la maison idéale : la salle de bains.

La Revue Illustrée, dans son numéro du 15 août 1899, publie un article qui tient beaucoup du publi-reportage, dans une série intitulée ‘la maison idéale‘ – cet article-ci traitant de la salle de bains.

Cette série est signée M. Builder, et l’article est accompagné de la note suivante :

Nous rappelons à nos lecteurs que sous ce titre est réunie une série d’articles sur l’hygiène moderne et le confort actuel. Grâce à une série d’investigations sérieuses et tenaces qui n’ont pas demandé moins de dix-huit mois, nous croyons avoir réuni pour eux des renseignements précieux et la liste des maisons idéales

L’article est illustré d’un dessin de J. Deydier, représentant une vue idéalisée d’une salle de bains, d’une taille et d’un décor dignes d’un château.

builder_salle_de_bains

Voici l’article en question :

L’ANGLAIS, à qui l’on ne peut refuser le sens pratique de la vie, considère – avec un certain dédain du reste – que nous ne savons pas organiser chez nous le cabinet de toilette, la salle de bains. Avec le quart de l’argent qu’un Français dépense pour son salon – si souvent inutile – il pourrait se monter un « lavalory » confortable, et cela du moins est une des choses essentielles de la vie. Voilà ce qu’il dit. Il est vrai que nous ne sommes pas toujours sollicités par les objets usuels que nous rencontrons sur notre route et les accessoires de bains en particulier sont souvent défectueux.

En notre maison idéale, la salle de bains est une des pièces principales ; elle sera une pièce idéale, c’est-à-dire parfaite à tous points de vue – grâce à la merveilleuse invention de M. Charles Blanc, le constructeur du boulevard Richard-Lenoir.

M. Charles Blanc a trouvé les deux choses qui manquaient, le chauffe-bains idéal, la robinetterie idéale également. Ses lavabos, ses baignoires, qui sont parfaits, ont des concurrents – rares il est vrai – mais ses inventions personnelles sont uniques. Notre salle de bains idéale sera donc installée par lui. Elle sera spacieuse, mais cependant elle peut être réduite aux dimensions les plus restreintes grâce à la perfection des appareils Ch. Blanc qui ne tiennent aucune place inutile. Le sol sera indifféremment carrelé, avec des nattes, ou recouvert de toile cirée, car les appareils Blanc sont disposés de façon à éviter presque absolument toute éclaboussure. Le parquet pourrait être ciré comme en un salon. Considérons le chauffe-bain d’abord ; – l’instrument a toutes les qualités ; il est simple de forme, il est très petit, d’un entretien nul, surtout s’il est nickelé, d’un maniement à la fois enfantin et sans danger. Je le répète, il est matériellement impossible de faire mieux puisqu’il est parlait, puisqu’il est idéal.

Qu’on se reporte à la figure. On croirait à le voir posé sur ses deux petites consoles – car il est léger et n’a pas besoin de support – important une petite vitrine de nickel, une fantaisie jolie, quelque cave à liqueurs, tout excepté une chose encombrante. Et maintenant pour ce qui est de son usage c’est encore plus délicieux. On frotte une allumette, tout en tournant un robinet, et on allume un petit bec de gaz qui est la veilleuse du chauffe-bain et tout est fini. On peut laisser brûler indéfiniment ce petit bec qui dépense un centime ou deux à l’heure et l’on a maintenant, avec un geste du doigt, toutes les commodités, tous les agréments possibles.

Et cela grâce à l’accessoire indispensable, le robinet mitigeur.

Ce robinet est plus qu’une trouvaille, c’est une merveille, c’est le robinet idéal. Un petit cadran avec des mots clairs et faciles à suivre – froide, chaude, mitigée, arrêt, vidange, au centre du cadran, une aiguille que commande une poignée et c’est tout. Veut-on un bain, on met l’aiguille au mot chaude. Aussitôt l’eau afflue à 50 degrés dans la baignoire – le chauffe-bains s’étant de lui-même, à distance, allumé sans que vous ayez eu autre chose qu’à exprimer le désir – réalisé par un mouvement du doigt sur le cadran.

N’est-ce pas parfait.

Pendant les quelques minutes que le robinet met à remplir la baignoire, on vaque à ses petites occupations de toilette, et sans qu’on y pense voilà le bain prêt; il a demandé quelques minutes, coûté quelques centimes.

A-t-on même, par distraction, oublié le robinet qui coule : qu’importe ! un trop-plein est là qui a de la tête, de l’attention pour vous. Donc, pas d’ennui, ni éclaboussure, ni débordement. Pas de crainte d’accident, le gaz ne s’allume jamais sans que l’eau soit dans les tubes, et l’arrêt du gaz comme son allumage est instantané à votre seule volonté, obéissant passivement à l’aiguille du cadran.

De plus, la pression de l’eau importe peu, le chauffe-bains est fait de bel et bon cuivre, brasé, sans soudures d’étain; il résiste à vingt atmosphères et c’est le triple de ce qu’il aura jamais à supporter.

Veut-on de l’eau tiède, on met l’aiguille à mitigée ; de la froide, au mot froide. Veut-on vider la baignoire, on met l’aiguille à vidange ; ou veut-on s’en aller, au mot arrêt.

Ça n’est pas plus difficile que de mettre l’aiguille d’une pendule à l’heure voulue, c’est seulement beaucoup plus vile fait.

Pour le lavabo, même procédé, le même robinet mitigeur donne toutes les eaux à toutes les températures voulues.

Et j’allais oublier, qu’un seul appareil suffit pour la baignoire et le lavabo, suffit même pour toutes les baignoires et tous les lavabos qu’il vous plaira de disposer aux étages, si nombreux soient-ils, de la maison.
Je ne saurais trop conseiller à nos lecteurs, d’aller jusqu’au boulevard Richard-Lenoir au 45, à deux pas de la Place de la Bastille. Ils trouveront là une salle de bains installée ainsi, et l’homme le plus aimable du monde, M. Ch. Blanc, qui les recevra avec plaisir et leur montrera en une seconde ses appareils parfaits.

Que de fois on a perdu son temps pour une visite inutile. Celle-là est précieuse. L’hygiène c’est la moitié de la santé, presque la santé entière; – une salle de bains organisée ainsi évitera, j’en suis sûr, bien des indispositions, des lassitudes, des rhumes, des langueurs. C’est un trésor dans une maison; c’est un bonheur pour une femme soucieuse de sa santé et de sa jeunesse.

Donc, je conclus : pour que notre cabinet de toilette soit l’idéal – je ne vois rièn qui puisse surpasser, même de loin, là robinetterie et le chauffe-bain de Charles Blanc. – Ce sera la grosse récompense de sa section à l’Exposition de 1900.

Le ton est très commercial ; on peut penser que Mr. Charles Blanc a dû être content de cet article.

Regardons maintenant la photographie d’une vraie salle de bains, réalisée également cette même année 1899 :

31 rue Gambetta Clamart salle de bain

Il y a une certaine ressemblance avec le dessin de la Revue Illustrée ! pour vérifier, limitons-nous à une partie des images, le dessin étant inversé (comme il se doit pour toute gravure) :

Les similitudes sautent aux yeux : la baignoire décorée, sur une estrade ; les robinets col de cygne, le chauffe-bains nickelé et ses tuyauteries.

Si on se rappelle que cette série d’articles est signée Builder, qui est un pseudonyme probable de Jérôme Doucet, on ne sera pas surpris de trouver cette salle de bains idéale dans la maison que Doucet se fait construire au même moment, à Clamart.

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