Iconographie Doucetienne

 

C’est un sujet mineur, mais incontournable : comme de nombreux auteurs de sa génération, et notamment ceux qui ont eu des liens forts avec les artistes de son temps, Jérôme Doucet a été le sujet de représentations diverses.

Je vais essayer de recenser ces apparitions, élargies à sa famille proche, à commencer par son père.

Son père, Théophile, était militaire de carrière, puis professeur de mathématiques ; mais c’est son activité « poétique » qui lui a valu un peu de renom.

On connaît de lui un portrait photographique, et une gravure, qui est certainement exécutée à partir de cette même photo.

Sur cette photographie Théophile, né en 1831, a entre 55 et 59 ans. Il n’est pas certain que le tableau exécuté par Renoir vers 1873 – sur lequel il porte une grande barbe – soit son portrait.

Jérôme Doucet rencontre à Rouen Eugène Murer (de son vrai nom Meunier), et sa sœur Marie Meunier, qu’il épousera en 1897. De par les liens de Murer avec les impressionnistes, nous avons plusieurs portraits, de Murer, de son fils Paul et de sa sœur Marie :

Deux versions du même portrait de Marie Meunier, à l’âge de 28 ans, peints en 1877 par Renoir – tous les deux dans des musées aux Etats-Unis. Une troisième version (copie ?) existerait en collection privée en France.

renoir_etude_jeune_fille_1882

« Etude d’une jeune fille », dit aussi « mademoiselle Marie Murer »,  Renoir, 1882 – Marie a 33 ans, ce qui ne semble pas correspondre à l’âge du modèle.

D’autres portraits de Marie Meunier existent, notamment un pastel par Pissarro. Ce même Pissarro a peint Eugène Murer devant son four :

murer_four

Sur le portrait de Murer par Pissarro, voici ce qu’on a pu dire (in ‘le Bulletin de la vie artistique‘, 1926) :

Renoir venait de peindre le portrait de la sœur de Murer, Mlle Marie Meunier, sur une toile ovale, et il avait reçu 100 francs pour ce travail. Murer voulut à son tour avoir son portrait en ovale également, et il en confia le soin à Pissarro, qui vint plusieurs jours de suite à la pâtisserie-cuisine bourgeoise que Murer tenait au 95 du boulevard Voltaire, dans la maison des Bains du Prince-Eugène. Il y est fait allusion dans une lettre où Pissarro recommande à l’écrivain-pâtissier, qui allait devenir pâtissier-peintre, de laisser pousser la barbiche : « nous verrons à la greffer sur le portrait, écrit-il, et ce sera un attrait de plus, car j’entrevois de riches colorations à y rajouter. » Puis il écrivit pour réclamer le prix du portrait. Il demandait 150 francs ; Murer lui en offrait 100, comme à Renoir. D’où cette autre lettre : « Vous avez été surpris de ce prix de 150 fr. pour votre portrait, Renoir n’ayant exigé que 100 francs pour celui de Mlle Marie. Je tiens donc à vous faire savoir qu’avant de vous faire un prix, j’avais consulté l’ami Renoir, et nous nous étions arrêtés d’un commun accord à ce prix, qui me paraissait raisonnable. Je sais bien que Renoir pourrait demander plus que moi, étant portraitiste éminent, mais moins me paraissait impossible. »  Le différend fut aplani et Murer versa les 150 francs.

Ce potrait a été vendu dans la vente de la collection de Mr Léon Pédron, le 2 juin 1926 ; il a été adjugé 27000 francs.

Eugène Murer, au contact des impressionnistes, s’est mis à la peinture. Il exposera plusieurs fois, notamment à la Galerie Vollard, du 20 février au 10 mars 1898 ; l’exposition est intitulée « la trilogie des mois« . Une affiche nous reste, faite par Murer lui-même. Murer organisera au moins une autre exposition, chez lui, 39 rue Victor Massé, intitulé « Ciels de France« , du 25 avril au 15 mai 1898 ; l’affiche est signée par Andréas.

A noter qu’un autre membre de la famille de Doucet a également eu son portrait peint par Renoir : Marie Billet, épouse de Léon Clapisson, tante éloignée du côté des Baudesson de Richebourg, mère de Jérôme Doucet.

renoir_clapisson

Portrait de madame Clapisson, Renoir, 1883.

Eugène Murer a eu son portrait, par Andréas, dans les Hommes d’aujourd’hui, de Vanier, en 1891 (fiche rédigée par Jérôme Doucet), puis sa fiche dans l’album Mariani, en 1901.

Doucet figurera également dans un des albums Mariani, en 1903 :

Ce portrait est plus ancien ; il a été réalisé en 1898, pour le recueil « la Chanson des choses », publié par Henry-May. Doucet a 35 ans. Il est à rapprocher d’un dessin de Doucet, en illustration du livre de Camille Roy, édité par Storck à Lyon, en 1897, « Chansons et poésies de Camille Roy, illustrées par ses amis« , pour illustrer la chanson « je voudrais aller sur la mer », chanson dédiée à Jérôme Doucet :

autoportrait_doucet_camille_roy_1897

Ce dessin, fait par Doucet, a tout l’air d’un autoportrait !

Au mois de juin de cette même année 1898, Doucet rend compte, pour la Revue Illustrée, d’une fête donnée par Nagelmackers dans son château de Villepreux. Nous avons à cette occasion une photographie du jeune couple (Jérôme Doucet et Marie Meunier se sont mariés en juillet 1897) :

doucet_fete_villepreux

A noter que l’article en question est signé « Vidi », un autre des pseudonymes utilisés par Doucet ; avec ce pseudonyme on retrouve souvent des articles sur le sport automobile, qui semble avoir beaucoup intéressé Doucet (comme son neveu Paul, comme on verra plus loin).

En 1901, son ami Georges Rochegrosse insère son portrait dans la dernière vignette du conte « la légende de la mort au beau visage« , publié dans la Revue Illustrée, et repris dans le volume « trois légendes, d’or, d’argent et de cuivre » :

doucet_rochegrosse

De la même époque (environ 1903) voici un portrait « en situation » :

Jérôme Doucet est photographié dans son bureau de la « Villa du Bonheur » à Clamart, qu’il a fait construire en 1899 et qu’il a habité de 1901 à 1905 – villa meublée et décorée au moment de l’Exposition Universelle de 1900, principalement chez Bing.

Toujours en 1903, le 1er novembre, la Revue Illustrée publie une nouvelle signée Montfrileux : « de la copie (lettre d’homme)« , qui fait écho à « trois lettres de femmes » que Doucet avait publiées quelques années plus tôt. L’illustrateur Georges Dutriac publie ce portrait dans la première vignette, qui semble évoquer un Doucet jeune :

revue_illustree_1-11-1903_georges-dutriac-copie

En 1908 Harry Eliott illustre ainsi l’avant-propos de « Six grosses bouffées de pipe« , dans lequel Jérôme Doucet s’exprime directement :

4-pipe-5

Le portrait est un peu enjolivé…

Paul Meunier, neveu par alliance de Doucet, élevé par Marie Meunier, son épouse, deviendra garagiste à Beaulieu-sur-Mer ; conseiller municipal, il organisera des meetings d’hydravion, dans les années 1910, et participe au Rallye de Monte-Carlo de 1912 ; parti du Havre, il termine troisième sur une Delaunay-Belleville de 40hp. En cette époque ce n’est pas une épreuve de vitesse : parmi les critères pris en compte on trouve le nombre de passagers et le confort.

En 1925, Edgard Maxence réalise un portrait de Jérôme Doucet, qui est repris dans « Verrières » :

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Doucet a ici 60 ans ; il est veuf depuis 6 ans.

Dix ans plus tard, en 1936, à l’occasion d’un article dans la revue professionnelle « Toute l’édition « , par Pierre Langers, cette photographie est publiée :

doucet_toute_ledition_1936

Doucet a ici 71 ans ; c’est le dernier portrait que je connaisse – Doucet vivra encore plus de vingt années.

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