ceci n’est (peut-être) pas de la porcelaine de Sèvres

Voici quelques contre-exemples de ce qui ne devrait pas poser de problème d’attributions. Je ne mets pas du tout en doute la sincérité des vendeurs concernés ; et je n’exprime ici que ma propre opinion : je peux donc me tromper aussi (!) – merci de considérer ces exemples comme devant donner lieu à réflexion.


un classique… on trouve couramment ce genre d’assiette, avec des personnages sensément de la Noblesse d’une époque indéterminée. Ici rien n’est de Sèvres ; les dorures en relief évoquent plutôt l’Allemagne. Les signatures sont toutes fausses ; le macaron S37 est impossible (pas utilisé à cette date) ; imaginer que les tampons de décor et de château soient posés sur les anneaux de calibrage est étonnant ; et d’ailleurs les assiettes ne sont calibrées, et donc ont ces anneaux, qu’à partir de 1842.


autre exemple comparable :

ah les beaux angelots ! bon, ici également pas grand chose d’authentique – sauf peut-être l’assiette, non décorée : la marque de fabrication verte meulée semble indiquer une pièce mise au rebut et vendue en blanc ; certainement pas à la date de 1836 comme l’indique le vendeur professionnel – on devine plutôt S70 – 1870, donc. Les marques de décor et de château sont fausses, la décoration de l’assiette (y compris le monogramme LP), et principalement les angelots, sont typiques de ce que ne produit pas Sèvres..


 

 

 

Voici une belle pièce, mais certainement pas de Sèvres. L’or a plus l’air de bronze que d’or, les dorures sont bien pauvres…

La signature ne peut pas tromper ; cette pièce de 1950 environ est signée avec des traits qui n’évoquent que de loin les 2 L utilisés par Sèvres au XVIIIe siècle. On est proche des signatures utilisées par Le Tallec (qui entrecroise un L et un T) – et qui utilise également un système de trois lettres rajoutées, comme ici- système qui correspond à une datation propre à cet atelier.

A noter que ce bleu pâle est fréquent dans les copies de Sèvres ; même s’il est assez peu utilisé par Sèvres – à ne pas confondre avec le fameux « bleu de Sèvres », qui est très foncé.

 


 

Une annonce d’un vendeur Anglais – « 19C Century SEVRES CHATEAU TUILERIES MARK PARIS PORCELAIN MARIE ANTOINETTE CUP SAUCER.

Il n’y a pas grand chose d’authentique dans cet ensemble – bien qu’il n’y ait pas de doute que la tasse et la soucoupe constituent bien un ensemble.

La tasse a une marque aux 2 L avec la lettre A, qui correspond à 1753 – 2 ans avant la naissance de Marie-Antoinette ! La soucoupe possède une marque de château, comme très souvent ce genre d’objet, et une marque de décor, datée de 1846, mais pas de marque de fabrication. Voir Sèvres : marques de Châteaux.

Mais la mauvaise qualité de l’ensemble (couleurs délavées, ors industriels bas de gamme, peinture mièvre) suffisent à détourner l’attention de ce petit lot – qui s’est tout de même vendu 200 euros…


 

Un classique napoléonien. L’annonce indique « Tasse porcelaine de Sèvres XIXe 1854 », avec un prix de vente élevé (appréciation personnelle…).

En fait il s’agit d’une pièce assez courante de Capodimonte, en Italie – avec un type de décor classique pour cette fabrique, comme d’ailleurs la forme. Il est vrai que la signature ressemble « un peu » à une marque utilisée sous le Second Empire. Voir Sèvres : imitations et ressemblances courantes


 

Autre classique, le sur-décor sur une pièce de rebut. Ici le sur décor est assez sobre, la pièce est décorative. On voit bien la marque de Sèvres, rayée, qui indique le rebut – et l’absence logique de toute autre marque de décor. Pour rappel, ces pièces jugées défectueuses après la fabrication étaient vendues « en blanc », pas cher, et rachetées pour être décorées « en chambre », parfois par des ouvriers de la Manufacture : quelle que soit l’éventuelle qualité de ce décor, il n’a rien à voir avec Sèvres – et il est disposé sur une pièce défectueuse. Voir Sèvres : rebut, surdécor, biscuits.


 

Hum… le titre indique « Assiette porcelaine de Sevres XIX chateau des Tuileries 1846 monogramme LP« . Les marques présentes montrent une assiette de Limoges, et des tampons rapportés (dont le fameux monogramme LP, tellement mal inséré qu’il est invisible sur la photo). Mais la marque de Limoges ne fait pas douter le vendeur, ni la mièvrerie générale de l’assiette…

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La Louvière

la célèbre fabrique Boch La Louvière a subi de nombreuses faillites au cours de son histoire récente.

Apparemment cette mauvaise nouvelle (la faillite d’une usine de céramique n’est jamais une bonne nouvelle, ce secteur est fortement malmené ces dernières années) n’implique pas forcément l’arrêt de la production. D’ailleurs elle a connu plusieurs épisodes de ce genre dans les dernières années, avec repreneurs plein de bonne volonté.

Cette fabrique commercialise des « reproductions » (en étant indulgent) de céramiques célèbres, inspirées de sa propre production du début du XXe (heure de gloire de la marque, qui s’appelait alors Boch Kéramis, avec Charles Catteau), mais aussi de Gien ou de Longwy, ce qui est moins glorieux.

Les marques commerciales sont multiples : Boch Frères, Royal Boch, Boch La Louvière, La Louvière, Kéralouve…

Les cachets sont adaptés au style de la pièce inspiratrice. Si c’est un style Gien, ça donne KG :

l1
(la marque de droite est une vraie marque de Gien)

Si c’est un style Longwy, on a :


(la marque de droite est une vraie marque de Longwy). Faire attention à la marque du centre : Lorraine France ne veut pas dire grand chose…

Sinon on trouve aussi les marques suivantes :

oui, la marque Longwy est fausse, semble-t-il…

Ces objets sont assez courants, en principe ils ne sont pas trop chers (c’est normal, c’est du neuf). Certaines grosses pièces sont plus onéreuses… mais en principe ça ne devrait jamais atteindre les prix des pièces copiées (Catteau d’époque, ou Gien, ou Longwy). On les trouve chez des marchands spécialisés, qui ne cachent presque pas que c’est du neuf. Tout au plus jouent-ils sur les mots et les catégories (en mettant les annonces dans la catégorie Longwy, par exemple, ou en parlant d’art et déco, au lieu d’Art Déco…)

marques de La Louvière – non copiées..

A noter qu’on commence à voir des pièces de ce genre dans des ventes aux enchères avec commissaire-priseur… mais ça ne se vend pas, en général. Exemple en décembre 2008, 2 vases signés Keralouve, chez Maigret (anciennement Ader), estimés 500 et 600 euros (plus 20% de frais), ne se sont pas vendus. On les trouve couramment à 100 euros…

Wedgwood

Wedgwood est une célèbre fabrique anglaise de céramique, qui produit notamment le fameux « jasperware » ou poterie jaspée, en traduction approximative, mais aussi de très belles porcelaines, des grès, et toutes autres sortes de poteries…

La fabrique existe depuis le XVIIIe siècle, et produit toujours des produits de très bonne qualité (tout de même pas comparable à des pièces anciennes) ; après de nombreuses péripéties récentes, la société a été rachetée par Fiskars ; la plupart de la production est maintenant externalisée.

Le jaspe est une pâte normalement teintée dans la masse (mais ce n’est pas toujours le cas), avec application de motifs de type antique, en relief, le plus souvent blanc. Le critère important pour distinguer au premier coup d’œil une imitation est que les motifs en question ne sont pas peints : ils sont teintés dans la masse (en blanc, donc). Les couleurs les plus fréquentes sont : motif blanc sur fond bleu clair, ou vert clair. On trouve couramment des fonds bleu foncé (souvent appelé bleu Portland). De nombreuses autres couleurs existent, comme le lilas, le jaune, le violet… elles sont moins courantes et donc les pièces en question sont plus recherchées (et plus chères). Dans de rares cas 3 couleurs sont présentes : une pour le fond, et 2 pour les motifs. C’est donc évidemment encore plus cher (surtout s’il s’agit de pièces anciennes).

La marque Wedgwood a été beaucoup imitée ; voici quelques exemples.

Tout d’abord, des vrais Wedgwood, avec des couleurs inhabituelles :


Ensuite des imitations :

On trouve des constantes dans les imitations (pas universelles tout de même) : le fond vert est très fréquent, les objets sont blancs et le vert est peint, en laissant les reliefs en blanc, et les sujets sont souvent « art nouveau », alors que les thèmes de Wedgwood sont très classiques (antiquité grecque).

Les pièces de Wedgwood sont toujours signées, sauf de rares pièces de musée, du XVIIIe, qu’on ne peut pas espérer trouver couramment.

La signature comporte le mot « wedgwood », écrit de diverses façons suivant l’époque. Si la pièce est d’avant 1890, il n’y a pas d’autre mention. Entre 1890 et 1910 le mot « England » est rajouté, depuis 1910 il est mentionné « Made in England ».

Signatures :

La signature de gauche est la plus récente, le code date est composé de lettres. Celle du milieu était utilisée jusque dans les années 1990 (environ), la date est en clair (ici, 72, donc 1972). La signature de droite est du XIXe, le code date est sous forme de 3 lettres.

La marque ne doit pas être confondue avec Wedgewood (Enoch Wedgewood, pour être précis), qui a fait de la porcelaine et de la faïence, mais de bien plus faible renom. A noter que cette marque n’existe plus : lassé de cette concurrence, Wedgwood a racheté Wedgewood et l’a fermé… mais de nombreux objets existent encore, y compris sur ebay.

La signature de gauche est d’Enoch Wedgwood, celle de droite de Wedgwood, sur du « Bone China », c’est-à-dire de la porcelaine « à l’os » (bien qu’il n’y ait pas d’os dans sa composition). Le vase représenté est le fameux Portland Vase, réelle antiquité romaine, qui a donné lieu à réédition par Wedgwood au XVIIIe, et qui sert d’emblème à la marque depuis lors. La signature actuelle est plus stylisée : c’est un W dans lequel se devine le Portland Vase.

Sèvres : autres fabriques

Cet article est une reprise détaillée,  avec photos, de l’article général sur les marques de Sèvres.
La partie détaillée ici concerne les pièces fabriquées par d’autres manufactures, mais bien à Sèvres, ce qui légitime leur utilisation de ce terme.

1. Porcelaine de Sèvres ou « Sèvres ».

Sèvres est une ville. Dans cette ville se trouvent :
la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres, qui est la fabrique phare en France, depuis 1750 environ. Elle a eu plusieurs dénominations, bien sûr :
– manufacture royale,
– manufacture impériale,
– manufacture nationale,
suivant les régimes politiques.
En effet, cette manufacture, privée et établie à Vincennes à l’origine (d’où des annonces  mentionnant cette ville), a rapidement été rachetée par le roi, après son transfert à Sèvres. Depuis elle est « nationalisée ». D’où la forme des signatures, voir plus loin.
Cette manufacture a fait et continue à produire toutes sortes de céramiques, et principalement, mais pas uniquement, de la porcelaine (« tendre » au XVIIIe siècle, « dure », c’est-à-dire de la vraie porcelaine, depuis un peu moins longtemps), et des biscuits (porcelaine non émaillée).

Mais la ville de Sèvres a abrité, et abrite sans doute encore, d’autres fabriques de céramique. On rencontre donc :
Kéramos. Fabrique de René Hénon. Certaines pièces (copies de pièces anciennes) ont été exposées au Musée de Sèvres. N’a sans doute jamais fabriqué de porcelaine, d’après une source bien informée.
Photo 1 :

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peu lisible, souvent en creux dans la pâte.

Paul Millet (et Milet dans certains cas, il s’agit sans doute de 2 fabriques différentes). Céramique de bonne qualité, mais ce sont d’autre manufactures. A noter que des Milet ont travaillé à la manufacture de Sèvres… mais je ne pense pas qu’il y ait un lien de parenté.
Photo 2 :

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Vinsare et MNF, idem. Les initiales peuvent laisser penser à « manufacture nationale de Sèvres », le F étant proche du S dans le logo, mais non, pas du tout…
Photos 3 et 4 :

Photo 5 : Ateliers de Céramique SMF :

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Mayodon. A noter que cet  artiste a été conseiller technique pour la Manufacture de Sèvres, puis directeur pendant 2 ans (1941/42). Mais l’immense majorité des pièces que l’on peut trouver sur le marché sont fabriquées dans les années 50, dans son atelier personnel. A noter que ses pièces valent très cher, la plus-value « Manufacture de Sèvres » indûment invoquée est nulle.
Photo 6 :

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Un livre est paru récemment sur ces fabriques : SEVRES. BOULOGNE-BILLANCOURT la céramique indépendante, de Florence SLITINE, éditeur : ARGUS VALENTINES. Dans ce livre sont traitées les fabriques suivantes :
Paul Beyer, Berthe Cazin, Collinot & Cie, Albert Dammouse, Edouard Dammouse, Taxile Doat, Roger Dollé, Fau & Guillard, Maurice Gensoli, Gentil & Bourdet, Marcel Giberot, Keramos, Frédéric Kiefer, Raoul Lachenal, Jean Mayodon, Ateliers de céramique M.F., Manufacture Milet, Jacques Ponchelet & Abel Léger, Robj, Georges Serré, Manufacture nouvelle de faïence Vinsare, Amalric Walter. Ce qui fait du monde…

– on trouve aussi des grossistes, et des marchands (détaillants) qui ont apposé le nom de leur magasin sur toutes sortes de céramiques, comme « à la ville de Sèvres ».
Photo 7 :

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Macé, marchand ou fabrique ?
La marque en bas à gauche, Sèvres dans un ovale vert, serait de Optat Milet (pour sa production personnelle hors de la Manufacture).

– on trouve aussi des fabriques, par exemple de Limoges, qui ont intitulé leur décor « Sèvres ». En général on ne peut pas s’y tromper : à côté de « Sèvres » on trouve la signature de la fabrique. Exemple : Golse.
Photo 8 :

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On trouve souvent la marque bleue, avec un gros macaron qui pourrait cacher la marque de Golse ?
A noter en bas : marque de Le Tallec, qui « ressemble » à la marque de Sèvres. Il y aurait beaucoup à dire sur cette fabrique, qui s’est laissé aller dans le passé à copier (très bien) les productions de Sèvres du XVIIIe siècle. Maintenant les marques de Le Tallec sont suffisamment explicites pour qu’elles ne soient pas confondues avec Sèvres.

Attention donc aux annonces ! Kéramos c’est très bien, mais ce n’est pas de la céramique « de Sèvres », c’est de la céramique faite dans la ville de Sèvres.

Sèvres : rebut, surdécor, biscuits.

Cet article est une reprise détaillée, avec photos, de l’article général sur les marques de Sèvres.
La partie détaillée ici concerne les pièces de rebut et redécorées ainsi que les biscuits.

3. Imitations ou ressemblances courantes.

– signature aux L sur un biscuit : les biscuits XVIIIe ne sont pas signés, et les biscuits plus récents sont signés avec la marque courante de la fabrique. Donc jamais avec le double L. Sur certaines photos on voit d’ailleurs que la marque a été « gravée » après cuisson, peut-être au couteau.
Photo 1 : ces signatures sont fausses :

r1

Le double L du XVIIIe siècle n’existe pas sur des biscuits, et s’il existait son aspect ne serait pas celui-ci.
ces signatures semblent gravées après cuisson, au lieu d’être faites dans la pâte fraîche.
Les deux signatures en bas à gauche ressemblent (mais pas tout à fait) à celle de Sèvres. De quelle fabrique s’agit-il ?
Photo 2 : ces signatures sont sans doute authentiques :

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4. rebut et surdécor.

Il existe une catégorie particulière de pièces « presque » de Sèvres : les pièces fabriquées à Sèvres, mais vendues « en blanc » ou mises au rebut car jugées de mauvaise qualité. Les premières ne sont pas signées par Sèvres, les secondes ont la signature, mais meulée.
Photo 3 :

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Sur la photo en bas à droite, « S 1907 » est vraie mais rayée, « décorée à Sèvres » est fausse.
Photo 4 :

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Photo 5 :

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Sur la marque de gauche, bel exemple :
– la marque de fabrication S68 est meulée,
– la marque de décor (1846) est forcément fausse (22 ans avant !)
– la marque de château est bien sûr fausse également. Ce qui montre la facilité de copie de ces marques…

Ces pièces se retrouvent facilement maquillées en Sèvres, puisque une bonne partie du travail est déjà faite. Il « suffit » de compléter le décor et la signature. Souvent le décor est trop chargé, avec des dorures et des peintures, des ors en relief… A noter que certaines de ces pièces sont décorées par les ouvriers de la manufacture, chez eux. On est dans le « presque » Sèvres…
Photos 6, 7 et 8 :

Sur des pièces authentiques en général, mais jugées trop sobres, « on » rajoute un décor plus vendeur, des dorures en général, et bien sûr les classiques angelots. Ces angelots sont pratiquement toujours rajoutés sur des assiettes aux armes de Louis-Philippe (mais pas uniquement : voir exemple avec Napoléon III), qui présentent systématiquement une marque de château. Ce serait un bon sujet de collection (à moindres frais, bien sûr).

 

Autres falsifications
– un autre cas est la présence sur la même pièce de signatures de Sèvres d’époques différentes. En effet depuis le XIXe siècle Sèvres appose deux signatures : la signature de la pièce, et celle du décor (ou de la dorure). Il peut être toléré qu’une petite différence de dates existe entre ces deux signatures, mais dans certains cas (voir photos) on peut imaginer que la signature du décor est fausse…
Photo 9 :

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Signatures très douteuses : Voir les ratures sur les dates… Il s’agit de 2 marques de fabrication, impossibles en même temps, et inutilisées à cette date : LP n’est utilisée que de 1845 à 1848, et est remplacée par le S en 1849.
Supposition : la marque S est réelle (52 ?), mais trafiquée pour correspondre au règne de Louis-Philippe, la marque LP est fausse, La marque de château est donc très douteuse…

Photo 10 :

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L’aigle est utilisée de 1813 à 1815, la mention M Im.. De 1804 à 1812, (ici avec la date de 1804, comme toujours…)
Le N couronné, de 1855 à 1870, avec normalement la date en dessous, ce qui n’est pas le cas ici. Quelqu’un aura confondu les 2 Napoléons…

Sèvres : imitations et ressemblances courantes

Cet article détaille les pièces fabriquées par d’autres manufactures, avec des marques se rapprochant un peu trop de Sèvres.

3. Imitations ou ressemblances courantes.

La signature la plus imitée est bien sûr celle du XVIIIe siècle. Mais heureusement dans de nombreux cas on peut deviner la copie :
Lettre date : la lettre présente dans la signature ne veut pas dire « Sèvres », mais donne la date. Quand la signature est maladroite, avec un S à l’intérieur, c’est sans doute un faux (le s est très courant, ce qui laisse penser que le faussaire ne sait pas qu’il s’agit d’une lettre date). Je rappelle que le W n’existe pas.
Photos 1, 2 et 3 :


La marque avec couronne de lauriers est d’une fabrique de Limoges.
On reconnaît à droite une imitation malhabile de la signature utilisée sous Louis XVIII. La marque CL se retrouve souvent, c’est sans doute les initiales du faussaire ?


Les lettres VX font penser à « Vieux », pour faire lire « vieux Sèvres » peut-être ?

 

b1

Là c’est assez bizarre… on a une copie de la marque du XVIIIe, fausse bien sûr puisqu’il y a 2 lettres différentes ; et le monogramme de Louis-Philippe, doré, qui se trouve normalement sur la face visible des pièces des services royaux ; marque fausse également. On voit ici que ce monogramme est très facile à rajouter sur n’importe quelle pièce ! on dit souvent que les fameuses assiettes de château, avec des angelots, sont de vraies pièces issues des ventes, sur décorées – mais qu’est-ce qui aurait pu retenir l’artisan de copier aussi le monogramme royal ? Voir Sèvres : marques de Châteaux.

Photo 4 :

s4

La marque MI Sèvres dans un cartouche, tracé assez maladroitement, est extrêmement douteuse. Je n’ai pas trouvé trace de cette marque, et son exécution n’est pas vraiment digne d’un ouvrier de Sèvres.

Photo 5 :

s5

signatures très douteuses…
– cartouche étonnant, avec SV au lieu de S
– grosses imprécisions dans la couronne (voir celle de gauche) et le texte.

Photo 6 :

sevres_fausse_1

3 marques fausses, avec encore les traces de colle… à noter que S37 est impossible.

N couronné : utilisé par Naples (Capodimonte) et d’autres fabriques italiennes. Si seul, ce n’est pas du Sèvres. Mais en général la forme et le décor ne trompent pas beaucoup. Ce sont souvent des tasses étroites, hautes, avec des personnages napoléoniens : typique de Naples, et pas très ancien (voire neuf…)
Photo 7 :

s6capodimonte2

ça ressemble à la marque sous Napoléon III. Mais il manque les indications latérales, et la couronne est très différente (sans parler des autres indications présentes).

4S au lieu de 2 L : plus subtil… c’est une des marques les plus amusantes de la fabrique parisienne de Samson (après 1850). Quand on l’a repérée une fois, c’est une joie de le retrouver !
Photo 8 :

s7

Samson signe diversement, et notamment avec 4 S.
Le Tallec (qui existe encore) a utilisé une signature qui ressemble à Sèvres, constituée du L et T un peu déformés. Maintenant sa signature comporte d’autres éléments (texte) qui évitent la confusion.
On voit une signature de Le Tallec sur la première photo du guide, en bas à gauche (LT).

gros macaron : pour rajouter une signature Sèvres, il peut être utile de cacher une autre signature. Ces macarons, jamais utilisés à Sèvres, sont bien pratiques… pour le faussaire, et aussi pour l’amateur, ils se voient de loin.

Photo 9 :

faussse1

Le vendeur pense réellement que c’est du Sèvres, ou veux nous le faire croire. On voit pourtant clairement la marque de Limoges sous le macaron bleu. A noter que la plupart des pièces en porcelaine avec monture argent ne sont pas de Sèvres.

Photo 10 :

s8
présence d’éléments impossibles sur du Sèvres : les mots suivants ne sont pratiquement jamais indiqués sur une pièce authentique : « FRANCE », « décoré main » (tout à Sèvres est fait à la main, ce n’est pas la peine de le préciser), « Sèvres » sur une pièce du XVIIIe siècle.
A noter toutefois que deux signatures authentiques comportent le mot « FRANCE ». Il s’agit du S dans un macaron, utilisé de 1928 à 1940, et de la mention « made in FRANCE », de 1924 à 1927 (très courte période).
Photo 11 :

s9

– cas particulier : le mot « SEVRES » généralement en capitales, dans un cartouche ovalisé, a été utilisé à Sèvres mais uniquement sur des biscuits, et en creux. On rencontre cette signature, imprimée, sur de la céramique. Il est fort possible qu’il s’agisse aussi de la Manufacture de Sèvres, sauf si c’est sur de la  porcelaine. Sèvres a produit aussi un très large choix d’autres types de céramiques…
Photo 10 :

s10

Sèvres : marques de Châteaux

Cet article détaille les pièces « de Sèvres » marquées d’un tampon de château royal.

Il correspond au chapitre 2.8  : marques de château de l’article général sur les signatures de Sèvres..
AU XIXe siècle, les châteaux « royaux » ont été dotés de vaisselle de Sèvres, en nombre parfois insuffisant pour les réceptions. Donc la vaisselle pouvait être prêtée d’un château à l’autre, pour les grandes réceptions. Pour les inventaires, elle était donc tamponnée d’une marque spécifique. Ces services étaient très grands (plusieurs centaines de pièces), avec de nombreux réassorts. Il existait en général plusieurs niveaux de luxe pour ces services :
– le service principal, le plus décoré (il est exceptionnel d’en voir des pièces en vente),
– le service « des Princes », blanc à frise et chiffre (initiales du souverain) en or,
– le service « des Officiers », filet et chiffre en or,
– le service « des cuisines« , filet et chiffre de couleur (rouge le plus souvent).

Ces services se retrouvent en général dans le public, suite aux ventes importantes effectuées (par exemple à l’occasion d’un changement de régime), et on peut en trouver facilement en vente.
Voici des exemples de marques de châteaux possibles (la liste des lieux n’est pas exhaustive) :
Photo 1 à 4 :

Exemples de marques :
Photo 5 :
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Ici 3 marques compatibles :
– en vert : SV LP 46, (fabrication),
– tampon bleu : Sèvres 1846 (décor), ces tampons ont servi de 1845 à 1848.
– marque de château (Tuileries). Il est donc possible que cette pièce soit authentique.

Photo 6 :

i6

La marque S avec la date (en vert) a été utilisée de 1848 à 1899, elle est donc fausse.
La mention « France » est évidemment fausse.
Donc les 2 marques et la marque de château sont fausses… Ce type est très courant sur ebay.

Photo 7 :

i7

Facile : marque au double L imitant les marques du XVIIIe, avec une marque de château, uniquement utilisée au XIXe. C’est donc un faux.
Photo 8 :

i8

Facile aussi : marque fausse S37 (année impossible avec cette marque), indication impossible « France » dans la pâte. Les tampons sont donc faux. Autre marquage pratiquement identique :

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on voit bien les traces du faussaire…

Attention : ces marques sont très faciles à imiter. Si elles figurent sur des pièces décorées autrement que par le chiffre du souverain, méfiance… notamment s’il s’agit d’assiettes avec le chiffre du souverain, et des petits anges (voir l’article sur les pièces de rebus et surdécor).

Et le monogramme lui-même n’est pas incopiable !

b1
pièce avec le monogramme LP du côté signature ! fausse évidemment.

 

Citation : « Ces pièces simples sont tombées en grand nombre dans le domaine public et on y a très souvent ajouté un décor, presque toujours d’angelots sur des nuages, reconnaissable à ses couleurs très peu glacées puisqu’on a dû les cuire à très basse température« . J’ajouterai que les photos d’annonces ne permettent généralement pas de se rendre compte des couleurs « peu glacées », mais qu’on voit très bien par contre la maladresse du peintre…
Photos 9 et 10 :

i9 i10
A noter sur la photo du haut le chiffre en rouge : service des cuisines, donc. En principe pas de décor…

Autres figures amusantes :

Un vrai thème de collection !

Les citations sont extraites de « Sèvres« , de Tamara Préaud et Marcelle Brunet.

Signatures de Sèvres

Le nombre de pièces signées ou revendiquées comme Sèvres est dix fois plus important que le nombre réel… les imitations pullulent, et on peut se demander s’il est possible de s’y retrouver.

passevres
de la Manufacture de Sèvres, d’après vous ? hum…

Première citation : « Sèvres a toujours eu un système de marques extrêmement complet et précis, qui permet facilement attribution et datation« .

Ouf ! on va peut-être pouvoir s’y retrouver un peu…

dans de nombreux cas en effet la photo de la signature permet d’exclure 2 pièces sur 3.
Pour cela, il suffit de quelques repères simples :
– savoir ce que « porcelaine de Sèvres » ou « Sèvres » veut dire,
– connaître les signatures réellement utilisées par cette Manufacture,
– connaître les quelques imitations ou signatures authentiques d’autres fabriques, imitant Sèvres.

1. Porcelaine de Sèvres ou « Sèvres ».

Sèvres est une ville. Dans cette ville se trouvent :
– la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres, qui est la fabrique phare en France, depuis 1750 environ. Elle a eu plusieurs dénominations, bien sûr :
– manufacture royale,
– manufacture impériale,
– manufacture nationale,
suivant les régimes politiques.
En effet, cette manufacture, privée et établie à Vincennes à l’origine (d’où des annonces Ebay mentionnant cette ville), a rapidement été rachetée par le roi, après son transfert à Sèvres. Depuis elle est « nationalisée ». D’où la forme des signatures, voir plus loin.
Cette manufacture a fait et continue à produire toutes sortes de céramiques, et principalement, mais pas uniquement, de la porcelaine (« tendre » au XVIIIe siècle, « dure », c’est-à-dire de la vraie porcelaine, depuis un peu moins longtemps), et des biscuits (porcelaine non émaillée).

Mais la ville de Sèvres a abrité, et abrite peut-être encore, d’autres fabriques de céramique. On rencontre donc :
Kéramos. Il s’agit rarement (jamais ?) de porcelaine.
Paul Millet (et Milet dans certains cas, il s’agit sans doute de 2 fabriques différentes). Céramique de bonne qualité, mais ce sont d’autre manufactures. A noter que des Milet ont travaillé à la manufacture de Sèvres… mais je ne pense pas qu’il s’agisse des mêmes.
Vinsare et MNF, idem. Les initiales peuvent laisser penser à « manufacture nationale de Sèvres », le F étant proche du S dans le logo, mais non, pas du tout…
Mayodon. A noter que cet immense artiste a été conseiller technique pour la Manufacture de Sèvres, puis directeur pendant 2 ans (1941/42). Mais l’immense majorité des pièces que l’on peut trouver sur le marché sont fabriquées dans les années 50, dans son atelier personnel. A noter que ses pièces valent très cher, la plus-value « Manufacture de Sèvres » indûment invoquée est nulle.

Un livre est paru récemment sur ces fabriques : SEVRES. BOULOGNE-BILLANCOURT la céramique indépendante, de Florence Slitine, éditeur : Argus Valentines. Dans ce livre sont traitées les fabriques suivantes :
Paul Beyer, Berthe Cazin, Collinot & Cie, Albert Dammouse, Edouard Dammouse, Taxile Doat, Roger Dollé, Fau & Guillard, Maurice Gensoli, Gentil & Bourdet, Marcel Giberot, Keramos,  Frédéric Kiefer, Raoul Lachenal, Jean Mayodon, Ateliers de céramique M.F., Manufacture Milet,  Jacques Ponchelet & Abel Léger, Robj, Georges Serré, Manufacture nouvelle de faïence Vinsare, Amalric Walter. Ce qui fait du monde…

– on trouve aussi des grossistes, et des marchands (détaillants) qui ont apposé le nom de leur magasin sur toutes sortes de céramiques, comme « à la ville de Sèvres« .

– on trouve aussi des fabriques, par exemple de Limoges, qui ont intitulé leur décor « Sèvres ». En général on ne peut pas s’y tromper : à côté de « Sèvres » on trouve la signature de la fabrique. Exemple : Golse.
On voit aussi sur certaines pièces de gros macarons peints ou dorés… ne pourraient-ils pas cacher une marque de Limoges ?

Attention donc aux annonces ! Kéramos c’est très bien, mais ce n’est pas de la céramique « de Sèvres », c’est de la céramique faite dans la ville de Sèvres.

Cette partie est détaillée là : Sèvres : autres fabriques

2. Signatures de Sèvres.

La marque utilisée a suivi les régimes politiques.

2.1 Tant que le roi est Louis XV ou Louis XVI :

la fameuse signature aux 2 L, avec (très souvent, mais pas toujours) une lettre date à l’intérieur, et, pour la porcelaine dure, une couronne placée au dessus. Cette signature a été utilisée à partir de 1753 (1770 pour la porcelaine dure) jusqu’à la mort de Louis XVI, donc jusqu’en 1793.
Liste des lettres-dates utilisées :
a : 1753 … v : 1774, la lettre W n’est pas utilisée, x : 1775, y : 1776, z : 1777
A partir de 1778 : lettres doublées :
AA : 1778 jusqu’à QQ : 1793 (utilisée jusqu’au 17 juillet 1793), sans la lettre JJ.
Avis aux copieurs : jamais 2 lettres différentes… CL est donc impossible, comme VX.
Voici quelques marques du XVIIIe, qui peuvent être authentiques. Remarquer que la lettre date est dans la signature. On voit d’autres marques d’ouvrier (points, ancre, lettres…).
La couronne indique une porcelaine dure.

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la signature centrale, ligne du haut, est fausse : on lit clairement CL dans le double L.
A noter que d’autres éléments entrent en compte. La signature est normalement complétée par le signe des artisans l’ayant fabriqué : celui qui a façonné la pièce, celui qui l’a dorée, et celui qui l’a peinte. On devrait donc avoir 3 marques supplémentaires. De plus pour une tasse, on devrait avoir les mêmes marques sur la tasse et la sous-tasse (y compris pour les marques de doreur et de peintre). Sinon le lot est dépareillé, ce qui diminue fortement sa valeur.

2.2. pendant la révolution :

diverses marques, manuscrites (RF pour République Française), le mot « Sèvres », au pinceau.

2.3 Sous Napoléon 1er :

Avant le couronnement : « M Nle Sèvres ». Après 1804 : la marque « Manufacture Impériale de Sèvres », abrégée en « Man Imple de Sèvres ».

Il existe aussi une signature avec l’aigle, mais assez rare :

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La marque est en principe au tampon, et n’est jamais seule, elle comporte une indication pour l’année.

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Les 2 signatures de la colonne de gauche sont de la révolution. La marque II indique l’an 11 de la révolution.
La colonne centrale montre des marques plausibles (imprimées). La colonne de droite montre des marques très douteuses (manuscrites, ce qui est normalement rare).
A noter que le signe sous cette marque est un signe de datation, correspondant à l’année 1804. On ne trouve que celui-ci ! à croire que Sèvres n’a travaillé que cette année-là !

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Marque avec l’année 1809 – qui ne tente pas les faussaires.

2.4 : A la restauration : les initiales des rois se succédant :

– Louis XVIII (1815 – 1824) : 2 L, avec le mot Sèvres et une fleur de Lys dans la signature. Il est facile de la distinguer des marques de l’ancien régime, il s’agit d’une marque imprimée et non manuscrite, et les L sont assez gras.
– Charles X (1824 – 1830) : 2 C

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La signature sous Louis XVIII est souvent copiée de façon très maladroite, manuscrite, avec la fleur de Lys et le mot Sèvres (voir guide à venir sur les marques imitées). La signature de Charles X n’est pas souvent (jamais ?) copiée, pas assez « typique » de Sèvres sans doute.

– Louis Philippe (1830 – 1848) : LP

Ces marques sont imprimées et non manuscrites et s’accompagnent normalement des 2 derniers chiffres de l’année.
A noter que ces marques ne sont pas systématiques… comme on voit sur la photo, il existe également une marque circulaire, avec une étoile et le mot « Sèvres », utilisée de 1831 à 1834, marque rare et rarement imitée.

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Marque de gauche : république de 1848 (RF), voir ci-dessous.

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Marque de fabrication verte, année 1847, marque de dorure (en or) LP année 1848, marque de château du Pavillon de Breteuil.
Attention : ces marques ne sont pas utilisées sur toutes les années du règne, mais successivement (la marque LP avec SV47 étant la dernière utilisée, de 1845 à 1848).

2.5 : république (1848 – 1852) :

RF (république française) signature assez rare, tampon rond.

2.6 : Napoléon III (1852 – 1870) :

S avec la date dans un cartouche (marque de fabrication), et
N couronné avec légende et date. La légende indique l’opération : dorure dans les exemples.
A noter que le N couronné a été utilisé aussi à Naples (le roi de Naples étant issu des bouleversements napoléoniens), mais la couronne est très différente, et il n’y a pas d’autre mention, voir l’article traitant des imitations.

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Marque de la ligne inférieure : aigle, utilisée au début du règne.

De nouveau l’aigle :

 

2.7 : de 1848 à 1899 :

les marques énumérées sont utilisées avec en plus une marque de fabrication simple : un S, avec l’année sur 2 chiffres, dans un petit cartouche. Des lettres supplémentaires peuvent apparaître, elles désignent le type de pâte utilisée.

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La marque RF est une marque de dorure ou de décor (indiqué dans le tampon). La couleur indique le type de pâte (noir : grand feu, vert : pâte dure).

2.8 : République :

diverses marques se succèdent jusqu’à nos jours, dans lesquelles le S veut souvent dire Sèvres. A noter la très belle signature de Matthieu.
La variété des signatures est importante… un trouve par exemple S et l’année dans un triangle, dans un losange, dans un carré, dans un double losange… ils ont des tampons ronds (vive la Bretagne), ovales, triangulaires, avec les mentions « sèvres » « manufacture de l’état », « décoré à sèvres », « doré à sèvres », RF…

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Les lettres DA et DN indiquent le type de pâte : DA pâte ancienne, DN pâte nouvelle.

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Le S dans un macaron est utilisé de 1928 à 1940, avec une lettre-date en minuscule (j=1937, e=1932, b=1929). La couleur indique le type de pâte : vert : pâte dure, noire (exemple de gauche) pâte nouvelle.
A noter (au centre) un exemple moderne de château : tampon de la présidence du Conseil.

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Marque dessinée par Matthieu, utilisée depuis 1970.
Lettre-date (idem ci-dessus) : BG=1999
A noter dans la pâte la signature de l’artiste, Hajdu.

Je n’ai jamais rencontré d’imitation flagrante de ces dernières marques, sans doute pas assez prestigieuses au goût des faussaires.

A noter que depuis le XIXe siècle cohabitent plusieurs signatures : celle de la pièce, et celle du décor, ou de la dorure, avec la mention « doré à Sèvres » ou « décoré à Sèvres ». On peut donc trouver plusieurs signatures sur la même pièce, éventuellement avec des années différentes (une pièce étant fabriquée une année, puis décorée une année postérieure). Il faut bien sûr que ces signatures soient compatibles : des années pas trop éloignées, et la signature de décor ou de dorure plus récente, et pas trop de signatures non plus…

2.9  : marques de château.

Au XIXe siècle, les châteaux « royaux » ont été dotés de vaisselle de Sèvres, en nombre parfois insuffisant pour les réceptions. Donc la vaisselle pouvait être prêtée d’un château à l’autre, pour les grandes réceptions. Pour les inventaires, elle était donc tamponnée d’une marque spécifique. Ces services étaient très grands (plusieurs centaines de pièces), avec de nombreux réassorts. Il existait en général plusieurs niveaux de luxe pour ces services :
– le service principal, le plus décoré (il est exceptionnel d’en voir des pièces en vente, je n’en ai jamais vu sur ebay),
– le service « des Princes », blanc à frise et chiffre (initiales du souverain) en or,
– le service « des Officiers », filet et chiffre en or,
– le service « des cuisines », filet et chiffre de couleur.
Ces services se retrouvent en général dans le public, suite aux ventes importantes effectuées, et on peut en trouver sur ebay.

Attention : ces marques sont très faciles à imiter. Si elles figurent sur des pièces décorées autrement que par le chiffre du souverain, méfiance… notamment s’il s’agit d’assiettes avec le chiffre du souverain, et des petits anges (voir le 4, rebut et surdécor). Citation : « Ces pièces simples sont tombées en grand nombre dans le domaine public et on y a très souvent ajouté un décor, presque toujours d’angelots sur des nuages, reconnaissable à ses couleurs très peu glacées puisqu’on a dû les cuire à très basse température ». J’ajouterai que les photos d’ebay ne permettent pas de se rendre compte des couleurs « peu glacées », mais qu’on voit très bien par contre la maladresse du peintre…
Cette partie est détaillée dans l’article Sèvres : marques de Châteaux .

3. Imitations ou ressemblances courantes.

La signature la plus imitée est bien sûr celle du XVIIIe siècle. Mais heureusement dans de nombreux cas on peut deviner la copie :
Lettre date : la lettre présente dans la signature ne veut pas dire « Sèvres », mais donne la date. Quand la signature est maladroite, avec un S à l’intérieur, c’est sans doute un faux (le s est très courant, ce qui laisse penser que le faussaire ne sait pas qu’il s’agit d’une lettre date). Je rappelle que le W n’existe pas – et s’il y a deux lettres, elles doivent être identiques !

N couronné : utilisé par Naples (Capodimonte) et d’autres fabriques italiennes. Si seul, ce n’est pas du Sèvres. Mais en général la forme et le décor ne trompent pas beaucoup. Ce sont souvent des tasses étroites, hautes, avec des personnages napoléoniens : typique de Naples, et pas très ancien (voire neuf…)

4S au lieu de 2 L : plus subtil… c’est une des marques les plus amusantes de la fabrique parisienne de Samson (après 1850). Quand on l’a repéré une fois, c’est une joie de le retrouver sur ebay !

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fausse signature « au vieux Sèvres », avec 4S

Le Tallec (qui existe encore) a utilisé une signature qui ressemble à Sèvres, constituée du L et T un peu déformés. Maintenant sa signature comporte d’autres éléments (texte) qui évitent la confusion.

signature aux L sur un biscuit : les biscuits XVIIIe ne sont pas signés, et les biscuits plus récents sont signés avec la marque courante de la fabrique. Donc jamais avec le double L. Sur certaines photos on voit d’ailleurs que la marque a été « gravée » après cuisson, peut-être au couteau.

gros macaron : pour rajouter une signature Sèvres, il peut être utile de cacher une autre signature. Ces macarons, jamais utilisés à Sèvres, sont bien pratiques… pour le faussaire, et aussi pour l’amateur, ils se voient de loin.

présence d’éléments impossibles sur du Sèvres : les mots suivants ne sont pratiquement jamais indiqués sur une pièce authentique : « FRANCE », « décoré main » (tout à Sèvres est fait à la main, ce n’est pas la peine de le préciser), « Sèvres » sur une pièce du XVIIIe siècle.
A noter toutefois que deux signatures authentiques comportent le mot « FRANCE ». Il s’agit du S dans un macaron, utilisé de 1928 à 1940, et de la mention « made in FRANCE », de 1924 à 1927 (très courte période).

– cas particulier : le mot « SEVRES » généralement en capitales, dans un cartouche ovalisé, a été utilisé à Sèvres mais uniquement sur des biscuits, et en creux. On rencontre cette signature, imprimée, sur de la céramique. Je ne pense pas qu’il s’agisse de la Manufacture de Sèvres, et j’en suis presque certain pour la porcelaine. Mais comme Sèvres a produit aussi d’autres types de céramiques, j’ai encore un petit doute…

Cette partie est détaillée dans cet autre article  : Sèvres : imitations et ressemblances courantes.

4. rebut et surdécor.

Il existe une autre catégorie : les pièces fabriquées à Sèvres, mais vendues « en blanc » ou mises au rebut car jugées de mauvaise qualité. Les premières ne sont pas signées par Sèvres, les secondes ont la signature, mais meulée.
Ces pièces se retrouvent facilement maquillées en Sèvres, puisque une bonne partie du travail est déjà faite. Il « suffit » de compléter le décor et la signature. Souvent le décor est trop chargé, avec des dorures et des peintures, des ors en relief… A noter que certaines de ces pièces sont décorées par les ouvriers de la manufacture, chez eux. On est dans le « presque » Sèvres…
– un autre cas est la présence sur la même pièce de signatures de Sèvres d’époques différentes. En effet depuis le XIXe siècle Sèvres appose deux signatures : la signature de la pièce, et celle du décor (ou de la dorure). Il peut être toléré qu’une petite différence de dates existe entre ces deux signatures, mais dans certains cas (voir photos) on peut imaginer que la signature du décor est fausse…

A noter que des indications figurent souvent, gravées dans la pâte, avant pose de la couverte. Ces éléments sont difficilement lisibles. Ils permettent en principe de dater la pièce, et d’identifier son modèle. Mais je n’en ai pas trouvé d’images suffisamment nettes, je n’en parlerai pas. Cette pratique était très courante à Sèvres, mais pas uniquement : d’autres manufactures moins renommées l’utilisaient également. La présence de ces indications n’est donc pas un gage d’authenticité (surtout s’il s’agit de pièces vendues en rebut), d’autant qu’on peut rarement les déchiffrer…
Cette partie est détaillée dans cet autre article : Sèvres : rebut, surdécor, biscuits.

5. Attention à la rédaction des annonces…

La recherche de céramique avec le mot-clef « Sèvres » donnent de nombreux résultats, mais sur le tas on peut estimer qu’un très faible pourcentage (1 pièce sur 10 ? moins ?) est vraiment de la manufacture de Sèvres.
Évidemment, la notation de « décor Sèvres », ou « bleu Sèvres » indique que ce n’est pas du Sèvres. De même, l’indication de « Sèvres » seul dans le titre, alors que la pièce est de Millet ou de Vinsare, ne sert qu’à attirer le curieux sur le renom de la manufacture.

Certaines autres annonces peuvent être faites de bonne foi, le vendeur n’ayant jamais vu de Sèvres authentique, et pouvant imaginer qu’une horreur mièvre et sucrée, molle, pourrait être de cette manufacture.

Mais dans d’autres cas le vendeur sait bien ce qu’il vend… et donc qu’il risque (un peu). Certains dans ce cas utilisent une ruse de commissaire-priseur : ils décrivent la pièce sans se prononcer sur son authenticité. Le titre de l’annonce pourra donc être « tasse en porcelaine. Marque Sèvres ». Dans ce cas, on est assuré que le vendeur, professionnel en général, sait pertinemment que sa pièce est fausse… mais son annonce est juste : il y a bien une marque indiquant Sèvres, même si cette marque est fausse.

Moralité ?

il est difficile de faire des bonnes affaires… on trouve des pièces vendues comme du Sèvres, et pas cher. Et on trouve aussi des pièces authentiques. On trouve aussi des pièces vendues cher. Si les premières ne sont en général pas authentiques, ce n’est pas bien grave (qui peut raisonnablement croire qu’il va acheter une tasse de Sèvres 10 euros, alors qu’en salle des Ventes, elle devrait se vendre 50 à 100 fois plus ?). Ce qui est plus gênant, c’est que les pièces chères ne sont pas toutes authentiques. Méfiance….

Attention ! si avoir une mauvaise signature exclut une pièce, avoir une bonne signature ne garantit pas d’avoir une pièce authentique…
Citation : « les marques et signatures sont très faciles à imiter, en sorte qu’il ne faut jamais se fier à elles pour juger de l’authenticité d’un objet« . C’est désespérant… en gros, il faut voir la pièce pour la juger.

Les citations sont extraites de « Sèvres », de Tamara Préaud et Marcelle Brunet,  qu’elles en soient remerciées…

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désolé : aucune de ces pièces n’est de la Manufacture de Sèvres…