Doucet et la Société « les XX »

la Société « les XX » (et pas la Société des XX)… ce nom évoque quelque société secrète, on pense à une conjuration, un complot ? mais non, il s’agit simplement d’une association de bibliophiles, qui a comme principale caractéristique, comme son nom l’indique, d’être limitée à vingt membres.

xx_timbre

Cette société, fondée en 1897 par Pierre Dauze, présente d’autres singularités, que d’Eylac, dans un article du Bulletin du bibliophile, nous expose.

 

Article signé D’Eylac – bulletin du bibliophile et du bibliothècaire – 1902.

LA SOCIÉTÉ DES XX

Deux catalogues de ventes de livres ont révélé, en 1901, l’existence d’une Société qui, insoupçonnée du grand public, n’était guère connue, jusque-là, des bibliophiles eux-mêmes. L’époque de sa fondation remonte à 1897 ; elle s’appelle la « Société des XX ».  Pourquoi? Des gens qui ont le calembour facile ont insinué que, sans doute, le siège social était… à Bercy. Mais ce n’est pas ça ; la Société a reçu cette dénomination tout simplement parce qu’elle ne compte pas vingt et un membres, ni dix-neuf, mais vingt exactement, — moins que l’Académie Française et même moins que la Société des Bibliophiles François !

L’idée qui présida à son institution fut une idée neuve. Eh quoi? Etait-il donc possible de faire du neuf, alors que tant d’autres groupements correspondaient aux catégories diverses d’amateurs de livres, alors que les tenants de la vieille école, conservateurs de la tradition et épris du passé, s’assemblaient solennellement aux Bibliophiles François, — alors que les novateurs, moins soucieux de collectionner les beaux livres anciens que de faire des beaux livres modernes, avaient à leur disposition la Société des Amis des Livres, — alors que la Société des Bibliophiles Contemporains, celle des Bibliophiles Indépendants, celle des Cent Bibliophiles, que sais-je encore ? ouvraient leurs rangs aux adeptes de l’« art nouveau » et, au besoin, de l’art incohérent ?

Le problème consistant à trouver et à tracer un programme inédit semblait insoluble ; cependant il a été résolu. Le mérite de l’invention revint à notre confrère M. Pierre Dauze, directeur de la Revue Biblio-Iconographique. Il s’adressa à quelques amateurs, un tout petit nombre : « Nous ne serons pas nous-mêmes des éditeurs, leur dit-il, mais nous nous mettrons en rapport avec les éditeurs. — Lesquels ? — Tous, depuis ceux qui élaborent des publications d’art jusqu’à ceux qui lancent dans la grande circulation des volumes à trois francs cinquante ou même à un franc. — Fort bien ; et que leur proposerez-vous ? — Je commencerai par ne rien leur proposer du tout ; je m’informerai simplement des ouvrages en préparation chez eux ; puis, quand un ouvrage paraîtra devoir remplir les conditions requises pour présenter « un intérêt de curiosité, de nouveauté, d’originalité et de valeur intellectuelle « , je demanderai à l’éditeur de nous autoriser à en faire tirer pour nous vingt exemplaires, sur un papier à nous, avec couvertures spéciales, que nos adhérents recevront au prix de revient. »

Et M. Dauze, s’échauffant sur son idée avec une ardeur communicative, s’écriait : « Voyez-vous ce qui fût advenu si, au grand siècle, vingt amateurs se fussent rencontrés pour faire tirer à leur usage des exemplaires exceptionnels de l’édition originale du Cid, ou de celle du Misanthrope, ou de celle des Fables de La Fontaine, avec signatures autographes de Corneille, de Molière, de La Fontaine, — car nous prierons les auteurs adoptés par nous de signer nos exemplaires !»

Une seule objection fut produite : à supposer qu’un petit cénacle de ce genre eût existé au grand siècle, et qu’il eût ouvert son sein aux plus beaux esprits, et qu’il se fut honoré de l’adhésion de femmes telles que Mme de Sévigné, tout porte à croire que la Phèdre choisie eût été, non pas celle de Racine, mais celle de Pradon…

— « Raison de plus, riposta M. Dauze. On court des risques de se tromper ; c’est ce qui rendra l’expérience intéressante. Là où il n’y a pas de chances d’erreur, on n’a pas de mérite à deviner. Et quelle gloire pour les XX si, dans la supposition d’un nouveau Racine faisant une nouvelle Phèdre, ils ne se laissent pas influencer par les cabales ! i>

Telle était la conviction du promoteur qu’en peu de jours il réunit autour de lui les vingt compagnons, ou complices, désirés, qui sombreraient en sa compagnie si la chose tournait mal, ou se partageraient l’honneur en cas de réussite.

Les vingt audacieux — je fus l’un d’eux — ne se repentent pas.

Donc, voici cinq années déjà que la Société fonctionne.

Pierre Dauze n’a pas cessé d’en être le président et l’âme. Il a eu pour vice-président d’abord M. Georges Hugo, puis M. le Docteur E. Goubert. M. d’Anfreville en est le trésorier. Une bonne signature, celle de l’aimable M. d’Anfreville : on la lit sur les papiers bleus de la Banque de France.

La composition des XX n’est plus tout à fait celle du début, en 1897. Quelques désertions se sont produites ; mais les vides ont été aussitôt comblés, et rien ne montrera mieux la faveur qui s’attache à la Société que les noms des derniers venus : MM. A. Bordes, Brivois, Gallimard, Mariani, Barthou…

Une disposition très sage des Statuts ferme la porte aux éditeurs : il ne faut pas que la Société puisse être soupçonnée de subir l’influence de telle maison, ou simplement d’avoir des préférences pour elle. Les libraires sont pareillement exclus, afin que toute idée de spéculation soit écartée. Mais on a admis un relieur, M. Georges Canape, le successeur et continuateur de maîtres qui s’appelèrent Niédrée et Belz. L’Assemblée des sociétaires a voté des remerciements à M. Canape pour le soin et le goût avec lesquels il fait confectionner, chez lui, les cartonnages dans lesquels les exemplaires en feuilles sont livrés à ses collègues.

Quarante et un ouvrages, dans l’espace des cinq années écoulées, ont fait l’objet de tirages à vingt exemplaires, à la marque de la Société. Ces ouvrages sont signés des noms les plus variés et représentent les genres les plus opposés. On se rend compte que la Société a cherché dans toutes les voies, par la crainte de manquer la bonne et dans le désir de s’y engager. M. Paul Bourget, avec le Fantôme, coudoie tel poète décadent. M. Maurice Barrés voisine avec M. Catulle Mendès, M. le Vicomte Melchior de Vogué avec M. Pierre Louys. Il y en a pour tous les goûts. M. Léon Daudet figure dans la liste à côté de M. Anatole France. C’est tout dire.

Depuis quelque temps surtout, la Société, encouragée par la confiance de ses adhérents qui n’ont pas hésité à doubler le chiffre de leur cotisation annuelle, primitivement fixée à cent francs, a jeté son dévolu sur d’importantes publications artistiques que leur illustration assurait du succès. Ainsi elle compte dans sa collection La Bièvre, etc., de M. Huysmans, illustré par Lepère, les Contes de la Fileuse et Notre Ami Pierrot, de Jérôme Doucet, décorés par Garth-Jones et Louis Morin, les Œuvres choisies, de Willette, etc.

J’ai dit qu’en 1901 pour la première fois, les livres de la Société des XX ont subi le feu des enchères publiques.

Ce fut d’abord à la vente de M. Hartogh, qui eut lieu en Avril 1901 – ce fut ensuite à la vente Raisin, qui eut lieu en Décembre.

Cette vente-ci surtout fut intéressante pour qui veut apprécier le résultat. L’amateur avait eu soin de laisser ses exemplaires tels qu’il les avait reçus, dans leurs boites en carton. Un seul ouvrage, le Jardin des Supplices de M. Mirbeau, avait été, à sa demande, habillé par Canapé d’une très riche reliure mosaïquée ; il a dû à cette circonstance d’atteindre le prix de 361 fr. Mettons qu’il se fût vendu, non relié, 45 fr., comme chez M. Hartogh ; additionnons sous le bénéfice de cette réserve, le prix de cet ouvrage et ceux des quarante autres livres de la Société : nous trouvons un total d’environ 2.000 fr. ; or. M, Raisin avait, de 1897 à la fin de 1901, payé, comme sociétaire, des cotisations s’élevant ensemble à sept cent francs.

Espérons que la Société mettra quelque jour dans sa collection une Phèdre, la vraie, celle de Racine. En attendant, l’affaire est bonne et, de celte chasse amusante au chef-d’œuvre, on ne rentre pas bredouille.

 

On voit que l’activité a été intense : quarante livres, en cinq années, soit huit livres par an ; pour environ cent francs. Les livres étant des tirages à part, avec des singularités, par rapport aux tirages normaux du livre : le plus souvent, des couvertures spécifiques, mais cela peut inclure des papiers spéciaux, des dessins originaux, un format particulier – et un cartonnage spécifique, réalisé par Canape.

Exemples : livres de Jérôme Doucet.

L’article de D’Eylac (le baron de Claye) indique dans les premiers livres « de bibliophilie » retenus par la Société, deux ouvrages de Doucet : Les Contes de la Fileuse, publiés en 1901, et Mon ami Pierrot, publié en 1900. Un autre ouvrage, moins prestigieux, avait également été choisi, en 1900 : « trois lettres de femmes« .

Trois lettres de femmes.

Ce livre est décrit dans cet article. Ici, contrairement à la règle fixée, il ne s’agit pas d’un tirage particulier ; les vingt exemplaires tirés pour la Société sont sur Hollande, comme le tirage courant ; il n’y a pas de couverture particulière, pas de dessin inséré ; Jérôme Doucet signe bien les exemplaires.

trois-lettres-de-femmes_XX

Les Contes de la Fileuse.

Ce livre est décrit ici. Le livre se présente sous un cartonnage (de Canape, donc), décoré ; sous ce cartonnage se trouvent :

  • le livre, tiré sur chine, broché ;
  • une suite complète de toutes les ornementations, sur chine, en feuille ;
  • le tirage de la couverture courante ;

 

fileuse_xx_dessin

  • un dessin aquarellé, signé de Garth-jones.
  • le tirage de la couverture spéciale ;

 

La justification mentionne le tirage à vingt exemplaires, avec le timbre de la Société, qui figure également au dos du cartonnage.

Mon ami Pierrot.

Ce livre est décrit dans l’article sur Pierrot. Le livre est tiré sur Japon, avec deux suites, sur Chine et sur Japon, soit plus que les exemplaires de tête, tirés sur Japon avec une seule suite.

 

Il comporte deux couvertures supplémentaires, réalisées spécialement pour les XX, mais n’a semble-t-il pas de dessin original de Louis Morin.

140758_5

Les images sont issues de l’annonce publiée par la librairie Artgil, qui vend cet exemplaire (mai 2019).

Liste des membres.

Voici la liste des membres en 1898, telle que publiée par l’Almanach du Bibliophile :

  • M. Pierre Dauze, 10 boulevard Malesherbes, Président.
  • M. Georges Hugo, 15 rue de la Faisanderie, vice-président. C’est le petit-fils de Victor Hugo, père de Jean Hugo.
  • M. V. D’antreville, caissier principal de la Banque de France, trésorier-archiviste.

Membres :

  • Mme Juliette Adam, 150 boulevard Malesherbes.
  • Mme Léontine Arman de Caillavet, 12 avenue Hoche. C’est la maîtresse d’Anatole France.
  • S.A.I. le prince Roland Bonaparte, 10 avenue d’Iéna. C’est le père de Marie Bonaparte, petit-fils de Lucien Bonaparte.
  • M. Léon Bourgeois, député, 50 rue Pierre Charron.
  • M. Georges Cahen, 41 bis, rue de Châteaudun.
  • M. Georges Canape, 18 rue Visconti.
  • M.Raymond Claude-Lafontaine, 7 rue de la Tour-des-Dames.
  • le Baron de Claye, 52 bis, rue de Varenne. Il utilise d’Eylac comme pseudonyme.
  • M. E. Courtot, intendant du 5eme corps d’armée, à Orléans. Il s’agit de Alfred-Eugène Courtot, né en 1838, mort en 1914, intendant général, commandeur de la Légion d’Honneur.
  • Docteur Émile Goubert, 6 rue Baudin.
  • M. Hartogh, docteur en droit, 7 boulevard Pereire. Il s’agit de Louis Hartogh, dont une première  bibliothèque sera vendue en 1901 à Drouot – voir plus bas.
  • M. Charles Hemour, boulevard Truphème, à Marseille.
  • M. Adrien Lachenal, conseiller fédéral, à Berne. Né en 1849, mort en 1918, président de la Confédération en 1896.
  • M. Roger Marx, 105, rue de la Pompe. Critique d’art, né en 1859, mort en 1913.
  • M. Frédéric Raisin, avocat du Consulat de France, 30 rue du Rhône, à Genève. Né en 1851, mort en 1923, député au Grand Conseil et au Conseil des États, auteur et traducteur de poésies (source : IdRef).
  • M. Léon Schück, 1 place Saint-Férréol, à Marseille. né en 1857, mort en 1930, il est également membre des Cent Bibliophiles, du Livre d’Art et du Livre Contemporain.
  • M. Victor Souchon, agent général de la Société des Auteurs et Compositeurs de musique, 17 rue du Faubourg-Monmartre.

 

 

Article de Pierre Dauze – Revue Biblio-iconographique, 1901.

Comme on l’a vu dans l’article du Bulletin, en 1901, la bibliothèque de Louis Hartogh est vendue aux enchères à Drouot, avec un catalogue établi par Durel.

Voici la présentation de cette vente, par Pierre Dauze, dans la Revue Biblio-iconographique, qu’il dirige :

Encore un dernier mot pour attirer l’attention des collectionneurs de livres modernes, non sur une vente passée, mais sur une à venir. Nous voulons parler de celle de beaux livres modernes très bien reliés, éditions originales d’auteurs contemporains, et ouvrages enrichis d’aquarelles, composant la bibliothèque de M. Louis Hartogh. Cette bibliothèque présente la particularité de renfermer, en dehors de quelques beaux, livres rares, toute une série d’ouvrages sur grand papier, épuisés en librairie, recherchés depuis, mais qui verront, tout au moins pour une partie, le feu des enchères pour la première fois. Se trouve dans ce cas, la collection complète des tirages effectués pour la Société « Les XX » dont le propriétaire de cette bibliothèque faisait partie. Cette Société a été constituée, comme on le sait, en 1897, et, bien que dans ces cinq années, elle ait fait tirer successivement pour ses vingt membres une trentaine d’ouvrages, la plupart sur papier à son timbre, et en tout cas, toujours sur une sorte non mise dans le commerce numérotés et signés par les auteurs, ce sont les premiers qui, en condition régulière et parfaite, passent non seulement en vente publique, mais nous pouvons même dire en librairie. Chose curieuse, en effet, jusqu’ici aucun de ses membres passés ou présents ne s’est dessaisi d’un seul de ses livres, et comme plusieurs nouveaux venus aux « XX » paraissent désireux de se compléter, les enchères pourront, de ce fait, présenter un certain intérêt notamment celui de fixer une valeur absolument inconnue auparavant. La concurrence n’en sera que plus vive, si quelques amateurs non sociétaires, désirent également se procurer quelques-uns de ces trente numéros qui seront adjugés par MM. Delestre et Durel le 28 avril et les quatre jours suivants.

 

xx_timbre

Publicités

les maîtres anciens

En 1905, Doucet a publié, chez Juven, un recueil de notices artistiques : les peintres français. Ce livre a un un succès certain ; au point que quelques années plus tard, un second volet est publié : les maîtres anciens.

doucet_maitres_anciens

Ce livre est toujours publié par Juven – cette fois-ci il regroupe des notices sur les artistes suivants :

  • Giotto, les Della Robbia, Memling, Dürer, Holbein, Rubens, Velasquez, Rembrandt, Murillo.

On voit que le propos est différent ;  s’il manque des grands noms (Vinci, Michel-Ange, Goya…) les artistes retenus sont et demeurent des maîtres incontestés.

Comme pour le premier volet, le texte est très didactique ; une part importante est laissée à la partie biographique et anecdotique ; chaque artiste est replacé dans une chronologie de l’art assez scolaire.

maitres_anciens

Le livre se présente sous le même format ; un in-8° de 19 cm x 28 cm, de 319 pages, sous cartonnage de l’éditeur ; il est illustré de nombreuses reproductions photographiques en noir, et imprimé par Paul Dupont, à Paris, en septembre 1911. Le livre est publié pour les étrennes ; il se vend 6 francs. L’adresse de l’éditeur a changé : 13, rue de l’Odéon.

Contrairement au premier volet, il comporte une dédicace :

à la princesse Smaranda Mourousy
en souvenir de nos visites du Louvre
en témoignage de respectueuse amitié.

La princesse Smaranda Cantacuzino (née en 1848, décédée en 1925) est l’épouse de du prince roumain Dimitrie Mourousy, général, né en 1847, mort en 1916 ; c’est la grand-mère d’Alexandre Rossetti, à qui Doucet dédicacera un autre ouvrage, en 1921 : la légende des mois.

Le livre paraît en fin d’année 1911, pour les étrennes ; et des compte-rendus (fournis par l’éditeur) lui sont consacrés dans la Presse, tels que celui-ci :

  • la Liberté, 20 décembre 1911 :

l’éclatante faveur qu’ont rencontrée les Peintres français a amené Jérôme Doucet à présenter les Maîtres anciens et leurs principaux chefs-d’oeuvre. Ceux-ci, reproduits photographiquement, sont accompagnés de monographies anecdotiques et très documentées. (1 vol, 6 fr). Et voilà un ouvrage qui instruira les enfants et les jeunes gens et que les lecteurs d’âge mûr feuilletteront, eux aussi, avec le plus grand plaisir.

Ces deux livres se sont effectivement très bien vendus ; ils ont été proposés dans plusieurs cartonnages différents, et sont aujourd’hui encore très courants – leur valeur est donc tout à fait minime.

Extraits.

Voici quelques extraits ; en général, le dernier paragraphe de chaque notice – avec une reproduction de tableau, issue de Wikipédia, correspondant dans la mesure du possible aux illustrations retenus par Doucet.

giotto_dante_1

  • Giotto

Que l’on compare au Maître de 1200, par exemple, cet artiste singulier dont le nom a causé bien des combats artistiques, Cézanne, et l’on sera surpris puis aussitôt l’on comprendra comment il y a tant d’analogies entre des oeuvres si distantes en apparence.
Des âmes neuves, mais hautes, des natures artistes, mais frustes, en face du même modèle, qui jamais ne change : la vie, avec leurs seules ressources devaient forcément, par des moyens semblables, arriver à une expression fort analogue, où la sincérité domine parfois jusqu’à la naïveté.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

  • les Della Robbia

Rêveur puissant, Andréa concentra toute sa pensée dans la composition de son bas-relief; pieux, sincère, détaché des choses d’alentour, il a si conserver à son ciseau un style sacré, qui est plus qu’une personnalité et atteint l’originalité sublime. de la sorte avec sa vision personnelle constamment aiguisée, il a pu rénover des scènes trop souvent traduites, comme la Crucifixion, où tous les personnages ont isolément une expression particulière d’une douleur spéciale, dans la poignante tristesse de l’ensemble.

Hans_Memling_chasse_sainte_ursule

  • Memling

La châsse de Sainte Ursule est la pièce capitale, terminée en 1489 ; qu’il nous soit permis de noter comment elle est restée à Bruges conservée pieusement par les Ursulines. Elle faillit, en effet, venir en France au moment des guerres de la République. Les commissaires français à qui on avait donné ordre de réclamer « la châsse » pour les musées français vinrent la demander aux religieuses. Elles répondirent naïvement qu’il n’y avait aucun sujet de chasse, au pieux hôpital, et de la sorte le trésor ne vint pas à Paris.
Les autres oeuvres de Memling ont disparu, ou peut-être ce peintre méticuleux et peu besogneux ne fit-il que peu de choses, apportant à chacune de longs soins et de multiples heures de travail.

Dürer_-_Alte_Pinakothek

  • Dürer

Peintre puissant, dessinateur d’abord et dessinateur merveilleux, il nous montre de l’art décoratif tant pas les dessins d’orfèvrerie, d’ex-libris, de fresques qu’il composa, que par l’arrangement prestigieux de  ses toiles et des paysages où vivaient ses portraits.
Il est doué d’une imagination exubérante, d’une invention jamais prise au dépourvu et toujours pittoresque ; il est aimable ou cruel, mystique ou positif selon les sujets ; il peint une figure admirablement douée de la Madone, un masque hideux de la Mort, ou la tête vivante et fripée d’un vieillard et toujours, partout, on retrouve la vie, on reconnaît sa patte. C’est la variété infinie dans une exécution homogène, personnelle, unique.

Hans_Holbein_le_jeune-_The_Ambassadors_-_Google_Art_Project

  • Holbein

Même si on enlève au catalogue des pièces de Holbein ce qui est douteux ou n’est même pas absolument sûr, il reste encore de quoi montrer que ce fut un être admirable. Portraitiste de premier ordre, décorateur d’une ingéniosité charmante, graveur émérite, illustrateur superbe, philosophe, penseur, humoriste, Holbein a fait faire à son art, à l’art en général, un pas énorme en Angleterre comme dans son pays.

Rubens_Christ_et_la_pecheresse

  • Rubens

La place de Rubens est […] considérable, telle qu’il résume à lui seul toute la peinture anversoise de son époque et qu’il semble presque que Van Dyck soit d’un autre temps, parce que le génial portraitiste est le seul qui puisse résister et rester auprès du peintre de Marie de Médicis.

Velazquez-les_fileuses

  • Vélasquez

Il fit usage dans ses œuvres d’une manière de peindre abrégée, abreciada, comme il dit ; il peignait d’un premier jet des ébauches admirables, à peine couvertes.
Ces peintures sont merveilleuses : à peine indiquées de près, elles sont si justes d’effet, si synthétisées, qu’en s’éloignant, comme dans un brouillard, les choses apparaissent et se dessinent, se précisent.
Le fameux tableau dit des Fileuses appartient à cette série de merveilles ; il est très important et complet, et date vraisemblablement de 1654 ou 1655.

rembrandt_la ronde de nuit_Rijksmuseum

  • Rembrandt

De l’éclairage conventionnel, un peu enfantin du Changeur, à l’incomparable lumière de la Ronde de nuit, composition surprenante d’une magistrale exécution, il y a un monde, mais ceci encore est à la gloire de Rembrandt qui dut de son début à son apogée, on peut dire même jusqu’à la mort, suivre toujours une voie ascendante, à pic semble-t-il, et passer du curieux et de l’intéressant au sublime, au génial.

murillo_assomption_vierge

  • Murillo

C’était une belle âme d’artiste, richement douée, dans un corps d’honnête homme.C’est donc un exemple, en tous points, pour les artistes de tous les temps.

 

les peintres français

Au début du siècle, Doucet a un éditeur, Félix Juven, chez qui il publie de nombreux livres pour enfants, comme Contes merveilleux, en 1904. Mais cet éditeur n’est pas seulement un éditeur pour la jeunesse ; et en 1905, Jérôme Doucet lui donne à publier un ouvrage d’un tout autre genre : les peintres français.

peintres_fr1

Il s’agit d’un recueil de quatorze études sur des peintres, pour la plupart actifs au XIXe siècle – avec deux exceptions, les deux premiers Vernet, Claude-Joseph et Carle. Il se présente sous la forme d’un épais in-8) de 318 pages, au format 19 cm x 28 cm ; sous différents cartonnages, il est imprimé par Paul Dupont, 144 rue Montparnasse, Paris, en août 1905 ; et publié par la Société d’Édition et de Publications / Librairie Félix Juven / 122, rue Réaumur, 122.

peintres_fr2

Les peintres retenus sont les suivants :

  • Ignace-Henri-Jean-Théodore Fantin-Latour (1805-1875)
  • Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875)
  • Claude-Joseph Vernet (1714-1789)
  • Antoine-Charles-Horace, dit Carle Vernet (1758-1836)
  • Horace Vernet (1789-1863)
  • Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
  • Jean-Paul Laurens (1838-1921)
  • Adolphe-William Bouguereau (1825-1905)
  • Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
  • Jules-Adolphe Breton (1827-1906)
  • Jean-Louis-Ernest Meissonier (1815-1891)
  • Eugène Fromentin (1820-1876)
  • Adolphe Yvon (1817-1893)
  • Jean-François Millet (1814-1875)

A lire cette liste, il semble évident que le livre ne cherche pas à faire oeuvre de vulgarisation, ni d’éducation ; encore moins de modernité. Les peintres retenus sont pratiquement tous compatibles avec un idéal bourgeois, voire petit-bourgeois ; on ne trouve rien qui fâche dans cette liste ; aucun impressionniste, aucun des grands noms, aujourd’hui universellement reconnus – Courbet, Renoir, Pissarro, Gauguin, Cézanne, Van Gogh… Alors que certains noms retenus sont maintenant largement oubliés, au moins du grand public, comme Yvon, Laurens, Breton.

Ce choix ne reflète certainement pas les goûts de Doucet, qui admire Pissarro, Van Gogh, Jongkind, qui est familier de la peinture des impressionnistes. Non, cela ressemble plutôt à un choix éditorial, de mettre en avant des gloires, pas forcément de l’histoire de l’art, mais plutôt du roman national.

Le traitement est également composite ; on parle de l’art des artistes, certes, mais aussi de leur biographie, avec de nombreuses anecdotes ; et on aborde également des questions plus triviales, comme la cote passée et actuelle des dits artistes. En ce sens, le livre reste instructif, sur la réception, au début du siècle de tout un pan de l’art français – l’art académique, voire pompier dans certains cas, certes.

Le livre est publié en fin d’année, pour les étrennes ; et il est vendu 7 francs. Les notices sont illustrées de nombreuses photographies, reproductions en noir de tableaux et dessins des artistes concernés. Voici ce qu’en dit la revue l’Art et les Artistes, de son ami Armand Dayot :

Fantin-Latour, Corot, les trois Vernet, Ingres, J. S. Laurens, Bouguereau, Puvis de Chavannes, Jules Breton, Meissonier, Fromentin, Yvon, Millet. Telle est la liste des peintres français dont M. Jérôme Doucet raconte la vie et, d’une plume vive et savante, analyse les travaux. Ce livre, destiné à figurer dans toutes les bibliothèques d’art, est orné d’une suite de reproductions empruntées à l’oeuvre de chacun des artistes.

De même, dans les Annales Politiques et littéraires, un autre ami de Doucet, Adolphe Brisson, donne cette chronique :

Dans un autre volume, les Peintres Français, je trouve d’aimables historiettes que Jérôme Doucet a recueillies.

En 1867, à l’Exposition universelle, Jules Breton était assis à côté de Millet le jour de la distribution des récompenses ; le hasard, ou leur volonté, avait bien fait les choses, en rapprochant deux maîtres si bien faits pour se comprendre, et Millet, en manière de conclusion, disait à Breton :

— Nous cherchons tous deux l’infinie nature ; ne sommes-nous pas libres de suivre le sillon que nous aimons : vous, les liserons des blés, et, moi, les rudes moissons ?

Infortuné Millet ! Ses tableaux, qui se vendent, aujourd’hui, au poids de l’or, lui rapportaient à peine de quoi subsister. Du moins éprouva-t-il, dans sa misère, le grand cœur de quelques rares amis qui le secoururent, et avec quelle délicatesse! L’anecdote suivante en fait foi. Elle est connue, il est vrai, mais bien jolie: C’était le temps où Millet exposait son tableau le Greffeur, que les vrais amateurs couvraient d’éloges, mais n’achetaient point.

Si la louange venait, la fortune se cachait toujours : personne ne demandait à acquérir le Greffeur. On allait fermer l’Exposition. Millet se désespérait quand, un soir, Théodore Rousseau vint le voir :

— Un Américain, qui m’a acheté ma toile, m’a demandé si je te connaissais ; il veut bien acheter ton Greffeur; mais il n’a que quatre mille francs à te donner.

— Son nom? fit Millet, aux anges.

— Ma foi, je n’en sais rien.

— Peu importe, dit Millet, donne, et donne vite !

Rousseau vendit le Greffeur et apporta les quatre mille francs. On sait, aujourd’hui, le nom de l’Américain providentiel : c’était Rousseau lui-même qui, ne voulant pas blesser la juste susceptibilité de Millet, lui faisait cette exquise charité.

Du même coup, Rousseau plaçait avantageusement son argent. Et cela prouve que la vertu est, parfois, récompensée.

conclusions

Voici les derniers paragraphes des notices de Doucet, pour chaque artiste – Doucet prophétise, et se trompe un peu sur la postérité de certains d’entre eux.

A studio in the Batignolles, by Henri Fantin-Latour

  • Ignace-Henri-Jean-Théodore Fantin-Latour (1805-1875)

Il fut [..] aimé et estimé de tous ceux qui l’approchèrent. Si on ne lui donna pas de son vivant tout ce qu’il méritait, s’il attendit presque jusqu’à la fin de sa carrière la vente et les succès, s’il ne connut jamais les honneurs, il goûta d’autres douceurs de la vie : celles de l’intimité, celles que l’on puise en soi-même.
Et c’est une figure belle et simple, qu’il est utile et profitable d’étudier à côté de tant de figures d’artistes qui vivent trop dans le monde, trop éloignés de ce chevalet, alors que la vie de Fantin se passa tout entière à son cher travail.

Corot_020

  • Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875)

« le style, c’est l’homme », a dit Buffon ; il eût pu dire de même  » l’oeuvre, c’est l’artiste » : tout Corot avec sa grande âme généreuse, avec sa vision large et sa noble générosité se trouve dans son oeuvre.
La façon magistrale dont les sujets sont vus, interprétés, exprimés, sans mesquinerie comme sans exagération, n’est que le pur et beau reflet de cette haute et grande figure qui survivra à la mode et résistera à la spéculation.

joseph_Vernet-Le_port-

  • Claude-Joseph Vernet (1714-1789)

[..]Malgré des inégalités, malgré des bas, des médiocrités dues à sa trop grande production et à sa merveilleuse facilité, il demeure un vrai peintre, un grand peintre et un des beaux paysagistes de notre pays, et à coup sûr un précurseur non seulement de Corot, mais de tout le mouvement de 1830 qui révolutionna complètement la conventionnelle tactique des paysagistes d’alors.

carle_Vernet_-_Louis-Philippe_duc_d'Orléans_(1773-1850)_en_uniforme_de_colonel-général_des_Hussards

  • Antoine-Charles-Horace, dit Carle Vernet (1758-1836)

Le bel artiste a dit sur lui-même, à la veille de mourir, la parole la plus juste qui soit : « C’est singulier comme je ressemble au grand dauphin : fils de roi, père de roi, et jamais roi… »
Fils de Joseph, père d’Horace, Carle fut un déliceux croquiste et non, comme eux, un peintre robuste et durable.

Horace_Vernet_-_La_Barrière_de_Clichy

  • Horace Vernet (1789-1863)

Horace Vernet fut un peintre d’une rare fécondité, et ses peintures vont de la vignette d’illustration au vaste panorama. Sa gloire fut énorme de son vivant la critique, par contre, fut sans pitié depuis sa mort ; il n’est pas un vrai, un bon peintre, il l’a dit lui-même dans son bon sens : « Je sais ce qui manque à mes ouvrages, quant à l’idée et quant à l’exécution. Que voulez-vous ? il faut m’avaler comme je suis ; je n’ai qu’un robinet, mais il a bien coulé, et quiconque, après moi, s’avisera de l’ouvrir, en verra sortir rien de bon. J’ai immensément travaillé, j’ai gagné des millions qui ont passé je ne sais où, j’ai bien vécu, j’ai beaucoup parcouru le monde, comme dit la chanson, j’au vu beaucoup de choses, trop de choses pour ma tête qui n’est pas forte… »
Ce fut un sage qui se connut soi-même.

Ingres_coronation_charles_vii

  • Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)

[..]On reconnait que sous sa forme si académique, Ingres fut un des premiers et le plus grand révolutionnaire en notre art.
Et même avec raison, car l’incompatibilité n’est qu’apparente entre les deux mérites, les amateurs aujourd’hui réunissent dans leur galerie au même rang, les toiles brillantes, éclatantes de Delacroix et les œuvres calmes et fortes de notre maître. 
La gloire finale – qui est fille de la justice – réunit ces deux ennemis féroces malgré leurs diamétrales tendances ; et auprès des faiblesses de dessin que la couleur de Delacroix rend acceptables, la science impeccable du dessin fait paraître immortelles les toiles grises de J.-B. Dominique Ingres. 

Laurens_Augustins_-_Saint_Jean_Chrysostome_et_l'Impératrice_Eudoxie_-_Jean_Paul_Laurens_2004_1_156

  • Jean-Paul Laurens (1838-1921)

Jean-Paul continue à ressembler à Michel-Ange, non seulement par le masque, mais encore par la grandeur et la majesté du talent.
C’est une des plus belles et des plus simples figures que l’on connaisse ; l’approcher, c’est l’admirer ; le connaître, c’est l’aimer ; ces pures gloires, dont la modestie égale la grandeur, sont des exemples qu’il faudrait pouvoir montrer à tous, car elles réconfortent et sont, pour un pays, cent fois plus belles que toutes les victoires.

William-Adolphe_Bouguereau_(1825-1905)_-_The_Nut_Gatherers_(1882)

  • Adolphe-William Bouguereau (1825-1905)

L’institut ouvrit, en 1876, ses portes à William Bouguereau ; il a passé par tous les grades de la Légion d’Honneur ; il est commandeur et sera grand officier demain. Et, cependant, on ne peut le taxer d’être intriguant ; n’est-ce donc pas la preuve absolue de la force irrésistible de ce que le latin nommait labor improbus, le plus bel encouragement pour celui qui voit, dans le travail et l’idéal toujours poursuivis, le plus sûr moyen d’arriver sinon à la gloire, du moins à l’estime et à coup sûr au repos et au calme de sa conscience ?

Au moment où nous mettons sous presse la nouvelle de la mort du gfrand artiste nous arriva, non pas foudroyante, car le mal l’avait terrassé depuis quelque temps mais cependant inattendue.
William Bouguereau s’est éteint à quatre-vingts ans, à La Rochelle, sa ville natale. Un labeur incessant, une production sans égale, ont bien rempli ces longues et fructueuses années, et Bouguereau est la preuve nouvelle que le travail honore, enrichit et conserve.

NB : Bouguereau est mort le 19 août 1905 ; l’achevé d’imprimer est daté de 08-1905.

Puvis_de_Chavannes_-_The_Poor_Fisherman_-_Google_Art_Project

  • Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)

Une des peintures les plus connues de Puvis de Chavannes est la toile du Luxembourg : Pauvre Pêcheur. A-t-il été assez bafoué, caricaturé ce Pauvre Pêcheur ! mais peu à peu on s’est habitué à ce qu’on jugeait grotesque et qui n’est qu’entièrement vrai.[..]
Puvis était Lyonnais. Fils de cette belle cité mystique et que les brouillards du Rhône et de la Saône ont rendue quelque peu mélancolique, son âme de Lyonnais se retrouve tout entière dans ce pauvre pêcheur ; en lui se retrouvent ces deux vérités :
On peut avec un rien faire un immortel chef-d’oeuvre ; 
On peut imposer à la foule, si l’oeuvre est belle, une formule universelle qui la froisse, la surprend ou la dépasse. 

breton_Le_pardon_de_Kergoat_en_Quéménéven_en_1891_

  • Jules-Adolphe Breton (1827-1906)

Il a beaucoup lu, beaucoup vu, beaucoup travaillé ; il est le fils de ses œuvres et ses œuvres représentent une école tout entière ; il est un maître et sas place est solide ; rien, ni la mode, ni la nouveauté, ne viendra détrôner Jules Breton.

Meissonier_-_1814,_Campagne_de_France

  • Jean-Louis-Ernest Meissonier (1815-1891)

[..]Il fut une gloire universelle, il valut à la France une renommée à l’extérieur qui fit pâlir celle de Menzel, l’Allemand, et cette gloire internationale fut couronnée à l’Exposition universelle de 1855, lorsque le jury international désigna Meissonier, et Meissonier seul, pour une grande médaille d’honneur.
[..]Le nom de Meissonier n’en continuera pas mois à être universel, et, je crois, immortel.

FROMENTIN_Chasse_au_faucon_en_Algerie_;_La_curée

  • Eugène Fromentin (1820-1876)

[..]un peu d’oubli, injuste, s’est fait autour de cette jolie figure ; il est temps qu’on reparle de Fromentin et qu’on lui redonne sa vraie place.
Un monument suffira, car il rappellera un nom qui n’est pas oublié, il fera regarder à nouveau des oeuvres dont le mérite ne sera jamais discuté, il consacrera définitivement un homme à qui on peut reprocher en somme que d’avoir du talent pour différentes  branches de l’art, et cela est un doux reproche, c’est ce que les gens du peuple appellent en leur langage imagé : « Se plaindre que la mariée est trop belle. »

Yvon_Bataille_de_Solferino_Compiegne

  • Adolphe Yvon (1817-1893)

N’oublions pas la très pure et grande page l’Évangile éternel, ou le Triomphe du Christianisme, où s’étale librement la grande et belle âme d’Adolphe Yvon.
Elle nous montre l’étendue de son talent ; mais, pour l’histoire, Yvon sera ce que fut Horace Vernet pour la monarchie de Juillet, le peintre du second empire, le digne évocateur de Malakoff et de Solférino.

JEAN-FRANÇOIS_MILLET_-_Ángelus__Orsay,_1857

  • Jean-François Millet (1814-1875)

[..] il est ému et nous émeut, il nous montre sans révolte, mais avec des larmes, les misères qui nous entourent. C’est un socialiste, mais un socialiste chrétien. « Aidez-vous et aimez-vous les uns les autres, » dit-il, écoutant la parole du Christ ; l’auteur de l’Homme à la houe et de l’Angélus, est à la fois, une âme de haute allure, un coeur de bonté infinie, un être de pure et belle religion. C’est un des grands maîtres ; c’est une gloire pour son pays.

Nb : les tableaux reproduits proviennent de Wikipédia ; dans la mesure du possible ils correspondent à des tableaux reproduits ou évoqués dans le livre de Doucet.

 

 

 

 

 

 

 

quelques estampes gracieuses et précieuses du XVIIIe siècle

Jérôme Doucet est connu comme auteur de livres pour enfants ; également comme bibliophile, en tant qu’auteur, et éditeur. Mais une part importante de son activité est maintenant pratiquement oubliée ; il s’intéressait à l’art, comme éditeur, avec le Livre et l’Estampe, comme critique, et comme vulgarisateur. J’ai recensé dans cet article ses contributions principales dans ce domaine.

Voici un exemple de ses productions ; exemple modeste – il s’agit d’une brochure publicitaire : quelques estampes gracieuses et précieuses du XVIIIe siècle.

estampes_couv

l’objet se présente sous la forme d’une chemise cartonnée, fermée avec deux élastiques (qui se sont distendus avec le temps) ; le dos et les coins sont toilés, les plats sont recouverts d’un papier marbré, à l’image des cartons à dessins bien connus des étudiants en art.

Aux second et troisième plat de la chemise nous trouvons la publicité du pharmacien qui finance cette publication, P. Longuet, 50 rue des Lombards, à Paris. C’est donc une publication publicitaire, distribuée à grande échelle ; et effectivement cette brochure n’est pas rare ; mais elle n’est pas toujours complète.

L’ouvrage, sous un carton de format 23 cm sur 29 cm, est composé de feuillets in-quarto, de format 21,5 cm sur 27 cm ; le papier choisi est un Hollande VanGelder Zonen épais ; le premier cahier comporte le faux-titre, une page blanche, le titre, avec une vignette gravée ; une page blanche, et l’avant-propos, de Jérôme Doucet, sur 4 pages.

estampes_titre

La page de titre indique :

QUELQUES ESTAMPES
GRACIEUSES & PRÉCIEUSES
DU XVIIIe SIÉCLE
Préface et Notices de JÉRÔME DOUCET

A PARIS
chez LONGUET
rue des Lombards, 50

Gravé par Devambez
MCMXIII

Ensuite viennent les gravures, avec toujours la même mise en forme : un feuillet comportant le titre de la gravure, ainsi que la notice de Doucet, sur trois pages ; la quatrième page du feuillet est laissée blanche. Dans ce feuillet est insérée une feuille de papier dessin bleu, sur laquelle est collée la gravure en question.

Les notices de Doucet sont relativement détaillées ; il s’agit bien de vulgarisation, mais destinée à un public cultivé ; j’en donne un exemple avec la notice de la gravure de Dubucourt, en annexe, après l’Avant-Propos.

Les six gravures retenues sont :

estampes_promenade_desrais

 

  • la promenade du jardin du Palais-Royal, peint par Desrais, gravé par Le Coeur

estampes_accordée_watteau

  • l’accordée de village, d’Antoine Watteau, gravé par Larmessin

estampes_cythere_watteau

  • l’embarquement pour Cythère, d’Antoine Watteau, gravé par N.-H. Tardieu

estampes_coucher_baudouin

  • le coucher de la marièe, d’Antoine Baudouin, gravé par Simonet

estampes_promenade_debucourt

  • la promenade publique, peint et gravé par Debucourt

estampes_escarpolette_fragonard

  • les hasards heureux de l’escarpolette, d’Honoré Fragonard, gravé par Nicolas de Launay.

 

 

Avant-propos

Certes, avant le XVIIIe siècle, la gravure a compté nombre d’habiles artistes et de pièces aujourd’hui précieuses, voire gracieuses, mais vraiment il faut reconnaître que, brusquement pourrait-on dire, à coup sûr merveilleusement, une admirable éclosion d’estampes se produisit vers le milieu du Siècle de la grâce et de la frivolité.

Non seulement les sujets évoluent, mais les procédés naissent variés et plaisants, se développent spontanément, arrivent à une virtuosité, une perfection telles, que nos meilleurs graveurs, nos plus habiles taille-douciers ne sauront les atteindre, encore moins les dépasser, et que les artisans eux-mêmes qui tirent ces épreuves sont des artistes inimitables.

C’est pourquoi un engoûment, parfois exagéré pourtant, est né à son tour plus d’un siècle après pour ces pièces curieuses, souvent délicieuses, pourquoi quand elles passent par hasard, de plus en plus rares, dans les ventes publiques, elles atteignent parfois plusieurs milliers de francs. Certes, la rareté elle-même, le snobisme et aussi l’orgueil de tout collectionneur enragé jouent leur rôle dans l’importance de ces prix fastueux, mais cependant la beauté même des estampes, leur agrément, leur valeur décorative, le charme indiscutable qui se dégage de leur vue sont des raisons puissantes pour justifier notre emballement.

Il est d’ailleurs universel et général, dans tous les pays on s’arrache ces pages délicates, toutes les classes de la société les admirent et les comprennent, parfois pour des motifs différents peut-être, mais toutes elles plaisent à quiconque les regarde.

Aussi les épreuves anciennes sont-elles devenues si rares aujourd’hui qu’on ne peut à priori se les procurer quand on les désire ; bien que le nombre des marchands d’estampes soit considérable et leurs cartons fort bourrés, on n’y trouve jamais plus l’une de ces planches fameuses, sauf toutefois en de déplorables contrefaçons, souvent si médiocres, qu’il ne reste presque plus rien de ce qui faisait le charme de la gravure originale, parfois au contraire si bien truquées qu’on s’y peut tromper au détriment de sa bourse. C’est pourquoi, à défaut d’autre chose, contentons-nous d’une bonne repro­duction, d’une copie fidèle, sincère, jolie, qui évoque la planche originale, comme une très belle photographie rappelle à nos yeux l’image d’un être cher, mieux même dans sa simplicité loyale et pratique que le portrait médiocre et pré­tentieux.

C’est le rôle que veut jouer ce petit carton où sont réunies non les principales estampes de ce XVIII’ siècle admirable, elles sont trop, non les plus connues car elles sont un peu frivoles peut-être pour tous les yeux, mais les plus typiques, les plus gracieuses et aussi les plus précieuses tant au point de vue de la valeur pécuniaire que de l’art unique du graveur et du mérite du peintre.

Elles donnent aussi un échantillon des diverses manières de graver et d’imprimer de l’époque, depuis le burin de Watteau jusqu’au lavis de Debucourt, en passant par les planches regravées sur eau-forte d’après Baudouin, le petit maître favori de ce demi-siècle frivole et voluptueux.

Résumons en quelques mots les procédés de gravure, les manières de tirage de cette période capitale, de ce grand siècle de la gravure, de cet âge d’or de l’estampe.

C’est d’abord le patient et robuste burin où triomphe Nanteuil avec les portraits admirables qui closent le XVIIe, et que Drevet continua dans ses effigies robustes comme celle de Bossuet d’après Rigaud, puis plus délicatement, plus plai­samment, Lépicié et Surugue d’après Chardin ou Coypel, Scotin, Aveline, Baron, Le Bas, Dupuis, Audran même d’après Watteau, Choffard d’après Baudouin, Cars d’après Lancret, Gaillard et toute une armée d’artistes d’après Boucher.

Boucher et Watteau ! Arrêtons-nous une seconde pour dire qu’ils furent, l’un par son burin même, l’autre par son pinceau, les inspirateurs de ce XVIIIe adorable, les évocateurs des maîtres comme des gravures de cette incom­parable période.

Watteau a fait jaillir toute la formule dérivée de l’eau-forte que Rembrandt avait déjà donnée ; Boucher, avec son crayon et son pastel qu’on voulut imiter, amène les Marin-Bonnet, les Demarteau, puis les Dagoty, les Janinet, les Alix, les Debucourt à découvrir et à formuler la gravure en manière de crayon, à la roulette, au lavis, à la manière noire, au grain, la gravure en couleurs, ce triomphe du XVIIIe , cette source d’où coulèrent à flots une foule d’estampes sans prix aujourd’hui.

Après Boucher et Watteau, Honoré Fragonard arrive qui, à lui seul, eût suffi pour donner la formule à l’estampe du XVIlle tant pour la composition que pour le procédé, car il fut un aquafortiste remarquable, mais il fut surtout un inspirateur et ne fit que donner un élan nouveau aux buri­nistes du cuivre.

Ici nous avons réuni dans ces six planches un type double, pouvant former ce pendant décoratif si souvent voulu dans les estampes destinées à la figuration murale, de ces procédés spéciaux du XVIIIe. C’est le burin qui mord le cuivre de sa pointe aiguë et robuste pour y tracer la ligne souple, pro­fonde, colorée par la différence  de la taille, de l’épaisseur, du creux, où l’encre se posera pour être ensuite déposée comme un dessin sur la feuille de papier ; puis l’eau-forte si alerte, si libre, si souple que le burin complétera pour donner la gravure la plus nombreuse de cette période, enfin la gravure au lavis, au grain, qui permet l’encrage de tons variés, ou le repérage de planches différentes avec le tirage à la poupée ou l’impression en couleurs.

Il faudrait tout un livre pour développer ou même exposer ces procédés variés, ces recettes savantes, ces cuisines savoureuses. Contentons-nous ici d’en présenter aux yeux les résultats obtenus, avec l’espoir, à défaut d’avoir su apprendre quelque chose de nouveau, d’avoir peut-être apporté un contentement passager et éveillé surtout une curiosité saine et plaisante, pleine de satisfactions, la curiosité de la collection d’estampes gracieuses.

La promenade publique – Notice par Jérôme Doucet.

Nous voici en présence de la planche la plus capitale du XVIIIe siècle, nous ne voulons pas dire la meilleure, mais vraiment la plus précieuse pour tout ce qu’elle renferme de composition, d’exécution, de notation historique, de transformation dans la vision et surtout de procédé, d’habileté de gravure. Nous pouvons d’ailleurs ajouter capitale aussi pour la valeur marchande, car c’est peut-être elle qui détient, qui, à coup sûr, détiendrait le record de l’enchère si elle passait en vente publique. Aux ventes Barrot et Gerbeau en 1907 et 1908 elle dépassa cinq mille francs, de nos jours elle ferait, en belle condition d’avant-lettre, peut-être le double.

Et pour cette page nous ne nous gendarmerons pas, nous ne crierons pas au snobisme aveugle, à l’exagération ridicule, c’est vraiment un morceau de choix. C’est bien le type de la gravure en couleurs, dont nous donnons à l’avant-propos la savoureuse cuisine, celle-ci est des plus réussies par l’effet décoratif comme par la fraîcheur, la précision du coloris.

Puis elle est amusante dans le meilleur sens du mot, curieuse, littéraire.

C’est que Debucourt eut cette valeur particulière  d’être d’abord un dessinateur, un peintre de talent, avant de devenir le graveur, il ne fut pas un ouvrier prestigieux, il fut un artiste complet. C’était d’autant plus indispensable en ce cas que l’on ne voit guère un artisan en face d’une semblable composition à traduire d’après un autre ; la variété des couleurs, leur vivacité eût sombré dans le bariolage et la crudité, la multitude des personnages fût devenue un fouillis entre des mains moins habituées à traduire les valeurs, à exprimer les plans.

Debucourt eut vraiment aussi un don particulier de graveur, personne ne poussa plus loin que lui cette science délicate du maniement adroit des outils de cet art.

Il commençait par un trait d’eau-forte très fin qui fixait le contour du dessin, les silhouettes de la composition, ce trait était sûr à la fois et léger, grâce à la science du dessinateur, fixant lui-même son croquis, sa pensée, sa vision, dans cette mise en place ; avec son berceau il modelait sur le cuivre toute la gamme des tons du noir au blanc, du sombre à la lumière, avec des finesses d’estompe : il peignait avec son outil ; c’est la fameuse manière noire dont l’école anglaise sera si fière plus tard, qu’elle portera à l’inouï de l’habileté sans atteindre cette perfection du goût.

Louis-Philippe Debucourt est un Parisien de Paris, est-il besoin de le dire, en face de cette page où apparaît, fin et gai, tout l’esprit du boulevard, où perce la note caricaturale qui sera le triomphe de l’esprit français au XIXe.

Fils d’un huissier à cheval au Châtelet, Debucourt naquit à Paris le 13 février 1755. Grand, mince, élégant, il fut ce muscadin amusant, libre en ses propos, parfois en ses estampes, saisissant vite les ridicules et les fixant d’un crayon alerte, exact, mordant, mais non blessant, ironique, mais point mauvais, gaulois mais jamais gros­sier. Il fut l’ironiste gai et plein de désinvolture. C’est à vrai dire, avec sa perruque en ordre, son col évasé, sa grosse cravate, ce petit bonhomme étalé sur deux chaises au premier plan de la « Promenade  ».

Agréé à l’Académie royale en 1781; il mourut le 12 septembre 1832 à Belleville, au 18 de la rue des Bois.

Les Goncourt ont loué l’agrément de ses planches, l’illusion qu’elles donnent, leur harmonie, leur vivacité : c’est du grand art de petit graveur, disent-ils.

La foule dit plus, elle fit à Debucourt le grand succès, les amateurs le consacrèrent par les gros prix.

estampes_fleuron_titre

le chocolat de la Marquise

Jérôme Doucet est un ami de Clémentine Rouzaud, qui, avec son mari Auguste dirige les Chocolats de Royat, sous la marque commerciale de la Marquise de Sévigné. Cette marque est assez réputée, au début du siècle, et ceci grâce au talent commercial de Clémentine, qui tient salon, et se fait appeler la Marquise par ses amis.

salon_the_1919_gallica_la_renaissance_de_lart_francais_et_des_industries_de_luxe
le salon de thé, boulevard de la madeleine, en 1919 – source : Gallica.bnf.fr

 

Doucet lui dédie un livre : Princesses d’or et d’Orient, avec une belle dédicace en fac-simile.

princesses_or_dédicace

Doucet est un habitué de son salon. En témoigne un écho paru dans Cyrano, début 1932 ; au vernissage organisé par Clémentine Rouzaud dans sa librairie de la Plume d’Or (ouverte en 1930), en l’honneur du photographe américain Irving Chidnoff, Doucet est présent. Au passage, on pourra vérifier que la confusion entre J (érôme) Doucet, auteur, et J (acques) Doucet, couturier, n’est pas rare, même à l’époque…

Cyrano_1932
Cyrano, 10 janvier 1932. Source : Gallica.bnf.fr

 

Livre de recettes.

recettes_couv

Jérôme Doucet contribuera également à la promotion du chocolat de la Marquise, en écrivant une petite plaquette :

recettes_titre

Recettes Plaisantes et Délectables du Chocolat Granulé de Royat

 recueillies et mises en ordre par
JEROME DOUCET
illustrées par l’imagier de la reine
GEORGE DELAW.

La plaquette paraît en 1913 ; il s’agit d’un petit in-8° (11,5 cm sur 17 cm), de 46 pages, imprimée sur un papier vergé épais, de couleur crème, et sous une couverture de papier marron. Elle est imprimée par Devambez et illustrée de très nombreux dessins in-texte, en deux tons : le marron avec lequel le texte est imprimé, et un vert.

La première partie regroupe des pastiches de la Marquise de Sévigné, la Fontaine, Boileau, Perrault, Racine, Molière, et d’évocations de l’empereur Auguste, Mansart, Vatel, qui donnent déjà quelques recettes ; puis, à partir de la page 21, 33 recettes diverses.

Ce livret est illustré par George Delaw, qui n’est pas britannique, contrairement à ce que semble indiquer le titre : il s’agit de Georges Delau, né en  1871, mort en 1938.

Ce petit livret, sans doute distribué plusieurs années de suite, est devenu assez rare.

Salon de thé décoré par Maurice Leloir.

marquise_salon
intérieur du salon de thé avec les panneaux de Leloir – doc Gallica.bnf.fr

En 1923, le salon de thé du boulevard de la Madeleine est redécoré par Maurice Leloir. Il fournira également nombre de compositions pour des objets publicitaires (notamment des éventails, très à la mode à ce moment) et des boîtes de chocolat.

leloir_eventail_salon_marquise
Maurice Leloir, éventail au décor « Salon de thé de la Marquise de Sévigné », musées de la ville de Paris.

Ce salon de thé sera détruit dans les années 1970 pour laisser la place à une agence bancaire.

 

Publi-reportage de Doucet ?

Dans la revue « la renaissance de l’art francais et des industries de luxe paraît en 1924 un publi-reportage, non signé, à la gloire de la Marquise de Sévigné ; son style général me rappelle fortement Jérôme Doucet.

 

Voici cet article :

COMME beaucoup d’établissements qui jouissent d’une réputation universelle, la Marquise de Sévigné a connu des débuts timides. Elle a grandi doucement, mais sûrement, ainsi qu’un bébé né sous l’étoile de la victoire qui, peu à peu, se développe, fait ses premiers pas, croît en vigueur, s’épanouit dans une robuste adolescence, puis, devenu femme, s’en va à la conquête du monde…

La première fabrique, fondée en 1892, fort modeste, débitait du chocolat en tablettes baptisées de cette ambitieuse devise : Nec Plus ultra.

Cette épigraphe qui, avant d’historier des bâtonnets de cacao, avait été gravée par Hercule sur ces montagnes qu’il croyait être les bornes de la Terre, ne porta pas bonheur au produit qu’elle eût dû protéger.

Aussi bien, offrir du chocolat en tablettes, de si fine qualité qu’il fût, n’apportait point la note d’originalité nécessaire pour retenir l’attention du public et fixer sa faveur.

Il fallait trouver de l’inédit.

Les stations thermales fournirent les premiers débouchés, consacrèrent les premiers succès, Royat, d’abord puis Vichy, en 1898, où une heureuse conjoncture, liée à notre histoire littéraire, allait favoriser la réussite.

On jouait en tournée Cyrano de Bergerac, qui avait reçu l’année précédente, à la Porte Saint-Martin, l’accueil triomphal que l’on sait.

Enthousiasmée par les vers du poète, Mme Rouzaud eut la pensée délicate de lui envoyer, avec l’expression de son admiration, une boîte de ses meilleurs produits.

L’adresse était celle-ci : Edmond Rostand, au Pavillon Sévigné.

Pavillon_Sévigné,_Vichy_jpeg
le pavillon Sévigné, Vichy – source Wikipédia.

Pavillon Sévigné ! Ce fut comme un trait de lumière ! Comme cela sonnait bien ! Pourquoi ne pas placer la maison sous l’invocation de la charmante Marquise qui, deux siècles plus tôt, venait rétablir sa santé dans ce Vichy d’où elle a daté de si jolies lettres, dont elle aimait tant les « jolis bocages » ainsi que les promenades, « d une beauté au-dessus de ce que je puis vous dire », écrivait-elle, et où l’on voit encore, sur les bords de l’Allier, la gracieuse petite maison qu’elle habita, parmi les fleurs et la verdure ?

Et c’est ainsi que naquit cette charmante appellation : « A la Marquise de Sévigné ».

La contribution d’une devise chère au plus robuste des dieux n’avait eu aucun crédit. Mais, dans une âme éblouie par les vers d’un grand poète, se précise la pensée de choisir le patronage de notre merveilleuse épistolière, et c’est le plus efficace des porte-bonheur…

La « Marquise de Sévigné » marche de succès en succès.
Elle ouvre en 1900 une maison de vente à Clermont-Ferrand, en 1904 une autre à Lyon et enfin en 1906 consacre définitivement son prestige par l’installation à Paris, 11, boulevard de la Madeleine, de salons de vente qui firent sensation.

Puis, c’est Marseille, Nice, Monte-Carlo, Deauville… Trois maisons nouvelles sont créées à Paris et de gentilles succursales éclosent en toutes les stations thermales d’Auvergne : Royat, le Mont-Dore, Châtel-Guyon, La Bourboule, Saint-Nectaire, etc…

La Marquise de Sévigné règne aujourd’hui sur vingt succursales — vingt gracieuses bonbonnières — et n’a point négligé d’y adjoindre une vaste organisation commerciale qui lui permet d’expédier à profusion dans le monde entier le bon chocolat de France auréolé de la plus parisienne parure.

La Marquise de Sévigné — je veux dire Mme Rouzaud — apporte dans la confiserie une très heureuse innovation qui explique sa prodigieuse réussite.

Les bonbons d’autrefois se vendaient dans de fades cartonnages, en de mornes bonbonnières ou en des sacs d’une affligeante banalité, le tout fanfreluché de dérisoires « faveurs » roses ou bleues.

Les bonbons croqués, le sac ou la boîte, sans intérêt, demeuraient inutiles !

L’idée féconde, l’œuf de Colomb fut de concevoir pour la présentation des sublimes friandises, des récipients à usage défini qui fussent par eux-mêmes des cadeaux charmants conservés en raison de leur cachet d’art.

La céramique, le cristal, le bois précieux servirent à établir des vases, des coupes, des coffrets d’une inspiration gracieuse et novatrice.

Des artistes de talent, séduits par l’attrait de cette rénovation, ciselèrent le bronze, le cuir ou le cristal et j’en sais — que je ne dirai point — pour qui ce fut un agréable délassement que de dessiner boîtes à bonbons et sacs « danseuse » .

La recherche de l’inédit, le goût des ensembles, l’imagination ardente de Mme Rouzaud et le succès grandissant de la Marquise de Sévigné imposent des obligations nouvelles. Créer la mode, c’est la devancer ! Donc, à chaque saison, des tissus somptueux seront spécialement tissés à Lyon pour habiller poupées ou bonbonnières, des rubans merveilleux seront dessinés et exécutés pour les boîtes nouvelles, mille détails inédits et précieux contribueront à donner à chaque objet un petit air « Sévigné » un chic tout à fait personnel qui achève la perfection de cette séduisante présentation.

Enfin, en confiant à Leloir la décoration de son Salon de thé du boulevard de la Madeleine, elle vient de réaliser un cadre d’élégance digne de son aristocratique clientèle.

Et si, par aventure, nos petits-enfants d’après-guerre venaient un instant à confondre la Grande Épistolière avec l’enseigne de leur chocolat préféré, M. Léon Bérard lui-même ne s’en offusquerait point, la gloire de l’écrivain pouvant sans déchoir accepter un hommage nouveau.

Nb : Léon Bérard, cité dans cet article, n’est pas le chirurgien, mais le ministre de l’instruction publique de l’époque (né en 1876, mort en 1960).

eclaireur_dimanche_aout_1929
l’éclaireur du dimanche, août 1929. Source : Gallica.bnf.fr

 

Les souhaits merveilleux, Marcel Jeanjean.

Ce nouveau recueil de contes pour enfants, publié par Jérôme Doucet en 1932, est à la fois très inhabituel, dans sa production, et également très comparable aux recueils qui l’ont précédés.

souhaits_titre

 

Très inhabituel, par le choix de l’illustrateur : Marcel Jeanjean, né en 1893, mort en 1973, est beaucoup plus jeune que Doucet (28 ans les séparent) ; c’est la seule collaboration entre les deux hommes.

souhaits_ill4

Inhabituel également par le choix de l’éditeur : les éditions H. Piazza, fondées à la fin du XIXe siècle par Henri Piazza, décédé en 1929 ; c’est également la seule fois que Jérôme Doucet travaille avec cette maison d’édition, qui publie (entre autres) une gamme de livres de demi-luxe, privilégiant l’orientalisme.

souhaits_table

Par contre, les contes réunis sont bien dans la manière de Doucet : cinq histoires, décrivant les tribulations de cinq enfants : Pallada, Emerée, Guilliri, Cordolo, Burluru, en butte aux agissements de méchants, aidés par de petits lutins et fées ; les souhaits formulés déclenchent des catastrophes mais tout finit bien, en général par un mariage.

souhaits_justification

Les cinq contes sont dédiés à

Madeleine et Marguerite,
Maurice, Félix et Paul,
qui sont cinq,  ainsi que les voyelles,
deux filles et trois garçons
comme dans ces contes ;
en témoignage
de l’affection reconnaissante que je porte
à leur père
le bâtonnier Édouard Dumolard

Édouard Dumolard (né en 1883, mort en 1961) est avocat, bâtonnier de l’ordre, au tribunal de Grenoble. Marié en 1912 avec Anne Marie Durand, à Bourg-en-Bresse, ils ont six enfants : Maurice, né en 1912, futur avocat à Grenoble, Félix, né en 1913, Marguerite, née en 1915, Magdeleine, née en 1917,  Paul, né en 1919, puis Noémie (qui est sans doute décédée avant 1932). En 1932 l’aîné de ces enfants a donc 20 ans – un peu âgé pour ces contes.

souhaits_ill2

Comme le nom des héros et héroïnes, ainsi que la dédicace, nous l’indiquent, ces contes sont placés sous le signe des cinq voyelles. Jérôme Doucet s’en explique dans un préambule assez inhabituel dans un livre pour enfants – ce préambule est donné en annexe.

 

Description.

Le livre est un petit in-8) de 20 cm sur 14 cm ; il comporte 176 pages numérotées, sur un beau papier. Marcel Jeanjean l’a illustré de trente-quatre (ou trente-cinq suivant la manière de compter ; une page comporte deux illustrations) aquarelles reproduites au pochoir. Ces illustrations sont toutes in-texte, de tailles très diverses – d’une petite vignette à quasiment une pleine page.

souhaits_ill3

Le livre est achevé d’imprimer le 20 aout 1932 sur les presses de Pierre Frazier à Paris ; il est édité par l’Édition d’Art H. Piazza, à Paris, 15 rue Bonaparte.

Le livre est relié sous cartonnage de l’éditeur, crème avec inscriptions dorées ; la tête est dorée.

souhaits_chemise

Un tirage de tête existe, tiré à cent exemplaires sur papier vergé pur fil de Rives, au même format ; ces exemplaires comportent deux suites complètes des illustrations, en noir et en couleurs. Ils sont en feuille, sous chemise cartonnée à rabats et lacets, reproduisant le décor du cartonnage du tirage courant. Les exemplaires de tête sont vendus 100 francs ; les exemplaires courants 50 francs.

souhaits_ill1

souhaits_suite

Publicité dans la Reliure

Jérôme Doucet a fait la publicité de son nouveau livre ; journaliste à la Reliure, l’organe professionnel des relieurs, il fait insérer, sur plusieurs mois, des petits billets tels que celui-ci, paru dans le numéro 446 (novembre 1932) :

piazza_annonce_reliure

 

Un délicieux livre d’étrennes

Nous ne pouvons laisser passer, sans le signaler, le nouveau livre de M. Jérôme Doucet et ceci pour deux raisons :

D’abord parce qu’il est notre fidèle collaborateur, puis parce que vraiment c’est un très bel ouvrage à un prix parfaitement raisonnable. Il n’y a pas de plus délicat cadeau de Noël et du jour de l’an à faire à une jeune fille, un jeune garçon ; ce sera développer leur goût du livre, des lectures saines, de la bonne bibliophilie. Il s’agit des

Contes merveilleux

que vient d’éditer la librairie d’art Piazza, 19, rue Bonaparte, Paris (6°).

D’un format délicieux 14 X 20, imprimé sur beau papier vélin, illustré de ravissantes aquarelles de Marcel Jean-Jean reproduites en couleurs avec patrons, ce recueil de cinq contes est à la fois aussi agréable à feuilleter que délicat à lire.

Il se prête en outre à une reliure qui peut être de plein maroquin sur les exemplaires (au nombre de 100) tirés sur pur fil de Rives au prix de 100 francs, comme à une délicate demie-reliure pour les exemplaires sur vélin au prix, vraiment modeste, de 50 francs.

Les relieurs peuvent se l’offrir comme modèle de reliure… qu’on leur achètera.

 

A noter la confusion sur le titre… Doucet a certes publié un livre sous ce titre, de nombreuses années auparavant, chez Juven, ce qui a pu expliquer le lapsus.

 

Annexe : préambule, par Jérôme Doucet.

     Les voyelles… Oh ! rassurez-vous, chers lecteurs, je ne veux point vous imposer une leçon de grammaire, même en vous citant celle – immortelle – de l’Académie. Les voyelles, voulais-je dire, sont pour le langage ce que sont les notes dans la musique ; ce sont elles qui donnent aux mots leur sonorité personnelle, leur vie.
     La consonne, son nom l’indique et le bon Larousse nous le confirme, ne peut former une syllabe que si elle est accompagnée d’une voyelle, ne sonne qu’avec elle. Toute seule, la consonne est muette, sourde ; la voyelle parle pour les deux, mieux elle chante.
     Oui ! elle chante puisque c’est elle qui, au bout du vers, forme la rime que la consonne d’appui ne fait qu’enrichir.
     La voyelle c’est l’assonnance, cet embryon de rime que le bambin – l’homme naît avec l’instinct poétique – cherche à découvrir pour créer ses chansons enfantines, ses rondes puériles, les phrases de ses jeux.
     Cette hantise de l’assonnance, donc de la voyelle, est telle qu’il inventera des mots étranges plutôt que de s’en passer :

ams, tram, gram
Pic et pic et colégram

     Les voyelles ont donc une personnalité marquante, un pouvoir bien précis ; elles ne sont que cinq, elles suffisent pourtant, avec les vingt consonnes – quatre fois plus nombreuses – à former tous les mots, à les prononcer.
     Et voilà pourquoi il m’a paru amusant – pourvu, mon Dieu ! que je me sois pas trop leurré – d’écrire cinq histoires de façon à ce que chacune ait une des cinq voyelles, pourrais-je dire, comme harmonique.
     Au lieu de contes : bleu, vert, jaune, orangé, rouge, je vous les offre en a, en é, en i, en o, en u…
     Oh : le présent est bien menu !

souhaits_ill_fin

 

 

 

 

 

quelques exemplaires en veau blond glacé

Dans la hiérarchie des reliures, sujet toujours discuté, on trouve sur le podium les reliures en maroquin, le plus souvent rouge, quelquefois mosaïqué ; les vélins anciens sont également recherchés. Les chagrins et basanes ont moins de prestige ; sans parler des demi-reliures – les cartonnages constituant une catégorie à part. Hugues a publié un article de Xavier sur ce sujet, il y a quelques années.

En pratique, le maroquin domine largement le concours, aidé par la pratique courante au XIXe siècle, de faire re-relier les livres, le plus souvent en maroquin. Mais certains autres types de  reliure sont particulièrement plaisants, à mon avis du moins.

Voici quelques exemples  d’un de ces types : la reliure en veau blond glacé. On parle de veau glacé, quand le cuir est lissé, de façon à briller ; et on le qualifie de « blond » ou de « fauve » dans certains cas.

veau_1

Ces reliures sont semblables par la matière, la couleur, et la décoration : dans tous ces exemples les plats sont ornés d’un triple filet doré.

veau_2

Les dos sont différents, traduisant plus la date de leur réalisation, qui va de 1780 à 1835 environ.

veau_3

Certaines de ces reliures sont signées : REL. . BOZERIAN JEUNE, Koehler.

veau_4_ginain

Une troisième est signée R.P. Ginain.

François Bozérian, dit Bozérian le Jeune, est né en 1765 à Briord (Ain) ; il a été actif de 1801 à 1818 environ. François Koehler, élève de Thouvenin, commence son activité en 1834.  Ginain est actif entre 1821 et 1847.

Ces livres ont donc un point commun visible : leur reliure.

Les livres réunis ici sont les suivants :

  • Galatée, roman pastoral, imité de Cervantes, par M de Florian, quatrième édition, à Paris, de l’imprimerie de Didot l’aîné, 1785.

veau_5_galatee_1785

la page de titre montre la marque typographique de François Ambroise Didot (1730-1804), dit Didot l’Aîné, fils (aîné, donc) de François Didot.

veau_6_galatee

Le livre se vend chez Didot l’Aîné, rue Pavée S. André et De Bure, quai des Augustins. Guillaume de Bure est le beau-frère de François-Ambroise.

  • Œuvres de Boileau Despreaux, à Paris, de l’imprimerie et de la fonderie de P. Didot l’aîné, 1815, trois tomes in-8°, relié par Bozérian Jeune.

veau_7_boileau_1815

P Didot l’aîné, c’est Pierre Didot (1751, 1853), dont on voit la marque typographique, fils (aîné, donc) de François-Ambroise, qui s’est retiré des affaires en 1789 et a confié l’entreprise à ses deux fils Pierre et Firmin.

veau_8_boileau_papier_fin

Le livre fait partie de la Collection des meilleurs Ouvrages de la langue Françoise, dédiée aux amateurs de l’art typographique, ou d’éditions soignées et correctes, chez P. Didot l’aîné, ci-devant au Louvre, présentement rue du Pont de Lodi. Bonaparte avait accordé la Galerie du Louvre à Pierre Didot, qui y avait créé les fameuses Éditions du Louvre. Cet exemplaire est sur papier fin ; il existe d’autres qualités de papier pour ces éditions.

  • Les Provinciales, ou lettres de Louis de Montalte, par Blaise Pascal, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, imprimeur du Roi et de la Chambre des Pairs, 1816, deux tomes in-8°, reliure non signée.

veau_9_pascal_1816

L’année suivante, la page de titre de cette collection affiche une mention supplémentaire, nouveau témoignage  de la faveur dont continuent à jouir les Didot.

veau_10_papier_velin

Cet exemplaire est sur papier vélin, de meilleure qualité. Il existe un troisième papier : le papier ordinaire. Ce livre était vendu 9 francs en papier ordinaire, 15 francs sur papier fin et 30 francs sur papier vélin.

  • Œuvres choisies de Quinault, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, chevalier de l’Ordre Royal de Saint-Michel, Imprimeur du Roi, 1822, deux tomes in-12, reliure signée par Koehler.

veau_11_quinault_1822

La faveur de Pierre Didot ne se dément pas dans les années suivantes. Ce livre ne fait pas partie d’une Collection, contrairement à beaucoup de productions des Didot.

 

  • Relation des Campagnes de Rocroi et de Fribourg, par Henri de Bessé, sieur de la Chapelle-Milon. Paris, N.Delangle, éditeur,rue du Battoir, numéro XIX, 1826. Relié avec : Œuvres choisies de Sarrazin, même éditeur, même date. Un volume in-16, relié par Ginain.

veau_12_berry_1826

Ces deux livres font partie de la Collection des Petits Classiques François, dite aussi Collection de la Duchesse de Berry, à qui elle est dédicacée. Elle est imprimée à 500 exemplaires aux frais et par les soins de Charles Nodier et N. Delangle avec les caractères de Jules Didot Aîné.

veau_13_berry

La page en regard porte la mention suivante : Imprimerie de Jules Didot Aîné, imprimeur du Roi, Rue du Pont-de-Lodi, n° 6.

Jules Didot (1794-1871) est le fils (aîné bien sûr) de Pierre Didot ; il est associé dès 1820 aux affaires paternelles, comme l’indique la page de titre du Siècle de Louis XIV, de Voltaire, édité en 1820 par Pierre Didot, l’Aîné, chevalier de l’ordre royal de Saint-Michel, imprimeur du Roi et de la Chambre des Pairs, et Jules Didot fils, chevalier de la légion d’honneur (Nb : cet exemplaire, relié en veau raciné et non pas en veau blond glacé, n’avait pas sa place ici) – Jules succède à son père en 1822 mais « conduit ses affaires de manière désordonnée et sombre dans la déraison en 1838 » (André Jammes). Cette branche de la dynastie Didot s’éteint avec Jules ; la relève passe par Firmin, le frère de Pierre, et ses descendants qui prendront le nom de Firmin-Didot.

veau_11b_voltaire

veau_15_classiques

Des éditions Didot reliées en plein veau blond glacé sur cinquante années, que demander de plus ?

la grande douleur des sept artistes

En 1923, Jérôme Doucet publie un nouveau recueil de contes, pour adultes, dans la lignée de ceux qu’il avait publiés de nombreuses années plus tôt, comme les Princesses de Jade et de Jadis, repris l’année précédente dans les Princesses d’or et d’Orient.

douleur_couv

Ce nouveau recueil n’est pas d’une tonalité plus joyeuse que le précédent – il regroupe sept contes, mettant en scène sept artistes exerçant différents arts, auxquels il arrive des aventures assez affligeantes – toutes autour de la perte de l’être aimé ; perte souvent provoquée, malgré lui, par l’artiste et son exigence de perfection dans son art.

douleur_dedicace

Le recueil est précédé d’une dédicace, adressée à Georges Rochegrosse et Denys Puech :

Au Statuaire / Denys Puech

Au Peintre / Georges Rochegrosse

            Si le Destin, parfois, semble guider mes pas sur un autre chemin que le vôtre – et qui ne menait pas à Rome – du moins il ne put jamais désunir nos mains, ni dissocier nos pensées.

            Bien plus, hier, cruellement, il nous réunissait tous trois en même temps, dans la douleur, la grande, la plus grande, la seule grande douleur : la perte de notre Compagne.

            C’est pourquoi en souvenir de notre claire amitié, en mémoire de cette heure sombre, j’inscris vos noms sur la première page de ces Contes faits pour nous trois

 

La dédicace n’est pas joyeuse non plus ! elle mérite quelques explications.

puech_princesse_gagarine_stourdza_musée_puech
Denys Puech, la princesse Anina Gagarine-Stourdza peignant, Musée Puech.

L’épouse de Denys Puech, Anina Gagarine Stourdza, née le 1er juin 1865 (qui a donc le même âge que Jérôme Doucet) est artiste-peintre. Pendant la Guerre, elle fait office d’infirmière, et meurt d’une maladie (la grippe espagnole ?) contractée dans un hôpital le 14 avril 1918.

georges_marie_rochegrosse_marambat_toulouse_11avril2018
Georges Rochegrosse, Georges et Marie, vente Marambat, Toulouse, le 11 avril 2018.

L’épouse de Georges Rochegrosse, Marie Leblon, meurt à Alger, où le couple s’est installé, en janvier 1920.

doucet_fete_villepreux

L’épouse de Jérôme Doucet, Marie Meunier, meurt le 5 avril 1919.

 

le livre est illustré par Paul de Pidoll, artiste Luxembourgeois né en 1882 (il a donc déjà 40 ans) dont il s’agit d’un des premiers travaux. Paul de Pidoll est plus à l’aise dans l’ornementation que dans l’illustration proprement dite ; cela se sent dans cet ouvrage, et ce sera encore plus visible dans les collaborations suivantes entre Doucet et lui. A noter d’ailleurs que la page de titre indique « Ornementations de Paul de Pidoll ».

douleur_titre

le livre est publié par Lucien Gougy, Quai Conti, 5. Paris. C’est un ami de Jérôme Doucet. C’est le premier livre de Doucet officiellement publié par cet éditeur ; mais il avait déjà travaillé, l’année précédente, sur la réédition de la Mort au beau visage, ainsi que sur les Princesses d’or et d’Orient, deux ouvrages qui sont pourtant indiqués « à compte d’auteur ». Dans les années suivantes, ce genre de collaboration dans l’ombre se poursuivra…

doucet_gougy
Catalogue général de la Librairie française

 

Il s’agit d’un volume de format petit in-folio (24 cm sur 30 cm) de 96 pages non numérotées.

douleur_justif
faux-titre et justification. Cet exemplaire est offert par Lucien Gougy à l’éditeur Michaud.

Le tirage est de 658 exemplaires :

  • 8 exemplaires sur papier impérial du Japon avec deux suites des figures ;
  • 150 exemplaires sur papier d’Arches à la forme avec une suite ;
  • 500 exemplaires sur papier vélin.

La suite pour les exemplaires sur Arches est sur papier mince, en noir. les exemplaires sur vélin sont vendus 60 francs, les exemplaires sur japon 300 francs.

Le recueil regroupe les sept contes chinois suivants :

  • le noyau de mangue
  • les trois dragons
  • le bracelet de jade
  • la mort de la zibeline
  • la flamme sur la colline
  • l’urne de grès noir
  • les mains d’ivoire
douleur_table
dernière page du dernier conte, et table.

Le recueil est composé de la façon suivante :

  • une feuille non imprimée
  • une feuille portant la justification au verso
  • une feuille portant le faux-titre et la première gravure en couleurs
  • une feuille portant le titre
  • une feuille portant la dédicace et une gravure d’ornementation (en noir), se  rapportant au premier conte.
  • Pour chacun des six premiers contes :
    • une feuille portant le titre et une gravure en couleurs au verso (belle page)
    • cinq feuilles portant le texte ; le verso du dernier feuillet portant une gravure d’ornementation se rapportant au conte suivant.
  • Pour le dernier conte :
    • une feuille portant le titre et une gravure en couleur
    • quatre feuilles portant le texte.
  • une feuille portant la table
  • une feuille portant l’achevé d’imprimer.

Soit un total de 48 feuilles. Toutes les pages portent un fond bleu turquoise intense, avec une bordure, simple pour les pages non imprimées, beaucoup plus ornée pour les pages de texte. Le recueil compte huit gravures en couleurs, à pleine page, et quinze gravures d’ornementation, en noir, à pleine page, correspondant aux pages de titre des contes, et à la dernière page du conte précédent ; plus la gravure de la couverture, tirée sur papier et rempliée. Les gravures tirent parti du bleu du fond, du blanc laissé en réserve, du noir, et de l’or ; les gravures en couleurs utilisent le rouge et un vert pâle en plus.

douleur_acheve

Voici l’achevé d’imprimer :

Composé en Robur gras
de la Fonderie G. Peignot
et mis en pages avec les gravures
de la Maison Brun et Cie
par Charles Géhin, prote ;
tiré sur les presses de l’imprimerie
Georges Berland
par Henri Houvet, pressier,
cet ouvrage a été achevé d’imprimer
le 22 Novembre 1923.

Comme on le voit Géhin n’est pas le graveur, contrairement à ce que certains libraires indiquent.

Voici la reproduction des gravures insérées au début de chaque conte :

Voici quelques planches de la suite, dans laquelle les pages d’ornementation pure ne sont pas oubliées :

 

 

 

 

bibliographie des éditions Cyral

L’éditeur Cyral fait partie des petites maisons d’éditions, qui ont fleuri dans l’entre-deux-guerres, à l’époque de l’engouement dont jouit la bibliophilie auprès d’un public assez large ; comme les éditions Mornay, Piazza, Crès, et beaucoup d’autres encore.

Ces éditions, qu’on qualifie assez souvent de demi-luxe, ont comme points communs d’être assez largement au format in-8°, illustrées, le plus souvent en couleur (pochoir ou reproductions d’aquarelles), avec des tirages importants (atteignant facilement le millier d’exemplaires).

Dans ce paysage éditorial encombré, Henri Cyral, par la singularité et la constance de ses choix, se distingue. Pour ses livres il applique toujours la même formule : format unique, in-8°, une seule technique d’illustration : la reproduction d’aquarelles, mêmes papiers, et mêmes tirages (avec toutefois des variantes). Les tirages sont également standardisés, de même que les papiers, tous issus de territoires sous domination française : Madagascar, Annam, vélin de Rives.

En appliquant cette formule, il a publié 49 livres, dont 40 regroupés dans la Collection Française ; plus la Collection Stendhal, et quelques volumes hors collection, de 1924 à 1933. Il publiera ensuite un dernier livre, quelques années plus tard.

Voici la bibliographie complète de ces éditions :

  • Collection Française.

La Collection Française regroupe quarante titres, édités de 1924 à 1933, et numérotés de 1 à 40. Le tirage est de 1021 exemplaires, répartis comme suit :

  • de 20 à 30 exemplaires de tête, sur grand papier (16  cm sur 22 cm) de Madagascar, avec deux aquarelles originales ;
  • à partir de 1930, de 15 à 20 exemplaires sur grand papier Annam, avec une aquarelle originale ;
  • de 15 à 20 exemplaires sur grand papier vélin d’Arches ;
  • le nombre d’exemplaires nécessaires pour atteindre le nombre de 1021, sur vélin de Rives (14,5 cm sur 20,5 cm) ;

 

Ce tirage est commun à la plupart des titres ; mais à partir du trente-cinquième titre (le Nabab, d’Alphonse Daudet, édité en 1931) les tirages diminuent. De même, elle n’est pas adoptée pour les six premiers titres, pour lesquels un exemplaire unique, sur Hollande, contient toutes les illustrations originales. Tous les livres sont en un seul tome, sauf jack, de Daudet, publié en deux tomes.

cyral_formats
à gauche, Yamilé, en grand papier ; à droite, Jean des Figues, sur Rives.

Voici le détail de la Collection :

  • 1-DAUDET (Alphonse) – Fromont Jeune et Risler Ainé, illustré par Paul-Loys ARMAND.  1924 :
    • 1 exemplaire sur Hollande avec tous les originaux ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 2-FROMENTIN (Eugène) – Dominique, illustré par Paul-Loys ARMAND.  1924 :
    • 1 exemplaire sur Hollande avec tous les originaux ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 3-ESTAUNIÉ (Édouard) – L’Empreinte, illustré par André FOURNIER.  1924 :
    • 1 exemplaire sur Hollande avec tous les originaux ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 4-DAUDET (Alphonse) – Numa Roumestan, illustré par Paul-Loys ARMAND.  1925
    • 1 exemplaire sur Hollande avec tous les originaux ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 5-BOURGET (Paul) – Le Disciple, illustré par André FOURNIER.  1925
    • 1 exemplaire sur Hollande avec tous les originaux ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 6-GIDE (André Paul Guillaume) – La Porte Etroite, illustré par DANIEL-GIRARD.  1925 :
    • 1 exemplaire sur Hollande avec tous les originaux ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 7-DAUDET (Alphonse) – Le Petit Chose, illustré par André FOURNIER.  1926 :
    • 20 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 980 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 8-REGNIER (Henri de) – Le Divertissement Provincial, illustré par DANIEL-GIRARD.  1926 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 980 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 9-ESTAUNIÉ (Édouard) – L’Ascension de M Baslèvre, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1926 :
  • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
  • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
  • 980 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 10-DAUDET (Alphonse) – les Lettres de Mon Moulin, illustré par DANIEL-GIRARD.  1926 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 11-FLAUBERT (Gustave) – Madame Bovary, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1927 :
    • 35 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 12-REGNIER (Henri de) – L’Escapade, illustré par DANIEL-GIRARD.  1927 :
    • 27 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 973 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 13-BORDEAUX (Henry) – Yamilé sous les cèdres, illustré par Suzanne-Raphaële LAGNEAU.  1927 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 14-DAUDET (Alphonse) – Tartarin de Tarascon, illustré par DANIEL-GIRARD.  1927 :
    • 35 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 15-ESTAUNIÉ (Édouard) – L’Appel de la Route, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1928 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 16-CHATEAUBRIANT (Alph de) – Monsieur des Lourdines, illustré par DANIEL-GIRARD.  1928 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 17-FLAUBERT (Gustave) – Salammbô, illustré par Suzanne-Raphaële LAGNEAU.  1928 :
    • 35 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives
  • 18-DAUDET (Alphonse) – Jack, en deux tomes, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1928 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 19-LOTI (Pierre) – Pêcheur d’Islande, illustré par DANIEL-GIRARD.  1928 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 20-DAUDET (Alphonse) – Tartarin sur les Alpes, illustré par DANIEL-GIRARD.  1929 :
    • 30 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 21-LOUYS (Pierre) – Aphrodite, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1929 :
    • 31 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 22-FLAUBERT (Gustave) – Trois Contes, illustré par DANIEL-GIRARD, Pierre ROUSSEAU, et Suzanne-Raphaëlle LAGNEAU.  1929 :
    • 31 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 23-ESTAUNIÉ (Édouard) – Tels qu’ils furent, illustré par Pierre LISSAC.  1929 :
    • 31 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 24-DAUDET (Alphonse) – Sapho, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1929 :
    • 31 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 970 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 25-LOTI (Pierre) – Un Pélerin d’Angkor, illustré par François de MARLIAVE.  1930 :
    • 36 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.

A partir du numéro 26 Henri Cyral utilise un second grand papier, le papier d’Annam, auquel il joint une aquarelle originale :

  • 26-REGNIER (Henri de) – La Pécheresse, illustré par DANIEL-GIRARD.  1930 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 27-BENOIT (Pierre) – L’Atlantide, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1930 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 28-LOUYS (Pierre) – La Femme et le Pantin, illustré par Jean-Paul TILLAC.  1930 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 29-DAUDET (Alphonse) – Contes du Lundi, illustré par P. LISSAC.  1930 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 30-FLAUBERT (Gustave) – La Tentation de Saint-Antoine., illustré par DANIEL-GIRARD.  1930 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 31-LOTI (Pierre) – Ramuntcho, illustré par Jean-Paul TILLAC.  1931 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 17 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 18 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 32-LOUYS (Pierre) – Les Aventures du Roi Pausole, illustré par DANIEL-GIRARD.  1931 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 18 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 961 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 33-ESTAUNIÉ (Édouard) – Les Choses voient, illustré par F. DE MARLIAVE.  1931 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 21 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 18 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 961 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 34-LOTI (Pierre) – Aziyadé, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1931 :
    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale ;
    • 20 exemplaires sur vélin d’Arches ;
    • 965 exemplaires sur vélin de Rives.

A partir du Nabab, les tirages diminuent :

  • 35-DAUDET (Alphonse) – Le Nabab, illustré par Pierre ROUSSEAU.  1931 :

le tirage est de 898 exemplaires :

    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales
    • 15 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale
    • 12 exemplaires sur vélin d’Arches
    • 850 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 36-LOUYS (Pierre) – Les Chansons de Bilitis, illustré par Pierre LISSAC.  1932 :

le tirage est de 1000 exemplaires :

    • 21 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales
    • 18 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale
    • 18 exemplaires sur vélin d’Arches
    • 943 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 37-ARENE (Paul) – Jean des Figues, illustré par F de MARLIAVE.  1932 :

le tirage est de 849 exemplaires :

    • 20 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales
    • 17 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale
    • 12 exemplaires sur vélin d’Arches
    • 800 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 38-BARBEY D’AUREVILLY (Jules-Amédée) – L’Ensorcelée., illustré par Maurice LEMAINQUE.  1932 :
  • Le tirage est de 800 exemplaires :

    • 20 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales
    • 16 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale
    • 14 exemplaires sur vélin d’Arches
    • 750 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 39-LOTI (Pierre) – Le Mariage de Loti., illustré par F. de MARLIAVE.  1932 :

le tirage est de 700 exemplaires :

    • 18 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales
    • 14 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale
    • 14 exemplaires sur vélin d’Arches
    • 654 exemplaires sur vélin de Rives.
  • 40 et dernier titre -DAUDET (Alphonse) – Quarante Ans de Paris., illustré par Pierre ROUSSEAU.  1933 :

Le tirage est de 800 exemplaires :

    • 15 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales
    • 20 exemplaires sur Annam avec une aquarelle originale
    • 15 exemplaires sur vélin d’Arches
    • 750 exemplaires sur vélin de Rives.

 

Collection Stendhal.

Parallèlement à la Collection Française, Cyral publie sous le même format une Collection Stendhal, regroupant les titres suivants :

  • La Chartreuse de Parme, en deux tomes, illustré par Fournier, en 1927 :
    • le tirage est de 1000 exemplaires :
      • 50 exemplaires sur Madagascar avec 2 aquarelles originales ;
      • 950 exemplaires sur vélin de Rives.
  • Le Rouge et le Noir, en deux tomes, illustré par Daniel-Girard, en 1927 :
    • le tirage est de 1000 exemplaires :
      • 50 exemplaires sur Madagascar avec 2 aquarelles originales ;
      • 950 exemplaires sur vélin de Rives.
  • Les Chroniques Italiennes, en un tome, illustré par François de Marliave, en 1927 :
    • le tirage est de 829 exemplaires :
      • 29 exemplaires sur Madagascar avec 2 aquarelles originales ;
      • 800 exemplaires sur vélin de Rives.
  • de l’Amour, en un tome, illustré par Henri Arrault, en 1928 :
    • le tirage est de 629 exemplaires :
      • 29 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
      • 600 exemplaires sur vélin de Rives.

A noter que c’est la seule participation de Henri Arrault à ces éditions.

cyral_stendhal

Hors collection.

Toujours sous le même format, Cyral publie également les ouvrages suivants :

  • la Muse au Cabaret, de Raoul Ponchon, illustré par Daniel-Girard, en 1925 :
    • le tirage est de 600 exemplaires :
      • 50 exemplaires sur Madagascar avec deux aquarelles originales ;
      • 50 exemplaires sur vélin d’Arches,
      • 500 exemplaires sur vélin de Rives.
  • les Contes de La Fontaine, en deux tomes, illustré par Daniel-Girard, en 1929 :
    • le tirage est de 1040 exemplaires :
      • 40 exemplaires sur Madagascar avec trois aquarelles originales ;
      • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • les Fables de la Fontaine, en deux tomes, illustré par Suzanne Lagneau, en 1930 :
    • le tirage est de 1040 exemplaires :
      • 40 exemplaires sur Madagascar avec trois aquarelles originales ;
      • 1000 exemplaires sur vélin de Rives.
  • les Romans et Contes de Voltaire, en deux tomes, illustré par Daniel-Girard, en 1931 :
    • le tirage est de 850 exemplaires :
      • 20 exemplaires sur Madagascar avec trois aquarelles originales ;
      • 30 exemplaires sur Annam avec deux aquarelles originales ;
      • 800 exemplaires sur vélin de Rives.

On trouve parfois mentionné « le bon plaisir« , de Henri de Régnier, qui aurait été publié en 1926, illustré par Daniel-Girard : c’est certainement une erreur de bibliographie ; ce livre n’a jamais existé, et Henri Cyral, dans le catalogue de ses éditions, publié en 1930, ne le mentionne pas.

Catalogue des éditions Cyral.

cyral_catalogue

Au début de l’année 1930 Henri Cyral publie un catalogue de ses éditions, qui contient de nombreux renseignements sur les acteurs impliqués : nous y trouvons une biographie succincte de tous les illustrateurs, ainsi que des deux imprimeurs : Georges Coulouma et Henri Barthélémy. Henri Cyral y expose également ses convictions, et explique ses choix éditoriaux et techniques : choix des auteurs, des illustrateurs, des papiers, dictés au moins en partie par le nationalisme et le patriotisme qui l’animent.

 

Ce catalogue est précieux également, parce qu’il renseigne sur les prix pratiqués, et la diffusion des ouvrages déjà parus : en effet, pour chacun d’eux, Cyral indique le nombre d’exemplaires encore disponibles, et leur prix.

On voit à cette occasion la hiérarchie des prix mise en œuvre :

  • les exemplaires de tête, sur Madagascar, avec deux aquarelles, sont vendus 380 francs ;
  • les exemplaires sur Annam, avec une aquarelle, sont vendus 300 francs ;
  • les exemplaires sur vélin d’Arches sont vendus 250 francs ;
  • les exemplaires sur vélin de Rives sont vendus 200 francs.

Les exemplaires de tête ne coûtent qu’à peine deux fois le prix des exemplaires sur Rives, alors qu’ils sont bien moins nombreux (20 fois moins) ; la différence, actuellement, est bien plus importante, ce qui assez logique.

 

 

Dernière publication.

En 1937, Henri Cyral publie un dernier livre : le Temple sur la mer, signé du pseudonyme de Fabrice del Dongo. Ce livre, qui n’est pas du même format que les précédents, n’est pas illustré ; c’est une pièce de théâtre, en trois actes, mettant en scène des personnages divers (une Princesse, un Général, une Lady…) dans un décor provençal ; à une époque indéterminée mais du XIXe siècle.

cyral_deldongo

Le livre est un in-12 de 92 pages, de 14 cm sur 19,5 cm ; l’achevé d’imprimer est daté du 10 mars 1937, par J. Dumoulin à Paris (Ateliers Coulouma, H. Barthélémy, directeur) ; le prix, imprimé sur la quatrième de couverture, est de 20 francs. Le tirage n’est pas indiqué, mais il semble que le livre ait surtout été diffusé par son auteur ; la plupart des exemplaires portent une dédicace, dans laquelle on peut deviner l’identité de l’auteur : il s’agit de Jean Charles-Roux (né en 1914, mort en 2014), il a 21 ans quand il écrit ce livre, en 1935. Futur prêtre, c’est le frère d’Edmonde Charles-Roux.

 

 

 

Hachette : histoires d’autrefois et d’aujourd’hui.

Hachette, éditeur pour la jeunesse, a de nombreuses collections, dont les fameuses Bibliothèques Rose et Verte, la Blanche, et bien d’autres.

L’une d’entre elles est assez peu connue ; sans doute parce qu’elle ne correspondait pas tout à fait à l’esprit des autres collections. En effet il s’agit de livres d’étrennes, de beaux livres, chers, destinés à faire de beaux cadeaux – des livres dont il faut prendre soin et ne pas abîmer.

Cette collection, « histoires d’autrefois et d’aujourd’hui« , est inaugurée en décembre 1910 par un recueil de contes de Jérôme Doucet : les douze Filles de la Reine Mab, illustré par Henry Morin. Elle sera poursuivie, à un rythme assez faible, jusqu’en 1935 – groupant au total seulement 17 titres.

En fait, il semble que la collection n’ait été nommée qu’après les premières parutions ; on ne trouve mention de ce titre qu’assez tardivement (milieu des années 1920).

Les livres adoptent une maquette commune : une couverture de couleur (généralement) pastel, avec une illustration incrustée sur le premier plat, en couleurs et contre-collée pour la version en cartonnage, en noir et imprimée pour la version brochée. Le livre est au format in-8°, de 24 cm x 19 cm ; il est illustré de (généralement, avec quelques exceptions) 12 hors-texte en couleurs, imprimés sur papier blanc glacé, et de nombreuses illustrations in-texte en noir. La tranche supérieure est « dorée » ; une dorure qui a souvent mal vieilli.

couv_bleu

Les quatre livres qui ont reçu un cartonnage bleu : comme on le voit si la maquette est identique il y a des nuances.

doucet_3
trois exemplaires (2 reliés, un broché) du même livre – des différences de teinte importantes sont visibles.

Ce cartonnage restera inchangé pendant toute la durée d’existence de la collection ; sa maquette, en 1910, est suffisamment moderne (beaucoup plus que celle de la Bibliothèque Rose !) pour cela.

Ce sont en général des recueil de contes, ou d’histoires édifiantes ; ces recueils peuvent constituer l’édition originale, sans que ce soit une règle. En général, ces histoires ont été pré-publiées dans la revue Hachette « Mon Journal » ; les hors-texte étant repris sur la couverture de la revue. Il y a assez rarement d’indication de date d’impression ; c’est toujours Brodard qui imprime, mais qui n’indique pas toujours quand.

Les réimpressions sont courantes pour les titres phares : Doucet est réimprimé au moins six fois, 20 ans après la première publication ; Magdeleine du Genestoux est également souvent réimprimée. la mention de ces retirages varie :  « nouvelle édition » , ou mention d’un xième mille (jusqu’à onzième mille pour « Quand ils étaient petits« ) – ou mention d’édition (jusqu’à septième édition pour les douze Filles de la Reine mab). 

Ces livres sont vendus plus de 4 fois le prix d’un volume de la Bibliothèque Rose, avec une différence entre le prix broché et le prix relié d’un tiers environ (par exemple 7 francs 50 broché, et 10 francs relié, en 1912 ; 15 francs broché et 25 francs relié, en 1925).

Les illustrateurs choisis sont en nombre réduit ; souvent ce sont les illustrateurs « Maison » : Henry Morin illustre sept titres, Félix Lorioux six titres – ne restent que quatre titres sur lesquels ils n’ont pas travaillé…

Voici la liste des ouvrages composant cette collection – pour la date d’édition, il faut comprendre « décembre » – les livres étant programmés pour les étrennes de fin d’année.

  • 1910 – Jérôme Doucet – les douze Filles de la Reine mab, illustré par Henry Morin.

 

 

Pour plus de détails sur les publications de Doucet chez Hachette, voir cet article.

Ce livre, sous cartonnage vert, sera réédité aux Etats-Unis, en 1912, sous le titre « Queen Mab’s daughters« . Il connaîtra de nombreuses ré-éditions en France, jusqu’en 1935 ; puis sera repris dans la Bibliothèque Rose, sous le titre « les douze lutins de la Reine Mab« , avec le second volet publié en 1930 dans cette même collection : « les douze lutins de la princesse Mab« .

 

 

 

  • 1912 – Joseph Jacquin – petites filles du temps passé, illustré par René Vincent.

Le livre est dédié « à ma chère petite Renée ». Il regroupe 12 histoires de petites filles, sous diverses époques :

  • Kra-Gul, une petite fille de l’âge de pierre
  • Grite, une petite fille de l’âge de bronze
  • Khamaît, une petite Égyptienne sous Ramsès II
  • Eucharis, une petite Athénienne du siècle de Périclès
  • Paulina, une petite Romaine au temps de Jules César
  • Colam, une petite Gauloise avant la conquête romaine
  • Théodehilde, la petite mérovingienne
  • Isabeau, une petite fille des temps féodaux
  • Anne, une petite fille au temps de la Renaissance
  • Marguerite, une élève de Saint-Cyr sous Louis XIV
  • Louison, une petite fille sous la Révolution (1792)
  • Delphine, une petite fille sous la Restauration.

Il est illustré de 12 hors-texte et de 49 dessins in-texte, en noir, de René Vincent, pseudonyme de Vincent Mael (1879-1936). Le cartonnage est bleu, plus ou moins foncé suivant les rééditions.

 

 

Ce livre a connu au moins sept éditions, jusqu’en 1940 (seconde édition en 1914, troisième édition en 1920, quatrième édition en 1926, cinquième édition en 1929, septième édition en 1940). Il sera ensuite réédité, dans une autre collection, en 1958, avec des illustrations de Jeanne Hives.

  • 1913 – Térésah – Contes merveilleux, illustré par Félix Lorioux.

Térésah, qu’on trouve également orthographié Thérésah, est le pseudonyme de Teresa Ubertis (1874-1964), poétesse italienne.

hachette_teresah

Le recueil regroupe les douze contes suivants :

  • Souliers et Sabots
  • Les Étoiles
  • La petite Maison du Colimaçon
  • Le Nid d’Hirondelle
  • Le Récit de la Locomotive
  • Les Lunettes savantes
  • Les Oreilles de la Mer
  • le Génie des Montagnes
  • Le Concours de Chant des Oiseaux
  • les Lucioles sans Conscience
  • La Reine des Grillons
  • Le Secret des Anges.

Il est illustré de 10 hors-texte et de nombreux in-texte de Félix Lorioux (1872-1964). Le cartonnage est orangé.

hachette_teresah_broché

Version brochée du livre, avec illustration imprimée en camaïeu.

 

  • 1918 – collectif – les jolis contes de Noël, illustré par Henry Morin, Edouard Zier, Hermann Vogel, Clérice, Georges Conrad, Job.

Les  contes regroupés dans ce livre sont les suivants :

  • Maurice Couallier : les roses de Noël, illustré par Henry Morin
  • Thérèse Jeanroy : le Noël de Pierrou, illustré par Henry Morin
  • Jacques Freneuse : la vieille horloge, illustré par Hermann Vogel
  • Ivan d’Urgel : sous le sapin de Noël, illustré par Job (non signé)
  • Ivan d’Urgel : Jean-qui-passe, illustré par Georges Conrad
  • Auguste Bailly : le batteur de blé, illustré par Edouard Zier
  • Maurice Couallier : Noël des oisillons, illustré par Henry Morin
  • Jacques Freneuse : une nuit de Noël, illustré par Henry Morin
  • Aristide Fabre : le miracle de la cloche, illustré par R. de la Nézière
  • J. Périnaux : le Noël d’une petite actrice, illustré par Henry Morin
  • B.A. Jeanroy : le soulier de Jean-Marie, illustré par Clérice
  • J. Jacquin : la crèche, illustré par Hermann Vogel.

noel_couv

A noter que l’illustrateur Raymond de la Nézière n’est pas cité sur la page de titre. Chaque conte est illustré d’un hors-texte en couleurs (soit donc douze au total) et de quelques (4, 5 ou 6) illustrations in texte, en noir ; deux contes (roses de Noël et Noël des oisillons) sont illustrés par Henry Morin avec des encadrements variés.

 

 

Le cartonnage est bleu clair.

 

  • 1918 – Joseph Jacquin et Aristide Fabre – petits héros de la Grande Guerre, illustré par Henry Morin.

Recueil de nouvelles, présentées comme des faits réels (et c’est certainement le cas pour nombre d’entre elles), écrites par Joseph Jacquin (né en 1866, mort après 1933) et Aristide Fabre (mort en 1936) . Joseph Jacquin est rédacteur en chef de Mon Journal, et de Lecture pour Tous, revues Hachette. Le livre est Illustré de 33 in-texte en noir et de 12 hors-texte en couleurs.

 

histoires_jaquin_grande_guerre

document : Musée national de l’Éducation.

Le cartonnage est de couleur brique, assez foncé.

Les récits recueillis sont les suivants :

  • les petits volontaires de 1914 
  • Comment ils se battent :
    • 1. Poignée de héros
    • 2. Émilienne Moreau
    • 3. le petit peintre de Morlaix
    • 4. Mohamed Ben Bouderbala
  • Comment ils meurent :
    • 1. Théophile Jagout et  Fernand de Rhoden
    • 2. le petit Galibot
    • 3. sans nom
    • 4. Maurice Andrée, le petit Vosgien
    • 5. la mort de Bout-de-Zan
  • Petits héros de l’arrière :
    • la petite boulangère d’Exoudun
  • L’école pendant la guerre :
    • sous les obus
  • Conclusion

Le livre, écrit avant la fin de la guerre, connaitra une réédition en 1920 – à cette occasion une page de conclusion sera rajoutée. Il semble bien qu’il n’ait plus été édité après cette date – son ton très « va-t-en-guerre » et « anti-boche » n’étant sans doute plus adapté.

  • 1921 – Yvonne Ostroga – petites filles de la vieille France, illustré par Henry Morin.

Ce livre, publié en 1921, est dû à Yvonne OStroga (1897-1981), qui a donc à peine vingt-quatre ans ; il est couronné par l’Académie française (prix Dodo, en 1922). Il est dédié à Joseph Jacquin.

 

Le cartonnage est de couleur grise. le livre contient 12 contes de diverses provinces françaises, illustrés de 12 hors-texte en couleurs et de 46 in-texte en noir.

 

 

Les contes sont les suivants :

  • conte de Provence : Miette,
  • conte de Touraine, Martine,
  • conte de Normandie : Nanette,
  • conte du Bourbonnais : Marianne,
  • conte de Gascogne : Françouneto,
  • conte du Limousin : Mariette,
  • conte de Paris : Laure,
  • conte du Gâtinais : Geneviève,
  • conte de Savoie : Jeannette,
  • conte d’Alsace : Suzel,
  • conte de Champagne : Clotilde,
  • conte de Bretagne : Anne.

Le livre sera réédité, avec le second ouvrage d’Yvonne Ostroga (Quand les fées vivaient en France), en 1948, dans la Bibliothèque Rose, sous le titre « Fées et petites filles de la vieille France », avec des illustrations de Maggie Salcedo.

Il sera également édité dans la collection des Grands Romanciers, cette fois-ci avec des illustrations de Jeanne Hives, en 1962.

 

  • 1922 – Ernest Granger – contes de la brume et du soleil, illustré par Félix Lorioux et Simunek.

Sous un cartonnage orange, Ernest Granger, né en 1876, nous donne 20 contes : 10 tirés des Mille et Une Nuits, 10 tirés d’Andersen. Ils sont illustrés de 10 (pour les exemplaires consultés – en faudrait-il 12 ?) hors-texte de Karl Simunek (illustrateur Tchèque, 1869-1942), et de nombreux in-texte de Félix Lorioux – à noter que les illustrateurs ne sont pas indiqués, autrement que par quelques rares signatures dans les illustrations. 

granger_ill

Les contes sont les suivants :

  • Mille et Une Nuits :
    • Shéhérazade
    • le prince Achmet et la fée Pariban
    • histoire du cheval enchanté
    • Aladdin et la lampe merveilleuse
    • Sidi Nouman et sa cavale
    • Ali-Codgia et le marchand de Bagdad
    • la princesse de Deryabar
    • le pêcheur et le Génie
    • Ali-Baba et les quarante voleurs
    • la montagne aimantée
  • Contes d’Andersen :
    • la reine des neiges
    • le coffre volant
    • les cygnes sauvages
    • la princesse au pois
    • le nouvel habit de l’Empereur
    • le porcher
    • le rossignol de l’Empereur
    • le jardin du Paradis
    • le briquet
    • les galoches magiques

 

 

A noter qu’à l’occasion de sa réédition, sans doute en 1932, le titre sera changé en « Contes de l’ombre et de la lumière« . Il semble que la réédition comporte 12 hors-texte en couleurs. Une autre version moins luxueuse est également éditée, sous cartonnage plus simple, sans les hors-texte.

 

  • 1923 – Yvonne Ostroga – Quand les fées vivaient en France, illustré par Félix Lorioux.

Sous un cartonnage gris, Yvonne Ostroga nous donne 12 contes, illustrés par Félix Lorioux, après une préface de Paul Bourget. L’illustration comporte 12 hors-texte en couleurs et de nombreux in-texte, parfois à pleine page.

Les contes sont les suivants :

  • l’école des fées
  • l’enchanteur enchanté
  • Viviane et Lancelot
  • le chevalier blanc
  • le val sans retour
  • Morgane, reine des flots
  • le prisonnier de Madoine
  • la dame de Lins
  • le nain vert Obéron
  • mélusine, dame de Lusignan
  • Urgande la déconnue
  • or, les fées vivent toujours

 

 

 

 

Les deux livres de Yvonne Ostroga seront réédités en 1948, dans la Bibliothèque Rose, sous le titre « Fées et petites filles de la vieille France« , avec des illustrations de Maggie Salcedo.

 

  • 1925 – Odette larrieu – le Roman de Renard, illustré par Félix Lorioux.

Sous un cartonnage rouge brique, Odette Larrieu a adapté plusieurs passages du Roman de Renard :

  • Notre Héros
  • Chantecler
  • les Anguilles
  • Tybert le chat
  • la meule de foin
  • au fond du puits
  • le lin et le loup
  • l’aventure de Brun
  • le jugement de Renard
  • la mort de Couard
  • le second jugement
  • la chasse au Goupil
  • la vengeance de Drouin

Ce livre a été couronné par l’Académie française, par le prix de l’Académie, en 1926. 

Il est illustré de 12 hors-texte en couleurs et de nombreux in-texte, traités en ombre chinoise. Le livre sera réédité en 1932 ; d’où la mention de « nouvelle édition » – Sur cette édition le Prix reçu est mentionné, ce qui n’est pas le cas de la première édition.

 

 

Ce livre sera traduit (par Odette Larrieu elle-même, apparemment ?) et publié aux Etats-Unis, sous le titre « The story of Reynard the Fox », en 1928, par MacMillan, qui ne reprend que deux hors-texte en couleurs, plus le frontispice. Il sera réédité en 1951 avec des illustrations de H. Dimpre, et avec les illustrations de Lorioux, en noir, hors collection.

  • 1926 – Magdeleine du Genestoux – Quand ils étaient petits, illustré par Henry Morin.

Sous un cartonnage bleu clair, Magdeleine du Genestoux (par ailleurs directrice du secteur Jeunesse chez Hachette) publie les histoires suivantes :

  • les premières armes de Bayad
  • un capitaine de douze ans (Henri IV)
  • les trois écus de Vincent de Paul
  • le petit cardinal (Armand du Plessis de Richelieu)
  • un bon tour de Jean de la Fontaine
  • un jeune mathématicien de génie (Blaise Pascal)
  • la vocation de Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
  • la fronde au collège (Jean Racine)
  • un exploit de Jean Bart
  • une escapade de Napoléon enfant
  • un drame à l’heure de la sieste (Victor Hugo)
  • Loin du logis paternel (Louis Pasteur)

 

 

Ces 12 récits édifiants de l’enfance de grands hommes sont illustrés de 12 hors-texte et de 36 in-texte, de Henri Morin. Le livre connaîtra un grand tirage ; mentionné cette fois par le nombre de mille, et pas par le nombre de rééditions.

 

  • 1927 -Magdeleine du Genestoux – Enfants de la France lointaine, illustré par Henry Morin.

Sous un cartonnage orange vif, Magdeleine du Genestoux donne 12 histoires d’enfants des pays sous domination française : c’est le temps de l’Empire Colonial français. Le livre est illustré de 12 hors-texte et de nombreux in-texte de Henry Morin. Les récits sont les suivants :

  • Djalloub, le petit goumier
  • Khadidja et le jouet merveilleux
  • enfermés !
  • le Noël de Djemila et de Hammadi
  • Nokou la gourmande
  • Yamina la Saharienne
  • la récompense de Soro N’Gombé
  • les ambitions de Ranaïvo
  • celui qui n’avait pas peut du tigre
  • la danse de San-Krinh
  • Taïmaho, le petit pêcheur de perles
  • une mauvaise plaisanterie

 

 

 

  • 1928 – Isidora Newman – dans le royaume des fleurs, illustré par Willy Pogany.

Sous un cartonnage orangé, Victor Llona a traduit Fairy Flowers, le recueil de 15 contes de Isidora Newman, auteur américaine (1878-1955) ; Isidora est une déformation de son pseudonyme Isadora, ses vrais prénoms étant Myriam Dorothy.

Les contes sont les suivants :

  • le petit garçon Tout-en-or
  • Pedro le géant
  • les sept premières nuits du printemps
  • le Persan et la petite plante
  • la princesse Lys
  • un jour d’hiver
  • le cadeau de T’Solo
  • les pendants d’oreilles
  • le rêve d’Orchisa
  • la princesse Petit-Pas
  • la petite miss Violet
  • les berceaux fleuris
  • le mariage de la princesse Fiora
  • la sagesse d’Anasindhu
  • le retour du Samouraï

 

 

Ces contes sont illustrés par Willy Pogany, illustrateur Hongrois (1882-1955). L’édition américaine de 1926 contient 15 hors-texte en couleurs et 15 hors-texte à pleine page, en noir ; l’édition française ne reprend que 12 hors-texte en couleurs et 7 en noir.

 

  • 1929 – H. Monquet – le bon roi Ortolan, illustré par Lola Anglada.

Le volume, sous un cartonnage vert, regroupe huit contes :

  • le bon roi Ortolan
  • le poirier des lutins
  • la perdrix d’or
  • le miracle du lièvre
  • le bon petit génie
  • la belle auto de M. Picaillon
  • l’étrange aventure d’Yvette
  • le buisson merveilleux 

 

 

Il est illustré, par Lola Anglada (illustratrice espagnole, de son vrai nom Lola Dolorès Anglada i Sarriera, née en 1892 et morte en 1984), de 10 hors-texte en couleurs et de 36 in-texte en noir. Si l’illustratrice est connue, on ne peut pas en dire autant de l’auteur, dont je n’ai pas pu retrouver le prénom…

 

  • 1930 – Jérôme Doucet – les douze lutins de la princesse Mab, illustré par Henry Morin.

Pour plus de détails sur les publications de Doucet chez Hachette, voir cet article.

 

 

Ce livre, sous cartonnage gris rose, sera repris dans la Bibliothèque Rose, sous le titre « les douze lutins de la Reine Mab« , avec le premier volet publié en 1910.

bib_rose

 

  • 1931 – la comtesse de Ségur – le petit de Crac, illustré par Félix Lorioux.

Sous un cartonnage rouge éclatant, sont réunis trois pièces :

  • le petit de Crac
  • les caprices de Gizelle
  • on ne prend pas les mouches avec du vinaigre

 

 

Ce sont trois des cinq pièces qui composent les Comédies et Proverbes. Elles sont illustrées de 10 hors-texte et de 23 in-texte en noir, certains à pleine page, de Félix Lorioux.

 

  • 1933 – Paul Gsell – les clefs d’or, illustré par Félix Lorioux.

Paul Gsell (1870-1947) est surtout connu pour ses monographies et ses livres sur Anatole France.

 

 

Le livre, sous cartonnage vert pomme, est illustré de 12 hors-texte et de nombreux in-texte de Félix Lorioux. A la même date, il est édité sous un cartonnage rouge, plus simple, avec le même contenu – mais sans les hors-texte en couleurs.

  • 1935 – Andersen – contes, illustré par Hedvige Collin.

Sous un cartonnage bleu clair, ce recueil de Hans Christian Andersen regroupe les contes suivants :

  • L’intrépide soldat de plomb
  • la petite sirène
  • le porcher
  • le petit Claus et le grand Claus
  • le compagnon de voyage
  • l’ombre
  • les cygnes sauvages
  • la princesse sur un pois
  • la petite poucette
  • le briquet.

 

 

Le traducteur n’est pas mentionné. Ils sont illustrés par Hedvige Collin (ou plutôt Hedvig Collin, comme l’indique la page de titre ; c’est une illustratrice danoise, née en 1880 et morte en 1964) de 17 hors-texte en couleurs ; chaque conte est agrémenté d’une vignette en début, et d’un cul-de-lampe, en noir.

C’est le dernier titre paru dans cette collection ; des rééditions jusque dans les années 1940 auront encore lieu.

Annexe : deux publicités parues dans la revue « le jardin des lettres », en mars puis en avril 1933.

 

 

Une haute tenue littéraire et une élégance qui se retrouvent dans tous les volumes de la collection, de belles et abondantes illustrations en noir et des planches hors-texte en couleurs, signées des noms d’artistes célèbres : Félix Lorioux, René Vincent, Clérice, Job, Henri Morin, W. Pogany, etc. ; – une brillante présentation dans la mise en page et la typographie ; – une belle reliure : voilà ce qui caractérise la collection « Histoires d’autrefois et d’aujourd’hui ».

Si tous les volumes offrent les mêmes qualités littéraires et le même attrayant aspect, en revanche l’inspiration qui les anime est extrêmement variée. Voici Le Roman de Renard, adapté par Odette Larrieu. C’est une oeuvre fameuse du moyen âge, dont les épisodes les plus caractéristiques ont été agréablement transcrits en français moderne. Le lecteur peut ainsi goûter toute la saveur de ce récit, où revit l’antique humour français, et, sans être rebuté par des longueurs ou un vocabulaire et une syntaxe archaïques, suivre les aventures de messire Renard, menteur, fourbe et voleur à l’occasion, sachant abuser chacun et se tirer par les plus méchants tours des plus mauvais pas. Avec quelle perfidie il se joue des autres personnages de cette comédie aux cent actes divers : Noble le roi, Chantecler le coq, arrogant et vaniteux, Isengrin le loup, ami de la rapine comme lui, Brun l’ours, victime de sa balourdise, Tybert le chat, etc. !

Le Roman de Renard a sa place indiscutée dans l’histoire de la littérature française ; dans celle de la littérature du XIXe siècle, on s’accorde à faire une place importante à l’oeuvre de la  comtesse de Ségur. Son talent de conteuse, son art de créer des personnages vivants, ne se manifestent pas seulement dans ses romans, mais aussi dans ses Comédies et Proverbes où le dialogue spirituel, plein de verve et de trouvailles, est emporté dans une action vive et alerte. Trois de ces plus jolies comédies : Le Petit de Crac, où est mis en scène un type amusant de petit garçon hâbleur qui, toutes proportions gardées, rappelle le Menteur de Corneille, les Caprices de Gizèle, et On ne prend pas les mouches avec du vinaigre, constituent la matière d’un des plus aimables volumes de la collection.

Les récits historiques plaisent toujours à la jeunesse qui est séduite par le pittoresque des mœurs, des costumes, etc. C’est le cas de Petites filles du Temps passé, de J. Jacquin, et de Quand ils étaient petits, de Magdeleine du Genestoux.

Dans le premier de ces volumes, chacun des contes qui le composent met en scène, dans un décor curieusement reconstitué, une petite fille vivant à une des grandes périodes de l’histoire. Le livre s’ouvre par le récit de la dramatique aventure qui advint à Kra-Gul, courageuse fillette de l’âge de pierre et contemporaine des mammouths géants ; puis, c’est l’histoire de Grite, à l’âge du bronze. Nous sommes successivement transportés en Égypte, au temps de Ramsès II ; en Grèce, au siècle de Périclès ; à Rome, au temps de Jules César ; à l’époque féodale, etc., pour arriver à la Révolution et à la Restauration, où l’héroïne assiste à la naissance des chemins de fer.

Quand ils étaient petits, où est racontée dans une série de charmants contes l’enfance d’homme célèbres, fait également suivre au lecteur la chaîne des siècles. Voici Bayard, le futur chevalier sans peur et sans reproches, quand il s’avisa, alors qu’il n’avait que quatorze ans, de figurer dans un tournoi. Voici Henri IV, capitaine de douze ans, le collégien Jean de la Fontaine, déjà ami de la nature, fervent observateur des bêtes et expert à combiner un malicieux tour ; Vincent de Paul, Richelieu, Pascal,Racine, Molière, Jean Bart, Napoléon. Pour terminer, Victor Hugo, alors que, petit collégien, il prenait déjà la défense des faibles et des opprimés, et le grand savant Pasteur. Dans ces contes revivent avec couleur et relief non seulement les figures attachantes de grands hommes enfants, mais les époques où se sont déroulées leurs premières années, avec leur atmosphère et leur physionomie.

(suite de l’article : avril 1933)

Un précédent article a exposé, d’une façon générale, ce qui constitue l’attrait de cette collection destinée à la jeunesse et insisté particulièrement sur certains de ces volumes : le Roman de Renard, le Petit de Crac, recueil de comédies par la comtesse de Ségur, et ceux qui s’apparentent au roman historique, tels que Petites filles du temps passé et Quand ils étaient petits.

C’est à la fois à « autrefois » et à « aujourd’hui » que se réfèrent Petites filles de la vieille France, d’Yvonne Ostroga ; chaque conte, où l’on respire un parfum de terroir, évoque une de nos provinces incarnée par une gracieuse fillette. Miette ou la petite fille qui avait du soleil plein la tête, traduit l’âme de la Provence ; Martine ou la petite fille qui avait un coq à vendre, celle de la Normandie ; Françouneto ou la petite fille qui comprenait les cigales exprime l’atmosphère de la Gascogne. Et ainsi pour d’autres provinces, Touraine ou Bourbonnais, Limousin ou Alsace. Et Laure, dans le tumulte de la révolution de 1830, symbolise Paris, frondeur et généreux.

Plusieurs volumes des « Histoires d’autrefois et d’aujourd’hui » sont consacrés au merveilleux et aux récits féeriques. Les douze contes des Douze lutins de la princesse Mab, de Jérôme Doucet, ont trait à l’enfance de la reine de shakespearienne mémoire. Les grands défauts de la princesse étaient en ce temps-là la curiosité et la désobéissance. Ses parents lui défendaient de pénétrer dans telle pièce, de toucher à tel objet en la menaçant, chaque fois, de certain lutin « plus méchant que cent diablotins », mais Mab n’avait rien de plus pressé que de courir à l’endroit ou à l’objet défendu. Le malicieux lutin surgissait et il s’ensuivait les événements les plus désagréables pour la fillette qui promettait chaque fois de ne plus recommencer… Et, à leur tour, les filles de la princesse, mises en scène dans les Douze filles de la Reine Mab, se montrèrent aussi imprudentes et indisciplinées que leur mère, fournissant chaque fois à l’auteur la matière d’un conte divertissant.

 Quoi de plus exquis que le monde diapré et parfumé des fleurs et que de gracieuses légendes il a inspiré ! Ce sont ces légendes qu’Isidora Newman raconte dans le Royaume des fleurs avec les plus vifs dons d’imagination, un art qui sait à la fois captiver, émouvoir et faire sourire. Légendes touchantes, récits poétiques, contes humoristiques alternent et transportent le lecteur dans le pays du Rêve et de la Fantaisie où les fées sont reines.

C’est dans ce même magique et féerique empire que se situe l’action de Quand les fées vivaient en France, par Yvonne Ostroga, « Légende dorée » des enchanteurs et des enchanteresses, au temps où la mystérieuse forêt de Brocéliande abritait une foule d’êtres surnaturels, où la fée Viviane et Merlin rivalisaient de sortilèges, où le roi Arthur tenait sa cour, où sa sœur Morgane s’envolait sur les nuages et régnait sur les flots, où le nain Obéron faisait cadeau à Huon de Bordeaux d’un cor enchanté, où Mélusine était châtelaine de Lusignan en Poitou.

D’une plaisante saveur méridionale, les contes réunis sous ce titre : le Bon roi Ortolan, par H. Monquet, séduisent par leur verve entraînante et leur diversité qui va du comique au dramatique. On rit à l’histoire du Bon roi Ortolan et de la farce épique qu’il joue aux prétendants à la main de sa fille, ainsi qu’à celle de L’Auto de M. Picaillon, mais on se laissera charmer par la jolie légende du Poirier des lutins, par celle de La Perdrix d’or, toute imprégnée des senteurs de la Haute-Provence, et attendrir par la conte du Bon petit Génie.

Le présent et même l’actualité ont leur place parmi ces « Histoires d’autrefois », mais aussi « d’aujourd’hui », témoin le livre si original de Magdeleine du Genestoux : Enfants de la France lointaine, qui familiarise les jeunes lecteurs avec notre empire colonial, son étendue, sa diversité.

Enfants de la France lointaine est composé de contes dont chacun a pour cadre un de nos pays coloniaux ou de protectorat, et pour héros un petit indigène. Le lecteur va d’Algérie au Maroc, de Tunisie en Syrie, du Soudan au Sahara et au Congo, du Tonkin ou du Cambodge à Tahiti et à la Martinique, accomplissant le plus beau des voyages parmi les territoires de la France d’outre-Mer. Son imagination est captivée par l’action et le pittoresque de chaque conte où se révèle l’âme d’un petit marocain ou d’une petite Touareg, d’une petite Cambodgienne ou d’une petite Tonkinoise.

Ces deux articles dressent une liste partielle des ouvrages de la collection :

en Mars : 

  • J. Doucet – les douze Filles de la Reine Mab – les douze lutins de la Princesse Mab.
  • Magdeleine du Genestoux. Quand ils étaient petits – Enfants de la France lointaine.
  • E. Granger – Contes de l’Ombre et de la Lumière.
  • J. Jacquin – Petites Filles du Temps passé (Ouvrage couronné par l’Académie française).
  • Les Jolis Contes de Noël.
  • Odette Larrieu – Le Roman de Renard (Ouvrage couronné par l’Académie française)
  • H. Monquet – le bon Roi Ortolan.
  • Isidora Newman – Dans le Royaume des Fleurs.
  • Yvonne Ostroga – Petites Filles de la vieille France (Ouvrage couronné par l’Académie française) – Quand les Fées vivaient en France. Préface de Paul Bourget, de l’Académie française.
  • Ctesse de Ségur – Le Petit de Crac.
  • Térésah – Contes merveilleux adaptés de l’italien, par Mme M.-F. Crémieux.

en Avril :

  • J. Doucet – les douze Filles de la Reine Mab – les douze lutins de la Princesse Mab.
  • Magdeleine du Genestoux. Enfants de la France lointaine.
  • Les Jolis Contes de Noël.
  • H. Monquet – le bon Roi Ortolan.
  • Isidora Newman – Dans le Royaume des Fleurs.
  • Yvonne Ostroga – Petites Filles de la vieille France (Ouvrage couronné par l’Académie française) – Quand les Fées vivaient en France. Préface de Paul Bourget, de l’Académie française.

Chaque volume in-8°, illustré en couleurs et en noir : broché Fr 25, cartonné Fr 35.

A noter que ces listes, publiées début 1933, ne citent pas les deux derniers ouvrages, pas encore parus à cette date, ni les petits héros de la Grande Guerre, qui n’est sans doute plus disponible ni réédité – mais elles nous montrent que des livres initialement publiés plus de vingt années plus tôt, avant la première guerre mondiale, sont toujours édités.

fleuron_dos