la Chanson des Mois

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Annonce

En décembre 1898, la Revue Illustrée publie un encart détaillant le programme des publications prévues pour l’année à venir. Ce programme fait la part belle aux publications de Jérôme Doucet, qui vient de prendre ses fonctions en tant que ‘Secrétaire de la Rédaction’, titre qui recouvre une activité éditoriale intense.

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Ce programme annonce :

  • la suite des Princesses, de Jean Lorrain, avec les AQUARELLES de Manuel Orazi ;
  • les contes de Doucet, avec des dessins en couleurs d’Alfred Garth-Jones ;
  • Notre ami Pierrot, avec les ravissantes AQUARELLES de Louis Morin reproduites en FAC-SIMILE ;
  • le RIRE DE LA GRANDE ARMEE, récits accompagnés d’aquarelles de Carrey ;

Les majuscules sont dans le texte. Les trois contes des Princesses, seront bien publiés, en janvier, septembre et novembre 1899 – voir Les sept princesses – un livre avorté. Des treize contes de Doucet, illustrés par Garth-Jones,  seul ‘Les Jumeaux‘ sera publié en décembre 1899 – les suivants verront leur publication s’échelonner jusqu’en novembre 1904 – Voir Doucet et Alfred Garth-Jones.

De même, les contes de Notre ami Pierrot seront publiés de décembre 1899 jusqu’en janvier 1903 – voir Pierrot.

Les récits devant composer le ‘Rire de la Grande Armée’ ne seront pas publiés : un seul récit, la Pipe, illustré par Gardette, et signé Hyscas ou Lyscas (dans le texte ou sur la couverture), aura été publié en 1897.

Après ces annonces, la Revue Illustrée annonce le clou :

‘Enfin, la Revue Illustrée s’est assurée la publication de trente-six aquarelles inédites de Maurice Leloir qui, sous le titre

LA CHANSON DES MOIS,

formeront le plus adorable des calendriers possibles et seront une des œuvres capitales de ce Maître si universellement admiré.’

A ce moment, Maurice Leloir est effectivement un Maître admiré ; il a déjà publié certains de ses grands chefs-d’œuvre : les Trois Mousquetaires, en 1894, les Confessions, en 1889, Paul et Virginie, en 1888.

 

Ce n’est pas non plus un inconnu à la Revue Illustrée ; justement, en octobre 1898, la Revue a publié un conte de Marthe Olivié, ‘le voile de Nordalbrumma’, illustré d’aquarelles de Maurice Leloir, reproduites en couleurs – et dans le numéro du premier décembre 1898 elle publie ‘la Chanson de la Fourrure’, de Jérôme Doucet, illustrée d’une aquarelle de Maurice Leloir, gravée par Mathieu – la chanson est dédiée à ‘Mlle Suzanne Leloir’, la fille de Maurice Leloir, née en 1885 – Maurice Leloir et Jérôme Doucet sont des amis.

 

Prépublication dans la Revue Illustrée

Ces aquarelles, dont la publication est annoncée avec fierté par la Revue, seront gravées par ce même Auguste Mathieu, et reproduites en couleurs, certes, mais monochromes ; elles sont au nombre de trente-six car elles illustrent les douze mois de l’année, douze poésies de Jérôme Doucet, à raison d’un titre et de deux pages par poème.

 

 

 

 

La publication annoncée pour l’année 1899 sera finalement décalée, et la contrainte de faire concorder le mois de la poésie avec celui de la publication conduira à échelonner la publication sur trois années.

Le calendrier est finalement publié en :

  • janvier : le 15 janvier 1901
  • février : le 15 février 1901
  • mars : le 15 mars 1902
  • avril : le 1er avril 1902
  • mai : le 15 mai 1903
  • juin : le 15 juin 1903
  • juillet : le 15 juillet 1903
  • août : le 15 août 1903
  • septembre : le 15 septembre 1903
  • octobre : le 15 octobre 1903
  • novembre : le 15 novembre 1903
  • décembre : le 15 décembre 1903

Et la Revue Illustrée publie un grand article sur Maurice Leloir, le 15 juillet 1903 ; cet article est illustré d’un portrait « en situation », qui est repris pour la couverture ; sur ce portrait Leloir est à sa table de travail, sur laquelle figure une aquarelle que nous reverrons…

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Le livre

La publication en librairie est concrétisée en 1904, avec l’éditeur Léon Michaud, de Reims. Pour cette publication Maurice Leloir a réalisé quatre aquarelles supplémentaires : la page de titre, le faux-titre, la justification et l’achevé d’imprimer, ce qui porte le nombre d’aquarelles à quarante.

 

 

L’aquarelle du titre est justement celle qui figure sur le pupitre de Leloir, dans son portrait publié en juillet 1903.

Léon Michaud (né en 1875, mort en 1959) n’est pas un éditeur habitué à ce genre de publications de bibliophilie ; son domaine est plutôt l’édition régionaliste – et la librairie. La façade rue du Cadran Saint-Pierre se dresse toujours fièrement, mais n’abrite plus le libraire-éditeur, qui a fermé ses portes il y a quelques années.

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Comme souvent, le format de la prépublication en revue n’est pas respecté. le format de la Revue est de 24cm sur 31 cm ; le format du livre sera autrement plus important : 30 cm sur 41 cm. Il s’agit d’un in-plano : les feuilles (un vélin d’Arches très épais) ne sont pas pliées ; même si toutes les description parlent d’un in-folio, voire d’un grand in-quarto. Mais la taille des illustrations de Leloir sera légèrement plus grande .

 

Dans la Revue, les aquarelles de Leloir ont été gravées par Auguste Mathieu et publiées en différentes teintes, mais toujours monochromes. On perdait donc grandement à cette publication ; ce défaut sera corrigé pour le livre : les aquarelles seront imprimées en héliogravure par Dujardin, en camaïeu très léger, puis mises en couleurs par A. et E. Charpentier ; chaque exemplaire est revu et retouché par Maurice Leloir. Le rendu est spectaculaire. Les gravures sur bois, d’Auguste Mathieu, ne seront pas utilisées pour cela, mais elle seront imprimées sur chine, et jointes à tous les exemplaires.

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A. Charpentier serait-il Albert Charpentier, élève de Marcel Baschet, donc proche de la Revue Illustrée, peintre né en 1878, mort en 1914 ou 1916 ?

 

 

L’achevé d’imprimer est daté du 15 mars 1904 ; le tirage est de 150 exemplaires sur vélin d’Arches. A ceux-ci s’ajoutent les exemplaires de tête : ils seront aquarellées par Maurice Leloir lui-même. Ces exemplaires de tête sont annoncés au nombre de douze, sur Whatman, mais la justification en annonce quinze ; ils contiennent une suite des gravures sur japon, avec remarques, une suite des héliogravures tirées en camaïeu et une aquarelle originale de Leloir.

 

Il faut ajouter à ces exemplaires les exemplaires personnels de Leloir, de Doucet, et de l’éditeur, plus quelques exemplaires particuliers, dont au moins deux exemplaires pour l’éditeur, qui serviront de spécimens.

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détail de la page de titre

Chaque exemplaire comprend donc quarante gravures aquarellées à la main, soit par A. et E. Charpentier, soit par Maurice Leloir lui-même : il s’agit véritablement d’une édition de luxe. Le prix de l’exemplaire est fixé à 600 francs, et les exemplaires de tête sont à 1500 francs. Un exemplaire unique, regroupant toutes les aquarelles de Leloir, est proposé à 25 000 francs. Tous les exemplaires de tête sont souscrits avant publication.

Ce sont des sommes considérables, en 1904 : plusieurs mois de salaire d’un ouvrier. Les ouvrages de bibliophilie proposés à ce niveau de prix sont rarissimes : cette même année, le tirage de tête du livre de Catulle Mendès, Hespérus, illustré par Carlos Schwabe, publié par la Société de propagation du livre d’art, est en souscription à 225 francs. Maurice Leloir avait déjà publié un ouvrage comparable : Une femme de qualité au siècle dernier, chez Boussod-Valadon, en 1899, avait été tiré à 200 exemplaires, avec quatre-vingt-sept planches en couleurs ; les exemplaires de tête se vendaient 2000 francs.

 

Exemplaires

L’exemplaire numéro 1 a été la propriété de Victor Diancourt, ancien député-maire de Reims, qui a légué son importante bibliothèque à sa ville ; la plus grande partie a disparu dans l’incendie de l’Hôtel de Ville, en 1917, les volumes restants (le cinquième environ) se trouvent à la Bibliothèque municipale de Reims, dont l’exemplaire de la Chanson des Mois. Cet exemplaire est monté sur onglets, dans un cartonnage recouvert de soie, signé de Champs-Stroobants ; il semble que ce soit la reliure éditeur, fournie à la demande, pas uniquement pour les exemplaires de tête.

Il existe un autre exemplaire exceptionnel, celui exécuté pour le comte Werlé, exemplaire auquel ont été ajoutés  une suite supplémentaire sur japon, une aquarelle originale de Leloir,  la suite d’épreuves aquarellées (modèle pour le coloriste), le manuscrit de Jérôme Doucet, vingt lettres de Doucet et Leloir à Michaud, 80 fumés, 30 feuilles de croquis… Il atteint 3870 francs à la vente de 1908 – l’exemplaire est en feuilles.

La BNF possède un exemplaire du tirage courant, relié sur soie également ; c’est l’exemplaire de Georges Toudouze, qui se trouve être cousin de Maurice Leloir. Un autre exemplaire figure dans la bibliothèque des Arts Décoratifs. Je n’en ai pas trouvé dans d’autres collections publiques.

Des exemplaires passent en vente aux enchères régulièrement ; en ce moment deux librairies en proposent un exemplaire.

Ce livre reste la publication la plus luxueuse de Jérôme Doucet.

 

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