Marie Meunier, portrait par Camille Pissarro.

Eugène Murer, demi-frère de Marie Meunier, future épouse de Jérôme Doucet, est un des premiers collectionneurs des peintres impressionnistes, Renoir, Sisley, Pissarro, dont il achète les toiles sans rechigner (mais en comptant, tout de même).

A cette époque Marie Meunier vit avec son demi-frère, pour s’occuper de son fils, Paul Meunier ; on trouve logiquement des portraits des trois, exécutés par ces peintres ; dont Renoir et Pissarro – un recensement de ces portraits est effectué ici.

Parmi ces portraits figure un pastel de Marie Meunier, exécuté par Camille Pissarro en 1877.

Ce pastel se trouve, au début des années 1920, dans la collection Meyer Goodfriend ; il figure sous le numéro 80 dans la vente de début janvier 1923.

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Voici sa description :

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Camille Pissarro – French : 1831- 1903

80 – Portrait of mademoiselle Murer (Gouache) Height, 24 3/4 inches ; width, 18 1/4 inches (61 cm sur 46 cm environ)

Bust portrait of a plump woman in youthfil maturity, clad in colorful hues both light and dark, seated and facing the right, three-quartes front. She is smiling, and directs her quizzical glance toward her right. Her hair, curling loosely over her forehead, is dressed high at the back and adorned with ping ribbons.

Signed at the lower left, C. Pissarro, 1877.

Collection R.Pissarro, Paris. 

Puchased frome the Galerie Barbazanges, Paris.

Le catalogue contient la reproduction, en noir, du portrait :

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En 1877 Marie Meunier (dite Murer) a 28 ans.

Ce portrait figure ensuite dans la collection William Laporte, et se retrouve dans le catalogue de la vente du 30 mars 1944 :

 

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Il est référencé sous le numéro 73 :

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CAMILLE PISSARRO French : 1831-1903.
73. MADEMOISELLE MARIE MURER. Portrayed at bust-length to half-right, with dark hair dressed with a pink ribbon, wearing a laced sapphire blue bodice and white fichu ornamented with a rose. Shaded blue-green and fawn backgrounr. Signed at lower left C. PISSARRO, and dated 1877.
Pastel : 25 1/2 x 19 1/4 inches (63,5 cm sur 48 cm environ)

Collection of Eugène Murer
Collection of Jerome Doucet
Collection of Ludovic Rodo Pissarro
From the Galerie Barbazanges, Paris
Collection of Meyer Goodfriend, New York, 1923 and 1927
Collection Foinard
4th Exposition des Peintres Impressionnistes, Paris, 1879, no 202
Illustrated in Drawing and Design, October, 1920
Illustrated in Le Phare, April 14, 1924
Illustrated in A. Tabarant, Pissarro, 1925, fig 12 (as Portrait de Femme)
Described and illustrated in Ludovic Rodo Pissarro and Lionello Venturi, Camille Pissarro, 1939, vol 1, p. 292 No 1537, vol II, pl. 295, no 1537.

Le tableau est reproduit :

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Il s’agit bien du même tableau, malgré les différences de taille et de technique des deux descriptions.

La notice permet de retracer une partie de son histoire :

  • il est peint en 1877 ;
  • en 1879, il figure dans la 4eme exposition des peintres impressionnistes, sous le numéro 202 – avec le titre : Portrait de Mlle M…. A noter que le numéro suivant, 203, est le portrait de Eugène Murer, sous le titre Le Pâtissier. Appartient à M. M…

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  • il appartient à cette date à la collection (indivise avec sa sœur) de Murer.
  • en 1897, Au mariage de Marie Meunier et de Jérôme Doucet, il est conservé par les époux, et donc figure « dans la collection de Jérôme Doucet » (sic).
  • Il est revendu à Ludovic Rodo Pissarro, fils de Camille Pissarro, à une date inconnue – peut-être en 1919, à la mort de Marie Meunier ?
  • La galerie Barbazanges le revend à Meyer Goodfriend (joaillier de New York)
  • Il est vendu en 1923, au prix de 750 dollars (soit 10 000 dollars de nos jours)
  • Il appartient à une date indéterminée dans la collection Foinard ; mais ne figure pas dans les catalogues de ventes correspondants.
  • Il appartient à la collection William Laporte – jusqu’à sa dispersion en 1945.

Je n’ai pas retrouvé sa trace depuis…

 

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Le journal des ouvrages de dames.

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Le Journal des Ouvrages de dames est une revue mensuelle, publiée par François et Laure Tedesco ; comme son nom l’indique c’est une revue spécialisée, qui publie des patrons divers, pour la broderie, la couture, essentiellement. Ce n’est pas la seule revue du groupe ; on peut citer Ma Poupée, qui cible les fillettes ; Mademoiselle, pour les jeunes filles, ainsi que Le Petit Monde – et sa déclinaison, le Théâtre du Petit Monde.

Dans ces revues, les Tedesco insèrent également des pages plus journalistiques ; un courrier des lecteurs, des concours, des pages de dessins, souvent confiées à des dessinateurs attitrés, et des contes, écrits par les Tedesco eux-mêmes, ou plus souvent par différents auteurs pour enfants. Parmi les dessinateurs on peut citer René Giffrey, qui intervient très souvent (et dessine notamment les couvertures de Ma Poupée).

Le numéro de Noël 1913 (qui paraît le 1er décembre 1913), au format 24,5 cm sur 32 cm, est un numéro spécial, vendu un franc (alors qu’un numéro normal est vendu cinquante centimes), qui groupe un ensemble de contributions spécifiques.

Ce numéro est annoncé par une publicité insérée dans de nombreux journaux :

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Voici son sommaire :

  • couverture : la Reine Mathilde et la tapisserie de Bayeux, par Serge de Solomko ;
  • les amoureux à la crèche, par F. Funck-Brentano, illustrations de O.D.V Guillonnet ;
  • la Vierge aux raisins, tableau de David ;
  • la Chanson de Pénélope, par Jérôme Doucet, illustration de S. de Solomko ;
  • la Chanson des toits, par Raymond Crussard, encadrements de Sandy Hook ;
  • l’Aventure Vénitienne, par J. de Montfrileux ; illustrations de Robida ;
  • le Livre de Paix, tableau de Maxence ;
  • le Pont-Neuf, par J. de Richebourg, illustrations d’après des documents anciens ;
  • Broderies d’hier et d’aujourd’hui, reproductions en couleurs de broderies anciennes et modernes ;
  • Travaux de dames, étude et reproductions, Cousine Claire ;
  • Eugénie de Baculard d’Arnauld, par Greuze ;
  • les Empenneresses, conte de Noël par Jérôme Doucet, compositions de E. White ;
  • la Femme et la Perle, par S. de Pierrelée, illustré d’après des tableaux de maîtres ;
  • la Croisée, par Debucourt ;
  • la Légende de Sainte Odile, illustrations et texte par P. Pascal.

Ces quinze éléments peuvent se répartir entre :

  • 5 gravures (la couverture, les reproductions de David, Maxence, Greuze, Debucourt)
  • 2 articles « dans le sujet » : travaux de dames, broderies ;
  • 3 articles d’auteurs divers (Funck-Brentano, Raymond Crussard, qui est un « auteur Maison » de Tedesco, P. Pascal)
  • et 5 articles directement écrits par Jérôme Doucet lui-même, signés d’un florilège de ses pseudonymes !

En effet, on sait que Jérôme Doucet signe assez facilement ses contributions de façons diverses – Doucet, Montfrileux, Pierrelée – et nous voyons ici apparaître un nouveau pseudonyme, J. de Richebourg.

De plus, on peut remarquer que parmi les 5 gravures, certaines pourraient facilement avoir été choisies par Jérôme Doucet :

  • Serge de Solomko, à cette date, n’a encore illustré qu’un livre, de Jérôme Doucet justement : Pages d’amour ;
  • Edgar Maxence est un ami de Doucet ; et il illustrera Verrières, qui est lié à cette publication ;
  • Doucet a publié une étude sur les graveurs du XVIIIe siècle, ainsi qu’un port-folio, dans lequel il met en avant Greuze et Debucourt.

Le sommaire est suivi d’une introduction « à nos Lectrices ». Elle n’est pas signée ; mais son style rappelle fortement Jérôme Doucet…

A nos lectrices.

Au temps jadis, le moindre opuscule avait sa préface, sa notice, son avertissement ; toute oeuvre dramatique débutait par un prologue, un préambule. C’est qu’alors on se préoccupait uniquement de satisfaire le public, de tout l’effort de sa meilleure volonté. Amies lectrices, nous avons voulu rééditer cette coutume du bon vieux temps, dont nous avons cherché à reprendre aussi les saines traditions.

Nous nous sommes efforcés, comme nous nous efforcerons toujours, de ne vous présenter que des lectures plaisantes, saines, instructives, pleines à la fois de conseils pratiques, d’enseignements utiles, sous leur forme divertissante, et toujours dans el ton de la meilleure compagnie.

Tout particulièrement, en ce numéro spécial, remerciement offert à votre fidèle attention, nous avons groupé tout un choix fait, croyons-nous, pour vous plaire.

Rares et curieuses broderies de ce vieux temps, reproduites dans leurs teintes adoucies à côté de leurs émules les plus élégantes de l’heure actuelle, contes de Noël, magistralement illustrés, poésies gracieuses, nouvelle pittoresque, étude historique et documentation instructive, sans oublier la part légitime de l’élégante coquetterie. Enfin, pour orner vos murs, si cela vous plaît, vous n’aurez qu’à détacher les quarte estampes, plaisantes et variées, que nous avons imprimées avec grand soin sur du  beau papier fort, de luxe.

Puissent-elles, quand elles vous tomberont sous les yeux, vous rappeler notre souvenir et nos efforts, ainsi que les vœux que nous joignons, ici, pour vous, en ce numéro de Noël de votre fidèle :

JOURNAL DES OUVRAGES DE DAMES.

Voici, dans l’ordre de publication de la revue, les (autres) contributions de Doucet.

La Chanson de Pénélope.

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C’est une chanson, comme Doucet en a écrit de nombreuses autres ; à ma connaissance elle n’a pas été reprise. Elle est illustrée d’une composition de Serge de Solomko, à qui on doit également la couverture ; cette composition est connue par ailleurs, car elle a été éditée en carte postale par Lapina – le titre de la carte postale ne fait pas référence à Pénélope : « femme perse tressant un tapis« .

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L’Aventure Vénitienne.

C’est un petit conte, qui met en scène une belle Vénitienne, Isabelle, condamnée à porter un masque car elle est trop belle ; et ses soupirants – occasion de nous montrer, via les dessins de Robida, tous les hauts lieux de Venise.

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Ce n’est pas la première fois que Robida et Doucet travaillent ensemble – à cette même période se situe la publication de Mon ami Pierrot.

Voici la reproduction de ce conte :

la Naissance du Pont-Neuf.

Il ne s’agit pas d’un conte, mais d’un article didactique, qui nous retrace toute l’histoire de ce pont, depuis Lutèce jusqu’au XVIIe siècle.

Cet article est signé de J. de Richebourg ; une phrase de l’introduction peut nous donner une indication sur le nom réel de l’auteur :

Je me souviendrai toujours de cette vision quelque peu poignante ; j’étais dans la boutique fameuse, pleine de trésors littéraires, de Lucien Gougy, le libraire érudit, le Parisien charmant, dans cette vieille boutique spirituelle qui semble si souvent le fumoir de la proche Académie, et nous attendions que la Seine arrivât jusqu’à nous.

Lucien Gougy, grand ami de Jérôme Doucet, dont la mère est née Élise Baudesson de Richebourg…  je ne crois pas qu’il s’agisse de coïncidences.

Les Empenneresses.

Les empenneresses, ce sont les personnes chargées de réaliser les pennes des flèches ; de tailler et de fixer les plumes sélectionnées pour l’empennage.

Ce conte « de Noël » est d’une tonalité très religieuse : une empenneresse veut bien réaliser sa tâche pour défendre son château contre les attaques de Normands ; mais quand la châtelaine lui commande des flèches pour chasser des oiseaux, elle a un mouvement de révolte ; elle jette toutes les plumes sélectionnées… heureusement, un menuisier, venu lui apporter les flèches, va l’aider à retrouver des plumes ; c’est un menuisier un peu particulier : il peut faire apparaître une colombe réelle à partir de la colombe de l’Esprit-Saint d’un vitrail ; il a une plaie aux mains… les flèches réalisées ne blesseront aucun oiseau, et l’empenneresse s’enfuira avec le menuisier, nimbé d’or, suivi d’un vol de colombe…

Le conte est illustré de trois compositions de White, dont deux qui se répondent.

Ce conte sera de nouveau publié, en 1920, par la revue Canadienne la Revue Moderne ; deux seulement des illustrations de White seront reproduite, perdant l’effet de miroir de la première publication.

Il sera de nouveau publié, sous le titre « L’Empenneresse« , dans le recueil « Verrières« , illustré par Paul de Pidoll et Edgar Maxence, en 1926 et 1929 ; dans cette dernière version le récit est très amplifié.

La Femme – La Perle

Il s’agit d’une étude sur la perle comme ornement féminin ; il est signé S. de Pierrelée, pseudonyme courant de Jérôme Doucet.

Il est illustré de reproductions de portraits féminins.

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Gravures insérées.

Nous avons vu que quatre gravures ont été insérées dans l’ouvrage, tirées sur un papier plus fort que « vous n’aurez qu’à détacher », « pour orner vos murs »…

Il me semble qu’on peut reconnaître Doucet derrière le choix de ces gravures.

Autres participations de Doucet aux publications Tedesco.

Comme on l’a vu, Doucet a fortement contribué à ce numéro du Journal des Ouvrages de Dames. Il a également fourni d’autres articles et contes, pour d’autres publications du groupe Tedesco :

Boudomme – Le Petit Monde, 1919-1920.

A partir d’octobre 1919, Le Petit Monde publie Boudomme, roman de jérôme Doucet, illustré par Henry Morin. A ma connaissance ce « roman » n’a pas été réédité.

Ma poupée – 1919 – Montfrileux.

Dans le numéro de décembre 1919 de Ma Poupée, Doucet, sous la signature de Montfrileux, publie une histoire intitulée « Poupées d’antan – histoire d’une poupée grecque et d’une poupée romaine » ; elle est illustrée de deux compositions de René Giffrey, illustrateur attitré du journal.

Ma Poupée – 1920 – contes de fée.

En 1920, Doucet publie une série de contes de fée, dont « Timberli« , contes tous illustrés par René Giffrey. Ces contes seront publiés en volume par Tedesco sous le titre « Doigts de fée », en 1922 ; il s’agit d’un volume in-8 (hauteur 17 cm) de 131 pages, illustré par René Giffrey bien sûr.

« Ma Poupée » et « Le petit Monde » – septembre 1921 – Tristram Brachs

Le même mois, ces deux revues publient le même conte de Doucet, illustré par Harry Eliott, « Tristram Brachs, le fondeur de chandelles ».

 

Pages d’amour.

En 1912, Jérôme Doucet fait paraître un petit recueil de contes, plutôt pour adultes, et ceci à compte d’auteur. C’est le premier ouvrage qu’il fait paraître de cette façon ; jusqu’à ce moment, il a toujours utilisé les services d’un éditeur, pour toutes ses publications, y compris les plus confidentielles – publications fort nombreuses ; Pages d’amour sera la quatre vingtième publication de Jérôme Doucet !

Doucet a de l’expérience dans ce domaine, puisqu’il a dirigé une maison d’édition : le Livre et l’Estampe ; il a travaillé avec Ferroud ; il connaît bien les imprimeurs et le processus d’édition.

Au reste, ce n’est pas une volonté de Doucet de le publier « chez l’auteur » ; simplement, il n’a pas trouvé d’éditeur !

En effet, dans sa dédicace, Jérôme Doucet nous informe qu’Anatole France avait bien voulu le recommander à son éditeur (sans doute Calmann-lévy), pour ce livre, mais que dernier avait été trouvé trop court – et Doucet, n’ayant pas voulu ou pu étoffer son ouvrage, s’est décidé à l’éditer lui-même.

Cette dédicace à Anatole France est intéressante à un autre titre ; Doucet y cite la leçon bien apprise, faisant partie des Contes de jacques Tournebroche, publié par Anatole France quelques années auparavant ; et toutes proportions gardées, les pages de Doucet sont dans la même veine.

En effet, il s’agit ici de petits textes, très courts, qui mettent en scène des personnages historiques ou légendaires, avec un page qui joue un rôle insoupçonné dans l’histoire officielle ; les maris n’en sortent pas indemnes. Le ton est très léger, et détonne un peu dans la production de Doucet.

Les douze contes retenus sont les suivants :

  • La Belle Hélène
  • Le Roi Midas
  • Le Roi Crésus
  • La Reine Candaule
  • Madame Putiphar
  • Madame Dagobert
  • Madame Barbe-Bleue
  • Madame Gambrinus
  • la Duchesse de Malbrouck
  • Madame de Carabas
  • Le Roi d’Yvetot
  • Le Ci-Devant

Comme souvent, Doucet a retenu douze contes ; il a pu en écrire d’autres, non retenus dans ce recueil.

Serge de Solomko.

Pour ce livre, Doucet a fait appel à un artiste qui n’a encore jamais illustré de livre : ce sera sa première contribution à un livre imprimé. Mais il ne s’agit pas d’un jeune débutant ; en effet, Sergueï Solomko, dit Serge de Solomko en France, est un artiste russe, né en 1867 ; il a donc déjà une certaine expérience en 1910 ; ses illustrations sont notamment reproduites en cartes postales par l’éditeur d’origine Russe Ilya lapina. Il donne des dessins de presse dans diverses revues ; notamment en 1906, à la Revue Illustrée, une caricature de Colette et Willy.

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la Revue Illustrée, 20 mars 1906 – source : Gallica.bnf.fr

Dans ce livre figure une seule illustration de Solomko, placée en frontispice.

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Solomko – fronstispice de Pages d’amour

Il n’est pas impossible qu’il ait réalisé d’autres illustrations, non retenues pour la publication ; il existe notamment une carte postale représentant Joseph et la femme de Putiphar, qui aurait parfaitement eu sa place dans ce livre.

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source : trouvé sur Pinterest.

 

Doucet fera appel à Serge de Solomko à d’autres occasions ; notamment en fin d’année 1913, pour la chanson de Pénélope, publié dans le numéro de Noël de la revue « Journal des ouvrages de dames » ; puis de nouveau en 1921, pour illustrer la Légende des mois, chez Hachette.

 Pages d’amour.

Matériellement, le livre est un in-4° carré (22 cm sur 24 cm) de 110 pages plus 6 pages non numérotées ; il a été imprimé par l’Édition Romane, 40 rue des Mathurins, à Paris, l’achevé d’imprimer est daté du 20 juillet 1912.

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La couverture et la page de titre sont dessinées par Girardclos, dessinateur publicitaire ;  le texte est imprimé en noir, dans des encadrements jaune orangé, avec une mise en page très aérée.

Le livre est publié à Paris, aux despens de l’auteur, 91bis, rue du Cherche-Midi, ou à l’Edition Romane, 40 rue des Mathurins.

 

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Le tirage est limité à 99 exemplaires :

  • 3 exemplaires sur Japon à la forme, vendus 50 francs ;
  • 6 exemplaires sur papier de chine (non indiqués dans le prospectus) ;
  • 9 exemplaires sur Japon Impérial, vendus 30 francs ;
  • 81 exemplaires sur Papier à la forme, vendus 20 francs.

Hors les grands papiers, le livre est imprimé sur pur fil dAnnonay.

Le prospectus donne quelques indications :

Ces douze contes, douze fantaisies, douze poëmes en prose d’un goût si précieux, d’une forme si raffinée, ne sont peut-être pas dans leur frivolié amoureuse, une lecture pour tous les âges. Pourtant rien n’y saurait choquer si l’on aime les choses bien dites et spirituellement troussées.

Le livre en lui-même imprimé avec un caractère Roman neuf (dont ceci est un specimen), grand, artiste, sur du très-beau papier de fil à la forme, ou du Japon, est un chef-d’oeuvre de typographie, un bibolot raffiné. Malgré son tirage fort restreint, comme ce livre est édité en dehors de toute spéculation et non en librairie, il est d’un prix abordable pour tous.

La typographie, comme l’indique le prospectus, est effectivement assez soignée ; une mise en page claire, chaque page est entourée d’un filet orangé, avec rappel près de chaque cadre. D’un tirage très faible, le livre est relativement rare ; on n’en voit en vente qu’exceptionnellement.

 

Annexe : dédicace à Anatole France.

Voici le texte inséré en guise de dédicace :

Pour ANAT0LE FRANCE.
Maître,
Je vous envoie bien tardivement ces « Douze Pages d’Amour » dont l’an passé vous acceptiez la dédicace ; pardonnez cette lenteur, je vais vous en dire la cause.

Vous souvient-il que, si gentiment, vous les prîtes par la main, ces polissons, & les conduisites dans une grande et belle librairie. Ils furent accueillis avec un sourire qui vous revenait, examinés loyalement pour voir à quoi ils pourraient bien s’employer. Mais quand on voulut les mettre en pages, en pages de la maison, on s’aperçut qu’ils ne faisaient pas à eux douze un gros volume.

« Soyez sages & mangez votre soupe » leur fut-il dit avec bonhomie… Ils grandiront, pensait-on, car ils sont esp… iègles ! non !

Ces espiègles ne mangèrent pas leur soupe, préférèrent se nourrir d’amour & d’eau claire, quitter ce beau palais, pour aller loger à la belle étoile.

Je les ai grondés, amenés, je crois, à composition, corrigés de près & les voici, Maître, inclus en ces cent-douze pages, ces douze pages.

Je vous les offre à nouveau avec l’espoir que la leçon écoutée de vous, pour moi fut un peu « La leçon bien apprise ».
J. D.
Mai 1912.

 

 

 

 

Doucet au Gil Blas Illustré.

Le Gil Blas Illustré hebdomadaire est le supplément du journal quotidien Gil Blas ; il est servi comme prime aux abonnés. Gil Blas est un quotidien, créé en 1871 ; le supplément illustré est créé en 1891.

Ce supplément est constitué de deux feuilles pliées, ce qui donne huit pages ; la première page étant réservée à un grand dessin, soit isolé, soit en rapport avec le texte publié page suivante. La dernière page est le plus souvent occupée par une chanson, illustrée, assez souvent avec la partition. De nombreux illustrateurs sont mis à contribution, dont principalement Steinlen, notamment pour la dernière page ; mais on trouve aussi très fréquemment Paul Balluriau (1860-1917) ; il en est d’ailleurs le directeur artistique de 1897 à 1900.

Si l’iconographie choisie est en général assez populaire, avec une illustration souvent caricaturale, qui rappelle le Rire, la partie littéraire est de bonne tenue ; on trouve fréquemment les signatures des plus grands auteurs, comme Guy de Maupassant, Barbey d’Aurevilly, Émile Zola, Anatole France. De même, les chansons, quelquefois signées d’auteurs peu renommés, peuvent aussi être dues à Verlaine ou Baudelaire.

Jérôme Doucet, auteur de chansons et de textes courts, avait toute sa place dans ce journal ; et effectivement il y a été publié très tôt.

1894 et suivantes : chansons.

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La première contribution relevée est datée du 30 septembre 1894 (numéro 39) ; à cette date le Gil Blas illustré publie, en dernière page, la chanson « Il ne vit qu’un jour, l’amour« , Ronde, paroles et musique de Jérôme Doucet, avec une illustration de Paul Balluriau. A cette date Doucet habite toujours Rouen ; il a très peu publié, essentiellement des pièces théâtrales, en tirage très limité ; on trouvera le détail de ces publications dans cet article.

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Une autre chanson est publiée en 1896, dans le numéro 6 : « la chanson de la chair », paroles de Jérôme Doucet, sans musique ; l’illustration est toujours de Paul Balluriau.

Il existe sans doute d’autres chansons, publiées dans ces années-là. Ces chansons ne sont pas reprises dans les publications ultérieures de Doucet ; mais elles ont pu faire partie du projet, non abouti, de publication sous le titre « la chanson des gens« , évoqué par Doucet dans la Puissance du souvenir.

1903 : Jérôme Doucet, directeur.

Le bandeau du numéro 8 de 1903 est le suivant :

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On note la mention de Jérôme Doucet, directeur. Cette mention figurera jusqu’au numéro 18 ; Doucet est sans doute resté directeur, sans que ce soit explicité sur le bandeau (ce qui était courant pour ce journal) jusqu’à la fin de parution du journal, au numéro 34.

Les contributions de Doucet, maintenant qu’il est directeur, seront nettement plus fréquentes… Voici quelques exemples.

Le livre des masques.

Cette même année 1903, Jérôme Doucet, qui dirige également la maison d’édition le Livre et l’Estampe, publie le Livre des Masques, collection de cent caricatures féroces, illustrées par Jules Fontanez. Certaines de ces caricatures sont publiées dans le Gil Blas illustré, dont notamment :

  •  numéro 8 : les étudiants,
  • numéro 26 : les amoureux,
  • numéro 27 : les touristes,
  • numéro 29 : les catholiques.
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double page du livre présentée devant la double page du journal.

Le Gil Blas est un journal, donc d’un format assez imposant : 28 cm sur 40 cm ; ces caricatures sont publiées sur la double page centrale, donc avec un format de 56 cm sur 40 cm, ce qui rend ces caricatures encore plus impressionnantes. La publication du livre sera bien moins imposante : le livre est au format 16 cm sur 24,5 cm.

1903, numéro 9 : chanson d’amour.

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Une nouvelle chanson, du même registre que celles publiées en 1894 et 1896, est insérée dans le numéro 9 de 1903 : chanson d’amour, paroles de Jérôme Doucet, pas de musique, avec un dessin de Théophile Steinlen.

la Chanson des Choses.

Doucet a publié en 1898 un recueil de cinquante-cinq chansons, chez Henry-May, intitulé la Chanson des Choses ; ces chansons, illustrées par de nombreux artistes, avaient pour la plupart été publiées par la Revue Illustrée. Doucet a puisé dans ce vaste ensemble pour alimenter Gil Blas. Voici deux exemples :

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  • numéro 11 de 1903 : la chanson du masque.

Cette chanson, insérée dans un grand cadre de Giraldon, qui avait déjà été utilisé pour la publication dans la Revue Illustrée, en 1897, mais avec des couleurs différentes.

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la chanson du masque, dans la Revue Illustrée, 1897.
  • la chanson des fuseaux.

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Cette chanson est insérée dans un cadre de A. Cossard ; elle a été mise en musique par Henri Letocart (1866-1845). Cette illustration n’a rien à voir avec celle qui avait été utilisée lors de la publication dans la Revue Illustrée, ou dans le livre la Chanson des Choses (cadre de Giraldon).

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Pierrot.

Doucet republie certaines des pantomimes qu’il avait publié, en 1900, sous le titre général de Mon ami Pierrot, avec des illustrations de Louis Morin. Entretemps, Doucet et Morin se sont brouillés ; la publication dans Gil Blas sera sans illustration..

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Au moins deux de ces pantomimes sont publiées :

  • Dalila, à une date inconnue,
  • le Sermon, dans le numéro 11.

 

Jean Lorrain.

Doucet, grand ami de Jean Lorrain, republie plusieurs de ses contes, qui avaient déjà été publiés auparavant, notamment dans la Revue Illustrée. C’est le cas notamment de :

  • la princesse sous verre, dans le numéro 11,
  • la princesse Neigefleur, dans le numéro 13,
  • Madame Gorgibus, dans le numéro 18.

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Ces publications ne reprennent pas les illustrations d’origine ; les contes sont seulement illustrés par la première page, dédiée ; le conte étant repoussé à la seconde page. Pour Madame Gorgibus, l’illustration est de Georges Conrad ; pour la Princesse sous verre et la Princesse Neigefleur, elle est de Jules Fontanez.

Numéro 31 : spécial Doucet.

Dans ce numéro, Jérôme Doucet a beaucoup contribué… On trouve en effet :

  • Prenez garde ! par Simon de Pierrelée ;
  • Jardin de Paris, par S. Builder,
  • Duo du soir, par Montfrileux.

Il s’agit des trois pseudonymes utilisés par Doucet…

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Prenez garde ! est une lettre d’homme,  dans le genre des nouvelles sous forme de lettre, alors à la mode ; elle sera republiée dans la Revue Illustrée, en 1905, illustrée par Dutriac, quand Jérôme Doucet en reprendra la direction. Dans Gil Blas, la nouvelle est illustrée par G. Carré.

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Jardin de Paris, illustré par Florane, est un publi-reportage, dans le ton des articles de ce genre, que Doucet insérait dans la Revue Illustrée.

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Duo du soir est une chanson inédite, paroles et musique signées de Montfrileux ; l’illustration n’est pas signée mais est certainement de Florane.

Autres insertions.

Dans le numéro 31, Doucet publie, sous la signature de Montfrileux, une nouvelle intitulée « Ce pauvre ami » ; avec une illustration de G. Carré.

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A une date inconnue, Doucet publie, sous la signature de S. de Pierrelée, une nouvelle initialement publiée en 1896 par la Revue du Siècle, « Sonate à quatre mains« , elle était alors signée du père de Jérôme Doucet, Théophile Doucet.

Lors de sa republication, Doucet procède à quelques changements nécessaires ; en effet, dans cette nouvelle, le héros se nomme… Simon de Pierrelée ! Doucet ne peut évidemment pas conserver ce nom et renomme le héros Charles Créol. Par contre il ne change rien aux autres circonstances ; l’action se déroule à Rouent et au château de Poinchy, résidence du comte de Poinchy… il se trouve que les cousins de Jérôme Doucet se nomment justement Baudesson de Poinchy de Richebourg – Théophile Doucet n’est pas allé très loin pour nommer ses personnages.

 

 

 

 

 

 

 

 

peintres et graveurs libertins du XVIIIe siècle

Jérôme Doucet a publié, notamment dans la Revue Illustrée, des articles traitant de la partie artistique ; chez Juven, deux ouvrages de vulgarisation, sur les Peintres français, puis les Maîtres anciens ; chez Aubanel, un petit livre intitulé le Goût en art.

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En 1913 il publie un nouvel ouvrage dans cette série : « Peintres et graveurs libertins du XVIIIe siècle« , chez Albert Méricant, 29 avenue de Châtillon (à Paris). Doucet a déjà travaillé avec cet éditeur, chez qui il a fait paraître deux romans illustrés par Maurice Leloir : la Fille de Manon, en 1909, et sa suite, la Royale amoureuse, en 1910. Cet éditeur s’est spécialisé dans la littérature « de genre » (policiers, aventures, science-fiction) – voire légèrement scandaleuse.

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Ce nouveau livre, comme son nom l’indique, est centré sur les gravures libertines du XVIIIe siècle ; il s’agit toujours d’un ouvrage de vulgarisation, destiné à un public sans doute cultivé, mais pas spécialiste.

L’ouvrage présente trente gravures (et pas simplement des reproductions), tirées sur le papier vergé, épais, de couleur jaune, utilisé pour tout le livre. Ces gravures sont accompagnées d’une série de vignettes de Gilles Marie Oppenort (1685-1742), rééditées par Dorbon Aîné, gravées par Huquier.

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Il s’agit d’un volume in-4° (25 cm sur 32 cm), de 64 pages, sous couverture papier. Le tirage est numéroté « limité » mais la limite n’est pas indiquée – il existe un tirage de tête constitué de trente exemplaires sur papier de Hollande vergé à la forme des papeteries d’Arches (?), numérotés de 1 à 30. Le tirage est important ; sans doute un millier d’exemplaires, vendus 35 francs broché, 50 francs relié.

Le livre est publié sous le nom de Gérôme (sic) Doucet, sur la couverture et répété à la page de titre ; il n’y a pas de date d’édition indiquée mais l’achevé d’imprimer est daté du 10 avril 19013 par « la Semeuse », à Paris.

Le tirage des gravures est de bonne qualité, au point que certains exemplaires ont été dépecés pour en vendre les gravures ; on peut comparer ce tirage avec les reproductions photographiques, insérées dans le classique de Loys Delteil publié en 1910, chez Dorbon Aîné, le Manuel de l’amateur d’estampes du XVIIIe siècle ; en effet quelques-unes de ces gravures sont reproduites dans les deux ouvrages.

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(à noter que, coïncidence ou pas, sur la troisième de couverture figure une page de publicités dans laquelle l’ouvrage de Delteil occupe la première place).

 C’est le cas de l’essai du corset, gravée par Dennel d’après Wille, de l’éventail cassé, gravée par Louis Marin Bonnet d’après Jean Baptiste Huet ; ou encore Marchez tout doux, gravée par Trière d’après Freudeberg. Cette dernière gravure fait également partie d’un autre recueil de la même époque, le Musée galant du XIIIe siècle, publié par Charpentier et Fasquelle. Ce recueil a paru en dix livraisons à soixante centimes, en 1896.

Les partis-pris sont bien différents. Chez Delteil, les reproductions sont purement photographiques, sur papier couché, en format réduit (le livre est un in-8° de 16 cm sur 26 cm), et toujours en noir. Dans le Musée galant, les reproductions sont de meilleure qualité, et respectent la couleur le cas échéant ; le format est nettement plus grand (c’est un format à l’italienne de 35 cm sur 27 cm), mais ce ne sont toujours que des reproductions.

 

Textes.

Doucet accompagne ce choix de gravures d’une série de textes, de taille variable, mais en général assez courte :

  • de la chevalerie au sadisme ; c’est une introduction aux mœurs du XVIIIe siècle, qui occupe les pages 5 à 16 ;
  • la formation du genre libertin, de la page 17 à la page 31 ;
  • le droit de l’art au libertinage, de la page 33 à la page 39 ; Doucet s’y montre résolument contre toute forme de censure ;
  • le libertinage étranger, de la page 41 à la page 44 ; texte assez court : pour Doucet (comme pour Loys delteil), les graveurs étrangers sont bien inférieurs aux Français dans ce domaine ;
  • le Grand Maître libertin  : Honoré Fragonard, de la page 45 à la page 48 ;
  • les Petits Maîtres de l’Amour : Moreau, Baudouin et Debucourt, de la page 49 à la page 52 ;
  • la note sentimentale : Greuze et Prudhon, de la page 53 à la page 56.

Doucet termine avec un texte justifiant le choix des gravures retenues, mais sans en donner la liste, puis une série de prix d’adjudication, guide sans doute précieux pour le collectionneur.

Dans ces textes Doucet aborde tous les aspects de son sujet, des sujets représentés (le marivaudage, son évolution au cours du siècle), il présente un bref résumé de la vie des principaux artistes, sans oublier la technique.

A l’occasion (en parlant de Moreau le jeune), il n’hésite pas à aider un ami :

De nos jours, résurrection véritable, nous avons notre Moreau. Même talent, même façon de voir la vie d’après nature, mais pas ses jolis côtés, même dessin impeccable, même exécution délicieuse, même succès aussi auprès de tous, grand public et collectionneurs difficiles – j’ai nommé Maurice Leloir.
Il est inouï de voir revivre, avec une personnalité absolue, le talent de Moreau aussi complètement dans Leloir – sans pastiche, sans copie, sans inspiration. – Aussi, disons-le à ceux qui s’arrachent à prix fous les introuvables originaux de Moreau le jeune : achetez ceux de Maurice Leloir, ils valent autant pour la préciosité, ils vaudront autant au point de vue pécuniaire.

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Liste des gravures.

L’ouvrage ne donne pas d’indication sur les gravures reproduites ; voici, dans l’ordre, les trente gravures retenues. On notera que dans l’ensemble les gravures sont légères, mais jamais grivoises ; le libertinage est souvent lié à la légende, ou à une attitude qui pourrait être anodine en d’autres circonstances.

le verre d’eau gravé par Nicolas Ponce (1746-1831) d’après Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
le matin gravé par Emmanuel de Ghendt (1738-1815) d’après Pierre Antoine Baudouin (1723-1769 )
l’indiscret gravé par François Dequevauviller (1745-1807) d’après Antoine Borel (1743-1810 ?)
les soins tardifs gravé par Nicolas de Launay (1739-1792) d’après Pierre Antoine Baudouin (1723-1769 )
la méprise gravé par Charles François Adrien Macret (1751-1783) puis Jean-Louis Anselin (1754-1823) d’après François Nicolas Mouchet (1750-1830)
le joli chien gravé par Auguste Claude Simon Legrand (1765-1815 ?) d’après Nicolas Lavreince  (1737-1807)
on la tire aujourd’hui gravé par Salvatore Tresca (1750-1815) d’après Louis Boilly (1761-1845)
Hony soit qui mal y pense gravé par Jacques Bonnefoy d’après Louis Boilly (1761-1845)
le bain gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Nicolas René Jollain (1732-1804)
la toilette gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Nicolas René Jollain (1732-1804)
la comparaison des seins gravé par Jean François Janinet (1752-1814) d’après Nicolas Lavreince  (1737-1807)
la servante officieuse gravé par Alexandre Chaponnier (1753-1830 ?) d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
le bouton de rose gravé par Nicolas Joseph Voyez (1742-1806) d’après Pierre Alexandre Wille (1748-1821)
le miroir consulté gravé par Géraud Vidal (1742-1801) d’après Pierre Alexandre Wille (1748-1821)
les jets d’eau gravé par Pierre Laurent Auvray (1736-1781) d’après Jean Honoré Fragonard (1732-1806)
les pétards gravé par Pierre Laurent Auvray (1736-1781) d’après Jean Honoré Fragonard (1732-1806)
l’essai du corset gravé par Antoine François Dennel (1745-1820) d’après Pierre Alexandre Wille (1748-1821)
la défaite gravé par Gabriel Marchand (1755-) d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
le modele disposé gravé par Alexandre Chaponnier (1753-1830 ?) d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
la comparaison des petits pieds gravé par Alexandre Chaponnier (1753-1830 ?) d’après Louis Boilly (1761-1845)
l’éventail cassé gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Jean Baptiste Huet (1745-1811)
la jarretière gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Jean Baptiste Huet (1745-1811)
j’y passerai gravé par Robert de Launay (1749-1814) d’après Antoine Borel (1743-1810 ?)
ma chemise brule ! gravé par Auguste Claude Simon Legrand (1765-1815 ?) d’après Jean Honoré Fragonard (1732-1806)
marchez tout doux, parlez tout bas gravé par Pierre Philippe Choffard (1730-1809) d’après Antoine Borel (1743-1810 ?)
Lison dormait gravé par Philippe Trière (1756-1815) d’après Sigismond Freudeberg (1745-1801)
le baiser gravé par Jacques Louis Copia (1764-1799) d’après Pierre Paul Prud’hon (1758-1823) (pour le chant III de l’Art d’aimer, de Bernard, chez Didot)
avant la toilette gravé par Auguste Claude Simon Legrand (1765-1815 ?) d’après Louis Boilly (1761-1845)
le bât gravé par Jacques Bonnefoy d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
la servante justifiée gravé par Jacques Bonnefoy d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)

 

 

 

 

Doucet et la Société « les XX »

la Société « les XX » (et pas la Société des XX)… ce nom évoque quelque société secrète, on pense à une conjuration, un complot ? mais non, il s’agit simplement d’une association de bibliophiles, qui a comme principale caractéristique, comme son nom l’indique, d’être limitée à vingt membres.

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Cette société, fondée en 1897 par Pierre Dauze, présente d’autres singularités, que d’Eylac, dans un article du Bulletin du bibliophile, nous expose.

 

Article signé D’Eylac – bulletin du bibliophile et du bibliothècaire – 1902.

LA SOCIÉTÉ DES XX

Deux catalogues de ventes de livres ont révélé, en 1901, l’existence d’une Société qui, insoupçonnée du grand public, n’était guère connue, jusque-là, des bibliophiles eux-mêmes. L’époque de sa fondation remonte à 1897 ; elle s’appelle la « Société des XX ».  Pourquoi? Des gens qui ont le calembour facile ont insinué que, sans doute, le siège social était… à Bercy. Mais ce n’est pas ça ; la Société a reçu cette dénomination tout simplement parce qu’elle ne compte pas vingt et un membres, ni dix-neuf, mais vingt exactement, — moins que l’Académie Française et même moins que la Société des Bibliophiles François !

L’idée qui présida à son institution fut une idée neuve. Eh quoi? Etait-il donc possible de faire du neuf, alors que tant d’autres groupements correspondaient aux catégories diverses d’amateurs de livres, alors que les tenants de la vieille école, conservateurs de la tradition et épris du passé, s’assemblaient solennellement aux Bibliophiles François, — alors que les novateurs, moins soucieux de collectionner les beaux livres anciens que de faire des beaux livres modernes, avaient à leur disposition la Société des Amis des Livres, — alors que la Société des Bibliophiles Contemporains, celle des Bibliophiles Indépendants, celle des Cent Bibliophiles, que sais-je encore ? ouvraient leurs rangs aux adeptes de l’« art nouveau » et, au besoin, de l’art incohérent ?

Le problème consistant à trouver et à tracer un programme inédit semblait insoluble ; cependant il a été résolu. Le mérite de l’invention revint à notre confrère M. Pierre Dauze, directeur de la Revue Biblio-Iconographique. Il s’adressa à quelques amateurs, un tout petit nombre : « Nous ne serons pas nous-mêmes des éditeurs, leur dit-il, mais nous nous mettrons en rapport avec les éditeurs. — Lesquels ? — Tous, depuis ceux qui élaborent des publications d’art jusqu’à ceux qui lancent dans la grande circulation des volumes à trois francs cinquante ou même à un franc. — Fort bien ; et que leur proposerez-vous ? — Je commencerai par ne rien leur proposer du tout ; je m’informerai simplement des ouvrages en préparation chez eux ; puis, quand un ouvrage paraîtra devoir remplir les conditions requises pour présenter « un intérêt de curiosité, de nouveauté, d’originalité et de valeur intellectuelle « , je demanderai à l’éditeur de nous autoriser à en faire tirer pour nous vingt exemplaires, sur un papier à nous, avec couvertures spéciales, que nos adhérents recevront au prix de revient. »

Et M. Dauze, s’échauffant sur son idée avec une ardeur communicative, s’écriait : « Voyez-vous ce qui fût advenu si, au grand siècle, vingt amateurs se fussent rencontrés pour faire tirer à leur usage des exemplaires exceptionnels de l’édition originale du Cid, ou de celle du Misanthrope, ou de celle des Fables de La Fontaine, avec signatures autographes de Corneille, de Molière, de La Fontaine, — car nous prierons les auteurs adoptés par nous de signer nos exemplaires !»

Une seule objection fut produite : à supposer qu’un petit cénacle de ce genre eût existé au grand siècle, et qu’il eût ouvert son sein aux plus beaux esprits, et qu’il se fut honoré de l’adhésion de femmes telles que Mme de Sévigné, tout porte à croire que la Phèdre choisie eût été, non pas celle de Racine, mais celle de Pradon…

— « Raison de plus, riposta M. Dauze. On court des risques de se tromper ; c’est ce qui rendra l’expérience intéressante. Là où il n’y a pas de chances d’erreur, on n’a pas de mérite à deviner. Et quelle gloire pour les XX si, dans la supposition d’un nouveau Racine faisant une nouvelle Phèdre, ils ne se laissent pas influencer par les cabales ! i>

Telle était la conviction du promoteur qu’en peu de jours il réunit autour de lui les vingt compagnons, ou complices, désirés, qui sombreraient en sa compagnie si la chose tournait mal, ou se partageraient l’honneur en cas de réussite.

Les vingt audacieux — je fus l’un d’eux — ne se repentent pas.

Donc, voici cinq années déjà que la Société fonctionne.

Pierre Dauze n’a pas cessé d’en être le président et l’âme. Il a eu pour vice-président d’abord M. Georges Hugo, puis M. le Docteur E. Goubert. M. d’Anfreville en est le trésorier. Une bonne signature, celle de l’aimable M. d’Anfreville : on la lit sur les papiers bleus de la Banque de France.

La composition des XX n’est plus tout à fait celle du début, en 1897. Quelques désertions se sont produites ; mais les vides ont été aussitôt comblés, et rien ne montrera mieux la faveur qui s’attache à la Société que les noms des derniers venus : MM. A. Bordes, Brivois, Gallimard, Mariani, Barthou…

Une disposition très sage des Statuts ferme la porte aux éditeurs : il ne faut pas que la Société puisse être soupçonnée de subir l’influence de telle maison, ou simplement d’avoir des préférences pour elle. Les libraires sont pareillement exclus, afin que toute idée de spéculation soit écartée. Mais on a admis un relieur, M. Georges Canape, le successeur et continuateur de maîtres qui s’appelèrent Niédrée et Belz. L’Assemblée des sociétaires a voté des remerciements à M. Canape pour le soin et le goût avec lesquels il fait confectionner, chez lui, les cartonnages dans lesquels les exemplaires en feuilles sont livrés à ses collègues.

Quarante et un ouvrages, dans l’espace des cinq années écoulées, ont fait l’objet de tirages à vingt exemplaires, à la marque de la Société. Ces ouvrages sont signés des noms les plus variés et représentent les genres les plus opposés. On se rend compte que la Société a cherché dans toutes les voies, par la crainte de manquer la bonne et dans le désir de s’y engager. M. Paul Bourget, avec le Fantôme, coudoie tel poète décadent. M. Maurice Barrés voisine avec M. Catulle Mendès, M. le Vicomte Melchior de Vogué avec M. Pierre Louys. Il y en a pour tous les goûts. M. Léon Daudet figure dans la liste à côté de M. Anatole France. C’est tout dire.

Depuis quelque temps surtout, la Société, encouragée par la confiance de ses adhérents qui n’ont pas hésité à doubler le chiffre de leur cotisation annuelle, primitivement fixée à cent francs, a jeté son dévolu sur d’importantes publications artistiques que leur illustration assurait du succès. Ainsi elle compte dans sa collection La Bièvre, etc., de M. Huysmans, illustré par Lepère, les Contes de la Fileuse et Notre Ami Pierrot, de Jérôme Doucet, décorés par Garth-Jones et Louis Morin, les Œuvres choisies, de Willette, etc.

J’ai dit qu’en 1901 pour la première fois, les livres de la Société des XX ont subi le feu des enchères publiques.

Ce fut d’abord à la vente de M. Hartogh, qui eut lieu en Avril 1901 – ce fut ensuite à la vente Raisin, qui eut lieu en Décembre.

Cette vente-ci surtout fut intéressante pour qui veut apprécier le résultat. L’amateur avait eu soin de laisser ses exemplaires tels qu’il les avait reçus, dans leurs boites en carton. Un seul ouvrage, le Jardin des Supplices de M. Mirbeau, avait été, à sa demande, habillé par Canapé d’une très riche reliure mosaïquée ; il a dû à cette circonstance d’atteindre le prix de 361 fr. Mettons qu’il se fût vendu, non relié, 45 fr., comme chez M. Hartogh ; additionnons sous le bénéfice de cette réserve, le prix de cet ouvrage et ceux des quarante autres livres de la Société : nous trouvons un total d’environ 2.000 fr. ; or. M, Raisin avait, de 1897 à la fin de 1901, payé, comme sociétaire, des cotisations s’élevant ensemble à sept cent francs.

Espérons que la Société mettra quelque jour dans sa collection une Phèdre, la vraie, celle de Racine. En attendant, l’affaire est bonne et, de celte chasse amusante au chef-d’œuvre, on ne rentre pas bredouille.

 

On voit que l’activité a été intense : quarante livres, en cinq années, soit huit livres par an ; pour environ cent francs. Les livres étant des tirages à part, avec des singularités, par rapport aux tirages normaux du livre : le plus souvent, des couvertures spécifiques, mais cela peut inclure des papiers spéciaux, des dessins originaux, un format particulier – et un cartonnage spécifique, réalisé par Canape.

Exemples : livres de Jérôme Doucet.

L’article de D’Eylac (le baron de Claye) indique dans les premiers livres « de bibliophilie » retenus par la Société, deux ouvrages de Doucet : Les Contes de la Fileuse, publiés en 1901, et Mon ami Pierrot, publié en 1900. Un autre ouvrage, moins prestigieux, avait également été choisi, en 1900 : « trois lettres de femmes« .

Trois lettres de femmes.

Ce livre est décrit dans cet article. Ici, contrairement à la règle fixée, il ne s’agit pas d’un tirage particulier ; les vingt exemplaires tirés pour la Société sont sur Hollande, comme le tirage courant ; il n’y a pas de couverture particulière, pas de dessin inséré ; Jérôme Doucet signe bien les exemplaires.

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Les Contes de la Fileuse.

Ce livre est décrit ici. Le livre se présente sous un cartonnage (de Canape, donc), décoré ; sous ce cartonnage se trouvent :

  • le livre, tiré sur chine, broché ;
  • une suite complète de toutes les ornementations, sur chine, en feuille ;
  • le tirage de la couverture courante ;

 

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  • un dessin aquarellé, signé de Garth-jones.
  • le tirage de la couverture spéciale ;

 

La justification mentionne le tirage à vingt exemplaires, avec le timbre de la Société, qui figure également au dos du cartonnage.

Mon ami Pierrot.

Ce livre est décrit dans l’article sur Pierrot. Le livre est tiré sur Japon, avec deux suites, sur Chine et sur Japon, soit plus que les exemplaires de tête, tirés sur Japon avec une seule suite.

 

Il comporte deux couvertures supplémentaires, réalisées spécialement pour les XX, mais n’a semble-t-il pas de dessin original de Louis Morin.

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Les images sont issues de l’annonce publiée par la librairie Artgil, qui vend cet exemplaire (mai 2019).

Liste des membres.

Voici la liste des membres en 1898, telle que publiée par l’Almanach du Bibliophile :

  • M. Pierre Dauze, 10 boulevard Malesherbes, Président.
  • M. Georges Hugo, 15 rue de la Faisanderie, vice-président. C’est le petit-fils de Victor Hugo, père de Jean Hugo.
  • M. V. D’antreville, caissier principal de la Banque de France, trésorier-archiviste.

Membres :

  • Mme Juliette Adam, 150 boulevard Malesherbes.
  • Mme Léontine Arman de Caillavet, 12 avenue Hoche. C’est la maîtresse d’Anatole France.
  • S.A.I. le prince Roland Bonaparte, 10 avenue d’Iéna. C’est le père de Marie Bonaparte, petit-fils de Lucien Bonaparte.
  • M. Léon Bourgeois, député, 50 rue Pierre Charron.
  • M. Georges Cahen, 41 bis, rue de Châteaudun.
  • M. Georges Canape, 18 rue Visconti.
  • M.Raymond Claude-Lafontaine, 7 rue de la Tour-des-Dames.
  • le Baron de Claye, 52 bis, rue de Varenne. Il utilise d’Eylac comme pseudonyme.
  • M. E. Courtot, intendant du 5eme corps d’armée, à Orléans. Il s’agit de Alfred-Eugène Courtot, né en 1838, mort en 1914, intendant général, commandeur de la Légion d’Honneur.
  • Docteur Émile Goubert, 6 rue Baudin.
  • M. Hartogh, docteur en droit, 7 boulevard Pereire. Il s’agit de Louis Hartogh, dont une première  bibliothèque sera vendue en 1901 à Drouot – voir plus bas.
  • M. Charles Hemour, boulevard Truphème, à Marseille.
  • M. Adrien Lachenal, conseiller fédéral, à Berne. Né en 1849, mort en 1918, président de la Confédération en 1896.
  • M. Roger Marx, 105, rue de la Pompe. Critique d’art, né en 1859, mort en 1913.
  • M. Frédéric Raisin, avocat du Consulat de France, 30 rue du Rhône, à Genève. Né en 1851, mort en 1923, député au Grand Conseil et au Conseil des États, auteur et traducteur de poésies (source : IdRef).
  • M. Léon Schück, 1 place Saint-Férréol, à Marseille. né en 1857, mort en 1930, il est également membre des Cent Bibliophiles, du Livre d’Art et du Livre Contemporain.
  • M. Victor Souchon, agent général de la Société des Auteurs et Compositeurs de musique, 17 rue du Faubourg-Monmartre.

 

 

Article de Pierre Dauze – Revue Biblio-iconographique, 1901.

Comme on l’a vu dans l’article du Bulletin, en 1901, la bibliothèque de Louis Hartogh est vendue aux enchères à Drouot, avec un catalogue établi par Durel.

Voici la présentation de cette vente, par Pierre Dauze, dans la Revue Biblio-iconographique, qu’il dirige :

Encore un dernier mot pour attirer l’attention des collectionneurs de livres modernes, non sur une vente passée, mais sur une à venir. Nous voulons parler de celle de beaux livres modernes très bien reliés, éditions originales d’auteurs contemporains, et ouvrages enrichis d’aquarelles, composant la bibliothèque de M. Louis Hartogh. Cette bibliothèque présente la particularité de renfermer, en dehors de quelques beaux, livres rares, toute une série d’ouvrages sur grand papier, épuisés en librairie, recherchés depuis, mais qui verront, tout au moins pour une partie, le feu des enchères pour la première fois. Se trouve dans ce cas, la collection complète des tirages effectués pour la Société « Les XX » dont le propriétaire de cette bibliothèque faisait partie. Cette Société a été constituée, comme on le sait, en 1897, et, bien que dans ces cinq années, elle ait fait tirer successivement pour ses vingt membres une trentaine d’ouvrages, la plupart sur papier à son timbre, et en tout cas, toujours sur une sorte non mise dans le commerce numérotés et signés par les auteurs, ce sont les premiers qui, en condition régulière et parfaite, passent non seulement en vente publique, mais nous pouvons même dire en librairie. Chose curieuse, en effet, jusqu’ici aucun de ses membres passés ou présents ne s’est dessaisi d’un seul de ses livres, et comme plusieurs nouveaux venus aux « XX » paraissent désireux de se compléter, les enchères pourront, de ce fait, présenter un certain intérêt notamment celui de fixer une valeur absolument inconnue auparavant. La concurrence n’en sera que plus vive, si quelques amateurs non sociétaires, désirent également se procurer quelques-uns de ces trente numéros qui seront adjugés par MM. Delestre et Durel le 28 avril et les quatre jours suivants.

 

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les maîtres anciens

En 1905, Doucet a publié, chez Juven, un recueil de notices artistiques : les peintres français. Ce livre a un un succès certain ; au point que quelques années plus tard, un second volet est publié : les maîtres anciens.

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Ce livre est toujours publié par Juven – cette fois-ci il regroupe des notices sur les artistes suivants :

  • Giotto, les Della Robbia, Memling, Dürer, Holbein, Rubens, Velasquez, Rembrandt, Murillo.

On voit que le propos est différent ;  s’il manque des grands noms (Vinci, Michel-Ange, Goya…) les artistes retenus sont et demeurent des maîtres incontestés.

Comme pour le premier volet, le texte est très didactique ; une part importante est laissée à la partie biographique et anecdotique ; chaque artiste est replacé dans une chronologie de l’art assez scolaire.

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Le livre se présente sous le même format ; un in-8° de 19 cm x 28 cm, de 319 pages, sous cartonnage de l’éditeur ; il est illustré de nombreuses reproductions photographiques en noir, et imprimé par Paul Dupont, à Paris, en septembre 1911. Le livre est publié pour les étrennes ; il se vend 6 francs. L’adresse de l’éditeur a changé : 13, rue de l’Odéon.

Contrairement au premier volet, il comporte une dédicace :

à la princesse Smaranda Mourousy
en souvenir de nos visites du Louvre
en témoignage de respectueuse amitié.

La princesse Smaranda Cantacuzino (née en 1848, décédée en 1925) est l’épouse de du prince roumain Dimitrie Mourousy, général, né en 1847, mort en 1916 ; c’est la grand-mère d’Alexandre Rossetti, à qui Doucet dédicacera un autre ouvrage, en 1921 : la légende des mois.

Le livre paraît en fin d’année 1911, pour les étrennes ; et des compte-rendus (fournis par l’éditeur) lui sont consacrés dans la Presse, tels que celui-ci :

  • la Liberté, 20 décembre 1911 :

l’éclatante faveur qu’ont rencontrée les Peintres français a amené Jérôme Doucet à présenter les Maîtres anciens et leurs principaux chefs-d’oeuvre. Ceux-ci, reproduits photographiquement, sont accompagnés de monographies anecdotiques et très documentées. (1 vol, 6 fr). Et voilà un ouvrage qui instruira les enfants et les jeunes gens et que les lecteurs d’âge mûr feuilletteront, eux aussi, avec le plus grand plaisir.

Ces deux livres se sont effectivement très bien vendus ; ils ont été proposés dans plusieurs cartonnages différents, et sont aujourd’hui encore très courants – leur valeur est donc tout à fait minime.

Extraits.

Voici quelques extraits ; en général, le dernier paragraphe de chaque notice – avec une reproduction de tableau, issue de Wikipédia, correspondant dans la mesure du possible aux illustrations retenus par Doucet.

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  • Giotto

Que l’on compare au Maître de 1200, par exemple, cet artiste singulier dont le nom a causé bien des combats artistiques, Cézanne, et l’on sera surpris puis aussitôt l’on comprendra comment il y a tant d’analogies entre des oeuvres si distantes en apparence.
Des âmes neuves, mais hautes, des natures artistes, mais frustes, en face du même modèle, qui jamais ne change : la vie, avec leurs seules ressources devaient forcément, par des moyens semblables, arriver à une expression fort analogue, où la sincérité domine parfois jusqu’à la naïveté.

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  • les Della Robbia

Rêveur puissant, Andréa concentra toute sa pensée dans la composition de son bas-relief; pieux, sincère, détaché des choses d’alentour, il a si conserver à son ciseau un style sacré, qui est plus qu’une personnalité et atteint l’originalité sublime. de la sorte avec sa vision personnelle constamment aiguisée, il a pu rénover des scènes trop souvent traduites, comme la Crucifixion, où tous les personnages ont isolément une expression particulière d’une douleur spéciale, dans la poignante tristesse de l’ensemble.

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  • Memling

La châsse de Sainte Ursule est la pièce capitale, terminée en 1489 ; qu’il nous soit permis de noter comment elle est restée à Bruges conservée pieusement par les Ursulines. Elle faillit, en effet, venir en France au moment des guerres de la République. Les commissaires français à qui on avait donné ordre de réclamer « la châsse » pour les musées français vinrent la demander aux religieuses. Elles répondirent naïvement qu’il n’y avait aucun sujet de chasse, au pieux hôpital, et de la sorte le trésor ne vint pas à Paris.
Les autres oeuvres de Memling ont disparu, ou peut-être ce peintre méticuleux et peu besogneux ne fit-il que peu de choses, apportant à chacune de longs soins et de multiples heures de travail.

Dürer_-_Alte_Pinakothek

  • Dürer

Peintre puissant, dessinateur d’abord et dessinateur merveilleux, il nous montre de l’art décoratif tant pas les dessins d’orfèvrerie, d’ex-libris, de fresques qu’il composa, que par l’arrangement prestigieux de  ses toiles et des paysages où vivaient ses portraits.
Il est doué d’une imagination exubérante, d’une invention jamais prise au dépourvu et toujours pittoresque ; il est aimable ou cruel, mystique ou positif selon les sujets ; il peint une figure admirablement douée de la Madone, un masque hideux de la Mort, ou la tête vivante et fripée d’un vieillard et toujours, partout, on retrouve la vie, on reconnaît sa patte. C’est la variété infinie dans une exécution homogène, personnelle, unique.

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  • Holbein

Même si on enlève au catalogue des pièces de Holbein ce qui est douteux ou n’est même pas absolument sûr, il reste encore de quoi montrer que ce fut un être admirable. Portraitiste de premier ordre, décorateur d’une ingéniosité charmante, graveur émérite, illustrateur superbe, philosophe, penseur, humoriste, Holbein a fait faire à son art, à l’art en général, un pas énorme en Angleterre comme dans son pays.

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  • Rubens

La place de Rubens est […] considérable, telle qu’il résume à lui seul toute la peinture anversoise de son époque et qu’il semble presque que Van Dyck soit d’un autre temps, parce que le génial portraitiste est le seul qui puisse résister et rester auprès du peintre de Marie de Médicis.

Velazquez-les_fileuses

  • Vélasquez

Il fit usage dans ses œuvres d’une manière de peindre abrégée, abreciada, comme il dit ; il peignait d’un premier jet des ébauches admirables, à peine couvertes.
Ces peintures sont merveilleuses : à peine indiquées de près, elles sont si justes d’effet, si synthétisées, qu’en s’éloignant, comme dans un brouillard, les choses apparaissent et se dessinent, se précisent.
Le fameux tableau dit des Fileuses appartient à cette série de merveilles ; il est très important et complet, et date vraisemblablement de 1654 ou 1655.

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  • Rembrandt

De l’éclairage conventionnel, un peu enfantin du Changeur, à l’incomparable lumière de la Ronde de nuit, composition surprenante d’une magistrale exécution, il y a un monde, mais ceci encore est à la gloire de Rembrandt qui dut de son début à son apogée, on peut dire même jusqu’à la mort, suivre toujours une voie ascendante, à pic semble-t-il, et passer du curieux et de l’intéressant au sublime, au génial.

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  • Murillo

C’était une belle âme d’artiste, richement douée, dans un corps d’honnête homme.C’est donc un exemple, en tous points, pour les artistes de tous les temps.

 

les peintres français

Au début du siècle, Doucet a un éditeur, Félix Juven, chez qui il publie de nombreux livres pour enfants, comme Contes merveilleux, en 1904. Mais cet éditeur n’est pas seulement un éditeur pour la jeunesse ; et en 1905, Jérôme Doucet lui donne à publier un ouvrage d’un tout autre genre : les peintres français.

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Il s’agit d’un recueil de quatorze études sur des peintres, pour la plupart actifs au XIXe siècle – avec deux exceptions, les deux premiers Vernet, Claude-Joseph et Carle. Il se présente sous la forme d’un épais in-8) de 318 pages, au format 19 cm x 28 cm ; sous différents cartonnages, il est imprimé par Paul Dupont, 144 rue Montparnasse, Paris, en août 1905 ; et publié par la Société d’Édition et de Publications / Librairie Félix Juven / 122, rue Réaumur, 122.

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Les peintres retenus sont les suivants :

  • Ignace-Henri-Jean-Théodore Fantin-Latour (1805-1875)
  • Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875)
  • Claude-Joseph Vernet (1714-1789)
  • Antoine-Charles-Horace, dit Carle Vernet (1758-1836)
  • Horace Vernet (1789-1863)
  • Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
  • Jean-Paul Laurens (1838-1921)
  • Adolphe-William Bouguereau (1825-1905)
  • Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
  • Jules-Adolphe Breton (1827-1906)
  • Jean-Louis-Ernest Meissonier (1815-1891)
  • Eugène Fromentin (1820-1876)
  • Adolphe Yvon (1817-1893)
  • Jean-François Millet (1814-1875)

A lire cette liste, il semble évident que le livre ne cherche pas à faire oeuvre de vulgarisation, ni d’éducation ; encore moins de modernité. Les peintres retenus sont pratiquement tous compatibles avec un idéal bourgeois, voire petit-bourgeois ; on ne trouve rien qui fâche dans cette liste ; aucun impressionniste, aucun des grands noms, aujourd’hui universellement reconnus – Courbet, Renoir, Pissarro, Gauguin, Cézanne, Van Gogh… Alors que certains noms retenus sont maintenant largement oubliés, au moins du grand public, comme Yvon, Laurens, Breton.

Ce choix ne reflète certainement pas les goûts de Doucet, qui admire Pissarro, Van Gogh, Jongkind, qui est familier de la peinture des impressionnistes. Non, cela ressemble plutôt à un choix éditorial, de mettre en avant des gloires, pas forcément de l’histoire de l’art, mais plutôt du roman national.

Le traitement est également composite ; on parle de l’art des artistes, certes, mais aussi de leur biographie, avec de nombreuses anecdotes ; et on aborde également des questions plus triviales, comme la cote passée et actuelle des dits artistes. En ce sens, le livre reste instructif, sur la réception, au début du siècle de tout un pan de l’art français – l’art académique, voire pompier dans certains cas, certes.

Le livre est publié en fin d’année, pour les étrennes ; et il est vendu 7 francs. Les notices sont illustrées de nombreuses photographies, reproductions en noir de tableaux et dessins des artistes concernés. Voici ce qu’en dit la revue l’Art et les Artistes, de son ami Armand Dayot :

Fantin-Latour, Corot, les trois Vernet, Ingres, J. S. Laurens, Bouguereau, Puvis de Chavannes, Jules Breton, Meissonier, Fromentin, Yvon, Millet. Telle est la liste des peintres français dont M. Jérôme Doucet raconte la vie et, d’une plume vive et savante, analyse les travaux. Ce livre, destiné à figurer dans toutes les bibliothèques d’art, est orné d’une suite de reproductions empruntées à l’oeuvre de chacun des artistes.

De même, dans les Annales Politiques et littéraires, un autre ami de Doucet, Adolphe Brisson, donne cette chronique :

Dans un autre volume, les Peintres Français, je trouve d’aimables historiettes que Jérôme Doucet a recueillies.

En 1867, à l’Exposition universelle, Jules Breton était assis à côté de Millet le jour de la distribution des récompenses ; le hasard, ou leur volonté, avait bien fait les choses, en rapprochant deux maîtres si bien faits pour se comprendre, et Millet, en manière de conclusion, disait à Breton :

— Nous cherchons tous deux l’infinie nature ; ne sommes-nous pas libres de suivre le sillon que nous aimons : vous, les liserons des blés, et, moi, les rudes moissons ?

Infortuné Millet ! Ses tableaux, qui se vendent, aujourd’hui, au poids de l’or, lui rapportaient à peine de quoi subsister. Du moins éprouva-t-il, dans sa misère, le grand cœur de quelques rares amis qui le secoururent, et avec quelle délicatesse! L’anecdote suivante en fait foi. Elle est connue, il est vrai, mais bien jolie: C’était le temps où Millet exposait son tableau le Greffeur, que les vrais amateurs couvraient d’éloges, mais n’achetaient point.

Si la louange venait, la fortune se cachait toujours : personne ne demandait à acquérir le Greffeur. On allait fermer l’Exposition. Millet se désespérait quand, un soir, Théodore Rousseau vint le voir :

— Un Américain, qui m’a acheté ma toile, m’a demandé si je te connaissais ; il veut bien acheter ton Greffeur; mais il n’a que quatre mille francs à te donner.

— Son nom? fit Millet, aux anges.

— Ma foi, je n’en sais rien.

— Peu importe, dit Millet, donne, et donne vite !

Rousseau vendit le Greffeur et apporta les quatre mille francs. On sait, aujourd’hui, le nom de l’Américain providentiel : c’était Rousseau lui-même qui, ne voulant pas blesser la juste susceptibilité de Millet, lui faisait cette exquise charité.

Du même coup, Rousseau plaçait avantageusement son argent. Et cela prouve que la vertu est, parfois, récompensée.

conclusions

Voici les derniers paragraphes des notices de Doucet, pour chaque artiste – Doucet prophétise, et se trompe un peu sur la postérité de certains d’entre eux.

A studio in the Batignolles, by Henri Fantin-Latour

  • Ignace-Henri-Jean-Théodore Fantin-Latour (1805-1875)

Il fut [..] aimé et estimé de tous ceux qui l’approchèrent. Si on ne lui donna pas de son vivant tout ce qu’il méritait, s’il attendit presque jusqu’à la fin de sa carrière la vente et les succès, s’il ne connut jamais les honneurs, il goûta d’autres douceurs de la vie : celles de l’intimité, celles que l’on puise en soi-même.
Et c’est une figure belle et simple, qu’il est utile et profitable d’étudier à côté de tant de figures d’artistes qui vivent trop dans le monde, trop éloignés de ce chevalet, alors que la vie de Fantin se passa tout entière à son cher travail.

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  • Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875)

« le style, c’est l’homme », a dit Buffon ; il eût pu dire de même  » l’oeuvre, c’est l’artiste » : tout Corot avec sa grande âme généreuse, avec sa vision large et sa noble générosité se trouve dans son oeuvre.
La façon magistrale dont les sujets sont vus, interprétés, exprimés, sans mesquinerie comme sans exagération, n’est que le pur et beau reflet de cette haute et grande figure qui survivra à la mode et résistera à la spéculation.

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  • Claude-Joseph Vernet (1714-1789)

[..]Malgré des inégalités, malgré des bas, des médiocrités dues à sa trop grande production et à sa merveilleuse facilité, il demeure un vrai peintre, un grand peintre et un des beaux paysagistes de notre pays, et à coup sûr un précurseur non seulement de Corot, mais de tout le mouvement de 1830 qui révolutionna complètement la conventionnelle tactique des paysagistes d’alors.

carle_Vernet_-_Louis-Philippe_duc_d'Orléans_(1773-1850)_en_uniforme_de_colonel-général_des_Hussards

  • Antoine-Charles-Horace, dit Carle Vernet (1758-1836)

Le bel artiste a dit sur lui-même, à la veille de mourir, la parole la plus juste qui soit : « C’est singulier comme je ressemble au grand dauphin : fils de roi, père de roi, et jamais roi… »
Fils de Joseph, père d’Horace, Carle fut un déliceux croquiste et non, comme eux, un peintre robuste et durable.

Horace_Vernet_-_La_Barrière_de_Clichy

  • Horace Vernet (1789-1863)

Horace Vernet fut un peintre d’une rare fécondité, et ses peintures vont de la vignette d’illustration au vaste panorama. Sa gloire fut énorme de son vivant la critique, par contre, fut sans pitié depuis sa mort ; il n’est pas un vrai, un bon peintre, il l’a dit lui-même dans son bon sens : « Je sais ce qui manque à mes ouvrages, quant à l’idée et quant à l’exécution. Que voulez-vous ? il faut m’avaler comme je suis ; je n’ai qu’un robinet, mais il a bien coulé, et quiconque, après moi, s’avisera de l’ouvrir, en verra sortir rien de bon. J’ai immensément travaillé, j’ai gagné des millions qui ont passé je ne sais où, j’ai bien vécu, j’ai beaucoup parcouru le monde, comme dit la chanson, j’au vu beaucoup de choses, trop de choses pour ma tête qui n’est pas forte… »
Ce fut un sage qui se connut soi-même.

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  • Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)

[..]On reconnait que sous sa forme si académique, Ingres fut un des premiers et le plus grand révolutionnaire en notre art.
Et même avec raison, car l’incompatibilité n’est qu’apparente entre les deux mérites, les amateurs aujourd’hui réunissent dans leur galerie au même rang, les toiles brillantes, éclatantes de Delacroix et les œuvres calmes et fortes de notre maître. 
La gloire finale – qui est fille de la justice – réunit ces deux ennemis féroces malgré leurs diamétrales tendances ; et auprès des faiblesses de dessin que la couleur de Delacroix rend acceptables, la science impeccable du dessin fait paraître immortelles les toiles grises de J.-B. Dominique Ingres. 

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  • Jean-Paul Laurens (1838-1921)

Jean-Paul continue à ressembler à Michel-Ange, non seulement par le masque, mais encore par la grandeur et la majesté du talent.
C’est une des plus belles et des plus simples figures que l’on connaisse ; l’approcher, c’est l’admirer ; le connaître, c’est l’aimer ; ces pures gloires, dont la modestie égale la grandeur, sont des exemples qu’il faudrait pouvoir montrer à tous, car elles réconfortent et sont, pour un pays, cent fois plus belles que toutes les victoires.

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  • Adolphe-William Bouguereau (1825-1905)

L’institut ouvrit, en 1876, ses portes à William Bouguereau ; il a passé par tous les grades de la Légion d’Honneur ; il est commandeur et sera grand officier demain. Et, cependant, on ne peut le taxer d’être intriguant ; n’est-ce donc pas la preuve absolue de la force irrésistible de ce que le latin nommait labor improbus, le plus bel encouragement pour celui qui voit, dans le travail et l’idéal toujours poursuivis, le plus sûr moyen d’arriver sinon à la gloire, du moins à l’estime et à coup sûr au repos et au calme de sa conscience ?

Au moment où nous mettons sous presse la nouvelle de la mort du gfrand artiste nous arriva, non pas foudroyante, car le mal l’avait terrassé depuis quelque temps mais cependant inattendue.
William Bouguereau s’est éteint à quatre-vingts ans, à La Rochelle, sa ville natale. Un labeur incessant, une production sans égale, ont bien rempli ces longues et fructueuses années, et Bouguereau est la preuve nouvelle que le travail honore, enrichit et conserve.

NB : Bouguereau est mort le 19 août 1905 ; l’achevé d’imprimer est daté de 08-1905.

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  • Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)

Une des peintures les plus connues de Puvis de Chavannes est la toile du Luxembourg : Pauvre Pêcheur. A-t-il été assez bafoué, caricaturé ce Pauvre Pêcheur ! mais peu à peu on s’est habitué à ce qu’on jugeait grotesque et qui n’est qu’entièrement vrai.[..]
Puvis était Lyonnais. Fils de cette belle cité mystique et que les brouillards du Rhône et de la Saône ont rendue quelque peu mélancolique, son âme de Lyonnais se retrouve tout entière dans ce pauvre pêcheur ; en lui se retrouvent ces deux vérités :
On peut avec un rien faire un immortel chef-d’oeuvre ; 
On peut imposer à la foule, si l’oeuvre est belle, une formule universelle qui la froisse, la surprend ou la dépasse. 

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  • Jules-Adolphe Breton (1827-1906)

Il a beaucoup lu, beaucoup vu, beaucoup travaillé ; il est le fils de ses œuvres et ses œuvres représentent une école tout entière ; il est un maître et sas place est solide ; rien, ni la mode, ni la nouveauté, ne viendra détrôner Jules Breton.

Meissonier_-_1814,_Campagne_de_France

  • Jean-Louis-Ernest Meissonier (1815-1891)

[..]Il fut une gloire universelle, il valut à la France une renommée à l’extérieur qui fit pâlir celle de Menzel, l’Allemand, et cette gloire internationale fut couronnée à l’Exposition universelle de 1855, lorsque le jury international désigna Meissonier, et Meissonier seul, pour une grande médaille d’honneur.
[..]Le nom de Meissonier n’en continuera pas mois à être universel, et, je crois, immortel.

FROMENTIN_Chasse_au_faucon_en_Algerie_;_La_curée

  • Eugène Fromentin (1820-1876)

[..]un peu d’oubli, injuste, s’est fait autour de cette jolie figure ; il est temps qu’on reparle de Fromentin et qu’on lui redonne sa vraie place.
Un monument suffira, car il rappellera un nom qui n’est pas oublié, il fera regarder à nouveau des oeuvres dont le mérite ne sera jamais discuté, il consacrera définitivement un homme à qui on peut reprocher en somme que d’avoir du talent pour différentes  branches de l’art, et cela est un doux reproche, c’est ce que les gens du peuple appellent en leur langage imagé : « Se plaindre que la mariée est trop belle. »

Yvon_Bataille_de_Solferino_Compiegne

  • Adolphe Yvon (1817-1893)

N’oublions pas la très pure et grande page l’Évangile éternel, ou le Triomphe du Christianisme, où s’étale librement la grande et belle âme d’Adolphe Yvon.
Elle nous montre l’étendue de son talent ; mais, pour l’histoire, Yvon sera ce que fut Horace Vernet pour la monarchie de Juillet, le peintre du second empire, le digne évocateur de Malakoff et de Solférino.

JEAN-FRANÇOIS_MILLET_-_Ángelus__Orsay,_1857

  • Jean-François Millet (1814-1875)

[..] il est ému et nous émeut, il nous montre sans révolte, mais avec des larmes, les misères qui nous entourent. C’est un socialiste, mais un socialiste chrétien. « Aidez-vous et aimez-vous les uns les autres, » dit-il, écoutant la parole du Christ ; l’auteur de l’Homme à la houe et de l’Angélus, est à la fois, une âme de haute allure, un coeur de bonté infinie, un être de pure et belle religion. C’est un des grands maîtres ; c’est une gloire pour son pays.

Nb : les tableaux reproduits proviennent de Wikipédia ; dans la mesure du possible ils correspondent à des tableaux reproduits ou évoqués dans le livre de Doucet.

 

 

 

 

 

 

 

quelques estampes gracieuses et précieuses du XVIIIe siècle

Jérôme Doucet est connu comme auteur de livres pour enfants ; également comme bibliophile, en tant qu’auteur, et éditeur. Mais une part importante de son activité est maintenant pratiquement oubliée ; il s’intéressait à l’art, comme éditeur, avec le Livre et l’Estampe, comme critique, et comme vulgarisateur. J’ai recensé dans cet article ses contributions principales dans ce domaine.

Voici un exemple de ses productions ; exemple modeste – il s’agit d’une brochure publicitaire : quelques estampes gracieuses et précieuses du XVIIIe siècle.

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l’objet se présente sous la forme d’une chemise cartonnée, fermée avec deux élastiques (qui se sont distendus avec le temps) ; le dos et les coins sont toilés, les plats sont recouverts d’un papier marbré, à l’image des cartons à dessins bien connus des étudiants en art.

Aux second et troisième plat de la chemise nous trouvons la publicité du pharmacien qui finance cette publication, P. Longuet, 50 rue des Lombards, à Paris. C’est donc une publication publicitaire, distribuée à grande échelle ; et effectivement cette brochure n’est pas rare ; mais elle n’est pas toujours complète.

L’ouvrage, sous un carton de format 23 cm sur 29 cm, est composé de feuillets in-quarto, de format 21,5 cm sur 27 cm ; le papier choisi est un Hollande VanGelder Zonen épais ; le premier cahier comporte le faux-titre, une page blanche, le titre, avec une vignette gravée ; une page blanche, et l’avant-propos, de Jérôme Doucet, sur 4 pages.

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La page de titre indique :

QUELQUES ESTAMPES
GRACIEUSES & PRÉCIEUSES
DU XVIIIe SIÉCLE
Préface et Notices de JÉRÔME DOUCET

A PARIS
chez LONGUET
rue des Lombards, 50

Gravé par Devambez
MCMXIII

Ensuite viennent les gravures, avec toujours la même mise en forme : un feuillet comportant le titre de la gravure, ainsi que la notice de Doucet, sur trois pages ; la quatrième page du feuillet est laissée blanche. Dans ce feuillet est insérée une feuille de papier dessin bleu, sur laquelle est collée la gravure en question.

Les notices de Doucet sont relativement détaillées ; il s’agit bien de vulgarisation, mais destinée à un public cultivé ; j’en donne un exemple avec la notice de la gravure de Dubucourt, en annexe, après l’Avant-Propos.

Les six gravures retenues sont :

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  • la promenade du jardin du Palais-Royal, peint par Desrais, gravé par Le Coeur

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  • l’accordée de village, d’Antoine Watteau, gravé par Larmessin

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  • l’embarquement pour Cythère, d’Antoine Watteau, gravé par N.-H. Tardieu

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  • le coucher de la marièe, d’Antoine Baudouin, gravé par Simonet

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  • la promenade publique, peint et gravé par Debucourt

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  • les hasards heureux de l’escarpolette, d’Honoré Fragonard, gravé par Nicolas de Launay.

 

 

Avant-propos

Certes, avant le XVIIIe siècle, la gravure a compté nombre d’habiles artistes et de pièces aujourd’hui précieuses, voire gracieuses, mais vraiment il faut reconnaître que, brusquement pourrait-on dire, à coup sûr merveilleusement, une admirable éclosion d’estampes se produisit vers le milieu du Siècle de la grâce et de la frivolité.

Non seulement les sujets évoluent, mais les procédés naissent variés et plaisants, se développent spontanément, arrivent à une virtuosité, une perfection telles, que nos meilleurs graveurs, nos plus habiles taille-douciers ne sauront les atteindre, encore moins les dépasser, et que les artisans eux-mêmes qui tirent ces épreuves sont des artistes inimitables.

C’est pourquoi un engoûment, parfois exagéré pourtant, est né à son tour plus d’un siècle après pour ces pièces curieuses, souvent délicieuses, pourquoi quand elles passent par hasard, de plus en plus rares, dans les ventes publiques, elles atteignent parfois plusieurs milliers de francs. Certes, la rareté elle-même, le snobisme et aussi l’orgueil de tout collectionneur enragé jouent leur rôle dans l’importance de ces prix fastueux, mais cependant la beauté même des estampes, leur agrément, leur valeur décorative, le charme indiscutable qui se dégage de leur vue sont des raisons puissantes pour justifier notre emballement.

Il est d’ailleurs universel et général, dans tous les pays on s’arrache ces pages délicates, toutes les classes de la société les admirent et les comprennent, parfois pour des motifs différents peut-être, mais toutes elles plaisent à quiconque les regarde.

Aussi les épreuves anciennes sont-elles devenues si rares aujourd’hui qu’on ne peut à priori se les procurer quand on les désire ; bien que le nombre des marchands d’estampes soit considérable et leurs cartons fort bourrés, on n’y trouve jamais plus l’une de ces planches fameuses, sauf toutefois en de déplorables contrefaçons, souvent si médiocres, qu’il ne reste presque plus rien de ce qui faisait le charme de la gravure originale, parfois au contraire si bien truquées qu’on s’y peut tromper au détriment de sa bourse. C’est pourquoi, à défaut d’autre chose, contentons-nous d’une bonne repro­duction, d’une copie fidèle, sincère, jolie, qui évoque la planche originale, comme une très belle photographie rappelle à nos yeux l’image d’un être cher, mieux même dans sa simplicité loyale et pratique que le portrait médiocre et pré­tentieux.

C’est le rôle que veut jouer ce petit carton où sont réunies non les principales estampes de ce XVIII’ siècle admirable, elles sont trop, non les plus connues car elles sont un peu frivoles peut-être pour tous les yeux, mais les plus typiques, les plus gracieuses et aussi les plus précieuses tant au point de vue de la valeur pécuniaire que de l’art unique du graveur et du mérite du peintre.

Elles donnent aussi un échantillon des diverses manières de graver et d’imprimer de l’époque, depuis le burin de Watteau jusqu’au lavis de Debucourt, en passant par les planches regravées sur eau-forte d’après Baudouin, le petit maître favori de ce demi-siècle frivole et voluptueux.

Résumons en quelques mots les procédés de gravure, les manières de tirage de cette période capitale, de ce grand siècle de la gravure, de cet âge d’or de l’estampe.

C’est d’abord le patient et robuste burin où triomphe Nanteuil avec les portraits admirables qui closent le XVIIe, et que Drevet continua dans ses effigies robustes comme celle de Bossuet d’après Rigaud, puis plus délicatement, plus plai­samment, Lépicié et Surugue d’après Chardin ou Coypel, Scotin, Aveline, Baron, Le Bas, Dupuis, Audran même d’après Watteau, Choffard d’après Baudouin, Cars d’après Lancret, Gaillard et toute une armée d’artistes d’après Boucher.

Boucher et Watteau ! Arrêtons-nous une seconde pour dire qu’ils furent, l’un par son burin même, l’autre par son pinceau, les inspirateurs de ce XVIIIe adorable, les évocateurs des maîtres comme des gravures de cette incom­parable période.

Watteau a fait jaillir toute la formule dérivée de l’eau-forte que Rembrandt avait déjà donnée ; Boucher, avec son crayon et son pastel qu’on voulut imiter, amène les Marin-Bonnet, les Demarteau, puis les Dagoty, les Janinet, les Alix, les Debucourt à découvrir et à formuler la gravure en manière de crayon, à la roulette, au lavis, à la manière noire, au grain, la gravure en couleurs, ce triomphe du XVIIIe , cette source d’où coulèrent à flots une foule d’estampes sans prix aujourd’hui.

Après Boucher et Watteau, Honoré Fragonard arrive qui, à lui seul, eût suffi pour donner la formule à l’estampe du XVIlle tant pour la composition que pour le procédé, car il fut un aquafortiste remarquable, mais il fut surtout un inspirateur et ne fit que donner un élan nouveau aux buri­nistes du cuivre.

Ici nous avons réuni dans ces six planches un type double, pouvant former ce pendant décoratif si souvent voulu dans les estampes destinées à la figuration murale, de ces procédés spéciaux du XVIIIe. C’est le burin qui mord le cuivre de sa pointe aiguë et robuste pour y tracer la ligne souple, pro­fonde, colorée par la différence  de la taille, de l’épaisseur, du creux, où l’encre se posera pour être ensuite déposée comme un dessin sur la feuille de papier ; puis l’eau-forte si alerte, si libre, si souple que le burin complétera pour donner la gravure la plus nombreuse de cette période, enfin la gravure au lavis, au grain, qui permet l’encrage de tons variés, ou le repérage de planches différentes avec le tirage à la poupée ou l’impression en couleurs.

Il faudrait tout un livre pour développer ou même exposer ces procédés variés, ces recettes savantes, ces cuisines savoureuses. Contentons-nous ici d’en présenter aux yeux les résultats obtenus, avec l’espoir, à défaut d’avoir su apprendre quelque chose de nouveau, d’avoir peut-être apporté un contentement passager et éveillé surtout une curiosité saine et plaisante, pleine de satisfactions, la curiosité de la collection d’estampes gracieuses.

La promenade publique – Notice par Jérôme Doucet.

Nous voici en présence de la planche la plus capitale du XVIIIe siècle, nous ne voulons pas dire la meilleure, mais vraiment la plus précieuse pour tout ce qu’elle renferme de composition, d’exécution, de notation historique, de transformation dans la vision et surtout de procédé, d’habileté de gravure. Nous pouvons d’ailleurs ajouter capitale aussi pour la valeur marchande, car c’est peut-être elle qui détient, qui, à coup sûr, détiendrait le record de l’enchère si elle passait en vente publique. Aux ventes Barrot et Gerbeau en 1907 et 1908 elle dépassa cinq mille francs, de nos jours elle ferait, en belle condition d’avant-lettre, peut-être le double.

Et pour cette page nous ne nous gendarmerons pas, nous ne crierons pas au snobisme aveugle, à l’exagération ridicule, c’est vraiment un morceau de choix. C’est bien le type de la gravure en couleurs, dont nous donnons à l’avant-propos la savoureuse cuisine, celle-ci est des plus réussies par l’effet décoratif comme par la fraîcheur, la précision du coloris.

Puis elle est amusante dans le meilleur sens du mot, curieuse, littéraire.

C’est que Debucourt eut cette valeur particulière  d’être d’abord un dessinateur, un peintre de talent, avant de devenir le graveur, il ne fut pas un ouvrier prestigieux, il fut un artiste complet. C’était d’autant plus indispensable en ce cas que l’on ne voit guère un artisan en face d’une semblable composition à traduire d’après un autre ; la variété des couleurs, leur vivacité eût sombré dans le bariolage et la crudité, la multitude des personnages fût devenue un fouillis entre des mains moins habituées à traduire les valeurs, à exprimer les plans.

Debucourt eut vraiment aussi un don particulier de graveur, personne ne poussa plus loin que lui cette science délicate du maniement adroit des outils de cet art.

Il commençait par un trait d’eau-forte très fin qui fixait le contour du dessin, les silhouettes de la composition, ce trait était sûr à la fois et léger, grâce à la science du dessinateur, fixant lui-même son croquis, sa pensée, sa vision, dans cette mise en place ; avec son berceau il modelait sur le cuivre toute la gamme des tons du noir au blanc, du sombre à la lumière, avec des finesses d’estompe : il peignait avec son outil ; c’est la fameuse manière noire dont l’école anglaise sera si fière plus tard, qu’elle portera à l’inouï de l’habileté sans atteindre cette perfection du goût.

Louis-Philippe Debucourt est un Parisien de Paris, est-il besoin de le dire, en face de cette page où apparaît, fin et gai, tout l’esprit du boulevard, où perce la note caricaturale qui sera le triomphe de l’esprit français au XIXe.

Fils d’un huissier à cheval au Châtelet, Debucourt naquit à Paris le 13 février 1755. Grand, mince, élégant, il fut ce muscadin amusant, libre en ses propos, parfois en ses estampes, saisissant vite les ridicules et les fixant d’un crayon alerte, exact, mordant, mais non blessant, ironique, mais point mauvais, gaulois mais jamais gros­sier. Il fut l’ironiste gai et plein de désinvolture. C’est à vrai dire, avec sa perruque en ordre, son col évasé, sa grosse cravate, ce petit bonhomme étalé sur deux chaises au premier plan de la « Promenade  ».

Agréé à l’Académie royale en 1781; il mourut le 12 septembre 1832 à Belleville, au 18 de la rue des Bois.

Les Goncourt ont loué l’agrément de ses planches, l’illusion qu’elles donnent, leur harmonie, leur vivacité : c’est du grand art de petit graveur, disent-ils.

La foule dit plus, elle fit à Debucourt le grand succès, les amateurs le consacrèrent par les gros prix.

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le chocolat de la Marquise

Jérôme Doucet est un ami de Clémentine Rouzaud, qui, avec son mari Auguste dirige les Chocolats de Royat, sous la marque commerciale de la Marquise de Sévigné. Cette marque est assez réputée, au début du siècle, et ceci grâce au talent commercial de Clémentine, qui tient salon, et se fait appeler la Marquise par ses amis.

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le salon de thé, boulevard de la madeleine, en 1919 – source : Gallica.bnf.fr

 

Doucet lui dédie un livre : Princesses d’or et d’Orient, avec une belle dédicace en fac-simile.

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Doucet est un habitué de son salon. En témoigne un écho paru dans Cyrano, début 1932 ; au vernissage organisé par Clémentine Rouzaud dans sa librairie de la Plume d’Or (ouverte en 1930), en l’honneur du photographe américain Irving Chidnoff, Doucet est présent. Au passage, on pourra vérifier que la confusion entre J (érôme) Doucet, auteur, et J (acques) Doucet, couturier, n’est pas rare, même à l’époque…

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Cyrano, 10 janvier 1932. Source : Gallica.bnf.fr

 

Livre de recettes.

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Jérôme Doucet contribuera également à la promotion du chocolat de la Marquise, en écrivant une petite plaquette :

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Recettes Plaisantes et Délectables du Chocolat Granulé de Royat

 recueillies et mises en ordre par
JEROME DOUCET
illustrées par l’imagier de la reine
GEORGE DELAW.

La plaquette paraît en 1913 ; il s’agit d’un petit in-8° (11,5 cm sur 17 cm), de 46 pages, imprimée sur un papier vergé épais, de couleur crème, et sous une couverture de papier marron. Elle est imprimée par Devambez et illustrée de très nombreux dessins in-texte, en deux tons : le marron avec lequel le texte est imprimé, et un vert.

La première partie regroupe des pastiches de la Marquise de Sévigné, la Fontaine, Boileau, Perrault, Racine, Molière, et d’évocations de l’empereur Auguste, Mansart, Vatel, qui donnent déjà quelques recettes ; puis, à partir de la page 21, 33 recettes diverses.

Ce livret est illustré par George Delaw, qui n’est pas britannique, contrairement à ce que semble indiquer le titre : il s’agit de Georges Delau, né en  1871, mort en 1938.

Ce petit livret, sans doute distribué plusieurs années de suite, est devenu assez rare.

Salon de thé décoré par Maurice Leloir.

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intérieur du salon de thé avec les panneaux de Leloir – doc Gallica.bnf.fr

En 1923, le salon de thé du boulevard de la Madeleine est redécoré par Maurice Leloir. Il fournira également nombre de compositions pour des objets publicitaires (notamment des éventails, très à la mode à ce moment) et des boîtes de chocolat.

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Maurice Leloir, éventail au décor « Salon de thé de la Marquise de Sévigné », musées de la ville de Paris.

Ce salon de thé sera détruit dans les années 1970 pour laisser la place à une agence bancaire.

 

Publi-reportage de Doucet ?

Dans la revue « la renaissance de l’art francais et des industries de luxe paraît en 1924 un publi-reportage, non signé, à la gloire de la Marquise de Sévigné ; son style général me rappelle fortement Jérôme Doucet.

 

Voici cet article :

COMME beaucoup d’établissements qui jouissent d’une réputation universelle, la Marquise de Sévigné a connu des débuts timides. Elle a grandi doucement, mais sûrement, ainsi qu’un bébé né sous l’étoile de la victoire qui, peu à peu, se développe, fait ses premiers pas, croît en vigueur, s’épanouit dans une robuste adolescence, puis, devenu femme, s’en va à la conquête du monde…

La première fabrique, fondée en 1892, fort modeste, débitait du chocolat en tablettes baptisées de cette ambitieuse devise : Nec Plus ultra.

Cette épigraphe qui, avant d’historier des bâtonnets de cacao, avait été gravée par Hercule sur ces montagnes qu’il croyait être les bornes de la Terre, ne porta pas bonheur au produit qu’elle eût dû protéger.

Aussi bien, offrir du chocolat en tablettes, de si fine qualité qu’il fût, n’apportait point la note d’originalité nécessaire pour retenir l’attention du public et fixer sa faveur.

Il fallait trouver de l’inédit.

Les stations thermales fournirent les premiers débouchés, consacrèrent les premiers succès, Royat, d’abord puis Vichy, en 1898, où une heureuse conjoncture, liée à notre histoire littéraire, allait favoriser la réussite.

On jouait en tournée Cyrano de Bergerac, qui avait reçu l’année précédente, à la Porte Saint-Martin, l’accueil triomphal que l’on sait.

Enthousiasmée par les vers du poète, Mme Rouzaud eut la pensée délicate de lui envoyer, avec l’expression de son admiration, une boîte de ses meilleurs produits.

L’adresse était celle-ci : Edmond Rostand, au Pavillon Sévigné.

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le pavillon Sévigné, Vichy – source Wikipédia.

Pavillon Sévigné ! Ce fut comme un trait de lumière ! Comme cela sonnait bien ! Pourquoi ne pas placer la maison sous l’invocation de la charmante Marquise qui, deux siècles plus tôt, venait rétablir sa santé dans ce Vichy d’où elle a daté de si jolies lettres, dont elle aimait tant les « jolis bocages » ainsi que les promenades, « d une beauté au-dessus de ce que je puis vous dire », écrivait-elle, et où l’on voit encore, sur les bords de l’Allier, la gracieuse petite maison qu’elle habita, parmi les fleurs et la verdure ?

Et c’est ainsi que naquit cette charmante appellation : « A la Marquise de Sévigné ».

La contribution d’une devise chère au plus robuste des dieux n’avait eu aucun crédit. Mais, dans une âme éblouie par les vers d’un grand poète, se précise la pensée de choisir le patronage de notre merveilleuse épistolière, et c’est le plus efficace des porte-bonheur…

La « Marquise de Sévigné » marche de succès en succès.
Elle ouvre en 1900 une maison de vente à Clermont-Ferrand, en 1904 une autre à Lyon et enfin en 1906 consacre définitivement son prestige par l’installation à Paris, 11, boulevard de la Madeleine, de salons de vente qui firent sensation.

Puis, c’est Marseille, Nice, Monte-Carlo, Deauville… Trois maisons nouvelles sont créées à Paris et de gentilles succursales éclosent en toutes les stations thermales d’Auvergne : Royat, le Mont-Dore, Châtel-Guyon, La Bourboule, Saint-Nectaire, etc…

La Marquise de Sévigné règne aujourd’hui sur vingt succursales — vingt gracieuses bonbonnières — et n’a point négligé d’y adjoindre une vaste organisation commerciale qui lui permet d’expédier à profusion dans le monde entier le bon chocolat de France auréolé de la plus parisienne parure.

La Marquise de Sévigné — je veux dire Mme Rouzaud — apporte dans la confiserie une très heureuse innovation qui explique sa prodigieuse réussite.

Les bonbons d’autrefois se vendaient dans de fades cartonnages, en de mornes bonbonnières ou en des sacs d’une affligeante banalité, le tout fanfreluché de dérisoires « faveurs » roses ou bleues.

Les bonbons croqués, le sac ou la boîte, sans intérêt, demeuraient inutiles !

L’idée féconde, l’œuf de Colomb fut de concevoir pour la présentation des sublimes friandises, des récipients à usage défini qui fussent par eux-mêmes des cadeaux charmants conservés en raison de leur cachet d’art.

La céramique, le cristal, le bois précieux servirent à établir des vases, des coupes, des coffrets d’une inspiration gracieuse et novatrice.

Des artistes de talent, séduits par l’attrait de cette rénovation, ciselèrent le bronze, le cuir ou le cristal et j’en sais — que je ne dirai point — pour qui ce fut un agréable délassement que de dessiner boîtes à bonbons et sacs « danseuse » .

La recherche de l’inédit, le goût des ensembles, l’imagination ardente de Mme Rouzaud et le succès grandissant de la Marquise de Sévigné imposent des obligations nouvelles. Créer la mode, c’est la devancer ! Donc, à chaque saison, des tissus somptueux seront spécialement tissés à Lyon pour habiller poupées ou bonbonnières, des rubans merveilleux seront dessinés et exécutés pour les boîtes nouvelles, mille détails inédits et précieux contribueront à donner à chaque objet un petit air « Sévigné » un chic tout à fait personnel qui achève la perfection de cette séduisante présentation.

Enfin, en confiant à Leloir la décoration de son Salon de thé du boulevard de la Madeleine, elle vient de réaliser un cadre d’élégance digne de son aristocratique clientèle.

Et si, par aventure, nos petits-enfants d’après-guerre venaient un instant à confondre la Grande Épistolière avec l’enseigne de leur chocolat préféré, M. Léon Bérard lui-même ne s’en offusquerait point, la gloire de l’écrivain pouvant sans déchoir accepter un hommage nouveau.

Nb : Léon Bérard, cité dans cet article, n’est pas le chirurgien, mais le ministre de l’instruction publique de l’époque (né en 1876, mort en 1960).

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l’éclaireur du dimanche, août 1929. Source : Gallica.bnf.fr