Librairie Delagrave.

La librairie Delagrave, au tournant du siècle, est, dans le domaine de l’édition pour enfants, un éditeur important, avec de nombreuses publications, éducatives et récréatives, appuyé par deux revues : « Saint-Nicolas » et « l’écolier illustré« . Dans ces journaux, il publie par épisodes des romans, qu’il offre ensuite en livres ou en albums.

Les fils de François 1er, fin 1911.

La collaboration entre Doucet et Delagrave commence en 1911, quand l’éditeur publie, dans « Saint-Nicolas« , « les Fils de François 1er », signé Jérôme Doucet, illustré par Léonce Burret (1866 – 1915), illustrateur habituel de cet éditeur – mais c’est la seule collaboration entre Doucet et Burret.

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Le livre raconte les aventures des deux fils de François 1er pendant leur captivité, aidés par un Cobold et leur fidèle Arnould.

La publication en livre a lieu à la fin de l’année 1911, pour les étrennes, période propice à l’édition de beaux livres pour les enfants.

C’est un in-4° de 240 pages, au format 27,5 cm x 18,5 cm (format du cartonnage), présenté sous cartonnage bleu, rouge et or (mais il existe d’autres cartonnages plus simples), achevé d’imprimer en octobre 1911, par la SA d’imprimerie de Villefranche de Rouergue. Il est illustré de quinze hors-texte et de nombreux in-texte, en noir, de Léonce Burret.

Le livre est dédié à Martial et Jacques Ulrich, « en témoignage de l’amitié que je porte à leur grand-père, Toussaint Le GRAIN. »

Auguste Toussaint Le Grain (1860-1935) polytechnicien, a été directeur des chemins de fer de l’état, professeur à l’école des Mines.

Mossieu Clown, fin 1912.

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Publicité pour les nouveautés Delagrave, journal Le Correspondant, décembre 1912 – source Gallica.bnf.fr.

L’année suivante l’éditeur publie un grand album, au format à l’italienne (27 cm x 35 cm), de 28 pages numérotées (32 pages au total), signé Montfrileux (à noter une faute sur la couverture : Monfrileux), et illustré par M. Poussin : Mossieu Clown. Lors de sa sortie, il est vendu 3 francs 50 ; son prix passera ensuite à 3 francs 90.

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L’album regroupe sept histoires de quatre pages, comptant chacune deux illustrations principales ; ce qui donne cinquante-six illustrations – l’album en annonçant quatre-vingt. La différence est constituée de petites vignettes de complément ; plus la couverture.

Les histoires en question sont d’un humour très grinçant, et le livre ne pourrait sans doute pas être republié tel quel aujourd’hui.

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Cet album sera republié dans l’écolier illustré, sur l’année 1915, à raison d’une page par semaine, avec un découpage retravaillé : chaque histoire de quatre pages d’album donne six pages dans la revue, avec certaines pages non illustrées.

Mon ami Pierrot, fin 1913.

L’année suivante, de nouveau pour les étrennes, Delagrave publie « Mon ami Pierrot« , signé Jérôme Doucet, illustré par Albert Robida. Ce n’est pas la première collaboration entre Doucet et Robida.

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Le livre fait partie de la même collection que le précédent, et est donc tout à fait comparable : mêmes nombres de pages, format, disposition, prix (3 francs 90). Pour plus de détails je vous renvoie à l’article sur Pierrot et celui sur Robida.

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Ce livre est dédié à René Braunschvig.

Les deux Cartouche, fin 1914.

Dans la même série, l’année suivante paraît les deux Cartouche, toujours illustré par Albert Robida, cette fois-ci signé Montfrileux. Le livre est une fantaisie autour du personnage du bandit Cartouche, mais tout finit bien : le bourgeois qui se faisait passer pour Cartouche est sauf, et le bandit est exécuté.

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Les deux Cartouche, 1930.

La collaboration entre Doucet et Delagrave s’est arrêtée en 1914 ; mais l’éditeur, en 1930, réédite l’album « Les Deux Cartouche » dans un format différent : format in-4 vertical (22cm x 28cm), obtenu par dédoublement des pages – il compte 51 pages.On voit avec cet exemple que l’éditeur était très prévoyant dès la première publication.

L’illustration de couverture change ; elle est due à Joë Hamman.

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Pierrot

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Pierrot ! Pierrot-fin-de-siècle bien sûr ! Doucet n’échappe pas à la mode, et en ces années 1890-1920 la mode est revenue au Pierrot. Pas un Pierrot pour les enfants, charmant, amusant, celui des chansons : non, un Pierrot qui souffre, un Pierrot dangereux, pour les autres et pour lui-même, un Pierrot torturé.

la damnation de Pierrot

La première pierre qu’apporte Doucet à cet édifice est une de ses premières productions ; on se souvient qu’à Rouen, Doucet écrit plusieurs pièces de théâtre, et même d’opéra, qui sont jouées en général une fois, voire deux pour les plus grands succès.

Une de ces productions est « la damnation de Pierrot« ,  un acte en vers, publié en 1893. Il s’agit d’une plaquette in-12 (14cm x 20cm), de 42 pages, illustrée d’une vignette de A. Andréas, en brun sur la page de couverture,  édité par Vanier, à Paris, imprimé à Rouen par Cagniard en mai 1893 – plaquette vendue 3 francs. L’ouvrage est dédié à Théodore de Banville « prince des funambules et père de tous les Pierrots ».

Andréas illustrera une chanson de Doucet : « la chanson du marteau sur l’enclume« , dans le numéro du 15 juin 1894 de la Revue Illustrée, chanson qui sera reprise dans « la Chanson des Choses » en 1895.

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Exemplaire avec envoi de Doucet à Eugène Murer, son futur beau-frère.

Dans cette petite pièce, Pierrot vend son talent pour une fortune, change d’avis et veut se suicider – il rencontre Juliette – et tout rentre dans l’ordre.

Son cœur balance

Doucet a écrit de très nombreuses chansons, dont quelques une ont été éditées et chantées ; parmi ces dernières, ‘Son cœur balance‘, éditée en 1896, qui est dans la même veine que la damnation de Pierrot : C’est celui de Colombine, qui hésite entre le vieux riche Cassandre, et le beau jeune homme pauvre Pierrot… et qui prend ‘l’or du vieux Cassandre, et le jeune amour du pauvre Pierrot‘.

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notre ami Pierrot

Après ce petit intermède, Doucet, en collaboration avec Louis Morin, écrira douze scènes – pantomimes de Pierrot, un Pierrot qui subit des aventures variées, à des époques variées – certaines amusantes, d’autres un peu plus tragiques ; mais en général il s’en sort bien, même si ces aventures sont plutôt pour les parents que pour leurs enfants.

Ces douze pantomimes seront publiées dans la Revue Illustrée ; voici les titres et les dates de publication  :

  • le philtre – publié le 15 mars 1901
  • clysterium donare – publié le 1er août 1901
  • les violettes – publié le 1er mai 1900
  • At home  – publié le 15 janvier 1903
  • la croix de son père – publié le 15 avril 1900
  • Dalila – pas publié dans la Revue Illustrée ?
  • Le saule – publié le 15 août 1899
  • Tes père et mère – publié le 1er février 1900
  • Immanente justice – publié le 15 décembre 1900
  • Meneur de grève – publié le 15 juin 1900
  • le sermon – publié le 15 décembre 1899
  • la pantomime – publié le 15 juillet 1900

A noter que l’ordre de publication du recueil diffère de la publication en Revue.

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Le recueil est publié le 15 juillet 1900, sous le titre « Notre ami Pierrot, une douzaine de pantomimes« , par la librairie Paul Ollendorff, imprimé par l’imprimerie de Vaugirard, à Paris. C’est un album in-4 de 75 pages non paginé (25cm x 33cm), illustré par 65 aquarelles de Louis Morin ; Doucet le dédie « à mes 2 amis Pierrot Baschet – Pierrot Brisson – les images pour tout de suite le texte pour plus tard« . les Baschet dirigent la Revue Illustrée, Adolphe Brisson en est le rédacteur en chef, et Doucet le secrétaire de la Rédaction.

Les douze pantomimes sont dédiées successivement à : « l’ami Ludo » (Ludovic Baschet) ; « l’ami Camille Hischmann », « l’ami Adolphe Brisson », « l’ami René Baschet », « l’ami Glaudinont », « l’ami Marcel Baschet », « l’ami Denys Puech », « l’ami Jules Baschet », « l’ami Olivié », « l’ami Jean Lorrain », « l’ami Maurice Leloir », « l’ami Séverin ». Séverin (Séverin Caffera,  1863-1930) est un mime  célèbre pour ses interprétations de Pierrot ; Camille Hischmann, docteur, est le beau-frère de Marcel et René Baschet. Comme on le voit, certaines de ces amitiés sont très « professionnelles »… même si l’amitié avec Denys Puech, Leloir ou Lorrain est réelle.

En plus du tirage courant, sur vélin, non limité, vendu 9 francs, le tirage de tête est de 100 exemplaires sur japon, avec une suite au trait en noir, sur chine – plus 20 exemplaires réservés à la société des XX, sur japon avec suite sur chine et japon – ces exemplaires possèdent un frontispice spécifique. Il existe également quatre exemplaires de tête, sur japon, avec trois suites (sur chine, sur japon mince, sur japon), réservés à l’auteur.

De gauche à droite : un des 4 exemplaires d’auteur, puis un exemplaire du tirage courant, puis un exemplaire du tirage pour la Société des XX.

A ce moment les deux sont amis ; mais cette amitié semble s’être rafraichie – la faute peut-être à l’article que Doucet, sous la signature de Montfrileux, consacre à Louis Morin  dans le numéro du 15 juillet 1900 – article dans lequel Doucet donne des conseils qui ont pu être mal reçus par Morin – et ce dernier répliquera dans sa  « Revue des Quatre Saisons ».

Ces douze pantomimes ne sont pas la seule collaboration entre Doucet et Louis Morin – qui a illustré quatre des Chansons de Doucet, reprises dans le volume la Chanson des choses : la Chanson de la Poudre de Riz, la Chanson des Marionnettes (dédiée « à l’ami Louis Morin » lors de la publication dans le numéro du 15 juin 1897, dédiée à Jeanne Morin dans le recueil),  la Chanson de la Mandoline et la Chanson des Ailes du Moulin.

Ensuite, Doucet reviendra à plusieurs reprises au personnage de Pierrot.

la Genèse de Pierrot

Deux contes sont publiés dans la Revue Illustrée : la Genèse de Pierrot, illustré par Louis Chalon, publié le 15 décembre 1896 ; puis  la mort de Pierrot, illustré par André Cahard, le 1er décembre 1902.

La Genèse de Pierrot a comme sous-titre « conte blanc » ; il est dédié à Anatole France. C’est un conte de quatre pages, illustré de trois grandes compositions à mi-page et deux vignettes, monochromes, de Louis Chalon (1866-1916). C’est un conte de Noël : Pierre, un meunier sans cœur et voleur ne se laisse pas attendrir par une vieille mendiante – mais c’est Marie-Madeleine ; pour sa punition, Pierre devient Pierrot, « Pierrot tout blanc, sans moulin, sans abri, sans argent et sans but ».

Ce conte sera republié, sous le titre « la légende de Pierrot« , dans le numéro d’avril de la revue l’Orphelin, de l’Orphelinat du Petit-Saint-Jean-les-Amiens, avec quelques modifications de détail.

Louis Chalon a illustré une chanson pour Jérôme Doucet : « la chanson de la lune« , publiée dans la Revue Illustrée le 15 juin 1895 ; et reprise dans « la Chanson des Choses« .

la mort de Pierrot

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La mort de Pierrot relate la dernière aventure arrivée à Pierrot : un soir de beuverie, il rencontre un homme qui titube ; le suit pour se moquer ; l’homme tombe, Pierrot va pour le secourir – mais l’homme meurt dans ses bras. Pierrot ne peut résister, il lui vole sa bourse : maigre méfait, voler un mort ! mais il a été vu, et sera donc pendu. Une histoire très « fin-de-siècle ». Le conte, publié sur huit pages, est illustré de 8 compositions à mi-pages, verticales, de André Cahard, et de deux vignettes par page, de Alfred Garth-Jones – un réemploi des vignettes des contes « le Cavalier » et « la tulipe noire » publiés dans les Contes de la Fileuse – voir la collaboration entre Doucet et Garth-Jones.

André Cahard a illustré plusieurs autres contes de Doucet, qui n’ont pas été repris en volume ; ils sont suffisamment importants pour donner lieu à un article à venir. En revanche, contrairement à beaucoup d’autres, il n’a pas participé à la Chanson des Choses !

Pierrot – Arlequin – Polichinelle dans le Livre des Masques

En 1903, Doucet publie, dans sa maison d’édition ‘Le livre et l’Estampe‘, un recueil de portraits « au vif » : ‘le livre des masques‘, qui groupe cinquante caricatures, souvent grinçantes, de « types » ; chaque portrait est illustré par une grande illustration à double-page de Jules Fontanez, et d’un petit portrait en tête. les trois premiers masques sont Pierrot, Arlequin et Polichinelle. Ici on n’a pas l’historique des personnages, seulement leur description « actuelle » – et le portrait n’est pas flatteur, notamment pour Pierrot, l‘Enfariné.

mon ami Pierrot

Plusieurs années plus tard, en 1913, Doucet revient au personnage de Pierrot, pour les éditions Delagrave : il publie, avec Robida, un album pour enfants (voir Albert Robida). Il s’agit d’un album à l’italienne, cartonné, de 32 pages (28 pages numérotées), sur deux colonnes, illustrées à chaque page ; il est dédié à René Braunschvig.

Le premier chapitre reprend l’histoire de la Genèse de Pierrot ; mais cette fois ce n’est plus Madeleine qui vient demander de l’aide au meunier Pierre, ce sont trois enfants, Jean, Jacques, et Joseph, qui vont quémander chez le meunier, le paysan et le charbonnier de quoi faire des crèpes ; et une vieille femme, la justice, punit ces trois méchants, qui deviennent Pierrot, Arlequin et Polichinelle.

Arlequin, Pierrot, Polichinelle

Doucet se resservira encore une fois de cette histoire, pour Larousse cette fois : en 1933, pour la collection des Livres Roses, il publie un petit livre regroupant deux histoires : « Arlequin, Pierrot, Polichinelle« , et « l’Inconnu« , correspondant à l’illustration de couverture. Le livre est illustré par M. Fontenay ; il s’agit d’un petit fascicule de 28 pages, de format 12cmx18,5cm, vendu 50 centimes ; c’est le numéro 566 de la collection.

L’histoire, légèrement réécrite et développée, est la même : seule différence, la femme est nommée : c’est Thémis, la justice.