trois légendes, d’or, d’argent et de cuivre.

Jérôme Doucet, dans la liste de ses ouvrages publiés, insérée en tête de la Puissance du Souvenir, publié en 1895, présente ce titre dans la catégorie Romans :

  • trois légendes, d’or, d’argent et de cuivre (Revue Illustrée). Illustrations de Georges Rochegrosse.

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Comme le titre l’indique, il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un recueil regroupant trois « légendes » écrites par Doucet. En 1895, les trois légendes en question sont écrites, mais non encore publiées.

Le recueil en question n’est pas un recueil de circonstance ; Doucet a écrit ces contes en vue de cette publication. Il s’en explique dans un avant-propos, inédit, inséré dans un exemplaire sans doute offert à l’épouse de Tiarko Richepin, fils de Jean Richepin (le texte de cet avant-propos est donné en annexe).

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En particulier, Doucet a choisi le nombre de contes du recueil : trois, d’après le choix de Gustave Flaubert. Il a également choisi, toujours comme Flaubert, de situer ces trois contes dans trois époques différentes : les temps bibliques, le moyen âge, l’époque moderne. Et le titre découle de ces choix : l’or, pour évoquer la légende dorée, pour l’époque biblique ; l’argent, pour évoquer le moyen âge, le cuivre, pour l’époque moderne.

Et deux de ces contes ont été écrits en fonction de ces choix ; en effet, si le premier conte, biblique, était déjà écrit, Doucet avait prévu deux autres contes, finalement non retenus, car ils ne correspondaient pas à ce qu’impliquait le choix du titre-programme retenu.

les trois contes finalement retenus sont les suivants :

  • La Légende de Sainte Marie l’Egyptienne ; d’après un épisode de la Légende Dorée, de Jacques de Voragine ;
  • La Mort au beau Visage qui retrace une légende autour de la figure de Charles le Bon, comte de Flandres ;
  • L’âme du samovar – une variation autour de l’expression disant que le samovar, qui chante quand l’eau bout, a une âme.

Ces contes sont illustrés (« enluminés ») par Georges Rochegrosse, ami de Jérôme Doucet ; ces illustrations comportent des vignettes et des encadrements variés ; elles sont mises en couleur à la main et rehaussées, suivant le conte, de couleurs et d’émaux or, argent ou cuivre.

On voit que dès 1895 ces choix sont fixés ; mais la publication réelle sera bien plus tardive. En effet Doucet a prévu de les publier dans la Revue Illustrée, avec laquelle il a commencé sa collaboration ; et il s’agira pour cette Revue d’une publication exceptionnelle, qui sera réservée pour les numéros de Noël.

Publication exceptionnelle à plusieurs points de vue ; en effet, ces contes seront imprimés en couleurs, ce qui n’est pas systématique dans la Revue ; ils le seront sur un papier de très bonne qualité (Draeger) ; et, chose exceptionnelle, ils seront rehaussés à la main. La réalisation de ces pages sera anticipée et étalée sur plusieurs mois avant la date de publication prévue ; malgré cela, elle prend du retard, ce qui conduira la Revue à décaler les dates de publication.

Le premier conte, la Légende de Sainte-Marie l’Egyptienne, est publié en deux parties, le 15 mars puis le 15 avril 1895, sur 16 pages (2 fois 8 pages) – ceci sans page de titre ni frontispice.

Le second conte, la Légende de la Mort au beau visage, est publié en trois fois, le 15 décembre 1897, le 15 mars 1898 puis le 15 avril 1898 (3 fois 8 pages).  Dans ces 24 pages sont comprises une page de titre et un frontispice.

Le troisième conte, l’Âme du Samovar, est publié bien plus tard, en 1905 ; cette fois-ci il est réparti sur 6 numéros, avec à chaque fois seulement 4 pages. En tête de la première publication sont insérées en plus une page de titre et un frontispice – avec verso laissé blanc, ce qui fait au total 28 pages. Les dates de publication sont :

  • 1er janvier 1905
  • 15 février 1905
  • 15 mars 1905
  • 1er mai 1905
  • 1er juin 1905
  • 1er juillet 1905

Comme on le voit ces dates ne coïncident pas vraiment avec les dates des numéros de Noël ; c’était bien la volonté de la Revue ; mais la réalisation technique, avec rehauts à la main, pour chaque exemplaire, a pris du retard. Pour s’en excuser, la Revue publie,  dans le numéro de Noël 1894, l’insert suivant :

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La Revue Illustrée désirait offrir à ses lecteurs, dans le Numéro de Noël, une véritable primeur artistique, un joyau de bibliothèque :

Un Conte Mystique
illustré d’aquarelles de Rochegrosse.

Ces aquarelles ont été confiées à d’habiles artistes, qui les colorient à la main et les rehaussent d’or.
On comprend ce que doit exiger de soins et de temps un travail aussi délicat.
Bien qu’étant commencée depuis plusieurs mois, cette enluminure, digne des précieux missles du Moyen-Age, n’est pas encore complètement terminée, et plutôt que de compromettre par un travail hâtif un résultat qui, nous pouvons l’assurer à nos lecteurs, est déjà merveilleux, nous préférons leur demander un mois de répit, et ne publier qu’en Janvier la Légende de Sainte-Marie L’Égyptienne.
Nous sommes certains que le plaisir qu’ils goûteront en feuilletant les admirables aquarelles de Rochegrosse, nous fera pardonner ce retard.

Comme on l’a vu, le retard sera un peu plus important…

Avec la publication de la première partie, la Revue insère de nouveau un petit billet explicatif :

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Nous commençons aujourd’hui la publication de

La Légende de Sainte-Marie L’égyptienne

Nous nous sommes attachés à faire colorier à la main les précieuses miniatures de ROCHEGROSSE, à la façon des enluminures des anciens Missels. Nous espérons que cette illustration, que son prix et ses difficultés interdisaient jusqu’ici aux Revues périodiques, sera justement appréciée par nos lecteurs.
La seconde partie de la Légende paraîtra dans le numéro du 15 Avril. Dans le volume semestriel, la première partie sera reliée immédiatement avant la seconde.

Le problème ne se reproduit pas lors de la publication du second conte ; la première partie est publiée à temps, le 15 décembre 1897 ; mais la parution de la suite tarde, et la Revue insère de nouveau un petit texte explicatif en tête de la seconde partie :

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Nous donnons aujourd’hui la seconde partie du conte mystique de Jérôme Doucet :

La Mort au beau Visage

Nous nous sommes attachés à faire colorier à la main ces précieuses miniatures de Rochegrosse, à la façon des enluminures des anciens missels.
La première partie est parue dans le numéro du 15 décembre dernier. La troisième et dernière partie de la Légende paraîtra dans le numéro du 15 Avril. Dans ce volume semestriel, ces trois parties, formant chacune 8 pages, seront réunies et reliées immédiatement l’une après l’autre, de façon à former un tout complet de :

La légende de la Mort au beau Visage

Il faut noter que le regroupement, dans le volume semestriel, est effectif pour le premier conte, mais pas pour le second. Et la publication du dernier conte, plusieurs années plus tard, ne donne pas lieu à tant de scrupules : la publication est étalée sur tout un semestre.

Comme on le voit, l’illustration de Rochegrosse est importante ; et la mise en couleurs à la main est un argument commercial important.

Illustrations de Rochegrosse.

la Légende de Sainte Marie l’Égyptienne.

Pour ce premier conte, Rochegrosse crée :

  • une page de titre, le titre étant calligraphié, inscrite dans un encadrement ;
  • une grande illustration hors texte, inscrite dans un second encadrement ;
  • huit lettrines, pour chacun des huit chapitres ;
  • un cul-de-lampe.

La page de titre, et le hors-texte, ne sont pas reproduits dans la Revue Illustrée : la première page comporte à la fois le titre calligraphié, la première lettrine, le premier encadrement et le début du texte, ce qui en fait une page relativement surchargée.

Le texte est enchâssé dans les deux encadrements ; le premier étant utilisé trois fois, le second treize fois ; les couleurs changent à chaque page : bleu, vert, violet, rose, ocre…

 

La légende de la Mort au beau Visage.

Pour ce conte Rochegrosse crée :

  • une page de titre, calligraphié, sans encadrement ;
  • une grande illustration hors texte ;
  • huit lettrines, pour chacun des huit chapitres ;
  • un cul-de-lampe.
  • trois encadrements différents.

Les encadrements sont reproduits plusieurs fois dans des couleurs différentes ; mais cette fois-ci ils ne sont pas systématiquement utilisés à chaque page :

  • le premier encadrement est reproduit quatre fois, en violet, vert, bleu ;
  • le second encadrement est reproduit quatre fois, en rose, jaune,  vert ;
  • le troisième encadrement est reproduit trois fois, en bleu, violet.

A noter une particularité : la dernière vignette, en début du chapitre VIII, représente Jérôme Doucet lui-même ; ce qui est cohérent avec le texte, puisque dans ce chapitre Doucet parle directement au lecteur. C’est une des rares illustrations représentant Doucet ; pour d’autres exemples voir Iconographie Doucetienne.

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L’âme du Samovar.

Pour le dernier conte, Rochegrosse crée :

  • une page de titre, avec le titre dessiné, dans un premier encadrement ;
  • une grande illustration hors-texte, dans un second encadrement ;
  • huit lettrines, pour chacun des huit chapitres ;
  • un cul-de-lampe.

Le texte est enchâssé dans les deux encadrements, chacun étant utilisé treize fois – les « couleurs » varient – une variation sur des tons cuivrés, verts, ocres, ou seulement au trait, pour les premières pages. Pour ce dernier conte les lettrines et le cul-de-lampe sont imprimés en vert, avec rehaut noir et métal pour la lettre.

On est assez loin de la mise en couleur à la main des deux premiers contes ; mais nous ne sommes plus à la même époque.

 

Publication en volume.

Comme on l’a vu, Doucet envisage très tôt, dès 1895, une publication en volume, qu’il imagine réalisée par la Revue Illustrée. Bien qu’inhabituel, ce procédé n’est pas unique ; la Revue a déjà publié l’Evangile de l’Enfance, de Catulle Mendès, illustré par Schwabe. Mais cela ne se fera pas – et la publication en volume sera confiée à l’éditeur Ferroud ; Doucet est un ami de François, le neveu d’André.

Annonces.

Dans le Bulletin du Bibliophile, un autre ami de Doucet, Georges Vicaire, annonce ainsi la future publication :

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« Mais on ne chôme pas à la Librairie des Amateurs ; à peine le Pavillon sur l’eau paru, voici que l’éditeur annonce plusieurs autres publications[…] puis un autre livre de Jérôme Doucet, illustré de 34 compositions de Georges Rochegrosse, gravées en taille-doucet et également tirées en couleurs[…]

Au moment de la parution, l’annonce dans le même Bulletin est légèrement différente :

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On ne parle plus de couleurs.

La parution du livre est effective à la fin de l’année 1901 ; il est annoncé avec les nouvelles parutions, dans le numéro du 20 octobre 1901 des Annales Politiques et Littéraires. Dans le numéro du 22 décembre1901, Adolphe Brisson, autre ami de Doucet, publie la chronique suivante :

Trois Contes d’Or, d’Argent et de Cuivre, par M. Jérôme Doucet. Récits ciselés dans une forme précieusement archaïque. Le plus rare, à mon gré, est le second, dont M. Doucet a emprunté la matière à quelque vieille légende. […] L’histoire est charmante. Et le peintre Rochegrosse y a joint de petits tableaux qui sont, selon sa coutume, somptueux et délicats. M. Rochegrosse a l’imagination naturellement épique ; il se plaît à évoquer les splendeurs, et les tumultes de la vie chevaleresque. Il en rend, à merveille, les côtés brillants et extérieurs. Je n’ose affirmer qu’il en pénètre aussi bien le sens intime.

Il y a dans son talent quelque chose de fastueux, une truculence qui l’apparente avec les poètes de l’école romantique et parnassienne, avec Hugo, Gautier, Mendès… et Banville !…

Publication.

le livre, publié donc à la fin de l’année 1901, se présente sous la forme d’un in-8 de (8) 121 (3) pages, comportant 33 illustrations de Rochegrosse, gravées en taille-douce (et en noir ; pas de gravure en couleurs pour cet ouvrage). Le livre est imprimé par l’imprimerie Philippe Renouard, rue des Saints Pères, à Paris, et les gravures tirées par Wittman.

Pour obtenir le compte de 33 illustrations, il faut compter, pour chaque Légende :

  • une page de titre, encadrée ;
  • un hors-texte ;
  • 8 lettrines ;
  • un cul-de-lampe.

titre, hors texte (inédit) et première page de Sainte-Marie l’Égyptienne

 

Le prospectus de souscription indique les différents tirages :

  • un exemplaire unique (non numéroté), sur peau de vélin, avec une aquarelle originale de G. Rochegrosse, contenant une suite en couleur sur japon et une suite en noir sur chine, ainsi que tous les bons à tirer (2000 francs) ;
  • 20 exemplaires sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches, contenant une suite en noir et un motif original à l’aquarelle de G. Rochegrosse (350 francs) ;
  • 60 exemplaires sur japon ou grand vélin d’Arches, contenant une suite en noir (200 francs) ;
  • 50 exemplaires sur petit Japon (120 francs) ;
  • 220 exemplaires sur vélin d’Arches (80 francs).

Les grands papiers sont au format 25 cm  x 16 cm ; les autres exemplaires au format 23,5 cm  x 15,5 cm. Au moment de la publication, les 20 premiers exemplaires sont déjà souscrits.

Ce n’est pas clairement indiqué mais les 20 premiers exemplaires doivent comporter une des aquarelles réalisées par G. Rochegrosse pour l’ouvrage : certainement une des lettrines. Il est à noter l’existence d’un tirage des illustrations en couleur, mais qui a été effectué à un nombre réduit d’exemplaires (officiellement un seul, mais on peut se demander s’il n’existe pas un tirage réservé aux auteurs).

Le livre est dédié à Marie Georges Rochegrosse, en témoignage de respectueuse amitié. Il s’agit de Marie Lebon, l’épouse de Georges Rochegrosse, qu’il a épousé en 1896, et qui mourra en janvier 1920.

Différences entre la publication en Revue et le livre : illustrations.

L’illustration diffère légèrement de la publication dans la Revue Illustrée :

  • présence du faux-titre et du hors texte, pour Sainte-Marie L’Égyptienne ;
  • de ce fait, la première page de Sainte-Marie l’Égyptienne est allégée ;
  • le hors-texte de la Mort au beau visage est entouré d’un encadrement différent ;
  • rajout d’un encadrement sur les pages de faux-titre ;
  • absence générale des encadrements sur le texte ;
  • Redimensionnement des illustrations : 13 cm de hauteur contre 19 cm dans la Revue, pour le hors-texte de la Mort au beau visage.
  • et bien sûr tirage des illustrations en noir.

On peut observer ces différences, en comparant une aquarelle originale, sa traduction dans la Revue, et sa gravure dans le livre ; en effet, toutes les aquarelles n’ont pas trouvé place dans les exemplaires de tête. L’une d’entre elles est passée en vente le 26 mars 2015, à Drouot, chez Ader Nordmann (lot 72) ; elle a été adjugée 800 euros. L’aquarelle mesure 23 cm x 17 cm (dimensions du papier sans doute, soit environ 21 cm x 16 cm) ; la taille de la lettrine dans la Revue est de 15cm x 11 cm ; sa taille dans le livre est de 11 cm x 8 cm.

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Les deux lettrines en couleurs sont issues de deux exemplaires différents ; en regardant en haute résolution (toutes les images sont cliquables et en haute résolution) on peut observer des différences dans l’apposition de l’argenture et des couleurs, notamment pour les fleurs en bas à gauche.

La Mort au beau visage, aux dépens de l’auteur, 1922.

En 1922, Jérôme Doucet republie, à compte d’auteur, le second conte de ce recueil. Il s’agit d’une publication en hommage à son épouse, Marie Meunier, qui est morte en avril 1919, à la Rochelle. Il en confie l’ornementation à Eugène Belville (1863-1931), décorateur. Il ne s’agit pas ici d’illustration ; Belville a conçu des encadrements stylisés, reproduits plusieurs fois, imprimés en noir et violet ; le texte lui-même est imprimé en violet. Le livre, non paginé, comporte une feuillet blanc, un second feuillet avec le faux-titre et la justification, un feuillet portant le titre, un feuillet avec la dédicace ; le texte commence ensuite, sur 24 pages, à partir du verso de la dédicace. Viennent ensuite un feuillet avec l’imprimeur, puis un dernier feuillet blanc.

Le livre est broché sous une couverture « de deuil », imprimée en or sur fond noir ; le décor évoquant une reliure ancienne. les feuillets font 19cm x 14 cm ; la couverture 20,5cm x 14,8 cm. Il est imprimé par Melzer, 21 rue Chartier, à Paris.

La justification indique :

  • un exemplaire sur parchemin
  • 499 exemplaires sur papier gris.

A noter que le Catalogue général de la Librairie française indique Lucien Gougy comme éditeur, et donne le prix de l’ouvrage : 12 francs. Mais il ne semble pas facile, voire possible, de trouver trace d’exemplaires avec l’indication de Gougy comme éditeur ; et je ne suis pas convaincu qu’il y ait eu autant d’exemplaires de réellement diffusés – l’ouvrage est réellement rare.

mort_1922_dedicace

Voici le texte de la dédicace :

à
l’impérissable mémoire
de
Marie-Thérèsee-Jérôme DOUCET
ma femme
la Morte au beau visage
LA ROCHELLE – PARIS
Avril
1919-1922

La décoration d’Eugène Belville est d’inspiration macabre : têtes de mort, ronces, cierges éteints, fleurs de cimetière… Nous sommes effectivement en présence d’une publication de deuil.

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Différences sur le texte.

Doucet a retouché légèrement le texte ; il s’agit de corrections de style essentiellement ; quelques transitions modifiées, quelques ponctuations rectifiées. Ces corrections sont plus marquées sur la Mort au beau visage, republié en 1922.

Voici quelques exemples de différences sur la Mort au beau visage :

Dans la Revue :

« Qui donc me succédera, puisque Dieu ne m’a donné ni fils ni parents ? » demandait Beaudoin VII, comte de Flandre, aux chevaliers qu’il avait convoqués autour de son lit de mort, et tous répondirent spontanément :  » Ce sera le comte Charles, le fils de Kanut, roi de Danemark, le petit-fils de Robert le Frison. »

« Comte, selon notre bon vouloir et selon le vœu formel des seigneurs de notre beau pays, tu seras héritier de ma couronne.  Je le dis avec joie, car je te sais excellent chrétien et vaillant chevalier et j’aurai, du moins, la suprême consolation d’être utile aux miens jusque dans la mort. « 

En 1901 :

« Qui donc me succédera, puisque hélas Dieu ne m’a donné ni fils ni parents ? » demandait Beaudoin VII, comte de Flandre, aux chevaliers qu’il avait convoqués autour de son lit de mort, et tous répondirent simultanément :  » Ce sera le comte Charles, le fils de Kanut, roi de Danemark, le petit-fils de Robert le Frison. »

« Comte, selon notre bon vouloir et selon le vœu formel des seigneurs de notre beau pays, tu seras héritier de ma couronne.  Je le dis avec joie, car je te sais excellent chrétien et vaillant chevalier et j’aurai, du moins, la suprême consolation d’être utile aux miens jusque dans la mort. »

En 1922 :

« Qui donc me succédera, puisque hélas Dieu ne m’a donné ni fils ni parents ? » demandait Beaudoin VII, comte de Flandre, aux chevaliers qu’il avait convoqués autour de son lit de mort, et tous répondirent simultanément :  » Ce sera le comte Charles, le fils de Kanut, roi de Danemark, le petit-fils de Robert le Frison. »

« Beau Sire, de part notre bon vouloir et selon le vœu formel des seigneurs de notre province, tu seras héritier de ma couronne. Je te la lègue en toute confiance et avec une joie profonde car je te sais excellent chrétien et vaillant chevalier et j’aurai, du moins, la suprême consolation d’être utile aux miens jusque dans la mort. « 

En général les corrections de 1901 sont conservées ; d’autres modifications sont apportées en 1922, qui corrigent légèrement l’expression. A noter un changement de structure ; le chapitre VIII commence une page plus tôt (à « Au lendemain.. »)  alors que dans la Revue et dans l’édition de 1901 il commence à l’envoi (« Ami lecteur… »).

Annexe : avant-propos inédit.

Jérôme Doucet a rédigé un « avant-propos », qu’il a envoyé à madame Tiarko Richepin, l’épouse du fils de Jean Richepin. Dans ce texte, il explique le choix du titre, et des contes qui composent ce recueil. En voici une transcription, établie avec l’aide bienvenue d’Evanghélia Stead (l’écriture de Doucet n’est pas toujours facile à déchiffrer) :

Avant-propos

Cet ouvrage devait d’abord s’appeler “Légendes d’or” mais de la sorte c’était forcément un reflet du livre de J. de Voragine, ce n’eut été que du vermeil.

Puis de la sorte rien ne limitait dans le titre le nombre des contes à ce 3 que Flaubert avait consacré en situant ses « Trois contes » à des époques cadencées.

Le titre primitif me fit songer à d’autres métaux, cadencés eux aussi, par leur valeur, et comme les époques qu’ils pourraient symboliser ; ainsi jadis l’âge de pierre désigne fort nettement ces rudes temps du silex.

Or – argent – cuivre – les trois noms étaient trouvés avec leurs trois stades harmoniques.

Fatalement – la légende d’or était divine et du domaine de Voragine.
La légende d’argent – précisément se plaçait instinctivement au moyen âge.

La légende de cuivre était de nos vagues époques de sillon : naturellement.

Ste Marie l’Egyptienne fut choisie – sans discussion –

Pour la légende d’argent j’écrivis d’abord – « le Chevalier au Cygne » c’est-à-dire la véritable histoire de Lohengrin – ou Lorengrain – mais c’était à la fois un peu allemand et trop féerie du Rhin.

Pour la légende de cuivre je fis « Les sept Souabes » amusante histoire de sept bons commerçants qui conspirent à l’hôtellerie – veulent délivrer le pays d’un monstre imaginaire qui le terrorise –

C’était trop bourgeois – la femme et l’amour y manquaient – amour profane – charnel qui était nécessaire après l’amour mystique de la légende dorée, l’amour paternel de celle d’argent.
Enfin – la Mort au beau visagel’Âme du samovar me parurent être ce que je voulais. Le livre fut clos ainsi.

Tel quel on le peut certes attaquer – Voici du moins des raisons défensives.

Dans ce texte Doucet évoque deux autres contes : le Chevalier au Cygne, et les sept Souabes. Je n’ai pas retrouvé trace de publication du premier. Doucet a publié un conte pour enfants, sous ce titre, dans le Monde Moderne, de Juven, en 1907. Il s’agit d’une histoire, inspirée de Grimm, assez peu en harmonie avec le recueil ; on peut penser que Doucet l’a réécrite pour sa publication. Deux illustrations d’Andréas ornent le conte.

 

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