Louis Fuchs

En 1901 (début 1902, en fait), Jérôme Doucet publie un petit livre, recueil de poèmes en prose, chez Ollendorff : Danses. Ce livre est illustré par Louis Fuchs – et il semble bien que ce soit le seul livre publié par ce dernier.

Qui est donc Louis Fuchs ?

On peut, grâce aux outils actuels, retracer une partie de sa carrière.

En 1897, Les magasins du Louvre organisent un concours, dont un des sujets est uen horloge avec boîte aux lettres. Les trois premiers prix sont décernés à Messieurs Louis Fuchs, Paquet et Rudnicki – avec un prix de 750 francs pour Louis Fuchs. Il est alors précisé que Louis Fuchs est élève de l’école des Arts décoratifs.

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Source Gallica.bnf.fr : Revue des Arts décoratifs, résultat du concours des magasins du Louvre.

Deux années plus tard, nous retrouvons Louis Fuchs à l’occasion du deuxième concours ouvert par l’Union centrale des Arts décoratifs, en vue de l’Exposition Universelle de 1900.

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source Gallica.bnf.fr : revue des Arts décoratifs.

Pour ce concours, Louis Fuchs présente un projet de vase « Crocus », qui sera réalisé par Daum. L’article de la Revue des Arts décoratifs, qui rend compte de ce concours, précise que « à l’exécution, ce joli vase a perdu quelque peu et n’a pas gardé les colorations distinguées de la maquette primée au premier concours de l’Union centrale ; le ton rose, trop vif et trop uniformément dur, ne se fond plus avec les feuilles vertes, actuellement trop foncées de la base. Mais les proportions ont conservé leur charme et la silouhette sa souplesse peu banale. » Louis Fuchs est récompensé par un prix de 500 francs.

Fuchs, édité par Daum : vase Crocus. Source : musée des arts décoratifs

La même année, il est de nouveau récompensé, par 500 francs de nouveau (premier prix), pour le concours en vue de la décoration de la rue Royale pendant les fêtes de l’Exposition Universelle.

En 1900, Doucet a remarqué Louis Fuchs, qui illustre, dans le numéro du 1er juin de la Revue Illustrée, une nouvelle de Henri de Saussine : le voile de Tanit. Il s’agit d’un dialogue assez court, édité sur 5 pages dans la Revue, imprimé sur un fond composé par Louis Fuchs, en camaïeu vert ou sanguine ; le procédé décoratif est assez comparable à ce qu’il réalisera pour Danses.

L’année suivante, pour le numéro du 15 juin 1901, Fuchs collaborera une nouvelle fois avec la Revue Illustrée, en illustrant un poème de Maurice Rollinat, l’Aigle.

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Les motifs décoratifs, avec des moyens différents, rappellent certaines pages de Danses.

Que devient Louis Fuchs après ces publications ? nous trouvons trace de ses travaux dans certaines publications d’Art décoratif, notamment Dekorative Vorbilder – voici notamment un paon avec des tournesols, qui rappelle fortement une page de Danses :

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Fuchs : Pfau mit Sonnenblume nach einem aquarell von Louis Fuchs. Source : annonce catawiki.

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Louis Fuchs s’oriente vers les Arts décoratifs et devient professeur à l’Ecole des Arts décoratifs de Nancy – L’Est Républicain nous apprend qu’il est professeur de décoration, avec Victor Prouvé. il prend sa retraite vers le début de 1935 et se consacre alors à son art – et notamment la peinture.

Une galerie américaine propose une toile de Louis Fuchs ; non datée mais indiquée de 1890-1900.

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Madison Gallery : Louis Joseph Gustave Fuchs, quais de la Seine à Paris.

Je n’ai pas trouvé d’informations d’état civil ; on peut supposer qu’il est né vers 1870-75, puisqu’il est en fin d’études des Arts Décoratifs en 1897 – ce qui est cohérent avec son départ en retraite en 1935, vers l’âge de soixante ans.

 

 

 

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Danses, illustré par Louis Fuchs.

 

Dans le numéro du 15 mars 1902 de la revue Néerlandaise « den gulden winckel« , paraît l’annonce suivante :

 

 

Doucet, Jérôme : Danses. Illustrations de Louis Fuchs. Paris, Libr. Paul Ollendorff. 16°. F. 1.90.

Les « Danses » sont imprimées lithographiquement sur papier chromosatin. Elles sont illustrées à toutes les pages et les figures, au lieu d’être imprimées de tons sur papier blanc, sont réservées en blanc sur le fond gris perle du papier. Les dessins sont imprimés en or, le texte en violet. Un brochage nouveau a été inventé pour ce volume, qui, monté sur un ruban, est, pour ainsi dire relié.

Cette même annonce est insérée également dans la « Bibliographie de la France », avec la mention « pour paraître le 21 janvier 1902 », et le texte suivant :

 Les Danses de Jérôme Doucet et Louis Fuchs sont imprimées lithographiquement sur très beau papier chromosatin des papeteries du Marais. Elles sont illustrées à toutes les pages, et les illustrations, au lieu d’être imprimées de tons sur papier blanc, sont réservées en blanc sur le fond du papier qui est, lui, imprimé en gris perle. Les dessins sont imprimés en or, le texte en violet. La couverture, les gardes, tout est dans le même style. Un brochage nouveau a été inventé pour ce volume, qui, monté sur un ruban, est, pour ainsi dire, relié. Les tranches sont dorées.
Le texte lui-même, « Danses », a été traité avec raffinement par le poète Jérôme Doucet et les dessins de Fuchs en sont le digne accompagnement.

Comme on le voit dans ces publicités, l’éditeur met en avant les nouveautés de son ouvrage : composition, technique d’illustration, technique de brochage. Et il est vrai que ce livre tranche à tous points de vue sur la production de l’époque, même si, dans le choix de l’illustration, il est pleinement « Art Nouveau ».

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Le livre est illustré par Louis Fuchs, sur lequel je n’ai rien trouvé ; il ne semble pas avoir illustré d’autres ouvrages. Il est publié par la Librairie Ollendorff et imprimé par les Imprimeries Gérardin, à Versailles, il porte la date de 1901 sur la couverture – il n’y a pas d’achevé d’imprimer. Les illustrations sont imprimées par Ed Méot, lithographe. Le tirage courant n’est pas limité ; on a vu dans l’annonce qu’il était vendu 1, 90 francs. Il existe un tirage de tête, de cent exemplaires sur japon impérial, avec une suite des figures sur papier de chine.

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Le livre se présente comme un ouvrage de petites dimensions (indiqué in-16° dans l’annonce) : 14cm x 19cm ; en pratique c’est un in-folio (!) composé de feuillets simples, collés, et non cousus, sur la couverture. Le papier de « chromosatin » est un papier très épais, cartonné, de couleur blanche ; il est preque entièrement teinté d’un « gris perle » ; le titre des danses et certains motifs sont laissés en réserve, et se détachent en blanc.

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détail d’un feuillet sur chine avec défaut d’impression ; on voit que le papier est imprimé et non teint d’origine.

Les motifs or sont imprimés sur ce fond.

Le texte est imprimé ensuite, d’un violet assez passé.

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Le livre est composé comme suit :

  • une couverture cartonnée, imprimée (outre le fond « gris perle ») de motifs verts ;
  • un feuillet de faux-titre, avec la justification ;
  • un feuillet de titre ;
  • quinze feuillets pour les quinze danses, qui sont : gavotte, pavane, sarabande, passepied, gigue, valse, menuet, ronde, rigaudon, farandole, ballet, carmagnole, danse macabre, bourrée, danse de corde ;
  • un feuillet de table.

Chaque danse occupe donc un feuillet, toujours composé de la même façon :

  • la première page comporte le nom de la danse, en réserve sur le fond et le motif ;
  • la double page intérieure porte, sur une décoration unique, le texte de Doucet ;
  • la quatrième page porte une illustration sans texte.

Techniquement, la méthode nouvelle sensée donner un livre « quasi relié » n’a pas résisté au temps ; l’ouvrage s’est défait et se trouve soit relié sur onglets, soit complètement dérelié.

Les « danses » en question sont des petits poèmes en prose, sur un thème puisé dans la nature, d’une thématique assez proche de la Chanson des Choses ; la tonalité générale est assez sombre, voire lugubre dans certains cas.

Mais le livre est très attachant, avec ses décorations féériques et pleinement Art Nouveau. Quelques années après les Douze Sonnets, Doucet réalise un livre remarquable, devenu assez rare, compte tenu de sa fragilité !

Voici la reproduction complète de l’ouvrage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Douze sonnets : un essai ambitieux.

Doucet, jeune débutant, dans les années 1890 et suivantes, publie des poèmes dans diverses revues et compose des pièces de théâtre qui ne connaissent pas le succès.

En 1893 il publie, chez Léon Vanier, un recueil de sonnets, forme très en vogue à cette époque. Ce recueil est imprimé par l’imprimerie E. Cagniard, à Rouen, il est officiellement vendu trois francs ; une justification manuscrite indique un tirage à quarante exemplaires. Cette édition est probablement faite à compte d’auteur.

 

Les douze sonnets sont les suivants :

  • Dédicace
  • Marie
  • Jumièges
  • Nuit d’Hiver
  • La Neige va tomber
  • La Neige est tombée
  • Avant l’aube
  • Éventail japonais
  • Au second acte de « Samson et Dalila »
  • Sortie de Messe
  • Saint-Adrien
  • Attente

Ces sonnets se lisent agréablement – Doucet ne se prend tout de même pas trop au sérieux. Voici le premier d’entre eux :

Dédicace

Peut-être un jour, plus tard, c’est l’espoir qui fait vivre
Dit la chanson, plus fier que le paon de Junon,
Serai-je l’un de ceux dont on vante le nom,
Et dont à plusieurs mille on édite le livre.

Peut-être aussi – d’un vain espoir je ne m’enivre –
La gloire à mon appel répondra-t-elle : Non.
Peut-être pour demeure aurai-je un cabanon ?
Ma route est commencée ainsi : je veux la suivre.

En attendant, j’ai fait les sonnets que voici,
Mes bons amis, pour vous, n’ayant que le souci
De plaire à votre goût si fin, de vous distraire.

Si je fais mieux plus tard, il me sera très doux
De vous devoir ce mieux ; si c’est pis, au contraire,
Mes meilleurs vers du moins auront été pour vous.

Le recueil est illustré de dessins de Vignet. Il s’agit de Henri Vignet, peintre né à Rouen en 1857 – il participe au Salon de Rouen en 1891. Pour ce recueil, il compose des ornementations florales, traitées en fond à pleine page, et imprimées en vert ou bleu, alternativement – sur la page entière, quitte à prendre le pas sur le texte, rendu d’autant moins lisible.

Matériellement, ce livre est un in-quarto de petites dimensions : 14cm x 18,5 cm, de soixante pages, non paginées, sous une couverture de papier vert d’eau. Il est composé de sept cahiers de huit pages, précédés d’un demi cahier. Sur chaque belle page est imprimé un motif floral – la page en regard étant systématiquement laissée vierge.

Les motifs sont imprimés alternativement en vert et en bleu – mais l’examen attentif montre que des irrégularités peuvent apparaître : deux pages successives en bleu, ou en vert.

Vignet n’a pas composé trente motifs différents – on retrouve plusieurs fois les mêmes dispositions, et la même succession de motifs. Voici tous les motifs recensés :

Série A.

Série B.

Série C.

Ces douze premiers motifs sont les seuls utilisés dans un premier exemplaire. Mais l’examen d’un second exemplaire révèle l’existence d’une autre série (série D) :

Pour toutes ces séries on note l’alternance de vert et de bleu – s’agissant d’un même feuillet plié au format in-quarto, il suffit d’imprimer chaque face d’une couleur et l’autre de l’autre couleur. Ces séries sont toujours utilisées dans cet ordre, indépendamment du texte imprimé – il y a sans doute eu une première impression des motifs, suivant les quatre dispositions choisies. Voici un état des pages successives du recueil :

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Sont représentées ici toutes les pages d’un exemplaire, à l’exception du premier demi-cahier. La série G2 est utilisée dans un autre exemplaire. On voit pour ce premier exemplaire l’utilisation des séries A, B, C, A, B, C, B, dans cet ordre. Le second exemplaire présente les séries suivantes : A, C, D, A, B, C, D.

Comme on le voit en comparant ces deux exemplaires, il n’y a aucune recherche d’adéquation particulière entre les poèmes et les motifs.

Ce type d’ornementation, assez original, sera réutilisé par Doucet plus tard, pour son recueil Danses – courts textes de prose, illustré par Louis Fuchs, publié par Ollendorff en 1902.

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On trouve également un conte de Jean Lorrain, illustré de cette façon : Neighilde, conte de Noël, publié par la Revue Illustrée le 1er décembre 1899. Ce conte de quatre pages est illustré par Henri-Patrice Dillon de fonds végétaux, de différentes teintes.

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Deux années plus tard, Doucet publiera un autre livre chez Vanier – la Puissance du souvenir. Curieusement, dans la bibliographie présente en début d’ouvrage, Douze Sonnets n’est pas cité – au contraire de la forme graphique, Doucet aurait-il renié ce premier recueil poétique ?

 

 

le peintre animalier Auguste Vimar

Dans un article publié par la Revue Illustrée le 1er mars 1904, Jérôme Doucet dresse le portrait de son ami le peintre animalier Auguste Vimar.

Cet article est assez inhabituel, par le ton, très familier (Doucet n’hésite pas à comparer Vimar à un chien !) et par sa forme : l’article est le fac-simile du texte autographe de Doucet, illustré par de nombreuses aquarelles de Vimar, le tout imprimé (comme pour les publications de luxe de la Revue) sur un papier couché de bonne qualité.

Voici cet article :

A. Vimar

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D’aucuns prétendent que celui qui aime un animal tout particulièrement et l’admet à ses côtés dans la vie, en arrive peu à peu à ressembler à la bête préférée.
C’est ainsi qu’on voulut que Géricault _ connu généralement par son « Radeau de la Méduse » mais qui fut également l’auteur de tant de toiles, de dessins, de litographies où le Cheval pour la première fois fut copié _ sur nature_ eut un profil chevalin et qu’Eugène Delacroix fut doué d’une  tête léonine _ en sa qualité de maître peintre des tigres et des lions.
Vimar, lui _ aime toutes les bêtes_ c’est peut-être pour cela qu’il ne ressemble, absolument, à aucune_ si_ pourtant_ il est dévoué et sûr comme un Terre-neuve, il est fidèle et bon comme un bon chien. Et soit dit en passant combien est grande notre injustice vis-à-vis des toutous- combien maladroite notre manie des comparaisons.

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Il est chien, disons-nous, en parlant d’un être égoïste et avare et nous insultons gratuitement ainsi- une brave bête _ s’il en fut _  le toutou que d’aucuns- mieux avisés- ont déclaré être _ ce qu’il y avait de meilleur chez l’homme.
Au physique_ Vimar_ est un brave gars, _ grand, robuste, découplé, superbe ; il voudrait bien avec sa grande barbe blanche vous faire croire qu’il n’est plus jeune- mais toute son allure dément cette prétention, il est plus souple, plus fort, plus solide que nous tous_ il n’a pris à la vieillesse que ce qu’elle a de beau – la noblesse de l’attitude et la calme placidité.
Au moral_ être exquis_ ai-je déjà dit_ bon et fidèle, dévoué et franc_ j’ajouterai, érudit, intelligent, fin, lettré, un artiste_ et un vrai jusqu’au bout des doigts.
Vimar est à la fois un maître peintre et un dessinateur humoriste de premier ordre. C’est, qu’on le sache bien, un des meilleurs animaliers français et l’on peut s’attendre d’un jour à l’autre  à une grosse révélation sur son nom.
Hélas – nous avons déjà eu l’occasion de la dire à la Revue Illustrée.
La peinture_ l’Art, sont accaparés aujourd’hui surtout par la spéculation. Il faut pour consacrer les talents, les grosses cotes que les marchands font naître au feu des enchères (ventes réelles, ou factices, des grandes collections) sur les noms des peintres liés à eux par de déplorables traités.
Tel qui mourait hier de faim en ayant la bonne idée de laisser un paquet de titres_ je veux dire de toiles_ suffisant pour que la spéculation ait de quoi s’exercer se voit aujourd’hui vendu, tout mort. vingt, trente, quarante ou soixante mille.

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Or voici que _ sans qu’on ait besoin de le tuer_ Vimar va prendre son tour. L’Amérique lasse peut-être d’avoir été découverte, s’est avisée de découvrir à son tour Vimar – On s’arrache là-bas ses chevaux, peintures un peu trop américaines, peut-être – à mon goût, avec leur perfection absolue, leur blaireautage impeccable – On se dispute ses chiens expressifs et vivants, et bientôt lui aussi connaîtra les tintements des écus aux grands jours de la salle Drouot.
Je le connais assez pour savoir qu’il résistera à cette désastreuse influence et qu’il repoussera les tentations dangereuses qui transforment si vite un artiste en un fabricant de toiles d’un genre _ en un débitant de carrés à l’huile d’un ton et d’un sujet imposés par les demandes de la clientèle.  Cependant je préfère le portraicturer avant la lettre_ avant qu’il ne soit tout-à-fait un grand homme.
Jusqu’à ce jour ce que l’on connaît de lui ce sont surtout ses dessins humouristiques, ses animaux étourdissants.
Il y a plus d’un demi-siècle, Paris fêtait J.J. Grandville _ Les Métamorphoses du jour, les Fables de La Fontaine, la Vie privée et publique des animaux, livres à peu près inconnus de nos jours, goûtaient cependant à cette époque _ de véritables triomphes _ et ajoutons-le _ mérités.
Il y eut chez Grandville un sens absolu de la gaîté, de la caricature et de son amertume, de sa vérité en même temps.
Les animaux de ce maître, étaient la figuration parfaite de nos ridicules, de nos laideurs, de nos vices.
Et dans la pléiade qui compta Daumier, Gavarni, bertall, Cham, Trimolet et tant d’autres _ Grandville fut au premier rang.
De même Vimar serait un maître de ce genre, à côté de Forain, Willette, Hermann-Paul, Steinlein _ et quelques autres s’il eût accentué l’amertume – de ses caricatures au lieu d’adoucir la cruauté légère qu’on trouvait chez Grandville.
Vimar est bon _ ses bêtes sont gaies, amusantes, cocasses _ elles ne sont pas assez cruelles pour atteindre la grosse popularité, elles ne sont ni politiques, ni pornographiques _ et c’est leur seul défaut devant la popularité de la rue.
Mais elles sont toujours admirablement dessinées, vraies et vivantes _ elles sont indiscutablement spirituelles et séduisantes.
Autant la peinture de Vimar est savante et poussée blaireautée et pimpante, autant ses dessins sont alertes et légers.
On croirait un magicien qui du bout d’un baguette enchantée, à forme de plume ou de pinceau, fait sortir des bêtes vivantes, d’une blanche feuille de papier.
Elles courent, galoppent, vivent _ sans effort, sans retouches, c’est adroit et primesautier comme un croquis de japonais,_ comme une encre de chine d’Okousaï ou d’Outamaro.
Et c’est bien français, bien  parisien.
Les bambins le connaissent et l’aiment.

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Il a donné chez Delagrave, un A B C _ Le dernier des lions _ avec texte d’Eugène Mouton, dont le profil n’était pas fait, pas plus que le nom pour démentir l’assertion écrite en tête de cet article.
Chez Delagrave encore les fables de Lachambaudie qui avaient besoin des dessins de Vimar pour mériter de revoir le jour.
Chez Mame les fables de La Fontaine ; Vimar est le La fontaine du dessin _ les Vertus et les grâces des bêtes, zoologie morale de Eugène Mouton, dit Mérinos, déjà nommé.
Chez Plon et Nourrit _ l’Arche de Noé, l’Illustre dompteur de Paul Guigou _ et la Légende des Bêtes, avec Signoret
Chez Laurens, de Perrault, le Petit Chaperon Rouge, et de Florian, les Fables.
Chez Juven _ le Mardi-gras des Animaux, chez May, l’Oie du Capitole, au Figaro,  l’Automobile Vimar.
Ajoutez à cela une collaboration active au Figaro Illustré, à la Revue Mame, au Rire, à Mon Journal, au Soleil du Dimanche, des affiches de courses, des cartes postales, des menus…. et vous aurez l’idée de cette féconde adresse.

L’atelier de Vimar est une véritable arche de Noé d’où les bêtes à l’infini se répandent par le monde.
Le musée de Marseille a mis en bonne place la Causerie des Chiens. La Baronne de Rotschild a donné au musée de Dijon « la Chienne Phta » _ Béziers et Digne ont aussi leurs toiles d’animaux.
Barbedinne et Siot-Decauville ont édité des bronzes qui seront un jour recherché somme le sont aujourd’hui les Barye _ car à la vérité je vous le dis Vimar est un maître animalier qui compte et compterait parmi les plus aimés, s’il n’était pas si modeste, si on le connaissait mieux, mais il se cache et fuit le bruit et le battage.
Demandez au Maître Gérôme qui voudrait nous faire croire aussi avec ses cheveux blancs qu’il n’est pas un jeune, demandez à Glairin, à Victorien Sardou, le cousin de Vimar ce qu’il leur a fallu d’efforts pour décider Vimar à oser ce qu’il ose _ car ils furent pour lui, avec Eugène Mouton récemment décédé, des amis sûrs, des appuis sincères, Vimar le dit avec joie, car il est reconnaissant _ comme le toutou déjà cité.
Mais si ces amis furent pour lui dévoués et réconfortants, c’est qu’ils voyaient tout le talent qui se cache en Vimar, c’est qu’ils aimaient l’homme qui mérite si bien d’être aimé par ses amis.

Vimar _ on le devine à son allure, on en est sûr quand on le connaît, est ce qu’on appelle quelqu’un, et l’on n’éprouve aucune surprise en apprenant ses nobles origines.
La famille Vimar ou plutôt Wimar est de vieille noblesse irlandaise.
A la suite de Jacques II, d’Angleterre, les WImar vinrent se fixer en France. Le nom se francisa peu à peu et le grand-père de notre ami, le comte Vimar, fut sénateur et pair de France sous la Restauration.
Lui est né à Marseille en 1851.
Ses armes parlantes sont d’azur, aux huit poids de marks, d’argent_ huit marks : Ouimar_ Wimar_ le hautain langage héraldique est coutumier de ces à-peu-près, de ces transformations de mots.

Un souhait pour finir _ que les Américains nous enlèvent à prix d’or les toiles, les panneaux parachevés où Vimar se rapproche de Meissonnier _ dont il a quelque peu le masque _ mais qu’on nous laisse ses dessins à la fois si habiles et si sincères _ qu’on nous laisse cet illustrateur exquis, cet humoriste de bon ton, les enfants aujourd’hui ne sont pas si gâtés, cela leur évitera le désir de regarder aux devantures des Kiosques, les infamies et les immondices qui s’y étalent trop souvent.
Qu’on nous laisse surtout l’homme et les longues causeries où il nous dit _ si naïvement _ si naturellement _ de si belles choses.

Jérôme Doucet.

Vimar a illustré un livre de Doucet – un petit livre de quelques pages, au format in-12, chez Juven – et un livre de Camille Lemonnier, Les Maris de Mlle Nounouche, dont Doucet signe la préface et a sans doute préparé l’édition.

Voici la reproduction de l’article :

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Louis Châlon, illustrateur oublié.

Louis Châlon, né en 1866, et mort en 1916 (mais certaines sources indiquent 1940 ?) est un artiste typique de l’Art Nouveau. Peintre, sculpteur, illustrateur, aujourd’hui c’est surtout par ses statuettes, toujours très recherchées, qu’il conserve une certaine notoriété. Son œuvre d’illustrateur est plus ignorée.

Il faut dire qu’il a surtout développé ses talents dans la presse, support relativement éphémère (même s’il s’agissait d’une presse de luxe), et ses compositions, très colorées et vivantes, supportaient assez mal la reproduction en volume, pour lesquels les moyens mis en œuvre n’étaient pas à la hauteur de l’illustration d’origine.

Nous avons un exemple typique de ce phénomène, avec les illustrations produites pas Louis Châlon pour illustrer le roman de Félicien Champsaur, ‘Lulu, roman clownesque‘.

lulu

Ce pseudo-roman est paru en feuilleton dans diverses revues ; et Champsaur a fait appel à de nombreux illustrateurs, parmi lesquels Louis Châlon, qui a fourni (entre autres) deux séries d’illustrations, pour les Saisons et pour le Rêve de l’eau.

Ces illustrations sont des gouaches, et deux d’entre elles sont passées en vente récemment :

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l’été, gouache sur papier, au format 40 x 32 cm, est passée en vente le 6 juin 2017 chez Millon.

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le rêve de l’eau, gouache sur papier, au format 37 x 27 cm, est en vente actuellement sur Ebay.

Ces deux séries d’illustrations sont parues en feuilleton dans la Revue Illustrée, le 1er septembre 1899 pour le Rêve de l’eau, et le 15 avril 1900 pour les Saisons.

Elles sont reprises dans l’édition en volume de « Lulu« , publiée en 1901 par Charpentier et Fasquelle ; on peut donc comparer l’original, la publication en revue, et la publication en livre.

 

la Revue Illustrée : le Rêve de l’eau.

 

La Revue Illustrée : les Saisons.

Voici la traduction dans la Revue Illustrée – Pour le Rêve, trois pages, et les quatre saisons, sur quatre feuilles. Pour les saisons, la couleur est préservée, et l’illustration reste très lisible, et assez fidèle à l’original. Pour le Rêve, le tirage en camaïeu est très dommageable – le dessin reste bien lisible mais nous avons perdu beaucoup du charme de la gouache d’origine.

 

Lulu : le rêve de l’eau.


Lulu : les Saisons.

Voici enfin le tirage dans le livre édité par Charpentier et Fasquelle. le format est bien plus réduit, toute couleur a disparu, sur les illustrations du Rêve on ne distingue presque plus aucun détail… il faut de l’imagination pour comprendre les dessins !

Le support le plus pérenne est aussi celui sur lequel les illustrations sont les plus mal interprétées. Pas étonnant que Louis Châlon ait été oublié !

André Cahard illustre Doucet.

André Cahard, qui a commencé sa carrière d’illustrateur par une série sur les Ballets, dans la Revue Illustrée, a mis en images six contes de Jérôme Doucet, de 1898 à 1903. Cette série n’a pas été publiée en livre, mais Doucet a fait illustrer, auparavant ou par la suite, trois de ces contes par d’autres illustrateurs.

Tous ces contes sont publiés sur huit pages, avec un papier Draeger, de meilleure qualité que le papier standard de la Revue ; certains sont précédés d’une page de titre. Dans les paragraphes suivants, pour les contes ayant déjà fait l’objet d’un article, je me contente de renvoyer à cet article.

l’Effigie.

Ce conte, publié le 15 juillet 1898, sera repris ensuite, sous une forme enfantine, dans le recueil « la légende des mois« , illustré par Serge de Solomko.

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la Perle.

Ce conte est publié le 1er novembre 1898 ; comme l’effigie, Doucet le réutilisera, amplifié, et illustré par Paul de Pidoll et Edgar Maxence, dans Verrières.

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Le Philtre.

Ce conte est publié le 1er septembre 1902 ; il avait été repris, simplifié, et illustré par Louis Morin, pour le recueil « Notre ami Pierrot« .

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La mort de Pierrot.

Ce conte, publié le 1er décembre 1902, est dans le même esprit que le Philtre ; mais il ne figure pas dans « Notre ami Pierrot« . La tonalité, comme son nom le laisse deviner, est assez sombre.

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les trois rencontres de Jean Bourbarry.

Ce conte est publié le 15 juillet 1902. Jean Bourbarry, jeune garçon plein de bonne volonté et de bons sentiments,  fait trois rencontres qui lui donnent des conseils peu moraux, mais efficaces ; après avoir testé les bons sentiments, et avoir perdu son argent et son travail, Jean teste les conseils en question – et devient patron. Ce conte, assez cynique, est dédié à « J. de Montfrileux » ; c’est bien sûr son pseudonyme ; mais c’était surtout celui de son père.

Source : gallica.bnf.fr

Ressemblance.

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Le dernier conte, illustré par André Cahard, est publié le 1er juin 1903. Deux jumeaux vivent ensemble ; la blessure de l’un d’eux crée une différence – l’autre tombe amoureux pendant la convalescence de son frère – sans en parler. Un quiproquo naît de cette situation – l’amante rencontrant le frère, et défaillant de n’être pas reconnue. Mais tout se termine bien.

Ce conte possède une page de titre, curieusement imprimée en noir, contrairement aux autres pages.

Dans la plupart de ces contes, André Cahard insère le texte de Doucet dans un entrelacs décoré, en couleurs, comportant une illustration à mi-page. La numérisation de Gallica, en noir et blanc, ne permet pas de se rendre compte de la finesse de ces ornementations.

 

 

le philtre, de Doucet, illustré par André Cahard.

Le 1er septembre 1902, la Revue Illustrée publie un nouveau conte de Doucet, illustré par André Cahard : le Philtre. Comme pour les précédentes, cette publication ne sera pas reprise ; comme les précédentes, le conte lui-même sera réédité, modifié, et illustré par un autre illustrateur.

Ici, gros changement tout de même : l’autre illustration, due à Louis Morin, est publiée antérieurement, le 15 mars 1901 – il s’agit de la première des douze histoires qui composent le recueil ‘notre ami Pierrot‘, édité par Ollendorff en 1900 – elle porte le même titre, et est dédiée à l’ami Ludo (Ludovic Baschet).

Source : Gallica.bnf.fr

Dans notre ami Pierrot, l’histoire est semblable dans ses grandes lignes : Pierrot, l’apprenti du sorcier Bellarmin, utilise un philtre d’amour pour séduire Juliette, la filleule du sorcier : celui-ci les surprend mais ne peut que les bénir.

Le traitement est pourtant assez différent – l’histoire de Pierrot est fortement résumée, traitée sur le mode de la pièce de théatre, elle est découpée en quatre scènettes et se résume pratiquement à des dialogues – le texte ne compte au total que soixante-dix lignes !

Au contraire, dans la seconde version, illustrée par André Cahard, Doucet prend le temps de développer son récit sur huit pages – avec la disparition pratiquement complète des dialogues, le texte est quatre fois plus long.

Cette seconde version est dédiée à Angelo Mariani – l’année suivante, Doucet dédiera un livre à Mariani : Anacréon.

Dans les deux cas l’artiste choisi produit des illustrations à mi-pages : quatre aquarelles humoristiques pour Louis Morin, huit dessins gravés par A. Faule pour André Cahard.

 

 

 

 

la Perle, de Doucet, illustré par André Cahard

Le 15 juillet 1898, nous avons vu que la Revue Illustrée publiait un conte de Doucet, illustré par André Cahard : lEffigie. Le 1er novembre de la même année, la Revue publiait un autre conte de Doucet, toujours illustré par André Cahard : la Perle.

 

L’inspiration de Doucet, cette fois-ci, est plutôt mystique : un jeune noble, séduit par une bohémienne, vole le plus beau bijou de la statue de la Vierge, hébergée dans la cathédrale locale. Son repentir le conduit à mener une vie d’ermite, respecté de tous pour sa bonté et son dévouement. Arrivé à son centième anniversaire, une vision lui dit qu’il pourra, dans son creuset, reformer la perle volée pour la restituer ; il y passe tout son bois, puis tout ce qui peut brûler, pour maintenir le feu vivant jusqu’à l’heure fatidique – et à l’heure dite le Christ lui pardonne ; il tient la perle – qui est une larme.

Ce conte est publié, comme l’Effigie, sur un cahier de huit pages, plus une page de titre, sur papier Draeger ; il porte une dédicace : « Pour Jean Lorrain ».

 

La mise en page et le découpage des illustrations sont très étudiées, avec un jeu de miroir et de fausse symétrie entre les différentes pages. Les illustrations sont tirées en noir, le texte en couleur, dans des réserves. Les illustrations sont signées et datées 1897 dans l’image.

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Comme pour l’Effigie, cette illustration ne sera pas reprise en volume ; mais le conte lui-même sera repris par Doucet plus de vingt années après.

En effet ce conte figure, sous le même titre, dans le recueil « Verrières » que Doucet publie en 1926, chez Lucien Gougy (repris ensuite en 1929 à compte d’auteur).

Dans ce recueil, Doucet groupe sept contes, en respectant toujours le même schéma de mise en page : une première page portant la dédicace, un frontispice, en noir, d’Edgard Maxence, une page de titre ornée d’une grande vignette représentant une rosace, de Paul de Pidoll, puis un texte de présentation du conte, et enfin le texte du conte – dans lequel est inséré un hors-texte d’Edgard Maxence. Les textes sont encadrés de bordures et ornés de lettrines et de culs-de-lampe, par Paul de Pidoll.

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Cette fois-ci le conte est dédié à « mon Amie Adèle BOUCHET« .

 

Dans cette version tardive du conte, Doucet procède à de nombreux changements, tant de détail que d’amplification de l’histoire : ici la bohémienne est la complice du Diable en personne – et Doucet rajoute toute une partie de narration de la recherche vaine que mène le jeune noble – qui est nommé dans cette histoire : Adalbert de Walpurgis. De même, l’action est située : la statue de la Vierge est l’ornement principal de la cathédrale de Trèves (représentée dans la gravure en frontispice). Mais le schéma général, et le sens, restent inchangés.

 

 

 

l’Effigie, de Doucet, illustré par André Cahard

Exemple de la réutilisation d’un conte : l’Effigie.

le 15 juillet 1898, la Revue Illustrée publie un conte de Jérôme Doucet, l’Effigie. Ce conte est illustré par André Cahard, artiste qui a fait ses débuts dans la même Revue Illustrée trois années auparavant.

C’est une histoire allégorique, au schéma linéaire : un noble seigneur, entouré de courtisans serviles, méprise le peuple. Dérangé par des jeux d’enfants qui s »amusent dans la neige, et fabriquent un bonhomme de neige, il tire une flèche pour abattre le bonhomme ; la flèche, traversant la neige, vient frapper un enfant en plein cœur. Venu constater l’efficacité de son tir, le seigneur ne montre pas de remords. Le corps de l’enfant se lève, et maudit le seigneur : il ne vivra que tant que le bonhomme de neige sera debout.

Ce conte, très classique, est publié sur un cahier de huit pages, avec une page de titre, chose relativement exceptionnelle, sur un papier Draeger, utilisé pour les parties pouvant être séparées de la Revue. L’illustration est composée d’illustrations à demi page, avec des bordures rappelant les pratiques des manuscrits enluminés ; ces illustrations monochromes sont alternativement imprimées en vert et en noir.

La page de titre présente une grande vignette, surmontée du titre, et la mention « Conte par Jerome Doucet / Ornementation par Andre Cahard ». Les deux monogrammes JD AC sont insérés sous la vignette.

André Cahard (né en 1868 et mort en 1925), après avoir illustré, sur une assez longue période, « le Ballet à travers les âges« , de Paul Gruyer, a illustré plusieurs contes pour la Revue Illustrée, écrits par Jérôme Doucet – mais aucun de ces contes n’a été publié dans un recueil. Il a également illustré un conte de Jean Lorrain (La Princesse sous Verre) qui a connu un bien plus grand succès.

Ce conte ne sera donc repris dans aucune publication ultérieure. Pourtant Doucet ne l’oublie pas.

En effet, plus de vingt ans après, ce conte figure, transformé, dans un recueil de contes pour enfants : la légende des mois. Cette série de douze histoires, (comme les douze mois), est illustrée par Serge de Solomko, jeune artiste que Doucet a déjà fait travailler auparavant ; elle est publiée, fin 1921, par Hachette – mais a été écrite plus tôt (avant la Guerre), comme l’explique Doucet dans la préface du livre. Solomko, pour ce conte, donne un grand hors-texte, et trois vignette in-texte.

L’effigie est la première de ces douze histoires ; reprise sous le nom « l’homme de neige« . L’histoire est à peine transformée ; la chanson des enfants (c’est une vraie chanson traditionnelle, simplement citée par Doucet) est identique ; le changement majeur étant (bien sûr) que l’enfant touché par la flèche est sauvé par une gentille sorcière.

Quand papa Lapin mourra
J’aurai sa belle culotte
Quand papa Lapin mourra
J’aurai sa culotte de drap.

Autre petit point à noter : dans cette version l’enfant porte un nom : Artabil, nom que Doucet a déjà donné à un de ses personnages, pour le conte du même nom, publié en 1905 par Juven dans le recueil « Contes merveilleux ».

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Grisélidis, par Jules Lefebvre

Grisélidis, de Jules Lefebvre : un tableau qui a particulièrement plu à Jérôme Doucet.

De mai à octobre 1896, se tient l’exposition nationale et coloniale de Rouen ; le grand évènement de la ville !

Comme dans toute bonne exposition de ce genre, les visiteurs trouvent les dernières nouveautés, en matière industrielle, commerciale, et culturelle. A cette occasion, un ouvrage luxueux est publié : la Revue Illustrée de l’exposition, imprimé en 1897 par l’imprimerie Lecerf, à Rouen ; c’est un fort volume in-4° (25cm x 33cm) de 458 pages, abondamment illustré. Il regroupe les contributions de nombreux auteurs, qui rendent compte de ce que les visiteurs ont pu admirer.

 

 

la partie Beaux-Arts est rédigée par Jérôme Doucet ; en deux articles, totalisant soixante pages, il rend compte des expositions de peinture, dessin, gravure, sculpture et arts décoratifs – dont un petit article sur la reliure.

Dans cette exposition Doucet fait un tour peut-être pas exhaustif mais assez large tout de même – et il met en avant quelques œuvres qui l’ont marqué.

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source : wikimedia

Parmi celles-ci figure Grisélidis, de Jules Lefebvre. C’est une huile sur toile, de 60cm sur 72cm, représentant un personnage du Décameron – une jeune fille qui tient un livre, en regardant le visiteur ; sa longue chevelure tombant sur ses épaules.

Voici ce qu’en dit Jérôme Doucet :

Et maintenant, arrêtons-nous un peu, et même beaucoup, car nous avons là deux splendeurs à admirer.

C’est d’abord la Grisélidis de Jules Lefebvre (n° 303), un pur chef-d’œuvre de grâce et de joliesse, une merveille d’exécution. Tout y est dans cette toile infiniment désirable et que j’adjure le Musée d’acquérir pour nous la garder indéfiniment. Il y a plus que de la peinture en cette œuvre, plus que l’exécution parfaite du modèle adorablement choisi ; il y a de la vie, de l’émotion, de l’amour ; on fait ainsi quand on est un grand artiste d’abord, et qu’on peint sa maîtresse ou sa fille.

Les cheveux blonds, longs, ondulés, ce sont des vagues
venant mourir au bord du front, lentes et vagues.

Ces cheveux, qui ont l’air d’être traités sommairement, mais si magistralement synthétisés, sont l’encadrement parfait de cette virginale figure.

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Logiquement, le tableau en question est reproduit dans l’ouvrage, en hors-texte ; c’est une reproduction photographique, en noir en blanc, de Cl. Petiton.

Doucet sera entendu : le tableau est acheté par le Musée des Beaux-Arts de Rouen à l’issue de l’exposition.

La chanson des Cheveux.

Les deux vers cités sont de Jérôme Doucet ; ils appartiennent à une des nombreuses chansons qu’il a composées pendant sa convalescence : la chanson des cheveux.

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Cette chanson, Doucet la publiera dans le numéro du 15 août 1898 de la Revue Illustrée, avec deux illustrations : une vignette de Pascalidès, et une gravure, par Gilardi, du tableau de Jules Lefebvre ; gravure monochrome, imprimée en couleur.

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La chanson sera reprise dans la Chanson des Choses, avec les mêmes illustrations, cette fois-ci imprimées en noir.