hors commerce.

 

Marguerite Audoux – Marie-Claire – Fayard, le livre de Demain, 1928

Cette édition populaire est illustrée par 21 bois originaux en noir de Paul-Émile Colin. Comme tous les livres de la collection, il s’agit d’un in-4° de 19 cm sur 24 cm, sous couverture jaune ; il comporte 126 pages. Il est imprimé par Louis Bellenand et Fils, à Fontenay-aux-Roses ; l’achevé d’imprimer est daté de juillet 1927.

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L’édition n’est pas limitée ; le livre est vendu trois francs cinquante.

Noël Clément-Janin – Séductions italiennes – René Kieffer, 1929

Ce livre, in 8° (22 cm sur 27 cm) de 121 pages, est illustré par la reproduction de vingt aquarelles de Paul-Émile Colin, contrecollées et bordées d’or, à pleine page – c’est le seul cas d’utilisation de l’aquarelle par Colin (pour un livre).

Le tirage est limité à 500 exemplaires sur vélin teinté de cuve ; il n’y a pas de grand papier.

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Source : librairie Koégui.

 

collectif : Maurice Barrès, Emile Moselly, Léon Tonnelier, PE Colin, préface de Louis Bertrand – En Lorraine par sentiers et venelles – Metz, Paul Even, 1937

Ce livre est l’oeuvre de Paul-Émile Colin, qui en a écrit la plus grande partie (124 pages sur 154), et qui a naturellement produit toutes les illustrations. Il a ensuite cherché à l’étoffer, en demandant une préface à Louis Bertrand, et en reproduisant des textes de Barrès, Moselly, et des poésies de Léon Tonnelier.

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Concrètement, il s’agit d’un in-4° (19 cm sur 28 cm) de 158 pages, imprimé par Paul Even à Metz ; il n’y a pas d’achevé d’imprimer.

Le tirage est de 275 exemplaires :

  • 1 exemplaire sur japon supernacré contenant tous les dessins originaux et deux suites, sur japon et sur chine ;
  • 20 exemplaires sur japon Hodomura contenant une suite sur chine ;
  • 229 exemplaires sur vélin d’Arches ;
  • 25 exemplaires hors commerce.

 

Pour les livres suivants je me contenterai de renvoyer à l’article qui en traite en détail :

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Dion Chrisostome – Le chasseur ou Histoire Eubéenne – PE Colin Bourg la Reine, 1943

Ce livre a été tiré à :

  • 117 exemplaires, sur papier de Voiron, vendus 1000 francs,
  • 16 exemplaires de tête, sur Whatman ou Japon, vendus 5000 et 6000 francs.

Théocrite – Bucoliques – PE Colin Bourg la Reine, 1943

Le tirage est cette fois-ci de :

  • 120 exemplaires sur vélin de Voiron, toujours au prix de 1000 francs ;
  • 30 exemplaires sur vélin d’Arches, avec une suite des huit hors texte sur « japon blanc vergé très ancien mince », vendus 2000 francs ;
  • quatre exemplaires sur Whatman, avec deux suites, au prix de 6000 francs ;
  • un exemplaire pour l’auteur.

Longus – Daphnis et Chloé – PE Colin Bourg la Reine, 1945

Le tirage est légèrement différent :

  • 120 exemplaires sur vélin de Voiron ;
  • 30 exemplaires avec un dessin et une suite sur japon des hors texte ;
  • 20 exemplaires avec un dessin, une suite sur japon des hors-texte et une suite de toutes les gravures ;
  • un exemplaire sur japon ;
  • 12 exemplaires de présent. Ces derniers exemplaires, sur vélin de Voiron, sont diversement enrichis (dessins, suites, bois gravés).

Homère – l’Odyssée (chants V, VI et VII) – PE Colin Bourg la Reine, 1946

Le tirage est de 171 exemplaires :

  • 130 exemplaires sur vélin de Voiron ;
  • 40 exemplaires sur vélin d’Arches avec suites et dessin ;
  • un exemplaire sur japon ;
  • plus 15 exemplaires de présent.

Gérard de Nerval – Sylvie – PE Colin Bourg la Reine, 1946

Le tirage est de 171 exemplaires :

  • 130 exemplaires sur vélin de Voiron ;
  • 40 exemplaires sur vélin d’Arches avec suites et dessin ;
  • un exemplaire sur japon ;
  • plus les exemplaires de présent.img09_nerval_frontispice

Georges Sand – La Mare au Diable – PE Colin Bourg la Reine, 1947

Le tirage est de 171 exemplaires :

  • 130 exemplaires sur vélin de Voiron ;
  • 40 exemplaires sur vélin d’Arches avec suites et dessin ;
  • un exemplaire sur japon ;
  • plus les exemplaires de présent.

Paul-Émile Colin a maintenant 80 ans ; c’est son dernier livre.

 

les dernières productions de Paul-Emile Colin

En 1928, Paul-Emile Colin a 61 ans. Cette année-là paraît son dernier livre illustré ; à son habitude il a utilisé le bois gravé. Il s’agit de « Marie-Claire », de Marguerite Audoux, paru chez Fayard dans la collection populaire « Le Livre de Demain ».

En fait il ne s’agit pas de son dernier livre ; l’année suivante paraît « Les Séductions Italiennes », de Clément-Janin ; mais ce dernier est illustré d’aquarelles, une exception dans la production de Colin, fervent défenseur du bois gravé.

Après ces deux publications, Paul-Emile Colin va arrêter sa production bibliophilique, qui n’était pas bien importante : en 20 années, de 1907, année de parution des « Philippe », de Jules Renard, chez Pelletan, jusqu’en 1928, seulement 23 livres témoigneront de son talent. Encore cet ensemble comprend-il 9 livres publiés par Crès, dans la collection « Les Maîtres du Livre », dont l’ornementation est souvent assez réduite : un frontispice, quelques bandeaux.

Cette retraite sera interrompue une première fois en 1937, pour la parution du livre collectif « en Lorraine par sentiers et venelles », chez Paul Even, à Metz. Cette année-là, Colin a soixante-dix ans ; la retraite semble définitive.

Et pourtant…

Pendant la guerre, Paul-Emile Colin met en chantier tout une série de publications. Pour cette entreprise il se lance seul ; il a l’expérience de l’édition, ayant déjà publié lui-même « Chez Paul-Emile Colin, au Bourg La Reine », ses deux albums in-folio sur la Grande Guerre : « Les Routes de la Grande Guerre », en 1917, et « L’Inde en France », en 1920.

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Dion Chrysostome, « Le Chasseur », Paul Emile Colin, 1943.

Il commence cette nouvelle série par un texte de l’Antiquité : « Le Chasseur, ou histoire Eubéenne », de Dion Chrysostome. L’ouvrage paraît en 1943. C’est un in-8, illustré par 57 bois gravés. Il a été tiré à 117 exemplaires, sur papier de Voiron, vendus 1000 francs, plus 16 exemplaires de tête, sur Whatmann ou Japon, vendus 5000 et 6000 francs. 1000 francs de 1943, cela donnerait plus de 200 euros maintenant, une belle somme, sans parler du prix des exemplaires de tête…

Le tirage est complété par trois exemplaires d’artiste, dont le premier comporte la totalité des bois gravés. Cette série complète des bois gravés a ensuite été séparée, une partie se retrouvant dans l’exemplaire de l’épouse de Paul-Emile Colin, Thérèse, avec cette dédicace : « à ma Thérèse chérie, cette première édition de guerre, en consolation ».

img02_dedicace_therese Dédicace de « Le Chasseur », de Paul Emile Colin à son épouse Thérèse.

L’examen des bois de cet exemplaire permet de voir le travail de Colin, qui a toujours été un graveur ; ce n’est pas de la gravure d’interprétation, mais bien de la gravure originale. Mais ici la gravure n’est pas faite sur bois de bout ; c’est une mince planchette de bois de fil. Certains bois ont été teintés, en blanc ou en jaune, pour leur lisibilité.

img03_bois_coloréBois gravé pour le Chasseur, coloré en jaune

img04_chasseurBois gravé pour le Chasseur, coloré en blanc

Toujours en 1943, Paul Colin poursuit ses projets en éditant les « Bucoliques », de Théocrite, qu’il illustre de 72 bois gravés. Le tirage est cette fois-ci de 120 exemplaires sur vélin de Voiron, toujours au prix de 1000 francs, auxquels il faut ajouter 30 exemplaires sur vélin d’Arches, avec une suite des huit hors texte sur « japon blanc vergé très ancien mince », vendus 2000 francs ; quatre exemplaires sur Whatmann, avec deux suites, au prix de 6000 francs, et un exemplaire pour l’auteur.

img05_bucoliques_frontispiceThéocrite, les Bucoliques, frontispice par Paul Emile Colin.

L’ouvrage suivant paraît après une interruption plus longue ; en 1945 Colin publie « Daphnis et Chloé », avec 41 gravures sur bois. Le tirage est légèrement différent : 120 exemplaires sur vélin de Voiron, 30 exemplaires avec un dessin et une suite sur japon des hors texte, 20 exemplaires avec un dessin, une suite sur japon des hors-texte et une suite de toutes les gravures, plus un exemplaire sur japon. Petite nouveauté, Colin ajoute 12 exemplaires de présent. Ces derniers exemplaires, sur vélin de Voiron, sont diversement enrichis (dessins, suites, bois gravés).

img06_daphnisBois gravé et tirage correspondant

L’année suivante paraît des extraits de « l’Odyssée », illustrés de 32 bois gravés. Le tirage est toujours de 171 exemplaires : 130 exemplaires sur vélin de Voiron, 40 exemplaires sur vélin d’Arches avec suites et dessin, un exemplaire sur japon, plus 15 exemplaires de présent.

img07_homere_dessinPaul Emile Colin, dessin original pour la grotte de Calypso.

img08_homere_grotteHomère, l’Odyssée, hors texte de la page 13 : la grotte de Calypso.

Cette même année 1946 paraît le volume suivant. Cette fois-ci Paul Emile Colin abandonne sa chère antiquité, qu’il a si bien illustrée les années précédentes. Le texte choisi est « Sylvie » de Gérard de Nerval. Ce volume sera suivi, en 1947, par « La Mare au Diable », de George Sand. Le tirage sera toujours de 171 exemplaires (130 sur vélin de Voiron, 40 sur vélin d’Arches, un exemplaire de tête) plus les exemplaires de présent. Ces deux textes ne sont certes pas des classiques de l’Antiquité ; mais on voit bien ce qui a pu justifier le choix de Paul-Emile Colin…

img09_nerval_frontispiceFrontispice de « Sylvie », de Gérard de Nerval, Paul Emile Colin, 1946.

« La Mare au Diable » est le dernier travail de Paul Emile Colin. Il a maintenant 80 ans, et mourra deux années plus tard dans sa maison de Bourg-la-Reine, au côté de son épouse Thérèse.

Dans toute cette partie de sa production, concentrée sur quelques années, Paul-Emile Colin a choisi des textes correspondant à ses thèmes favoris : la nature, le travail agricole, l’homme dans son environnement, en résumé, l’âge d’or. Le traitement est moins lyrique et moins théâtral que dans les grandes réalisations faites pour pelletan, ou pour ses deux albums in-folio ; c’est une contrainte du format choisi ici, un format in-8°. Dans cette série également, il met en scène nettement plus de personnages que dans ces réalisations des années 1910, dans lesquelles la nature était souvent vide. Ici il retrouve, à une échelle plus réduite, la verve montrée dans l’illustration des « Philippe », en 1907.

 

les in-folio de Paul Emile Colin

Gravure et bibliophilie: les in-folios de Paul-Emile Colin, graveur et peintre français.

Paul-Emile Colin est né le 16 août 1867 à Lunéville. Il commence à Nancy des études de médecine, qu’il termine à Paris. Son diplôme obtenu, il s’installe en 1893 dans un petit village, qui correspond mieux à son tempérament que la grande ville, Lagny-sur-Marne.

Depuis longtemps il s’est découvert une passion : le dessin, puis la gravure, principalement la gravure sur bois. Cette passion est toujours présente. Il va la pratiquer, en autodidacte (qui a tout de même fait le voyage au Pouldu, auprès de Gauguin), et va perfectionner une technique nouvelle : la gravure au canif, sur bois de bout (ou « bois debout »). Dans ce sens, les fibres du bois ne contrarient pas le geste du graveur, le bois est plus dur, mais le trait plus vif, plus précis.

Il expose ses productions régulièrement, et Edouard Pelletan, jeune éditeur qui apporte un renouveau au livre de bibliophile, inconditionnel de la gravure sur bois, le remarque, et lui offre d’illustrer l’édition 1902, parue en 1904, de son Almanach du Bibliophile.

Dans sa préface, Edouard Pelletan vante les qualités du « Dr Colin » : la sincérité, la volonté, l’émotion, loin du travail virtuose, mais sans âme, de faiseurs plus renommés qu’il ne nomme pas, et lui prédit un grand avenir.

Cette édition de l’Almanach, dont le thème est la Terre, renferme des textes d’Anatole France autour d’Hésiode.

Justement, par une bizarre coïncidence, ce texte d’Hésiode, revisité par Anatole France, qui donne l’occasion de la première publication d’œuvres de Paul-Emile Colin par Edouard Pelletan, sera également son dernier livre publié, dix années plus tard, de nouveau illustré par Colin.

Colin a abandonné la médecine en 1899 et se consacre entièrement à la gravure, principalement la gravure sur bois, dont il devient rapidement un maître reconnu. Il illustre également certaines éditions, toujours d’Edouard Pelletan, auquel il est fidèle : les Philippe, de Jules Renard, en 1907, les Poèmes du Souvenir, d’Anatole France, en 1910, avec Pierre-Eugène Vibert, notamment.

Dix Aspects de la Lorraine

P.E. Colin, « dix aspects de la Lorraine, suite de 10 gravures sur
bois originales accompagnées d’un texte de Maurice Barrès », Pelletan, 1914.

Bien qu’installé en Ile de France, Colin reste attaché à sa région natale, la Lorraine. Il lui consacre en 1914 une première publication exceptionnelle : « Dix aspects de la Lorraine», éditée par les éditions Pelletan, maintenant dirigées par René Helleu, son gendre, naturellement.

C’est effectivement un livre exceptionnel : ici le graveur n’illustre pas un texte préexistant, c’est l’inverse : un choix de textes de Maurice Barrès « accompagne » les dix gravures de l’artiste à l’origine du projet. En fait, c’est plus un album qu’un livre.

P.E. Colin, gravure numérotée 126,5cm x 16,5cm, la colline de Sion-Vaudémont.

La première de ces gravures présente un site emblématique de la Lorraine : la colline de Sion-Vaudémont, que justement Maurice Barrès met en scène au même moment dans « la Colline Inspirée ». Et Helleu publiera l’année suivante une édition de ce roman, illustrée par Paul-Emile Colin. Il n’est pas anodin de relever que l’achevé d’imprimer en est daté du 12 septembre 1915, « jour anniversaire de la victoire de la Marne ».

PE.Colin, gravure numérotée III, 29,5cm x 16cm, Nancy. Ou une certaine vision de la ville…

Les neuf autres gravures présentent des aspects très variés de la Lorraine : ses villes (Nancy, Metz, Bar-le-Duc), un autre site emblématique (Vaucouleurs), mais principalement des vues campagnardes (Desseling, Liverdun, Martaincourt (sic, pour Martincourt), Jaulny, les Lacs des Vosges). Même les vues de villes sont rurales, à part Bar-le-Duc ! C’est que Paul-Emile Colin est essentiellement attiré par la nature, et surtout pas par les paysages urbains.

PE. Colin, gravure numérotée IV, 22cm x 17 cm : Metz.

Cette publication est d’un format inhabituel : c’est un in-folio de 42cmx32cm, présenté dans un portefeuille de toile grise, à rubans, de format 44cmx35cm.

Les gravures de format variant de 22cmx14cm à  27cmx18cm, sont tirées sur un papier de format allant 30cmx24cm à 37cmx25cm, sont montées sur papier à dessin brun foncé.

Le tirage est très réduit : 15 exemplaires sur japon, et 45 exemplaires sur vélin d’arches, plus 5 épreuves réservées à l’artiste, et un jeu de fumés pour l’éditeur.

Cet album est le premier d’une mini-série, qui sera poursuivie par Helleu en 1919, avec la parution de « dix paysages de l’Yveline » (voir cet article), suite de dix gravures sur bois en noir et en camaïeu de Pierre-Eugène Vibert, accompagnées d’un texte de Paul Fort. Un troisième album, de Perrichon, « la Seine aux confins », accompagné d’un texte d’Anatole France, était annoncé, mais il n’a semble-t-il pas paru.

La Bataille de l’Ourcq

PE Colin, les Routes de la grande guerre – la bataille de l’Ourcq – vingt-deux lithographies accompagnées d’un texte de l’artiste », Chez l’auteur, Bourg-la-Reine près Paris, sans date (1917).

A la déclaration de guerre, Paul-Emile Colin qui a quarante-sept ans, se porte volontaire et sera affecté en tant que médecin auxiliaire des armées à Sceaux. L’année suivante il sera employé par l’armée comme dessinateur, sur les théâtres des grandes batailles de 1914 : la fameuse bataille de la Marne, et son premier épisode, la bataille de l’Ourcq, qui s’est déroulée du 5 au 10 septembre 1914.

Il va alors réaliser une série de gravures au moyen d’une technique inhabituelle chez ce porte-drapeau de la gravure sur bois : la lithographie.

Carte d’état-major. Les traits rouges sont les positions allemandes.

Il publie en 1917 un album, grand in-folio, de vingt-deux lithographies des principaux sites de la bataille, sous le titre « Les Routes de la grande guerre. La bataille de l’Ourcq ».

Les lithographies sont accompagnées d’un texte de Paul-Emile Colin lui-même, dans lequel il explique chacune de ces gravures, et donne des indications sur la bataille, grâce aux témoignages qu’il a recueillis auprès des habitants. Ces explications sont renforcées d’une carte d’état-major de la bataille, indiquant les positions allemandes (tranchées, batteries) et les points de vue correspondant aux lithographies.

PE Colin, première lithographie de l’album : Iverny, 35cmx17,5cm

La première de ces lithographies n’est pas choisie au hasard ; il s’agit du site d’Iverny, et Paul-Emile Colin rappelle que ce paysage est celui qui a vu mourir Charles Péguy le 5 septembre 1914, au premier jour de la bataille. Péguy, qui habitait Bourg-la-Reine, l’adresse de Paul-Emile Colin dorénavant.

Comme pour le premier album, ici les lithographies priment, et le texte de Colin vient seulement mettre en perspective les gravures.

PE Colin, bois en deux tons : Frontispice. Légende : Par leur sacrifice. Vers plus de lumière.

Le texte d’accompagnement est orné de cinquante-sept bois, en-têtes, bandeaux, et lettrines, en deux tons. L’album, de format grand in-folio (37,5cmx33cm) est présenté sous une couverture violine, dans un portefeuille à dos de maroquin, de format 48cmx34cm.

Il est édité directement par Paul-Emile Colin, « 24 Passage Latéral, Bourg-la-Reine, près Paris », et paraît début 1917. Le tirage en est à peine moins restreint que pour le premier album sur la Lorraine : 20 exemplaires sur Japon, avec les lithographies avec remarques et une suite des bois tirée sur chine, au prix de 500 francs, et 138 exemplaires sur vélin, d’Arches, au prix de 200 francs. 2 exemplaires sur Whatman, non mis dans le commerce, comportent les dessins de l’auteur, les suites des bois, sur japon et sur chine, et les lithographies tirées sur papier ancien. 5 collections d’épreuves d’essais sur vélin, et 6 suites des bois sur japon sont proposées à 300 francs.

Fin du premier texte : le Pays. Bois gravé : le château de Crouy.
L’album paraît donc en pleine guerre, et le ton des commentaires de Paul-Emile Colin, qui a participé de loin à ces événements, est logiquement très patriotique, non dénué d’emphase. Voici la dernière phrase du texte :
« On est soulevé d’un grand souffle de fierté, quand on pense au magnifique témoignage de notre force et de notre résolution que nous avons donné au monde. Nous avons vraiment lutté et souffert au delà des forces humaines. Chassés des bords de l’Ourcq, les Allemands se seront demain de toute notre terre de France
QUI NE S’ARRETERA QU’AU RHIN. »
PE Colin, lithographie 8, 30cmx18cm : les bois de Penchard. 
La stèle signale une tombe musulmane, le poteau avec le losange noir une tombe allemande.
Mais l’auteur reste mesuré. Plusieurs de ses lithographies présentent des sépultures, et notamment des sépultures allemandes : simples poteaux noirs, avec un simple numéro d’ordre, bien sûr non fleuries. A aucun moment il n’accable l’ennemi, et évite de verser dans la propagande. D’ailleurs, il montre relativement peu de destructions, et présente plus volontiers des paysages arborés que des champs de ruines. C’est que la bataille qu’il présente n’est pas encore la guerre de tranchées destructrice des années suivantes, que nous avons spontanément en tête en évoquant cette guerre. C’est encore une guerre de mouvements, avec de vastes déplacements de troupes (et notamment les fameux taxis de la Marne), pour encercler l’ennemi, ou au contraire se dégager.
PE Colin, lithographie 21, 29cmx30cm : l’orme plaideur.
De nombreuses lithographies ne montrent d’ailleurs aucune scène guerrière. Par deux fois, il présente un orme majestueux, dont il nous dit qu’il a pu servir de guet. Mais bien sûr ici ce n’est qu’un prétexte pour Paul-Emile Colin, qui reste toujours attaché à ses sujets traditionnels.
PE Colin, lithographie 20, 32,5cmx20cm : Ary en Multien.

L’Inde en France

PE Colin et Pierre Mille, « L’Inde en France », chemise.
Après la guerre, Paul-Emile Colin publiera un troisième album de gravures, cette fois-ci accompagné d’un texte de Pierre Mille : « L’Inde en France ». Le sujet en sera la présence en France de troupes exotiques : le contingent indien des troupes britanniques.
L’album sera de nouveau de format in-folio (les feuilles mesurant 29cm x 28cm), présenté dans un portefeuille de format 40cm  x30cm. Il comporte huit grands bois, de format variable, environ 27cm x 18cm, et 24 bois en deux tons, dans le texte et sur le portefeuille. Ici le texte de Pierre Mille est plutôt didactique, et indépendant des gravures de Colin.
PE Colin, achevé d’imprimer. Bois supérieur : les ablutions. Bois inférieur : les paons ennemis.
Il paraît en 1920, le tirage comportant un exemplaire sur japon ancien, pour l’auteur, dix exemplaires sur japon et cent neuf exemplaires sur Whatman, et sera de nouveau édité directement par Paul-Emile Colin, au Bourg la Reine.
PE Colin, gravure 4, 26,5cm x 18,5cm : l’astiquage.
Les gravures, si elles donnent toujours la part belle au paysage, présentent un aspect plus inhabituel : le sujet principal en est toujours constitué par les soldats indiens, dans leurs différentes activités, assez peu guerrières : la vie au campement.
PE Colin, gravure 8, 28,5cm x 17,5cm : les deux amis.
Ce sera le dernier grand album publié par Paul-Emile Colin. Après la guerre, il voyagera beaucoup, s’essaiera à la couleur, ce qui donnera un livre illustré de bois en couleurs (Poèmes de France et d’Italie, de Pierre de Nolhac, en 1923, chez Lapina), puis un autre illustré d’aquarelles : les Séductions Italiennes, de Clément-Janin, en 1928, chez Kieffer. Clément-Janin, vieille connaissance : collaborateur et ami d’Edouard Pelletan, rédacteur du catalogue des œuvres de Paul-Emile Colin, chez Pelletan, en 1912, rédacteur du prospectus de l’album « les routes de la grande guerre »…
PE Colin, bois gravé sur le portefeuille : le mangeur d’hommes.
Mais l’essentiel de sa production « bibliophilique » est derrière lui. Si Colin continue une œuvre abondante (bois, aquarelles, huiles),  ses livres illustrés, qu’il édite directement, au Bourg-la-Reine, ne montrent plus le même lyrisme, la même empathie pour son sujet. Bien que de tirages réduits (171 exemplaires pour Daphnis et Chloé, en 1945, par exemple), ils sont beaucoup moins recherchés que sa production d’avant la première guerre mondiale.
Paul-Émile Colin décédera dans la nuit du 28 octobre 1949, à l’âge de quatre-vingt deux ans, avec son épouse, à leur domicile de Bourg-la-Reine, tous deux intoxiqués au gaz carbonique.