Le journal des ouvrages de dames.

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Le Journal des Ouvrages de dames est une revue mensuelle, publiée par François et Laure Tedesco ; comme son nom l’indique c’est une revue spécialisée, qui publie des patrons divers, pour la broderie, la couture, essentiellement. Ce n’est pas la seule revue du groupe ; on peut citer Ma Poupée, qui cible les fillettes ; Mademoiselle, pour les jeunes filles, ainsi que Le Petit Monde – et sa déclinaison, le Théâtre du Petit Monde.

Dans ces revues, les Tedesco insèrent également des pages plus journalistiques ; un courrier des lecteurs, des concours, des pages de dessins, souvent confiées à des dessinateurs attitrés, et des contes, écrits par les Tedesco eux-mêmes, ou plus souvent par différents auteurs pour enfants. Parmi les dessinateurs on peut citer René Giffrey, qui intervient très souvent (et dessine notamment les couvertures de Ma Poupée).

Le numéro de Noël 1913 (qui paraît le 1er décembre 1913), au format 24,5 cm sur 32 cm, est un numéro spécial, vendu un franc (alors qu’un numéro normal est vendu cinquante centimes), qui groupe un ensemble de contributions spécifiques.

Ce numéro est annoncé par une publicité insérée dans de nombreux journaux :

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Voici son sommaire :

  • couverture : la Reine Mathilde et la tapisserie de Bayeux, par Serge de Solomko ;
  • les amoureux à la crèche, par F. Funck-Brentano, illustrations de O.D.V Guillonnet ;
  • la Vierge aux raisins, tableau de David ;
  • la Chanson de Pénélope, par Jérôme Doucet, illustration de S. de Solomko ;
  • la Chanson des toits, par Raymond Crussard, encadrements de Sandy Hook ;
  • l’Aventure Vénitienne, par J. de Montfrileux ; illustrations de Robida ;
  • le Livre de Paix, tableau de Maxence ;
  • le Pont-Neuf, par J. de Richebourg, illustrations d’après des documents anciens ;
  • Broderies d’hier et d’aujourd’hui, reproductions en couleurs de broderies anciennes et modernes ;
  • Travaux de dames, étude et reproductions, Cousine Claire ;
  • Eugénie de Baculard d’Arnauld, par Greuze ;
  • les Empenneresses, conte de Noël par Jérôme Doucet, compositions de E. White ;
  • la Femme et la Perle, par S. de Pierrelée, illustré d’après des tableaux de maîtres ;
  • la Croisée, par Debucourt ;
  • la Légende de Sainte Odile, illustrations et texte par P. Pascal.

Ces quinze éléments peuvent se répartir entre :

  • 5 gravures (la couverture, les reproductions de David, Maxence, Greuze, Debucourt)
  • 2 articles « dans le sujet » : travaux de dames, broderies ;
  • 3 articles d’auteurs divers (Funck-Brentano, Raymond Crussard, qui est un « auteur Maison » de Tedesco, P. Pascal)
  • et 5 articles directement écrits par Jérôme Doucet lui-même, signés d’un florilège de ses pseudonymes !

En effet, on sait que Jérôme Doucet signe assez facilement ses contributions de façons diverses – Doucet, Montfrileux, Pierrelée – et nous voyons ici apparaître un nouveau pseudonyme, J. de Richebourg.

De plus, on peut remarquer que parmi les 5 gravures, certaines pourraient facilement avoir été choisies par Jérôme Doucet :

  • Serge de Solomko, à cette date, n’a encore illustré qu’un livre, de Jérôme Doucet justement : Pages d’amour ;
  • Edgar Maxence est un ami de Doucet ; et il illustrera Verrières, qui est lié à cette publication ;
  • Doucet a publié une étude sur les graveurs du XVIIIe siècle, ainsi qu’un port-folio, dans lequel il met en avant Greuze et Debucourt.

Le sommaire est suivi d’une introduction « à nos Lectrices ». Elle n’est pas signée ; mais son style rappelle fortement Jérôme Doucet…

A nos lectrices.

Au temps jadis, le moindre opuscule avait sa préface, sa notice, son avertissement ; toute oeuvre dramatique débutait par un prologue, un préambule. C’est qu’alors on se préoccupait uniquement de satisfaire le public, de tout l’effort de sa meilleure volonté. Amies lectrices, nous avons voulu rééditer cette coutume du bon vieux temps, dont nous avons cherché à reprendre aussi les saines traditions.

Nous nous sommes efforcés, comme nous nous efforcerons toujours, de ne vous présenter que des lectures plaisantes, saines, instructives, pleines à la fois de conseils pratiques, d’enseignements utiles, sous leur forme divertissante, et toujours dans el ton de la meilleure compagnie.

Tout particulièrement, en ce numéro spécial, remerciement offert à votre fidèle attention, nous avons groupé tout un choix fait, croyons-nous, pour vous plaire.

Rares et curieuses broderies de ce vieux temps, reproduites dans leurs teintes adoucies à côté de leurs émules les plus élégantes de l’heure actuelle, contes de Noël, magistralement illustrés, poésies gracieuses, nouvelle pittoresque, étude historique et documentation instructive, sans oublier la part légitime de l’élégante coquetterie. Enfin, pour orner vos murs, si cela vous plaît, vous n’aurez qu’à détacher les quarte estampes, plaisantes et variées, que nous avons imprimées avec grand soin sur du  beau papier fort, de luxe.

Puissent-elles, quand elles vous tomberont sous les yeux, vous rappeler notre souvenir et nos efforts, ainsi que les vœux que nous joignons, ici, pour vous, en ce numéro de Noël de votre fidèle :

JOURNAL DES OUVRAGES DE DAMES.

Voici, dans l’ordre de publication de la revue, les (autres) contributions de Doucet.

La Chanson de Pénélope.

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C’est une chanson, comme Doucet en a écrit de nombreuses autres ; à ma connaissance elle n’a pas été reprise. Elle est illustrée d’une composition de Serge de Solomko, à qui on doit également la couverture ; cette composition est connue par ailleurs, car elle a été éditée en carte postale par Lapina – le titre de la carte postale ne fait pas référence à Pénélope : « femme perse tressant un tapis« .

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L’Aventure Vénitienne.

C’est un petit conte, qui met en scène une belle Vénitienne, Isabelle, condamnée à porter un masque car elle est trop belle ; et ses soupirants – occasion de nous montrer, via les dessins de Robida, tous les hauts lieux de Venise.

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Ce n’est pas la première fois que Robida et Doucet travaillent ensemble – à cette même période se situe la publication de Mon ami Pierrot.

Voici la reproduction de ce conte :

la Naissance du Pont-Neuf.

Il ne s’agit pas d’un conte, mais d’un article didactique, qui nous retrace toute l’histoire de ce pont, depuis Lutèce jusqu’au XVIIe siècle.

Cet article est signé de J. de Richebourg ; une phrase de l’introduction peut nous donner une indication sur le nom réel de l’auteur :

Je me souviendrai toujours de cette vision quelque peu poignante ; j’étais dans la boutique fameuse, pleine de trésors littéraires, de Lucien Gougy, le libraire érudit, le Parisien charmant, dans cette vieille boutique spirituelle qui semble si souvent le fumoir de la proche Académie, et nous attendions que la Seine arrivât jusqu’à nous.

Lucien Gougy, grand ami de Jérôme Doucet, dont la mère est née Élise Baudesson de Richebourg…  je ne crois pas qu’il s’agisse de coïncidences.

Les Empenneresses.

Les empenneresses, ce sont les personnes chargées de réaliser les pennes des flèches ; de tailler et de fixer les plumes sélectionnées pour l’empennage.

Ce conte « de Noël » est d’une tonalité très religieuse : une empenneresse veut bien réaliser sa tâche pour défendre son château contre les attaques de Normands ; mais quand la châtelaine lui commande des flèches pour chasser des oiseaux, elle a un mouvement de révolte ; elle jette toutes les plumes sélectionnées… heureusement, un menuisier, venu lui apporter les flèches, va l’aider à retrouver des plumes ; c’est un menuisier un peu particulier : il peut faire apparaître une colombe réelle à partir de la colombe de l’Esprit-Saint d’un vitrail ; il a une plaie aux mains… les flèches réalisées ne blesseront aucun oiseau, et l’empenneresse s’enfuira avec le menuisier, nimbé d’or, suivi d’un vol de colombe…

Le conte est illustré de trois compositions de White, dont deux qui se répondent.

Ce conte sera de nouveau publié, en 1920, par la revue Canadienne la Revue Moderne ; deux seulement des illustrations de White seront reproduite, perdant l’effet de miroir de la première publication.

Il sera de nouveau publié, sous le titre « L’Empenneresse« , dans le recueil « Verrières« , illustré par Paul de Pidoll et Edgar Maxence, en 1926 et 1929 ; dans cette dernière version le récit est très amplifié.

La Femme – La Perle

Il s’agit d’une étude sur la perle comme ornement féminin ; il est signé S. de Pierrelée, pseudonyme courant de Jérôme Doucet.

Il est illustré de reproductions de portraits féminins.

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Gravures insérées.

Nous avons vu que quatre gravures ont été insérées dans l’ouvrage, tirées sur un papier plus fort que « vous n’aurez qu’à détacher », « pour orner vos murs »…

Il me semble qu’on peut reconnaître Doucet derrière le choix de ces gravures.

Autres participations de Doucet aux publications Tedesco.

Comme on l’a vu, Doucet a fortement contribué à ce numéro du Journal des Ouvrages de Dames. Il a également fourni d’autres articles et contes, pour d’autres publications du groupe Tedesco :

Boudomme – Le Petit Monde, 1919-1920.

A partir d’octobre 1919, Le Petit Monde publie Boudomme, roman de jérôme Doucet, illustré par Henry Morin. A ma connaissance ce « roman » n’a pas été réédité.

Ma poupée – 1919 – Montfrileux.

Dans le numéro de décembre 1919 de Ma Poupée, Doucet, sous la signature de Montfrileux, publie une histoire intitulée « Poupées d’antan – histoire d’une poupée grecque et d’une poupée romaine » ; elle est illustrée de deux compositions de René Giffrey, illustrateur attitré du journal.

Ma Poupée – 1920 – contes de fée.

En 1920, Doucet publie une série de contes de fée, dont « Timberli« , contes tous illustrés par René Giffrey. Ces contes seront publiés en volume par Tedesco sous le titre « Doigts de fée », en 1922 ; il s’agit d’un volume in-8 (hauteur 17 cm) de 131 pages, illustré par René Giffrey bien sûr.

« Ma Poupée » et « Le petit Monde » – septembre 1921 – Tristram Brachs

Le même mois, ces deux revues publient le même conte de Doucet, illustré par Harry Eliott, « Tristram Brachs, le fondeur de chandelles ».

 

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Librairie Delagrave.

La librairie Delagrave, au tournant du siècle, est, dans le domaine de l’édition pour enfants, un éditeur important, avec de nombreuses publications, éducatives et récréatives, appuyé par deux revues : « Saint-Nicolas » et « l’écolier illustré« . Dans ces journaux, il publie par épisodes des romans, qu’il offre ensuite en livres ou en albums.

Les fils de François 1er, fin 1911.

La collaboration entre Doucet et Delagrave commence en 1911, quand l’éditeur publie, dans « Saint-Nicolas« , « les Fils de François 1er », signé Jérôme Doucet, illustré par Léonce Burret (1866 – 1915), illustrateur habituel de cet éditeur – mais c’est la seule collaboration entre Doucet et Burret.

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Le livre raconte les aventures des deux fils de François 1er pendant leur captivité, aidés par un Cobold et leur fidèle Arnould.

La publication en livre a lieu à la fin de l’année 1911, pour les étrennes, période propice à l’édition de beaux livres pour les enfants.

C’est un in-4° de 240 pages, au format 27,5 cm x 18,5 cm (format du cartonnage), présenté sous cartonnage bleu, rouge et or (mais il existe d’autres cartonnages plus simples), achevé d’imprimer en octobre 1911, par la SA d’imprimerie de Villefranche de Rouergue. Il est illustré de quinze hors-texte et de nombreux in-texte, en noir, de Léonce Burret.

Le livre est dédié à Martial et Jacques Ulrich, « en témoignage de l’amitié que je porte à leur grand-père, Toussaint Le GRAIN. »

Auguste Toussaint Le Grain (1860-1935) polytechnicien, a été directeur des chemins de fer de l’état, professeur à l’école des Mines.

Mossieu Clown, fin 1912.

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Publicité pour les nouveautés Delagrave, journal Le Correspondant, décembre 1912 – source Gallica.bnf.fr.

L’année suivante l’éditeur publie un grand album, au format à l’italienne (27 cm x 35 cm), de 28 pages numérotées (32 pages au total), signé Montfrileux (à noter une faute sur la couverture : Monfrileux), et illustré par M. Poussin : Mossieu Clown. Lors de sa sortie, il est vendu 3 francs 50 ; son prix passera ensuite à 3 francs 90.

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L’album regroupe sept histoires de quatre pages, comptant chacune deux illustrations principales ; ce qui donne cinquante-six illustrations – l’album en annonçant quatre-vingt. La différence est constituée de petites vignettes de complément ; plus la couverture.

Les histoires en question sont d’un humour très grinçant, et le livre ne pourrait sans doute pas être republié tel quel aujourd’hui.

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Cet album sera republié dans l’écolier illustré, sur l’année 1915, à raison d’une page par semaine, avec un découpage retravaillé : chaque histoire de quatre pages d’album donne six pages dans la revue, avec certaines pages non illustrées.

Mon ami Pierrot, fin 1913.

L’année suivante, de nouveau pour les étrennes, Delagrave publie « Mon ami Pierrot« , signé Jérôme Doucet, illustré par Albert Robida. Ce n’est pas la première collaboration entre Doucet et Robida.

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Le livre fait partie de la même collection que le précédent, et est donc tout à fait comparable : mêmes nombres de pages, format, disposition, prix (3 francs 90). Pour plus de détails je vous renvoie à l’article sur Pierrot et celui sur Robida.

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Ce livre est dédié à René Braunschvig.

Les deux Cartouche, fin 1914.

Dans la même série, l’année suivante paraît les deux Cartouche, toujours illustré par Albert Robida, cette fois-ci signé Montfrileux. Le livre est une fantaisie autour du personnage du bandit Cartouche, mais tout finit bien : le bourgeois qui se faisait passer pour Cartouche est sauf, et le bandit est exécuté.

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Les deux Cartouche, 1930.

La collaboration entre Doucet et Delagrave s’est arrêtée en 1914 ; mais l’éditeur, en 1930, réédite l’album « Les Deux Cartouche » dans un format différent : format in-4 vertical (22cm x 28cm), obtenu par dédoublement des pages – il compte 51 pages.On voit avec cet exemple que l’éditeur était très prévoyant dès la première publication.

L’illustration de couverture change ; elle est due à Joë Hamman.

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Pierrot

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Pierrot ! Pierrot-fin-de-siècle bien sûr ! Doucet n’échappe pas à la mode, et en ces années 1890-1920 la mode est revenue au Pierrot. Pas un Pierrot pour les enfants, charmant, amusant, celui des chansons : non, un Pierrot qui souffre, un Pierrot dangereux, pour les autres et pour lui-même, un Pierrot torturé.

la damnation de Pierrot

La première pierre qu’apporte Doucet à cet édifice est une de ses premières productions ; on se souvient qu’à Rouen, Doucet écrit plusieurs pièces de théâtre, et même d’opéra, qui sont jouées en général une fois, voire deux pour les plus grands succès.

Une de ces productions est « la damnation de Pierrot« ,  un acte en vers, publié en 1893. Il s’agit d’une plaquette in-12 (14cm x 20cm), de 42 pages, illustrée d’une vignette de A. Andréas, en brun sur la page de couverture,  édité par Vanier, à Paris, imprimé à Rouen par Cagniard en mai 1893 – plaquette vendue 3 francs. L’ouvrage est dédié à Théodore de Banville « prince des funambules et père de tous les Pierrots ».

Andréas illustrera une chanson de Doucet : « la chanson du marteau sur l’enclume« , dans le numéro du 15 juin 1894 de la Revue Illustrée, chanson qui sera reprise dans « la Chanson des Choses » en 1895.

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Exemplaire avec envoi de Doucet à Eugène Murer, son futur beau-frère.

Dans cette petite pièce, Pierrot vend son talent pour une fortune, change d’avis et veut se suicider – il rencontre Juliette – et tout rentre dans l’ordre.

Son cœur balance

Doucet a écrit de très nombreuses chansons, dont quelques une ont été éditées et chantées ; parmi ces dernières, ‘Son cœur balance‘, éditée en 1896, qui est dans la même veine que la damnation de Pierrot : C’est celui de Colombine, qui hésite entre le vieux riche Cassandre, et le beau jeune homme pauvre Pierrot… et qui prend ‘l’or du vieux Cassandre, et le jeune amour du pauvre Pierrot‘.

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notre ami Pierrot

Après ce petit intermède, Doucet, en collaboration avec Louis Morin, écrira douze scènes – pantomimes de Pierrot, un Pierrot qui subit des aventures variées, à des époques variées – certaines amusantes, d’autres un peu plus tragiques ; mais en général il s’en sort bien, même si ces aventures sont plutôt pour les parents que pour leurs enfants.

Ces douze pantomimes seront publiées dans la Revue Illustrée ; voici les titres et les dates de publication  :

  • le philtre – publié le 15 mars 1901
  • clysterium donare – publié le 1er août 1901
  • les violettes – publié le 1er mai 1900
  • At home  – publié le 15 janvier 1903
  • la croix de son père – publié le 15 avril 1900
  • Dalila – pas publié dans la Revue Illustrée
  • Le saule – publié le 15 août 1899
  • Tes père et mère – publié le 1er février 1900
  • Immanente justice – publié le 15 décembre 1900
  • Meneur de grève – publié le 15 juin 1900
  • le sermon – publié le 15 décembre 1899
  • la pantomime – publié le 15 juillet 1900

Doucet, en 1903, ne travaille plus pour la Revue Illustrée ; il a (entre autres) pris la direction de Gil Blas Illustré ; et Dalila sera publié dans cette dernière revue.

A noter que l’ordre de publication du recueil diffère de la publication en Revue.

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Le recueil est publié le 15 juillet 1900, sous le titre « Notre ami Pierrot, une douzaine de pantomimes« , par la librairie Paul Ollendorff, imprimé par l’imprimerie de Vaugirard, à Paris. C’est un album in-4 de 75 pages non paginé (25cm x 33cm), illustré par 65 aquarelles de Louis Morin ; Doucet le dédie « à mes 2 amis Pierrot Baschet – Pierrot Brisson – les images pour tout de suite le texte pour plus tard« . les Baschet dirigent la Revue Illustrée, Adolphe Brisson en est le rédacteur en chef, et Doucet le secrétaire de la Rédaction.

Les douze pantomimes sont dédiées successivement à : « l’ami Ludo » (Ludovic Baschet) ; « l’ami Camille Hischmann », « l’ami Adolphe Brisson », « l’ami René Baschet », « l’ami Glaudinont », « l’ami Marcel Baschet », « l’ami Denys Puech », « l’ami Jules Baschet », « l’ami Olivié », « l’ami Jean Lorrain », « l’ami Maurice Leloir », « l’ami Séverin ». Séverin (Séverin Caffera,  1863-1930) est un mime  célèbre pour ses interprétations de Pierrot ; Camille Hischmann, docteur, est le beau-frère de Marcel et René Baschet. Comme on le voit, certaines de ces amitiés sont très « professionnelles »… même si l’amitié avec Denys Puech, Leloir ou Lorrain est réelle.

En plus du tirage courant, sur vélin, non limité, vendu 9 francs, le tirage de tête est de 100 exemplaires sur japon, avec une suite au trait en noir, sur chine – plus 20 exemplaires réservés à la société des XX, sur japon avec suite sur chine et japon – ces exemplaires possèdent un frontispice spécifique. Il existe également quatre exemplaires de tête, sur japon, avec trois suites (sur chine, sur japon mince, sur japon), réservés à l’auteur.

De gauche à droite : un des 4 exemplaires d’auteur, puis un exemplaire du tirage courant, puis un exemplaire du tirage pour la Société des XX.

A ce moment les deux sont amis ; mais cette amitié semble s’être rafraichie – la faute peut-être à l’article que Doucet, sous la signature de Montfrileux, consacre à Louis Morin  dans le numéro du 15 juillet 1900 – article dans lequel Doucet donne des conseils qui ont pu être mal reçus par Morin – et ce dernier répliquera dans sa  « Revue des Quatre Saisons ».

Ces douze pantomimes ne sont pas la seule collaboration entre Doucet et Louis Morin – qui a illustré quatre des Chansons de Doucet, reprises dans le volume la Chanson des choses : la Chanson de la Poudre de Riz, la Chanson des Marionnettes (dédiée « à l’ami Louis Morin » lors de la publication dans le numéro du 15 juin 1897, dédiée à Jeanne Morin dans le recueil),  la Chanson de la Mandoline et la Chanson des Ailes du Moulin.

Ensuite, Doucet reviendra à plusieurs reprises au personnage de Pierrot.

la Genèse de Pierrot

Deux contes sont publiés dans la Revue Illustrée : la Genèse de Pierrot, illustré par Louis Chalon, publié le 15 décembre 1896 ; puis  la mort de Pierrot, illustré par André Cahard, le 1er décembre 1902.

La Genèse de Pierrot a comme sous-titre « conte blanc » ; il est dédié à Anatole France. C’est un conte de quatre pages, illustré de trois grandes compositions à mi-page et deux vignettes, monochromes, de Louis Chalon (1866-1916). C’est un conte de Noël : Pierre, un meunier sans cœur et voleur ne se laisse pas attendrir par une vieille mendiante – mais c’est Marie-Madeleine ; pour sa punition, Pierre devient Pierrot, « Pierrot tout blanc, sans moulin, sans abri, sans argent et sans but ».

Ce conte sera republié, sous le titre « la légende de Pierrot« , dans le numéro d’avril de la revue l’Orphelin, de l’Orphelinat du Petit-Saint-Jean-les-Amiens, avec quelques modifications de détail.

Louis Chalon a illustré une chanson pour Jérôme Doucet : « la chanson de la lune« , publiée dans la Revue Illustrée le 15 juin 1895 ; et reprise dans « la Chanson des Choses« .

la mort de Pierrot

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La mort de Pierrot relate la dernière aventure arrivée à Pierrot : un soir de beuverie, il rencontre un homme qui titube ; le suit pour se moquer ; l’homme tombe, Pierrot va pour le secourir – mais l’homme meurt dans ses bras. Pierrot ne peut résister, il lui vole sa bourse : maigre méfait, voler un mort ! mais il a été vu, et sera donc pendu. Une histoire très « fin-de-siècle ». Le conte, publié sur huit pages, est illustré de 8 compositions à mi-pages, verticales, de André Cahard, et de deux vignettes par page, de Alfred Garth-Jones – un réemploi des vignettes des contes « le Cavalier » et « la tulipe noire » publiés dans les Contes de la Fileuse – voir la collaboration entre Doucet et Garth-Jones.

André Cahard a illustré plusieurs autres contes de Doucet, qui n’ont pas été repris en volume ; ils sont suffisamment importants pour donner lieu à un article à venir. En revanche, contrairement à beaucoup d’autres, il n’a pas participé à la Chanson des Choses !

Pierrot – Arlequin – Polichinelle dans le Livre des Masques

En 1903, Doucet publie, dans sa maison d’édition ‘Le livre et l’Estampe‘, un recueil de portraits « au vif » : ‘le livre des masques‘, qui groupe cinquante caricatures, souvent grinçantes, de « types » ; chaque portrait est illustré par une grande illustration à double-page de Jules Fontanez, et d’un petit portrait en tête. les trois premiers masques sont Pierrot, Arlequin et Polichinelle. Ici on n’a pas l’historique des personnages, seulement leur description « actuelle » – et le portrait n’est pas flatteur, notamment pour Pierrot, l‘Enfariné.

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Plusieurs années plus tard, en 1913, Doucet revient au personnage de Pierrot, pour les éditions Delagrave : il publie, avec Robida, un album pour enfants (voir Albert Robida). Il s’agit d’un album à l’italienne, cartonné, de 32 pages (28 pages numérotées), sur deux colonnes, illustrées à chaque page ; il est dédié à René Braunschvig.

Le premier chapitre reprend l’histoire de la Genèse de Pierrot ; mais cette fois ce n’est plus Madeleine qui vient demander de l’aide au meunier Pierre, ce sont trois enfants, Jean, Jacques, et Joseph, qui vont quémander chez le meunier, le paysan et le charbonnier de quoi faire des crèpes ; et une vieille femme, la justice, punit ces trois méchants, qui deviennent Pierrot, Arlequin et Polichinelle.

Arlequin, Pierrot, Polichinelle

Doucet se resservira encore une fois de cette histoire, pour Larousse cette fois : en 1933, pour la collection des Livres Roses, il publie un petit livre regroupant deux histoires : « Arlequin, Pierrot, Polichinelle« , et « l’Inconnu« , correspondant à l’illustration de couverture. Le livre est illustré par M. Fontenay ; il s’agit d’un petit fascicule de 28 pages, de format 12cmx18,5cm, vendu 50 centimes ; c’est le numéro 566 de la collection.

L’histoire, légèrement réécrite et développée, est la même : seule différence, la femme est nommée : c’est Thémis, la justice.

Albert Robida

Doucet et Robida étaient amis ; en témoigne l’abondante correspondance, notamment conservée à la Bibliothèque de l’INHA.

Robida a illustré plusieurs livres de Doucet, ainsi que des nouvelles, et des chansons.

Chansons illustrées.

Le premier exemple de cette collaboration est l’illustration de « la Chanson du petit Tambouré« , publiée dans la Revue Mame en 1895.

Cette même année Jérôme Doucet fait la démarche de demander à Robida d’illustrer la nouvelle « dans le beffroi« ,  ce qui convient parfaitement à ce dernier : elle sera publiée par Le Monde Moderne, le premier avril 1896. Ce conte est illustré de 2 vignettes et d’une grande illustration à quasi-plein page, dans un registre très « robidien ».

Doucet sollicitera de nouveau Robida, pour illustrer deux des chansons qu’il destine à son recueil « la Chanson des Choses » : « la Chanson de l’horloge« , prépubliée par la Revue Illustrée le 1er mars 1896, et « la Chanson de la girouette » – que Doucet dédie à Robida.

A la Revue Illustrée, Doucet aura l’occasion de refaire travailler Robida : pour l’exposition Internationale, la Revue publie un reportage de dix-huit pages, dans le numéro du 15 février 1900, sur le Vieux Paris, attraction conçue par Robida – qui fait d’ailleurs la couverture de ce numéro, dans lequel il illustre également une chanson de Doucet : « la villanelle de la mariée« , chanson que Doucet dédie de nouveau à Robida. Dans le numéro du 15 novembre, Robida illustrera une nouvelle chanson de Doucet : « la chanson du va-nu-pieds« .

A noter que ces premières publications, mises à part la Chanson de l’horloge et la Chanson de la girouette, ne seront pas reprises en albums ou recueils.

Critique dans la Revue Illustrée.

 

55critique

Dans la Revue Illustrée, Doucet assure la chronique littéraire, sous la signature de Montfrileux. A  ce titre il a l’occasion de rendre compte des ouvrages que publie Robida ; et il le fait en termes généreux, comme dans cet exemple du 15 décembre 1901, à l’occasion des livres d’étrennes.

Albums Delagrave – 1913 – 1914.

Doucet et Robida se retrouveront bien plus tard, pour deux histoires qui seront publiées par Delagrave, d’abord en pré-publication dans son journal « Saint-Nicolas« , puis en albums : « Mon ami Pierrot« , publié fin 1913, puis « Les Deux Cartouche« , publié en fin 1914 (sous le pseudonyme de Montfrileux).

Ces deux albums sont comparables : format à l’italienne (27x35cm), cartonnés, de 32 pages (28 pages numérotées), sur deux colonnes, illustrées à chaque page. Mon ami Pierrot est dédié à René Braunschvig ; A noter que Delagrave publie, dans le même temps, un troisième album de Doucet dans cette série : « Mossieu Clown« , illustré par Poussin, publié fin 1912. Ces albums étaient vendus 3 francs 90.

l’Aventure Vénitienne – 1913.

Fin 1913, Doucet publie, sous la signature de Montfrileux, un petit conte vénitien, dans le numéro de Noël de la revue « le Journal des Ouvrages de Dames » ; conte illustré par de nombreux dessins, dont un à pleine page, de Robida.

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Les villes martyres ?

Y a-t-il eu un projet commun avorté entre les deux hommes ?

En 1914 Robida publie, avec l’éditeur Baudelot, à Paris, sous forme de fascicules in-folio (33cmx51cm),  regroupant chacun une lithographie et deux pages d’extraits de journaux, une série sur les Villes Martyres (Reims, Louvain, Senlis, Malines, Arras, Termonde, Soissons et Ypres), qui ont subi de graves destructions par l’armée Allemande. Or sous lot 180 de la vente du 9 octobre 2014, à Drouot, l’étude Tessier vendait un « Important manuscrit de J. Doucet relatant des passages de la première guerre mondiale écrit par le poète, journaliste et écrivain. Constitué de 6 pages grandes in-8, chacune relate un épisode et une lieu (Reims, Louvain, Ypres, Malines, Arras et Soissons). Non daté mais signé en bas de la première page« . Il est tentant de faire le rapprochement…

55villes
Robida – les Villes Martyres : Reims

 

La Croisade des Gueux, 1923.

Doucet et Robida se retrouveront une dernière fois après la guerre, en 1923 : Doucet publie en effet, à compte d’auteur, un petit conte : « la croisade des gueux« ,  tiré à 500 exemplaires ; c’est un petit in-8° carré (15x20cm) de 60 pages, dont Robida illustre la couverture. L’achevé d’imprimer est daté du 14 juillet 1923, par l’imprimerie Meltzer, à Paris; il est dédié « à mon ami le docteur Laurent Antony, affectueuse reconnaissance » ; la tonalité est très sombre, l’histoire se finit dans le sang.

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Réédition – les deux Cartouche, 1930.

Enfin en 1930, l’album « Les Deux Cartouche » est réédité, dans un format différent : format in-4 vertical (22cmx28cm), obtenu par dédoublement des pages – il compte 51 pages. L’illustration de couverture change ; elle est due à Joë Hamman.

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