la Chanson des Choses, 2 : passage de la Revue au Livre.

Dans la Chanson des Choses, nous avons vu Doucet demander à de nombreux artistes de choisir, parmi les chansons qu’il leur soumettait, celles qu’ils voudraient illustrer. Ces chansons illustrées ont été publiées dans différentes revues (dont le Bambou), mais principalement dans la Revue Illustrée, puis réunies en un volume, La Chanson des Choses, publié fin 1898 par Henry May.

On pourrait penser que la publication en volume est simple : il suffit de réunir les publications effectuées pour la Revue, pour obtenir le livre. Ce principe a d’ailleurs été adopté pour l’Évangile de l’Enfance, de Catulle Mendès, illustré par Carloz Schwabe.

En fait, pour la Chanson des Choses, la publication en volume est très différente, et ne pourrait pas se contenter de reproduire la publication dans la Revue. En effet, dans cette publication chaque chanson porte la signature de Doucet, et le numéro de la page. Il est donc nécessaire de recomposer la page.

Pour la publication en volume, Doucet choisit de dédier un feuillet (quatre pages) à chaque chanson : une page de titre, la chanson elle-même sur les deux pages suivantes, et une page blanche. Il choisit également une taille de caractère plus grande. De même, pour certaines illustrations, il choisira de les reproduire en noir, alors qu’elles pouvaient avoir été publiées en couleurs dans la Revue.

Pour tenir compte de ces contraintes nouvelles, Doucet sera amené à effectuer de nombreuses adaptations, pas toujours de détail…

  1. Changements de couleurs.

Certaines chansons sont publiées en couleurs, et ne seront reproduites qu’en noir dans le livre. En voici quelques exemples :

  • la chanson du Sphinx, illustrée par Georges Rochegrosse, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1897.
  • la chanson de la Lune, illustrée par Louis Chalon, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1896. Dans ce cas c’est spectaculaire ; dans la Revue l’illustration est réhaussée, ce qui est complètement perdu dans le livre.
  • la chanson du Nuage, illustrée par Vincent Lorant-Heilbronn, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1897. Ici Doucet a été obligé de déporter le texte sur la page de gauche ; le changement de caractère ne permettait plus de l’insérer dans l’illustration.

2. changement de disposition.

Comme on l’a vu sur la chanson du Nuage, le changement de caractère a conduit à déporter le texte sur la page de gauche, alors que l’artiste avait prévu son illustration en conséquence.

  •  la chanson des Étoiles, et la chanson des Pavots, illustrées par Gervais, forment un pendant dans la Revue Illustrée (publiée au second semestre 1896) ; effet qui disparaît dans le livre.
  • la chanson de la Fleur, illustrée par Madeleine Lemaire, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1896 – pour le livre Doucet insère une seconde illustration de Madeleine Lemaire.
  • la chanson de l’Absinthe, illustrée par Albert Maignan, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1896 – pour le livre Doucet insère un fleuron pour meubler la page.

 

3. Ajout d’autres illustrations.

Comme on l’a vu, Doucet, en répartissant la chanson sur deux pages, est amené à rajouter des fleurons, ou une illustration de l’artiste. Dans certains cas il a adopté des solutions plus radicales, en allant chercher dans le fonds iconographique de la Revue, une illustration qui correspondrait mieux à la chanson concernée ; sans tenir compte de l’artiste.

  • la chanson de la Bure ; illustrée par Jean-Paul Laurens ; il ne semble pas qu’elle ait été publiée dans la Revue Illustrée – dans le livre Doucet rajoute une vignette de Luc-Olivier Merson, qui avait été publiée au second semestre 1889, pour illustrer une nouvelle de Jules Lemaître, L‘Imagier.
  • la chanson des Larmes, illustrée par Puvis de Chavannes, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1896 – pour le livre Doucet insère une  vignette de Steinlen publiée au premier semestre 1887 pour illustrer un article de Daniel Darc.
  • la chanson du Steppe, illustrée par Ulpiano Checa, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1896 – pour le livre Doucet insère une  vignette de Gaston Gélibert publiée au second semestre 1893 pour illustrer l’article de mode du Masque de Velours.
  • la chanson des Yeux, illustrée par Hannoteau, publiée dans la Revue Illustrée au premier semestre 1899 – pour le livre Doucet insère une  vignette d’Albert Besnard publiée au second semestre 1888 pour illustrer le livre d’Yveling RamBaud, Force Psychique – Cette vignette sera d’ailleurs réutilisée pour la page de titre de ce livre, lors de sa publication en 1889.

Doucet est familier de la réutilisation de matériaux plus anciens ; on l’a vu dans l’article sur Pierrot, réutiliser des vignettes d’Alfred Garth-Jones. Pour les chansons, il ne se prive pas de ce procédé : par exemple pour la chanson de la Fourrure, illustrée par Maurice Leloir, il réutilise une lettrine de Grasset, déjà publiée au premier semestre 1890.

4. Modification de l’illustration.

On a vu que Doucet intervient sur la mise en page, et en rajoutant des vignettes, lettrines, voire des illustrations d’autres artistes, non signalées. Il lui arrive d’aller plus loin, et d’intervenir directement sur l’illustration fournie…

  • Pour la chanson de l’Encensoir, publiée dans la Revue Illustrée au second semestre 1896, Carloz Schwabe fournit deux illustrations – dont l’une sera remplacée par une lettrine anonyme (qui rappelle Pascalidès), compatible avec le caractère choisi.
  • pour la chanson du Masque, publiée dans la Revue Illustrée au premier semestre 1897, Giraldon compose une illustration qui enserre le texte ; ce qui n’est pas compatible avec le caractère choisi pour le livre ; Doucet ira chercher une ancienne vignette de Giraldon, publiée au premiser semestre 1888 pour illustrer un article d’Abraham Dreyfus.
  • pour la chanson de la Terre, c’est le même cas de figure : lors de la publication dans la Revue Illustrée, au premier semestre 1899, Alfred Daguet fournit une illustration qui n’est pas compatible avec le caractère choisi pour le livre ; elle est remplacée par une vignette de Jacques Wagrez, initialement insérée dans une chronique publiée au premier semestre 1891, signée La Potinière.

5. chansons non retenues.

Dans la Chanson des Choses, Doucet regroupe cinquante-cinq chansons ; mais il en a composé beaucoup plus – il en existe donc d’autres, qui ont été également illustrées, et publiées dans la Revue Illustrée.

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  • la chanson de la Machine à Coudre, illustrée par Bellery-Desfontaines, est publiée au second semestre 1898.

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  • la chanson de la Pipe, illustrée par Bergevin, est publiée au second semestre 1896.

 

Comme on peut s’en rendre compte, la publication de la Chanson des Choses, en volume, a dû demander un travail considérable à Jérôme Doucet, en parallèle de son activité à la Revue Illustrée, et de ses autres publications.

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