Niedrée relie pour Techener.

Récemment (avril 2019) le livre suivant a été vendu sur ebay : Le Petit Carême, de Massillon, dans la Collection des meilleurs ouvrages de la langue française, dédiée aux amateurs de l’art typographique, ou d’éditions soignées et correctes, publiée par Pierre Didot. Voici sa description :

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MASSILLON PETIT CARÊME
‎Paris, Didot l’Aîné, 1812, in-12 de 318 pages
Bel exemplaire sur papier fin de la collection des « Meilleurs ouvrages de la langue française dédiée aux amateurs de l’art typographique »
Reliure SIGNÉE NIEDRÉE pleine basane fauve d’époque à nerfs, dos orné de caissons dorés, filets et frises dorés en plats et contreplats, pièce de titre, toutes tranches dorées – PROVENANCE DE LA BIBLIOTHÈQUE DU BIBLIOPHILE TECHENER.

 

Petite précision : contrairement à ce qu’indique la description, cet exemplaire est relié par la Veuve Niedrée, en veau plein, et non pas par Niedrée, en basane.

Pierre Didot (1761-1853), digne représentant de cette dynastie, frère aîné de Firmin, poursuit les collections initiées par son père, François-Ambroise, notamment la Collection des classiques françois et latins, et crée la Collection des meilleurs ouvrages… en 1812 ; jusqu’en 1824 il y publiera 75 volumes :

  • Massillon, Petit Carême. 1812.
  • La Bruyère, Les caractères. 1813. 2 vol.
  • La Fontaine, Fables. 1813. 2 vol.
  • Jean Racine, Œuvres. 1813. 5 vol.
  • Bossuet, Oraisons funèbres. 1814. Discours sur l’histoire universelle. 1814. 2 vol.
  • Pierre Corneille, Chefs-d’oeuvre. 1814. 3 vol.
  • Fénelon, Aventures de Télémaque. 1814. 2 vol.
  • Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence. 1814.
  • Voltaire. La Henriade. 1814.
  • Boileau, Œuvres. 1815. 3 vol.
  • La Rochefoucault, Maximes et réflexions morales. 1815.
  • Malherbe, Poésies. 1815.
  • Pascal, Les provinciales. 1816. 2 vol.
  • Pascal, Pensées. 1817. 2 vol.
  • Molière, Œuvres. 1817. 7 vol.
  • Voltaire, Histoire de Charles XII. 1817.
  • Crébillon, Œuvres. 1818. 2 vol.
  • Rousseau, Œuvres choisies. 1818. 2 vol.
  • Thomas Corneille, L’esprit du grand Corneille. 1819. 2 vol.
  • Fénelon, Dialogues des morts. 1819.
  • Le Sage, Histoire de Gil Blas de Santillane. 1819. 3 vol.
  • Regnard, Œuvres. 1819. 4 vol.
  • Montesquieu, De l’esprit des lois. 1820. 4 vol.
  • Montesquieu, Lettres persanes. 1820. 3 vol.
  • Voltaire, Siècles de Louis XIV et de Louis XV. 1820. 4 vol.
  • Louis Racine, La religion. 1821.
  • Voltaire, Romans. 1821. 3 vol.
  • Voltaire, Poésies. 1823. 5 vol.
  • Fléchier, Oraisons funèbres. 1824.
  • Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse. 1824. 3 vol.

Les livres sont imprimés au format in-8 ; les deux premiers (Massillon et La Bruyère) existent également au format in-12. Le tirage est fait sur trois qualités de papier : papier ordinaire (4 francs 50), papier fin (7 francs 50), papier vélin (15 francs) – ces prix seront augmentés au fil des années et atteindront 9 francs – 15 francs – 30 francs. Le tirage est limité à 250 exemplaires sur ce dernier papier.

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extrait du texte de présentation. Source : immaterielles.org

 

Le Massillon qui nous intéresse est relié par l’atelier Niedrée – la reliure est signée Vve Niedrée. Jean-Edouard Niedrée est un relieur réputé, né en 1803 à Sarrebrück, mort en 1854 ; à sa mort l’atelier continue sous la signature « veuve Niedrée » ; puis en 1861 il est repris par son gendre, Philippe Belz, qui signera Belz-Niedrée. La reliure, qu’on peut donc dater de 1854 à 1861, est en plein veau glacé, toutes tranches dorées ; le dos est orné de caissons dorés, les plats portent trois filets dorés. Une particularité intéressante de cette reliure est le nom inscrit dans le bas du dos : TECHENER.

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Il s’agit de Jacques Joseph Techener, né en 1802, mort en 1873, grand libraire, fondateur du Bulletin du Bibliophile, avec Charles Nodier. Ce livre affiche donc une bonne provenance ! et peut -être est-il possible de le retrouver dans un des catalogues de vente de sa bibliothèque…

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Et effectivement, dans le catalogue de la vente du 29 avril 1867 (14e et dernière vente Techener), par le ministère de Me Lechat, nous trouvons, sous le numéro 18429, le lot suivant :

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18429. Le Petit Carême de Massillon. Paris, P. Didot, 1812 ; in-12 (six exempl.).
Ces six exempl. sont reliés en veau plein, dorés sur tranche par Niedrée.

Six exemplaires reliés identiquement !! et ceci, non pas dans la vente de la bibliothèque personnelle de Techener, mais dans la vente de son fonds de librairie. D’ailleurs, dans ce catalogue, on trouve pas moins de 74 fois le nom de Niedrée ! pas de doute, Techener a une préférence pour ce relieur. En voici d’autres exemples :

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Dans le catalogue de la librairie Techener, de 1855 (tome 1), on trouve au numéro 234 l’exemplaire suivant :

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234. Petit Carême de Massillon. Paris, Didot, 1812, in-8, v. f., fil. tr. d. (Niédrée). 30 fr.
Superbe exemplaire en papier vélin lavé et encollé avec soin avant la reliure.

A la différence de notre exemplaire, celui-ci est sur papier vélin ; mais la reliure semble identique…

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Dans le catalogue de la vente Armand bertin, en 1854, publié par Techener, on trouve une série de 30 ouvrages de cette Collection, comprenant le Petit Carême, série reliée identiquement par Niedrée.

Par contre, on ne trouve dans ces catalogues aucune mention de reliures signées « veuve Niedrée » (ce qui serait anachronique pour certains d’entre eux, évidemment).

Evidemment, Techener ne faisait pas frapper son nom, comme libraire, au dos d’une reliure – on s’attend bien sûr à le trouver sur une étiquette, collée discrètement au premier contreplat. Ces livres, avec son nom frappé au pied du dos, même s’ils sont très semblables aux exemplaires de sa librairie, font bien partie de sa bibliothèque personnelle.

D’ailleurs il est possible de trouver d’autres volumes, de cette série, qui présentent les mêmes caractéristiques. En voici un, passé en vente le 18 septembre 2019, chez Baron Ribeyre et associés, sous le numéro 150 :

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150. JEAN DE LA FONTAINE
Fables. Paris, Didot l’Aîné, 1813. 2 volumes in-8, veau blond, triple filet, dos à 5 nerfs orné à la grotesque, roulette intérieure, tranches dorées (Veuve Niédrée).
Vicaire, II-780///I. (2f.)-CXXVII-176/II. (2f.)-319.
De la Collection des meilleurs ouvrages de la langue françoise, dédiée aux amateurs de l’art typographique. Avec la Vie de La Fontaine par Creuzé de Lesser.
Bel exemplaire tiré sur Papier Fin, de la bibliothèque Techener avec son nom en pied du dos.
Quelques pâles rousseurs et taches
Estimé 120 à 180 euros, adjugé 273 euros avec les frais.

lafontaine_techener

La reliure est identique à celle du Massillon.

On peut donc conclure que Techener avait confié, entre 1854 et 1861, la reliure d’une collection sur papier fin, (était-elle complète ?) à un atelier de reliure qu’il appréciait, pour sa bibliothèque personnelle ; collection aujourd’hui dispersée, dont on peut éventuellement retrouver quelques exemplaires au fil des ventes.

 

dédicaces de Jérôme Doucet

Comme tout auteur qui se respecte, Doucet, qui a beaucoup publié, a beaucoup dédicacé également ; mais peut-être parce qu’il a également beaucoup publié pour son compte personnel, sans souci de vente (voire sans mise en vente), certains de ses livres semblent plus souvent offerts que vendus ; offerts, avec une dédicace !

Voici un petit recensement des envois, classés par date de publication du livre concerné (qui peut être très différente de la date de l’envoi) ; recensement continuellement mis à jour en fonction des découvertes.

1892. Cure d’amour.

Dédicace suivante :

Respectueux hommage
de l’auteur
Jérôme Doucet
Rouen 1er Juillet 92

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Sur un des 20 exemplaires sur Japon (numéro 10), présence d’une aquarelle signée M (Marold), avec la dédicace suivante :

A monsieur André Lebreton
hommage cordial
Jérôme Doucet
Rouen février 1895

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Il peut s’agir de Pierre André Le Breton (1850-1937), président du comité de botanique du Musée de Rouen, en 1893, propriétaire du château de Miromesnil, acheté en 1895, où est né Guy de Maupassant ; frère de Gaston Le Breton, directeur des musées de Rouen.

A noter un autre exemplaire sur Japon (numéro 3), en vente chez un libraire (Chapitre), avec envoi découpé ; il est probable que les 20 exemplaires sur Japon comportent des envois.

1892. le mal des planches.

Dédicace suivante :

à Monsieur André Lebreton
Jérôme Doucet

Pour plus de détails sur ces premiers livres de Doucet, voir cet article.

1893. Douze sonnets.

Dédicace suivante :

A Monsieur André Lebreton
hommage de l’auteur
Jérôme Doucet

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Pour plus de détail sur ce très beau livre, voir cet article.

1893. La Damnation de Pierrot.

Il existe un exemplaire avec un envoi à André Lebreton (qui a figuré sur le même catalogue que les 2 ouvrages précédents). Je n’ai pas de photo de cet envoi.

Sur un autre exemplaire, dédicace suivante :

à l’ami Murer
bien cordialement
Jérôme Doucet

doucet_signature

Jérôme Doucet épousera la sœur de Murer en 1897, ce qui entraînera la brouille entre le frère et la sœur…

Pour plus de détails sur ce livre, voir cet article.

1895. La puissance du souvenir.

Dédicace suivante :

A mon ami H. Texier
très modeste souvenir
en attendant mieux
Jérôme Doucet

La justification manuscrite indique :

à quelques rares
exemplaires pour les
amis indulgents

Je n’ai pas trouvé qui pouvait être H (Henri ?) Texier. On trouve trace de Henri Texier, professeur de rhétorique au lycée Corneille de Rouen, qui pourrait être cet ami.

Pour plus de détails sur ce livre très intéressant, voir cet article.

1900. Contes de la Fileuse.

Sur un exemplaire sur Japon, la dédicace suivante :

à l’ami Carré
cordialement
Jérôme Doucet

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Je ne sais pas qui est l’ami Carré..

Sur un exemplaire du tirage courant :

Ex. de mon collaborateur et
ami Georges Rochegrosse
Jérôme Doucet

fileuse_envoi_rochegrosse

Doucet et Rochegrosse ont collaboré, depuis 1895 au moins, pour les trois Légendes.

Sur un autre exemplaire :

exemplaire de mon ami Ferroud
Jérôme Doucet

fileuse_envoi_ferroud

(l’image est bien petite pour être certain de cette lecture…). Doucet a collaboré avec Ferroud, notamment pour les trois Légendes, mais aussi pour Anacréon, Pétrone, et d’autres éditions – voir le détail dans cet article.

1900. Contes de Haute-Lisse et de la Fileuse.

Dédicace suivante :

à (xxxx)
le poète (xxx) : la Tulipe noire
le Maître (xxx) : le Cerisier
Cordialement
Jérôme Doucet
5 février 1926

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Je n’ai pas réussi à identifier ce poète..

Il existe un exemplaire, avec un « envoi amical » à Paul de Rémusat, proposé par la librairie Chrétien. Il ne s’agit pas de Paul de Rémusat (1831-1897), journaliste et écrivain, mais d’un autre membre de cette famille  : Prosper Albert Henri Paul, né en 1892, mort en 1963. A noter (voir ci-dessous) des envois de Doucet à « Dauphine de Rémusat » dans les années 1940 – il s’agit d’Adrienne de Rémusat, sa fille aînée.

Pour plus de détail sur cette édition, voir cet article.

1900. Notre ami Pierrot.

La librairie Chrétien propose un exemplaire de tête sur Japon avec la dédicace suivante :

exemplaire Offert
à Farina
en souvenir des pantomimes.

Plusieurs des productions de Jérôme Doucet ont donné prétexte à des spectacles de pantomimes, très populaires à l’époque, avec notamment Maurice Farina (1883-1943).

Sur un exemplaire du tirage courant, cet envoi :

A l’ami Glaudinot
cordialement
J. Doucet
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Pour plus de détails sur cette édition, voir cet article.

1901. Trois légendes, d’or, d’argent et de cuivre.

Un exemplaire marqué « offert », signé de Ferroud et de Doucet – il est sans doute offert à André Lebreton, l’exemplaire ayant la même provenance que les exemplaires déjà cités plus haut.

Pour plus de détails sur cette édition, voir cet article.

1902. Danses.

Sur un exemplaire de tête, cet envoi :

à Madame Armand Dayot
respectueux hommage
de
Jérôme Doucet

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Armand Dayot (1851-1931), critique d’art est notamment le fondateur de la revue l’Art et les Artistes, en 1905 – avec Jérôme Doucet comme secrétaire de la rédaction pour les premiers numéros.

Pour plus de détails sur ce livre, voir cet article. Pour plus de détails sur cet exemplaire, voir ce blog.

1902. Pétrone.

Sur un exemplaire sur Japon, cet envoi :

numéro offert
à (nom gratté…)
très cordialement
Jérôme Doucet

 

1903. Anacréon.

Dédicace suivante :

un des 3 hors commerce
à l’ami Ferroud
Jérôme Doucet

anacreon_envoi_ferroud

L’envoi est étonnant ; Ferroud est l’éditeur du livre, et a donc ses exemplaires personnels, dont notamment un exemplaire sur chine.

Sur un exemplaire sur japon, enrichi de trois suites, et de documents manuscrits (« précieux – des autographes de moi – d’une folle valeur » comme dit plaisamment Doucet) :

réservé à M. Eugène Descaves
Jérôme Doucet

anacreon_envoi_descaves

anacreon_lettre_descaves

Eugène Descaves, frère de Lucien Descaves, commissaire de police, est collectionneur d’art.

Sur les différents tirages existants, voir cet article.

1903. Princesses de Jade et de jadis.

Sur un exemplaire du tirage courant : « exemplaire de Pierre de Nolhac signé par Jérôme Doucet », proposé par la librairie Clagahé, de Lyon. 

Le Livre et l’estampe, éditeur repris par Doucet, a publié en 1902 un livre de Pierre de Nolhac.

1922. Princesses d’or et d’orient.

Un exemplaire doit sans doute exister, avec l’envoi original à Clémentine Rouzaud :

Pour mon amye à l’œil riant
esveilleur de muse qui dort
j’ay cueilly ces princesses d’or
et d’orient
noël 22
JD

princesses_or_dédicace

En plus de l’envoi, en fac-simile, à Clémentine Rouzaud, présent sur tous les exemplaires, un exemplaire porte l’envoi suivant :

Numéro offert à
Madame …
Princesse d’Espagne et d’Espérance
Jérôme Doucet
Noël 1929.

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La présence, dans l’exemplaire, de lettres de Jérôme Doucet permet d’identifier la destinataire avec Madame Solms – sans qu’on puisse faire de lien avec une princesse du même nom.

Pour plus de détails sur ce livre, voir cet article.

1923. La croisade des gueux.

Dédicace suivante :

numéro offert
à m. Fernand Marchal
cordialement
Jérôme Doucet

croisade_gueux_envoi

Sur un autre exemplaire (librairie du presbytère) :

Pour Ignace Legrand
dont le premier roman peut être mis
sur le rayon des livres définitifs auxquels il
s’apparente sans pourtant, je crois, les amuser (?)
Jérôme Doucet
mai 25.
coisade_envoi_legrand

 

Ignace legrand (1884-), frère d’Edy-Legrand, publie le disciple du feu en 1923.

1926. Verrières.

Sur un exemplaire de tête, sur Japon (numéro 7) :

Pour Andrée Gauthier
En se jouant à travers la Verrière les rayons de
soleil vont sur la blonde communiante
des taches de lumière, bleu de la Foi, vert de l’Espérance
rouge de la Charité. Divin arc-en-ciel
Cannes
mai 1945
Jérôme Doucet

verrieres_envoi_gauthier

Sur un exemplaire de tête, sur Japon (numéro 30) :

à Jean Estève
Je l’ignorais hier, mais ma chance le mit
sur ma route – aujourd’hui c’est un charmant ami
Jérôme Doucet
Paris décembre 1930

verrieres_envoi_esteve

Sur un exemplaire du tirage courant (numéro 60) :

à mes charmants amis
Cartault
Jérôme Doucet

verrieres_envoi_cartault

Sur un exemplaire du tirage courant, non numéroté :

exemplaire réservé
à Madame R. Manant
Dans le chœur des cathédrales la belle verrière
ronde se nomme une Rose
Dans le cœur de nos amis la charmante jolie
Dame se nomme Rosine
Noël 29
Jérôme Doucet

Je n’ai identifié aucun de ces destinataires..

1927. Les choses meurent.

Dédicace suivante :

Numéro offert à
Mademoiselle Marie Normand
une « petite chose » bien vivante
heureusement
cordial souvenir de
Jérôme Doucet
15 juin 30.
Paris

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Sur un autre exemplaire :

Numéro réservé à
à mes chers amis de Guerne
les choses meurent… mais
le souvenir demeure quand
il est doux comme le vôtre
Jérôme Doucet
fév. 29.

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Pour plus de détail sur ce livre, voir cet article.

1931. Et puis, voici mon cœur…

Dédicace suivante, sur un exemplaire hors numérotation (numéro V) :

à mon excellent imprimeur
en cordial souvenir
Jérôme Doucet
avril 31
Paris

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L’imprimeur en question est P. Harambat.

1936. Mademoiselle Graindsel.

Ce titre de la Bibliothèque Rose n’a sans doute eu que peu de dédicaces ; en voici tout de même une :

pour Ghislaine Severac
qui met aussi son grain de sel
étant aussi mijaurée que
ma petite fille
Jérôme Doucet
30 sept 36
Paris.

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A noter qu’il s’agit d’un exemplaire broché, et non pas sous cartonnage éditeur, ce qui est assez rare semble-t-il ; l’exemplaire a ensuite été relié en plein chagrin.

1941. L’invitation au bonheur.

Dédicace suivante :

Numéro réservé à
Madame C. Rouzaud
en souvenir et merci de son amitié
qui me fut si précieuse.
Jérôme Doucet
Paris
Noël 41

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Clémentine Rouzaud est une grande amie de Doucet – elle dirige, avec son mari, les chocolats de la marquise de Sévigné.

Dédicace suivante :

pour Dauphine de Rémusat
que cette « invitation » achève de développer
votre goût des Vertus
pour votre bonheur
Jérôme Doucet
Cannes 11.11.44

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1942. Triptyques

Dédicace suivante :

pour Dauphine de Rémusat
Décorativement : des Triptyques.
Littérairement : des Sonnets.
Spirituellement : des Prières.
Jérôme Doucet
Cannes 11.11.44

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On note que les 2 livres furent offerts le même jour, à Dauphine (Adrienne) de Rémusat, fille de Paul de Rémusat, à qui Doucet avait déjà envoyé un livre quarante années plus tôt…

différencier les tirages de Jouaust.

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Damase Jouaust (1834 -1893 ) est un éditeur réputé, qui, de 1865 à 1890 environs, a produit un nombre impressionnant d’éditions, qui ont été renommées, pour la qualité de leur typographie et le soin de leur mise en page – et pour certaines, également des textes d’accompagnement (préfaces, notes).

Ces éditions étaient illustrées, souvent de façon assez limitée, par un portrait de l’auteur, en guise de frontispice, par quelques bandeaux, en début de chapitre, voire par quelques hors-texte – plus quelques ornements. Ces gravures, en taille-douce, étaient réalisées d’après des dessins de quelques dessinateurs attitrés, et gravés de même par un petit groupe de graveurs ; on retrouve souvent les noms de Lalauze, Boivin, …

Comme tout éditeur de bibliophilie, Jouaust différenciait les tirages ; mais il avait une façon bien particulière d’indiquer la justification de ces volumes, qui induit assez souvent les amateurs en erreur. En effet, il n’indique que rarement le tirage réel… ni les différents formats, et joue volontiers sur l’ambiguïté du terme « grand papier ».

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Voici une justification typique, utilisée pour sa collection « bibliothèque artistique moderne« , dans laquelle Jouaust a publié 17 volumes :

TIRAGE A PETIT NOMBRE
Plus 25 exemplaires sur papier de Chine et 25 exemplaires sur papier Whatman,
avec double épreuve des gravures.

Il a été fait un tirage en GRAND PAPIER, ainsi composé :

        • 100 exemplaires sur vélin de Hollande à la forme,
        • 20          –               sur papier de Chine fort,
        • 20          –               sur papier Whatman,
        • 10          –               sur papier du Japon à la forme,
          150 exemplaires.

Ce tirage contient deux portraits différents, et les gravures s’y trouvent en double épreuve pour les exemplaires sur papier de Chine et sur papier Whatman, et en triple épreuve pour les exemplaires sur papier du Japon.

 

Cette justification comporte plusieurs ambiguïtés ! tirage à petit nombre, certes, mais combien ? et sur quel papier ? puisque les mêmes papiers sont utilisés pour le tirage courant et les grands papiers, comment savoir à quel tirage appartient un exemplaire particulier  ?

Tirage à petit nombre.

Cette formule, courante chez Jouaust, signifie un tirage entre 500 et 750 exemplaires. On peut s’en assurer d’après son catalogue, dans lequel certains tirages sont indiqués. Ainsi, les ouvrages du « Cabinet du Bibliophile » sont tirés à 300 exemplaires ; et ceux de la collection « Les Petits Chefs-d’œuvre » sont indiqués « Tirage à petit nombre » avec la remarque :

Cette collection est imprimée dans les mêmes conditions que le Cabinet du Bibliophile ; mais, le chiffre du tirage étant un peu plus élevé, les volumes sont vendus proportionnellement moins cher.

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La borne supérieure, fixée à 750 environ, correspond aux tirages plus importants indiqués par Jouaust ; il a toujours essayé de limiter les tirages aux possibilités de diffusion – 750 exemplaires correspondant aux tirages du Molière.

Papier courant.

Le papier utilisé pour le tirage courant n’est pas souvent mentionné dans la justification. Dans ses catalogues, Jouaust indique le plus souvent « sur papier vergé » sans plus de précision. Dans la brochure publiée pour l’Exposition Universelle de Lyon (1872) Jouaust précise :

Le papier de fil, employé dans les anciennes éditions, et dont la solidité a résisté à l’épreuve du temps, a été préféré par nous au papier de coton, qui est devenu le papier courant des impressions modernes. Nous avons heureusement trouvé des maisons qui, comme celles de MM. Blanchet et Kléber, de Rives ; Dambricourt, de Saint-Omer ; Van Gelder, d’Amsterdam, fabriquent de très-beaux papiers vergés à la forme.

 

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En pratique, ce papier courant est très souvent (toujours pour la Bibliothèque Artistique Moderne) un Hollande Van Gelder, filigrané, ce qui rajoute à l’ambiguïté…

Format.

Sur la quatrième page de couverture, Jouaust indique le plus souvent les autres titres de la collection, avec les formats et les prix. On peut donc voir que pour la Bibliothèque Artistique Moderne, le tirage courant est au format in-8° écu, et que les grands papiers sont au format in-8° raisin ; ce qui donne approximativement 13 cm par 20  cm pour le tirage courant et 16 cm par 25 cm pour les grands papiers..

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Lamartine, Graziella – quatrième de couverture.

 

Cette indication est à prendre avec précautions ; en effet, les tirages de luxe au petit format peuvent atteindre des dimensions importantes, compte tenu du peu de soin qu’apporte Jouaust à l’imposition : si le livre n’est pas rogné par le relieur, ses dimensions peuvent s’approcher de celles d’un grand papier.

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au dessus : Vigny, tirage courant à petit nombre ; à droite dessous : Jocelyn, sur Chine (« petit papier »), à gauche dessous : Graziella, sur Whatman, grand papier.

 

Voici, par exemple, un exemplaire sur Chine, pas en grand papier, avec témoins conservés, de Jocelyn (Lamartine) édité en 1885 dans la Bibliothèque Artistique Moderne : il mesure 15,5 cm sur 23,5 cm… S’il avait été rogné, il aurait eu les dimensions attendues (13 cm sur 20 cm).

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Jocelyn sur Chine – avec témoins importants.

 

Si un livre de grandes dimensions n’est donc pas une indication formelle de grand papier, a contrario, un livre de petit format n’est PAS un grand papier !

Indications sur la justifications.

Comment s’y repérer, alors ? il reste tout de même un moyen important : les mentions sur la justification. En effet Jouaust a une pratique particulière pour numéroter les exemplaires.

  • Le tirage courant n’est pas numéroté – et ces exemplaires contiennent la justification complète.
  • Les exemplaires sur papier de luxe, au petit format, sont numérotés, et ce numéro est inscrit au milieu de la justification, au dessus de la mention des grands papiers.
  • les exemplaires en grand papier ne mentionnent pas le tirage courant « à petit nombre » et la numérotation est placée en dessous de la mention des grands papiers.

A gauche : tirage courant, sur papier non précisé (Hollande Van Gelder), non numéroté (« petit nombre »).
Au milieu : petit format, papier de luxe numéroté (Chine ici) avec deux épreuves des gravures.
A droite : grand papier, numéroté (Whatman ici), avec deux épreuves des gravures, et sans mention du tirage à petit nombre.

 

 

Épreuves des gravures.

Comme on l’a vu dans la justification, pour les éditions illustrées, Jouaust varie les épreuves :

  • le tirage courant ne contient qu’une seule épreuve des gravures (portrait, frontispice, gravures in ou hors-texte) ;
  • les tirages sur papier de luxe du tirage courant contiennent deux épreuves ;
  • les tirages sur grand papier contiennent deux épreuves ;
  • le premier papier (souvent sur Japon) contient trois épreuves.

Il faut noter que Jouaust vendait également des jeux de gravures, avant lettre, avec pour remarque une ancre ; et des jeux d’eaux-fortes pures (tirage à 10 ou 15 exemplaires seulement).

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Graziella, épreuve supplémentaire avec une ancre comme remarque.

Un exemplaire sur grand papier, avec tous ses jeux de gravures, plus des épreuves avant lettre et les eaux-fortes pures, dans une belle reliure de l’époque, sera donc à rechercher – mais ce n’est bien sûr pas courant !

Moralité

On voit beaucoup de descriptions qui indiquent « exemplaire en grand papier sur Hollande, non numéroté » – et en creusant un peu on se rend compte que dans la plupart des cas il s’agit d’un exemplaire du tirage courant… sur Hollande, certes, comme tous les exemplaires.

jocelyn_jouaust_petit_nombre
description fausse – noter la faute au nom de l’illustrateur..

 

Supplément : différencier la période Jouaust de la période Flammarion.

En 1891, Jouaust vend son entreprise, avec son stock, à Flammarion, qui va poursuivre de nombreuses années l’activité, en éditant ou rééditant des ouvrages, mais aussi en écoulant le stock existant, sans changer les dates d’édition. Il existe tout de même un moyen pour identifier les exemplaires vendus par Flammarion : la couverture est imprimée en un seul ton, alors que Jouaust l’imprimait en deux tons.

A gauche : Lamartine, période Jouaust ; à droite : Vigny, période Flammarion.

 

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les douze filles de la Reine Mab en Gallois

 

En 1910, l’éditeur Hachette publie un recueil de contes de Jérôme Doucet, les douze filles de la Reine Mab. Ces contes, illustrés par Henry Morin, ont déjà été pré-publiés dans les revues de l’éditeur. Avec ce recueil, Hachette inaugure une nouvelle collection qui sera appelée Histoires d’autrefois et d’aujourd’hui.

Le recueil connaît un succès certain et sera réédité jusque dans les années 1930 sous sa forme d’origine, et dans les années 1950 dans la Bibliothèque Rose. Dès 1912 une édition anglaise voit le jour, sous le titre Queen Mab’s daughters.

Il existe peu de différences entre les éditions françaises et anglaise – à part le cartonnage : côté français il est déjà Art Déco, côté anglais il est encore très 1900. Et ce n’est pas la même illustration qui est choisie pour cette couverture.

Les contes sont traduits fidèlement ; mais la plupart des filles sont renommées – Gab devient Muriel, Annie devient Phyllis, Colette devient Betty. Un des contes est renommé de façon plus visible : Janine et l’Ane devient Janet and the ass !

Les illustrations de Henry Morin sont reprises avec une petite différence : la bordure rouge est mieux travaillée dans la version anglaise.

Je ne connaissais pas d’autre édition de ce recueil, dans une autre langue ; mais j’ai trouvé ces illustrations :

 

Il s’agit des illustrations de deux des contes du recueil : Léna et le Canard (à gauche) et Colette et l’Aigle. Elles sont imprimées recto-verso sur la même feuille, alors que les illustrations d’origine sont seulement imprimées au recto.

On peut comparer ces illustrations à leurs versions anglaise et française :

 

Les légendes de ces illustrations sont, pour Léna et le Canard (Lena and the Duck)  :

  • Quelle vilaine pêche m’apportes-tu ?
  • What wretched haul is this you’ve brought me ?

Et pour Colette et l’Aigle (Betty and the Eagle) :

  • « donnez-moi un bœuf en échange » dit le pêcheur.
  • « you can take it, il you will give me an ox in exchange. »

Comme on le voit ces légendes sont cohérentes. Comparons avec les légendes des deux illustrations mystérieuses…

  • Pour Léna et le Canard :

« CHWARDDODD CROC YN UCHEL AM EU PENNAU  »
[Gwêl « COLLI A CHAEL GRETA »]

  • Pour Colette et l’Aigle :

« ESTYNNODD HAEL EI DORTH OLAF IDDI »
[Gwêl « HAEL A BRENHINES YR EIRA »]

Cette langue inhabituelle est une langue Celtique – Iralndais, Gallois ; en voici (merci Google) une traduction :

Croc a ri de leurs têtes – voir « perdu et retrouvé »

Ils ont atteint leur dernier tour  – voir « la Reine des Neiges »

Je ne suis pas du tout sûr, ni de la langue, ni de la traduction… et je ne vois pas beaucoup de rapports entre ces légendes et les contes en question – à part le fait que le personnage du Crocodile s’appelle Crocodillus en français et Crocodile en anglais. Et je n’ai pas trouvé trace d’une édition de ce recueil dans une langue celtique. Il ne s’agit peut-être pas d’une traduction, mais d’un livre n’ayant rien à voir ; par exemple un livre d’initiation à la langue, avec des exemples tirés de sources diverses – et il est vrai qu’on ne voit pas le rapport entre les contes de Doucet et la Reine des Neiges, d’Andersen.

Les recherches continuent !

 

 

 

Andréas illustre Anatole France

L‘étui de nacre est un recueil de nouvelles d’Anatole France, paru en 1892 chez Calmann-Lévy. Le tirage en grand papier est limité à 20 exemplaires sur papier Impérial du Japon ; voici l’exemplaire numéro 14 de ce tirage très restreint.

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Outre le fait de faire partie de ces rares exemplaires de tête, celui-ci comporte une addition unique : le peintre André Andréas a peint, pour chacune des seize nouvelles du recueil, à l’aquarelle ou au lavis d’encre de chine, une illustration sur chacune des pages de faux-titre de l’exemplaire.

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Ces illustrations sont le plus souvent à mi-page ; le plus souvent Andréas a laissé une réserve pour le texte (le titre, éventuellement la dédicace). Elles reprennent les personnages des nouvelles dans un décor simplifié. Ces illustrations sont toutes signées, sauf une ; les signatures variant assez largement.

Ernest André Andréas, qui signe le plus souvent A. Andréas, au point que de nombreuses références ignorent son prénom, est né le 21 mars 1868, et non pas 1861, ou 1864, à 10 heures du soir, à Châteauroux, fils de Jean Andréas, cantinier à la deuxième compagnie d’ouvriers constructeurs des équipages militaires, en garnison à Châteauroux, et de Marie Victorine Magdelaine Coural, son épouse.

Andréas, né à Châteauroux, a sans doute été élevé à Rouen ; Paul Gachet, dans son livre de souvenirs, le fait même naître dans cette ville, par erreur. En tout cas c’est à Rouen qu’il fait ses études et ses débuts, comme l’indiquera en 1899 le Journal de Rouen.

Peintre, il expose en 1896 à la Bodinière, de mi novembre à fin décembre. Voici le compte-rendu qui en est fait dans la Presse du 17 décembre 1896 sous la plume de Fabrice Delphi :

M. André Andréas est un jeune, tout jeune illustrateur dont souventes fois je vis des dessins en des journaux illustrés.
Cette fois il nous montre quelques douzaines de dessins teintés d’aquarelle et aussi rehaussés de pastel. Ce n’est pas mal du tout son exposition et si dans l’ensemble on sent encore l’influence, oh ! mais la terrible influence de Steinlen, il n’en est pas moins vrai qu’en certains de ces dessins le jeune artiste se révèle avec un joli talent.
Ainsi dans ses études de Coins de boulevard et dans la Cigale (pour ne citer que quelques toiles les plus saillantes), déjà s’affirme une certaine personnalité.
Ce qui, je crois, contribue beaucoup à faire croire à l’influence de Steinlen sur M. Andréas, c’est l’emploi que le jeune illustrateur fait des mêmes procédés que le robuste artiste des Chats.
Certainement M. André Andréas est appelé à’ faire quelque chose de bien mais il ne faut pas qu’il reste avec toujours sa facture et sa recherche dans l’originalité de Steinlen.
Je suis d’ailleurs persuadé – et cela après la vue des toutes dernières productions de M. André Andréas – qu’il cherche et qu’il réussit peu à peu à trouver une note lui étant personnelle.
Il n’a qu’à travailler.

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Cette exposition est peut-être la cause d’un duel qui a opposé, le 18 décembre 1896, à Conflans sur Oise, Andréas à Henri Teichman, « publiciste » ; le duel s’est soldé par une blessure au bras de Teichman ; les témoins d’Andréas étaient Adolphe Tabarant et Jules Vuillet.

Andréas a effectivement pratiqué l’illustration – à commencer par celle d’un des premiers livres de Jérôme Doucet, « la damnation de Pierrot« , en 1893, pour lequel il dessine la couverture.

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Pour Jérôme Doucet toujours, il illustrera des chansons, dans le Bambou, puis dans La Revue Illustrée, reprises dans la Chanson des Choses, en 1895.

 

Ami d’Eugène Murer, qui deviendra le beau-frère de Jérôme Doucet, il réalisera presque toutes les affiches de ses expositions.

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Van Gogh Museum

 

Cette amitié entre Murer et Andréas se concrétisera en 1899 par l’offre d’hébergement (une résidence d’artiste, en quelque sorte) de Murer dans sa demeure d’Auvers-sur-Oise (le fameux Castel de Four), non loin du docteur Gachet.

Mais au cours de l’été, le 17 juillet, Andréas se noie dans l’Oise ; il sera inhumé deux jours plus tard « au milieu d’un grand concours d’artistes ».

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le Petit Journal, 21 juillet 1899. Source Gallica
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l’Univers, 22 juillet 1899. Source Gallica.

Andréas, mort à 31 ans, aura donc eu une carrière très courte…

Voici l’article du Journal de Rouen, du 21 juillet 1899, relatant sa mort :

Nous apprenons avec regret la mort tragique d’un jeune peintre de talent, M. André Andréas, bien connu à Rouen, où il fit ses débuts.
Fils d’un cantinier du 12e chasseurs, Andreas s’était senti, de bonne heure, de grandes dispositions pour la peinture, et ses études terminées, après avoir fait son service militaire dans un régiment de hussards, il s’installa à Rouen et se mit à travailler ferme, gagnant sa vie — car il était pauvre — à faire des enseignes, des affiches illustrées; il en fit notamment pour le Casino de Bonsecours, les Folies-Bergère, et pour une fête donnée par la Caisse des Ecoles de Rouen.
Comme tant d’autres, il voulut aller chercher la gloire et la fortune à Paris ; il commença par végéter, mais il eut la chance d’être présenté par le pastelliste Murer à l’éditeur Ollendorff qui l’an dernier, sur le vu de ses dessins à la plume et de ses aquarelles, se l’attacha comme illustrateur ; c’est en cette qualité qu’il avait enrichi récemment de dessins d’une haute valeur artistique le remarquable ouvrage de M. Jules Cazes, dont nous parlions précisément hier dans notre Bibliographie.
Ces jours derniers, Andreas était allé en villégiature dans la jolie localité d’Anvers-sur-Oise, que pendant l’été habitent tant d’artistes; lundi, il avait déjeuné en compagnie de quelques amis, chez l’éminent pastelliste Murer.
Vers six heures du soir, dit l’Evénement, la chaleur intense invita deux des convives, dont Andréas, à prendre un bain dans la rivière d’Oise. Andréas était excellent nageur; mais à peine entré dans l’eau, il fut frappé d’une congestion, à deux mètres du bord, et disparut aussitôt. Malgré les secours qui lui furent immédiatement portés, il fut foudroyé, et ne put être retiré de la rivière que vingt-quatre heures plus tard.
Andréas, qui n’était âgé que de trente et un ans, laisse une veuve et plusieurs enfants. Ses obsèques ont en lieu, avant-hier, en l’église d’Auvers, au milieu d’un grand concours d’artistes de la région et d’artistes amis venus de Paris.

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le Journal de Rouen – archives départementales Seine Maritime

Et voici le petit insert, concernant le livre illustré par Andréas, paru justement la veille :

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Le livre en question, les Sept visages, de Jules Case, est paru chez Ollendorff dans la collection populaire à deux francs ; il existe un tirage de luxe limité à 50 exemplaires.

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Voici les seize illustrations originales qu’il a composées sur l’exemplaire de tête de l’étui de nacre.

 

 

 

 

identification d’une reliure

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La librairie Camille Sourget, dans son catalogue numéro 32 (décembre 2019), propose, sous le numéro 44, le livre suivant :

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44. Desmarest – Histoire naturelle des tangaras, des manakins et des todiers… Paris, Garnery et Delachaussée, 1805 (07). 4 parties en un volume grand in-folio […]

Le livre, d’après la description, est exceptionnel ; mais ce n’est pas ce qui m’a retenu. Voici la description de la reliure :

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Maroquin rouge à grain long, large décor d’encadrement à la grecque ornant les plats, dos à doubles nerfs orné d’un décor doré et mosaïqué et du monogramme « AS » répété, pièces de titre en maroquin vert, tranches dorées. Reliure mosaïquée à provenance de l’époque. […] EXEMPLAIRE UNIQUE, IMPRIMÉ SUR GRAND PAPIER VÉLIN, RELIÉ EN PLEIN MAROQUIN ROUGE DÉCORÉ DE L’ÉPOQUE AVEC INCRUSTATION DE MOSAÏQUES DE MAROQUIN VERT POUR LE PRINCE ALBERT DE SAXE-TASCHEN DONT IL PORTE LE CHIFFRE RÉPÉTÉ AU DOS DU VOLUME ET L’ÉTIQUETTE DE BIBLIOTHÈQUE.

 Cette reliure est exceptionnelle – la mosaïque sur le dos est notamment appliquée sur les nerfs, dédoublés ! et ce qui est exceptionnel aussi, c’est qu’elle ne soit attribuée à aucun relieur.

Or, par coïncidence, j’ai acheté récemment un catalogue ancien (à défaut de pouvoir acheter les livres catalogués), de Sotheby’s : le catalogue de la vente Otto Schäfer (partie IV), chez Sotheby’s, Londres, les 7 et 8 décembre 1995.

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Dans cette vente, sous le numéro 466, se trouve le livre suivant :

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466. Ohsson, Ignace de Mouradja d’ (1740-1807). Tableau général de l’empire othoman. Paris:  de l’Imprimer de Monsieur, 1787-1790; Paris: Firmin-Didot, 1820. 3 volumes F°.

Voici la description de la reliure :

The impressive bindings of these volumes are in perfect condition and are certainly from the able hand of the Viennese binder Georg-Friedrich Krauss. The three borders and the corner-pieces are exactly similar to those on Albrecht von Sachsen-Teschen’s copy of La Henriade (Paris, Didot, 1790) sold in our rooms (Collection of Erwin Huerlimann of Freudenberg, 26 April 1990, lot 134 and illustration). The spines of the Mouradja d’Ohsson and the Henriade are also very similar to the one on Racine’s Oeuvres in the collection of Rudolf von Gutmann, sold in our rooms (2 April 1993, lot 77 and illustration). The compartments of all these spines, with their charactenstic dotted line and small corner-pieces, can also be compared to the spine of a signed binding by Krauss on a Longus printed by Didot in 1800 (Martin Breslauer, catalogue 110, item 167). The green morocco onlays between the double sewing-bands are considered to be a typical Krauss technique.

Et voici sa reproduction :

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De même, la librairie Pirages vend ce livre :

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SATIRES DE JUVÉNAL – BINDINGS – GEORG FRIEDRICH KRAUSS). JUVENAL, DECIMIUS JUNIUS. Edité par Didot le jeune, Paris, 1796

Et voici la description de sa reliure :

STATELY CONTEMPORARY RED MOROCCO, GILT AND INLAID IN THE NEOCLASSICAL STYLE, BY GEORG FRIEDRICH KRAUSS FOR DUKE ALBRECHT OF SAXE-TASCHEN, covers framed by bead, Greek key, and flower-and-ribbon rolls, sunbursts at corners, double raised bands separated by green morocco inlaid strip with metope-and-pentaglyph gilt roll, spines gilt in compartments with starburst centerpiece containing the initials of Duke Albrecht, green morocco labels, gilt-rolled turn-ins, marbled endpapers, all edges gilt.

 

Il paraît évident que ces trois reliures, identiques dans leur décor, et leur provenance, sortent du même atelier – qu’on peut donc identifier comme étant Georg-Friedrich Krauss.

 

 

 

La collection d’Artois reliée par Bozérian – le décor à treillis.

Le 9 octobre 2019, la SVV Rémy-Le Fur met en vente, sous le numéro 61, le livre suivant :

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SAINT-RÉAL César de. Dom Carlos, nouvelle historique.
Lot n°61 Estimation : 400 – 500 €
Paris, Imprimerie de Pierre Didot l’aîné, 1781 ; petit in-12 (136×83 mm). reliure des premières années du XIXe siècle maroquin noir, sur les plats décor doré de croisillons avec encadrement de pampres, dos à  faux nerfs orné d’un décor doré au pointillé, dentelle intérieure, tranches dorées (Rel[ié]. P[ar]. Bozérian).
De la collection imprimée par ordre du comte d’Artois. L’amour impossible du fils de Philippe II pour sa belle-mère.
Fine et impeccable reliure de Jean-Claude Bozerian l’aîné.

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Ce très bel exemplaire d’une collection recherchée, reliée par le grand maître du moment, n’est peut-être pas isolé. En effet, d’autres livres comparables sont passés sur le marché ces dernières années ; en effet, le 25 juin 2008, Binoche et Giquello mettait en vente les deux numéros suivants :

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Lot 182. SAINT-REAL (Abbé de). Conjuration des Espagnols conte Venise, en 1618. Paris, Didot, 1781.
Estimation 2000 à 2500 euros, adjugé 2200 euros.
In-18, maroquin bleu, plats entièrement décorés d’un treillis de filets azurés ornés de petits fleurons, roulette de pampres en encadrement, dos orné de compartiments à fond pointillé, dentelle intérieure, doublures et gardes de papier crème vermiculé de bleu bordés d’une roulette dorée, tranches dorées (Bozérian). Jolie édition imprimée par Firmin Didot pour la collection du Comte d’Artois, futur Charles X, et imprimés avec soin et élégance par François-Ambroise Didot (1730-1804), dit Didot l’aîné. «… Il était difficile, écrit Brunet, que la typographie produisit rien de plus joli que ces (…) petits volumes, que l’on placera toujours parmi les chefs d’oeuvre des Didot». Le tirage de cette belle édition n’a pas dépassé les 100 exemplaires.
EXEMPLAIRE DE CHOIX, REVÊTU D’UNE RAVISSANTE RELIURE DÉCORÉE SIGNÉE DE BOZÉRIAN, parfaitement conservée.

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Lot 183. SAINT-REAL (Abbé de). Dom Carlos. Nouvelle historique. Paris, Didot, 1781. Estimation 2 000 – 2 500 € Résultat : 2 200 € 
In-18, maroquin bleu, plats entièrement décorés d’un treillis de filets azurés ornés de petits fleurons, roulette de pampres en encadrement, dos orné de compartiments à fond pointillé, dentelle intérieure, doublures et gardes de papier crème vermiculé de bleu bordés d’une roulette dorée, tranches dorées (Bozérian). Jolie édition imprimée par Firmin Didot pour la collection du Comte d’Artois, futur Charles X, et imprimés avec soin et élégance par François-Ambroise Didot (1730-1804), dit Didot l’aîné. Ravissante reliure de Jean-Claude Bozérian, semblable à celle de l’ouvrage précédent.

Il s’agit bien sûr de l’exemplaire de la vente Rémy Le Fur du 9 octobre 2019 – où il a été adjugé 1361 euros (frais compris sans doute).

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Plus près, dans la cinquième vente de la collection Michel Wittock, le 24 octobre 2013, sous les lots 13 et 14 nous trouvions :

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Cet exemplaire a figuré dans la vente de la bibliothèque de Sir Abdy – il a été adjugé 6200 francs (4000 euros aujourd’hui). Dans les trois catalogues Abdy ne figure aucun autre ouvrage comparable. Il est également reproduit dans le catalogue de Culot.

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Ces deux livres présentent une différence de reliure sur le dos clairement visible :
Il semblerait donc que Bozérian ait relié cette collection au moins deux fois, de façon très similaire – en effet si les dos différent, les plats sont traités de la même façon.
Ce type de plat a été utilisé par Bozérian dans d’autres cas, témoin le livre suivant, passé en vente chez Alde, le 10 juin 2015, sous le numéro 67 ; il s’agit des Fables choisies de la Fontaine, À Hambourg, De l’imprimerie A. Vandenhoeck, 1731, 2 tomes en un vol. in-16, adjugé 1900 euros :
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Le décor du dos et des plats est similaire aux exemplaires de la collection Wittock, ce qui laisserait penser à une origine commune.
Un exemplaire, malheureusement non reproduit, a figuré dans la vente Alde du 16 octobre 2015, sous le numéro 124 (adjugé 600 euros) :
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Un exemplaire avec le même genre de reliure a figuré dans la vente Pierre Bérès du 28 octobre 2005, sous le numéro 139. Sur une estimation de 8000 à 12000 euros, il a été adjugé 5800 euros. Il s’agit de l’exemplaire personnel de Bozérian, du Longus, édité par de Bure en 1778. La reliure présente des différences, peut-être dues à la différence de format.
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Dans le catalogue de la vente après décès de Bozérian, publié par Paul Culot dans le catalogue « Jean-Claude Bozérian – un moment de l’ornement dans la reliure en France » publié en 1979, figurent les titres de la collection d’Artois, reliés par lui-même, de façon identique. Voici une de ces descriptions :
« Reliure par M. Bozérian, maroquin bleu anglais, dentelle, plats plein or, dos à mille points, doublé de moire dorée ».
Les descriptions présentent de petites différences – la couleur est toujours le bleu, mais pas toujours anglais ; la doublure est de papier ou de moire, dorée – la tranche est mentionnée dorée ou non. Mais il semble bien qu’il s’agisse d’un ensemble cohérent.
La reliure « plein or », ici, ne décrit pas vraiment le décor – puisqu’il peut s’agir d’une plaque, ou d’un décor aux petits fers, recouvrant tout le plat ; cette description pourrait donc concerner le treillis présenté par les exemplaires cités auparavant. Ce qui les distingue, par contre, est la doublure, dorée dans la bibliothèque de Bozérian.
A noter que Bozérian n’est pas le seul à avoir utilisé ce type de décor ; en témoigne le livre passé en vente chez Ader le 16 octobre 2014, lot 16 : les Mémoires de Philippe de Commynes, relié par Simier – le catalogue mentionne que « les reliures ainsi décorées sont très rares ».
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quelques exemplaires en veau blond glacé

Dans la hiérarchie des reliures, sujet toujours discuté, on trouve sur le podium les reliures en maroquin, le plus souvent rouge, quelquefois mosaïqué ; les vélins anciens sont également recherchés. Les chagrins et basanes ont moins de prestige ; sans parler des demi-reliures – les cartonnages constituant une catégorie à part. Hugues a publié un article de Xavier sur ce sujet, il y a quelques années.

En pratique, le maroquin domine largement le concours, aidé par la pratique courante au XIXe siècle, de faire re-relier les livres, le plus souvent en maroquin. Mais certains autres types de  reliure sont particulièrement plaisants, à mon avis du moins.

Voici quelques exemples  d’un de ces types : la reliure en veau blond glacé. On parle de veau glacé, quand le cuir est lissé, de façon à briller ; et on le qualifie de « blond » ou de « fauve » dans certains cas.

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Ces reliures sont semblables par la matière, la couleur, et la décoration : dans tous ces exemples les plats sont ornés d’un triple filet doré.

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Les dos sont différents, traduisant plus la date de leur réalisation, qui va de 1780 à 1835 environ.

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Certaines de ces reliures sont signées : REL. . BOZERIAN JEUNE, Koehler.

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Une troisième est signée R.P. Ginain.

François Bozérian, dit Bozérian le Jeune, est né en 1765 à Briord (Ain) ; il a été actif de 1801 à 1818 environ. François Koehler, élève de Thouvenin, commence son activité en 1834.  Ginain est actif entre 1821 et 1847.

Ces livres ont donc un point commun visible : leur reliure.

Les livres réunis ici sont les suivants :

  • Galatée, roman pastoral, imité de Cervantes, par M de Florian, quatrième édition, à Paris, de l’imprimerie de Didot l’aîné, 1785.

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la page de titre montre la marque typographique de François Ambroise Didot (1730-1804), dit Didot l’Aîné, fils (aîné, donc) de François Didot.

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Le livre se vend chez Didot l’Aîné, rue Pavée S. André et De Bure, quai des Augustins. Guillaume de Bure est le beau-frère de François-Ambroise.

  • Œuvres de Boileau Despreaux, à Paris, de l’imprimerie et de la fonderie de P. Didot l’aîné, 1815, trois tomes in-8°, relié par Bozérian Jeune.

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P Didot l’aîné, c’est Pierre Didot (1751, 1853), dont on voit la marque typographique, fils (aîné, donc) de François-Ambroise, qui s’est retiré des affaires en 1789 et a confié l’entreprise à ses deux fils Pierre et Firmin.

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Le livre fait partie de la Collection des meilleurs Ouvrages de la langue Françoise, dédiée aux amateurs de l’art typographique, ou d’éditions soignées et correctes, chez P. Didot l’aîné, ci-devant au Louvre, présentement rue du Pont de Lodi. Bonaparte avait accordé la Galerie du Louvre à Pierre Didot, qui y avait créé les fameuses Éditions du Louvre. Cet exemplaire est sur papier fin ; il existe d’autres qualités de papier pour ces éditions.

  • Les Provinciales, ou lettres de Louis de Montalte, par Blaise Pascal, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, imprimeur du Roi et de la Chambre des Pairs, 1816, deux tomes in-8°, reliure non signée.

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L’année suivante, la page de titre de cette collection affiche une mention supplémentaire, nouveau témoignage  de la faveur dont continuent à jouir les Didot.

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Cet exemplaire est sur papier vélin, de meilleure qualité. Il existe un troisième papier : le papier ordinaire. Ce livre était vendu 9 francs en papier ordinaire, 15 francs sur papier fin et 30 francs sur papier vélin.

  • Œuvres choisies de Quinault, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, chevalier de l’Ordre Royal de Saint-Michel, Imprimeur du Roi, 1822, deux tomes in-12, reliure signée par Koehler.

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La faveur de Pierre Didot ne se dément pas dans les années suivantes. Ce livre ne fait pas partie d’une Collection, contrairement à beaucoup de productions des Didot.

 

  • Relation des Campagnes de Rocroi et de Fribourg, par Henri de Bessé, sieur de la Chapelle-Milon. Paris, N.Delangle, éditeur,rue du Battoir, numéro XIX, 1826. Relié avec : Œuvres choisies de Sarrazin, même éditeur, même date. Un volume in-16, relié par Ginain.

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Ces deux livres font partie de la Collection des Petits Classiques François, dite aussi Collection de la Duchesse de Berry, à qui elle est dédicacée. Elle est imprimée à 500 exemplaires aux frais et par les soins de Charles Nodier et N. Delangle avec les caractères de Jules Didot Aîné.

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La page en regard porte la mention suivante : Imprimerie de Jules Didot Aîné, imprimeur du Roi, Rue du Pont-de-Lodi, n° 6.

Jules Didot (1794-1871) est le fils (aîné bien sûr) de Pierre Didot ; il est associé dès 1820 aux affaires paternelles, comme l’indique la page de titre du Siècle de Louis XIV, de Voltaire, édité en 1820 par Pierre Didot, l’Aîné, chevalier de l’ordre royal de Saint-Michel, imprimeur du Roi et de la Chambre des Pairs, et Jules Didot fils, chevalier de la légion d’honneur (Nb : cet exemplaire, relié en veau raciné et non pas en veau blond glacé, n’avait pas sa place ici) – Jules succède à son père en 1822 mais « conduit ses affaires de manière désordonnée et sombre dans la déraison en 1838 » (André Jammes). Cette branche de la dynastie Didot s’éteint avec Jules ; la relève passe par Firmin, le frère de Pierre, et ses descendants qui prendront le nom de Firmin-Didot.

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Des éditions Didot reliées en plein veau blond glacé sur cinquante années, que demander de plus ?

Le livre des Masques – Marie Meunier

En 1903, Jérôme Doucet publie, avec sa maison d’édition ‘le Livre et l’Estampe’, un recueil de portraits-charge, illustrés par Jules Fontanez, « le Livre des Masques« .

Comme à son habitude, en plus de l’exemplaire de tête, Jérôme Doucet en offre un exemplaire de choix à son épouse, Marie Meunier. Cet exemplaire a figuré dans le catalogue 3/1984 de la librairie Privat-l’Art de voir (qui a fermé ses portes en 2012), sous le numéro 76. Voici sa notice :

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76. [DOUCET (J.)]. Montfrileux. LE LIVRE DES MASQUES. Cent dessins de J. Fontanez. Paris, le Livre et l’Estampe, 1903, gr. in-8, maroquin havane foncé, plats à encadrements de listels mosaïqués gris fer et havane clair, enroulés en arabesques, dos à nerfs, décor mosaïqué dans le style des plats entre les nerfs, tr. dorées sur brochure, bordure intérieure encadrée d’un double jeu de 4 filets dorés, doublures et gardes de soie brochée jaune d’or, couverture illustrée conservée (les deux plats et le dos), étui bordé (Canape). 24 000 F.

100 compositions dans le texte, la moitié sur double page encadrant le texte tiré en bistre, illustrent cette galerie de portraits caricaturaux : forains, gens de cheval, chasseurs, orphéonistes etc…

Un des 50 exemplaires sur Chine (seul grand papier) avec une suite des figures avant la lettre et un dessin original signé de J. Fontanez. Exemplaire unique offert par l’auteur, Jérôme Doucet, à son épouse, avec un amusant envoi. Enrichi :

  • d’un second dessin original signé de Fontanez.
  • d’un portrait au crayon de Doucet avec cette légende de la main de l’artiste : « tel est Montfrileux vu par Fontanez ». Ce dessin est accompagné d’un texte manustrit et signé par « Montfrileux-Jérôme Doucet ».
  •  de divers documents relatifs à la réalisation de l’ouvrage : épreuves corrigées d’un texte, « le véloceman », non retenu dans l’ouvrage, relevé des sommes versées à Fontanez avec reçus signés par l’artiste, second état de la couverture etc…

Très belle reliure de Canape, très caractéristique de l’époque Art Nouveau.

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24000 francs de 1984 représenteraient environ 4000 euros aujourd’hui. A noter, comme sur d’autres exemplaires, que Marie Meunier n’a pas utilisé les services de René Kieffer – c’est le second cas retrouvé de reliure faite par Canape, après celle-ci.

 

 

Bibliothèque Doucet : Pétrone.

Nous avons vu, dans la bibliothèque de Doucet, son exemplaire d’Anacréon. Auparavant, il avait publié, chez le même éditeur, Ferroud, avec le même illustrateur, Louis-Edouard Fournier, un premier livre de traductions : Pétrone.

Deux exemplaires d’auteur sont répertoriés ; voici d’abord l’exemplaire de Marie Meunier, avec une surprise : le relieur n’est pas Kieffer, ni Blanchetière :

 

petrone_ex_marie_meunier

Il figure dans les collections de la Bibliothèque Municipale de Toulouse ; voici sa description :

Doucet – Pétrone.

Ouvrage ayant appartenu à la bibliothèque de Marcel Garrigou. Rel 20e s. maroquin fauve, décor floral mosaïqué en encadrement sur les plats, dos orné de même, bordure intérieure ornée de filets et fleurs dorés, doublure et gardes de soie verte brodée de motifs floraux verts et argentés, gardes papier marbré, tranches dorées, étui papier marbrié (Canape).

Tirage limité à 225 ex. Ex spécial tiré pour Mme J. Doucet (dédicace signée Jérôme Doucet), sur Japon, contenant 3 états des eaux-fortes dont l’eau-forte pure, l’eau-forte terminée avec remarque et une composition originale signée de L.Ed. Fournier.

Un des exemplaires que s’était réservés Jérôme Doucet est passé en vente à New York, le 26 mars 1917, vendu par The Anderson Galleries. Voici sa description :

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DOUCET (Jérôme). Pétrone. Paris, A. Ferroud, 1902 8vo. Lev. mor, inlaid, unc, by R. Kieffer (the author’s own copy, with his autograph).

la description est trop succincte pour savoir s’il s’agit d’un des exemplaires d’auteur, ou vraiment de l’exemplaire personnel de Doucet ; on a vu qu’il s’en réservait souvent plusieurs, qu’il faisait relier plus simplement par Kieffer.

Ce livre a été adjugé 12 dollars ; ce qui pourrait donner aujourd’hui 230 dollars ?