la Puissance du Souvenir : la fin du début.

Nous avons vu les débuts de Doucet, jusqu’en 1893 et la publication du recueil ‘Douze sonnets‘, illustré par Vignet et publié par Léon Vanier.

A partir de 1895, Jérôme Doucet collabore à la Revue Illustrée, qu’il rejoindra bientôt ; il prendra la direction artistique du Théâtre des Arts, et dirigera l’hôtel de son futur beau-frêre, Eugène Murer, à Rouen – avant de partir s’installer vers Paris.

L’ouvrage qui marque vraiment la transition entre ces premiers débuts, et la carrière qu’il amorce ensuite, est publié en 1895, toujours par Léon Vanier, et sans doute à compte d’auteur.

Il s’agit de « la Puissance du Souvenir« , court roman de 80 pages, qui met en scène un jeune avocat, Jacques, qui vie avec sa maîtresse Lili (Emilie). L’intrigue est simplissime : Jacques a une aventure avec Jeanne, Lili l’apprend, pardonne, mais ne parvient pas à oublier ; le couple se sépare. Jérôme Doucet ne se faisait sans doute pas trop d’illusions sur cet ouvrage : la justification, manuscrite, indique « à quelques rares exemplaires pour les amis indulgents ».

souvenir_justif

Le livre est donc un in-8° de 80 pages, de 13cm x 19cm, publié par Léon Vanier, et imprimé par Eugène Izambert à Louviers, sur un papier vergé de Hollande Van Zonen au filigrane très marqué. Le livre est dédié « à Émilie Fouchard, En témoignage de ma grande affection« .

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Rouen en 1895

Outre son intérêt littéraire discutable, ce livre peut nous intéresser à plusieurs titres. En effet, dans ce livre Doucet met en scène Rouen, en situant précisément les différents lieux de l’intrigue. Ainsi, le cabinet d’avocat de Jacques est situé rue de la Chaîne, donnant sur le marché aux Fleurs.

rue_de_la_chaine

Le logement de Jeanne se trouve rue Jeanne d’Arc, à l’angle du Square Solférino – il s’agit d’un aménagement récent à l’époque.

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Le Théâtre des Arts est cité ; on y représente le Roi d’Ys d’Édouard Lalo.

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La colline de Bon-Secours joue un rôle important ; d’ailleurs Doucet, dans un ouvrage postérieur, confiera que ce lieu était important pour lui et son épouse Marie Meunier.

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Ouvrages du même auteur

Autre source de curiosité, Doucet donne la liste de ses ouvrages, comme un auteur chevronné qu’il n’est pas encore. Cette liste témoigne des premières publications ou essais de publications ; un certain nombre d’ouvrages indiqués n’ayant en définitive pas vraiment été publiés ; ou pas comme Doucet l’indique.

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Voici la liste des ouvrages en question :

Théâtre :

  • Cure d’Amour – 1 Acte en vers
  • Dave – id.
  • Le Mal des planches – id.
  • la Damnation de Pierrot – id.
  • Une Pincée de cendres – id.
  • Ibycus, drame lyrique – 3 Actes en vers
  • Liane – id.
  • La Fin de Don Juan – id.
  • Viviane Morèje, en collaboration avec Émilie Fouchard – 2 actes en prose

Poésie :

  • La Chanson des choses – 1 Vol. (Revue Illustrée)
  • La Chanson des gens – 1 Vol.

Roman :

  • Trois Légendes d’or, d’argent et de cuivre. (Revue Illustrée). Illustrations de Georges Rochegrosse – 1 Vol.
  • Autour d’un beuglant – 1 Vol.

Cette liste est très intéressante sur plusieurs points :

  • Jérôme Doucet cite dans cette liste des ouvrages réellement publiés, à compte d’auteur ; il s’agit de petites pièces de théâtre qu’il donnait lui-même au Théâtre des Arts dont il était le régisseur ; en général ces pièces n’ont connu qu’un nombre très petit de représentations. On peut mettre dans cet ensemble Cure d’Amour, le mal des planches, la Damnation de Pierrot, Ibycus. Les imprimeurs varient – voir le détail ici.
  • Dave a été publié par la Revue du Siècle, à Lyon, et un tirage à part a été effectué – pratique habituelle de cette revue – c’est l’adaptation d’une œuvre d’Yveling Rambaud.
  • Il reste des inconnues dans cette liste : Liane, la Fin de Don Juan, Viviane Morèje ; il s’agit certainement de petites pièces comparables.
  • La Chanson des choses est citée – à ce moment les chansons qui composeront l’ouvrage publié en 1898 sont déjà écrites et commencent à être publiées dans différentes revues, dont la Revue Illustrée.
  • La chanson des gens était certainement prévue comme un pendant à la Chanson des choses ; ce recueil ne verra finalement pas le jour, même si on peut repérer quelques chansons publiées qui y avaient certainement leur place.
  • Trois Légendes d’or, d’argent et de cuivre est cité, avec son illustrateur, et la Revue Illustrée comme éditeur ; en fait la Revue n’a publié à cette date que deux des trois Légendes, et la parution en volume aura lieu six années plus tard, chez Ferroud.
  • Autour d’un beuglant figure dans cette liste ; je ne connais pas d’ouvrage de Doucet qui pourrait être rattaché à ce titre ; à part peut-être le projet d’éditer un recueil de chansons de cabarets, chansons que Doucet donne à Gil Blas et d’autres revues.
  • Emilie Fouchard est citée comme co-auteure ; la même à qui est dédié le livre, et qui porte le même prénom que l’héroïne principale. Emilie Fouchard a publié, comme Doucet à cette époque, des poésies et de petites pièces en vers et en prose, dans différentes revues. On perd sa trace ensuite.
  • Douze Sonnets, publié pourtant chez le même éditeur, deux années auparavant, sans doute le plus important des ouvrages de Doucet à cette date, n’est pas cité !

 

 

 

 

 

 

 

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