Carlègle

Carlègle, illustrateur : « Je ne veux faire d’illustrations que celles qui me donneront l’occasion de dessiner des nus ».


Carl-Emile (ou Charles-Émile, ou Émile-Charles, les sources divergent…) Egli est né en 1877, à Aigle, dans le canton de Vaud (Suisse). A l’âge de 18 ans, il intègre l’Ecole des Arts Industriels de Genève, dans la classe de gravure d’Alfred Martin, collaborateur de Charles Lepère. Suivront également cette classe P.E. Vibert et F.L. Schmied. Bien sûr la gravure sur bois est au centre de cet enseignement. En 1900 il arrive à Paris. Sous le pseudonyme de Carlègle, il collabore à de nombreux journaux et revues, dans lesquels sont publiés ses dessins d’humour, d’actualité ou non : l’Assiette au Beurre, le Rire, la Vie Parisienne, le Sourire… Il y acquière rapidement une bonne réputation, et se trouve classé parmi les « humoristes ». Francis Carco lui consacrera une place élogieuse dans son étude. On retrouvera certains des dessins qu’il a donnés à la Vie Parisienne, dans l’album publié en 1922 « La Plus Belle Fille du Monde ». On y retrouve les thèmes favoris de Carlègle, auxquels il sera fidèle toute sa vie : la grâce féminine, l’humour, la sûreté du trait.


Carlègle, « La Plus Belle Fille du Monde, Croquis de la Vie Parisienne », Paris, L’édition, 1922. In-4° oblong (25,5 x 33,5 cm), non paginé. Couverture imprimée crème, dessins en noir in-texte. Préface de Léo Larguier.

Parallèlement à cette activité, il illustre des albums pour enfants : « L’automobile 217 UU », « une histoire qui finit mal », « c’est un oiseau qui vient de France ». Il poursuivra dans cette voie toute sa vie. En 1908, Pierre Louÿs lui demande d’illustrer « les Aventures du Roi Pausole », pour la Modern Bibliothèque, de Fayard, collection populaire à quatre-vingt-quinze centimes. C’est sa première contribution, modeste, au livre illustré. Mais elle ne passe pas inaperçue : les éloges sont nombreux, et pendant quelques années cette illustration sera une référence. Carlègle illustrera ensuite d’autres œuvres, dans la même collection : Crapotte, d’Henri Duvernois, en 1911, puis « Le Ruisseau – Le Boulet », de Pierre Wolff, en 1915. Pendant la guerre paraissent les Refrains de Guerre, de Théodore Botrel, avec des illustrations de Carlègle.

Henri Duvernois « Crapotte », illustrations de Carlègle, Modern Bibliothèque, Arthème Fayard, 1911. Dessins au trait, reproduits en noir.

Sa contribution est encore à ce moment assez discrète : des dessins d’humour dans la presse, des albums pour enfants, des publications populaires. Tout va changer lors de la rencontre avec l’éditeur Léon Pichon. Carlègle a d’autres ambitions, et n’oublie pas sa première formation de graveur. Il réalise donc, pour lui-même, des gravures, principalement d’animaux, et des ex-libris, qui sont appréciés. En 1912, il produit quelques gravures sur le thème classique de Daphnis et Chloé, qui correspond à son tempérament : grâce, enfantine ou non, paysages, classicisme. Certaines d’entre elles seront reproduites dans la revue Art et Décoration, et seront exposées en 1913 au salon des Humoristes (oui, encore…) Léon Pichon est un fervent soutien de la gravure sur bois originale, et de l’architecture rigoureuse, classique, des livres, loin de la vogue Art Nouveau. Logiquement, les deux hommes vont parfaitement s’entendre.


Longus, « Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé », Paris, Léon Pichon, 1919, In-4, 146 pages, 27 figures et culs-de-lampe dessinés et gravés par Carlègle, 395 exemplaires dont 20 japon ancien et 50 chine.

La publication de Daphnis et Chloé, mis en chantier avant guerre, n’aura lieu qu’en 1919, après deux autres contributions de Carlègle : les « Lettres de la Religieuse Portugaise », en 1917, illustrées de 9 bois gravés, puis « La Fille d’auberge (Copa) » de Virgile, en 1918.


Alcaforado (Marianna), « Les Lettres de la Religieuse Portugaise », A Paris, chez Léon Pichon, 1917, in-4, 62pp, 9 gravures sur bois, 336 exemplaires dont 11 sur japon ancien et 35 japon.

La collaboration entre Pichon et Carlègle se poursuivra jusqu’en 1928, donnant au total 13 ouvrages, dont par exemple « Mon amie Nane », de P.J. Toulet, en 1925, tous fidèles au même principe d’une typographie rigoureuse, illustrée par des bois vigoureux, qui participent à l’architecture du livre.


La Muse de Ronsard. Poèmes recueillis par Jean Plattard et ornés de vignettes gravées sur bois par Carlègle. Paris, L. Pichon 1924, in 4, 135 pages. 345 exemplaires.

P-J. Toulet, « Mon amie Nane ». Paris, L. Pichon 1925, in 8, 18 bois en noir et ocre, 585 exemplaires.

En 1924, Carlègle inaugure une nouvelle manière : l’aquarelle, avec une nouvelle interprétation du Roi Pausole pour Briffaut. Il réservera cette technique à des ouvrages légers, dont les sujets lui donneront le prétexte à quelques illustrations déshabillées.

 


Pierre Louys, « Les Aventures du Roi Pausole », Paris, Briffaut, 1924, in 4, 301 pages, illustré d’après les 87 aquarelles de Carlègle, 1000 exemplaires.

A part cet ouvrage et quelques participations modestes avec divers éditeurs, Carlègle est resté globalement fidèle à Léon Pichon. Ce n’est qu’à partir de 1926 qu’il produira des ouvrages importants, chez d’autres éditeurs : plusieurs tomes des œuvres complètes d’Anatole France, chez Calmann-Lévy, Lysistrata, chez Briffaut.


Aristophane, « Lysistrata », Paris, Briffaut, 1928, in4, 109 pages, illustré de 20 compositions en 2 ou 3 tons, 850 exemplaires.

A ce moment Carlègle, naturalisé Français vers 1926, est reconnu, par ses pairs et par les bibliophiles. Il produira dans la décennie suivante une trentaine d’ouvrages (trois par an en moyenne !), pour divers éditeurs, populaires ou élitistes, adulte ou pour enfants, en utilisant les diverses techniques qu’il maîtrise : le dessin au trait, de ses débuts, la gravure sur bois, l’aquarelle. Parmi cette production importante, figurent, à l’aquarelle : – « le Sopha », de Crébillon, « Psyché », de Pierre Louÿs, tous deux chez Mornay ; – « le Malheureux petit voyage », de Soulages, – De La Fontaine, Les Contes, chez Harvermans, et « les amours de Psyché et Cupidon », chez Briffaut, – « Stalky et Cie », de Kipling, chez Delagrave.


Gabriel Soulages, «Le malheureux petit voyage, ou la misérable fin de Madame de Conflans,princesse de Marsaille, rapportée par Marie-Toinon Cerisette, sa fidèle et dévouée servante », chez Valère, à Paris, 1936, in 8, nombreuses aquarelles de Carlègle, 1000 exemplaires.

Gabriel Soulages, “graffiti d’amour”, chez Mornay (collection « Originale »), 1931, petit in8 carré, 100 pages, dessins au trait en plusieurs tons de Carlègle, 555 exemplaires.

La gravure sur bois est bien représentée, notamment par : – « la vie amoureuse de la Belle Hélène », de Gérard d’Houville, pour les bibliophiles Normands, – « Maxime », de Henri Duvernois, chez Babou.


Gérard d’Houville (pseudonyme de Marie de Règnier)
”La vie amoureuse de la Belle Hélène”, Evreux, la Société Normande du Livre Illustré, 1932, in 4, 220 pages, 40 bois en couleurs, 130 exemplaires.

Les albums pour enfants sont toujours présents, avec : – « au temps du Grand Roi », d’Emile Magne, – « le Roi de Rome », d’Octave Aubry, – « Henri de Béarn Roi de France » de Louis Batiffol, Tous chez Calman-Lévy.


Émile Magne, « Au temps du Grand Roi », Calman-Lévy, collection « Pour nos enfants », in 8 de 34 pages, illustrations en couleurs de Carlègle.

Parallèlement à cette carrière d’illustrateur bien remplie, Carlègle a mis en pratique une autre facette de l’enseignement reçu. Il ne faut pas oublier que son école s’appelle « École des Arts Industriels ». Il concevra des jouets pour enfants, avec Hellé ; des tentures ; des ornements de décoration d’intérieur, avec l’industriel Peignot. Il dessinera une fonte, le Dorique, qui sera notamment utilisée pour « Maxime », de Duvernois, et « Carlègle » de Marcel Valotaire, chez l ‘éditeur Babou.


Fonte dorique dessinée par Carlègle.

Henri Duvernois, « Maxime », Henri Babou, Paris, 1929, in 4, 188 pages, illustré de 20 bois, imprimé avec la fonte Dorique de Carlègle. 450 exemplaires, dont 50 sur japon nacré.

Carlègle mourra en 1937 (ou 1938, ou 1940, les sources divergent…) Un dernier livre, contenant des reproductions de dessins de Carlègle, paraîtra en 1943 : « Nudité », de Colette. Ce dernier titre résume assez bien ce qui a toujours attiré l’artiste : « Je ne veux faire d’illustrations, a-t-il confié à Marcel Valotaire, que celles qui me donneront l’occasion de dessiner des nus ». Il n’a pas respecté absolument cette déclaration, mais rétrospectivement, son œuvre apparaît effectivement comme une défense et illustration de la grâce (éventuellement faussement) innocente, et de l’âge d’or antique, toujours exempte de vulgarité, aussi scabreux que soit le sujet traité.


Colette,
« Nudité », la Mappemonde, 1943, in 4, 83 pages, illustré par 20 dessins inédits de Carlègle, 450 exemplaires
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