Lettres de femmes.

Dans la Revue Illustrée, dont il est le secrétaire de la rédaction, Doucet publie, entre autres, ses propres productions : poèmes, contes, interviews, compte-rendu d’expositions, et courtes nouvelles.

trois nouvelles dans la Revue Illustrée en 1898.

Dans ce dernier genre, il publie, pendant l’année 1898, trois courtes nouvelles dans un genre un peu particulier : chaque nouvelle est une lettre de femme.

Ces nouvelles sont :

  • la fuite, publiée le 15 janvier 1898,
  • amis, publiée le 1er mai 1898,
  • la puissance du souvenir, publiée le 1er septembre 1898.

La fuite et la puissance du souvenir sont signées Doucet et occupent 4 pages dans la Revue Illustrée ; amis est signée Montfrileux et occupe 5 pages. la fuite est dédicacée à Marcel Prévost – cette dédicace ne sera pas reprise dans le volume publié.

A noter que Doucet a déjà utilisé ce titre, la Puissance du Souvenir, mais il n’y a qu’un très lointain rapport entre les deux textes.

Chaque nouvelle est illustrée de trois vignettes de Marold : une en tête de nouvelle, une dans le corps, une en cul-de-lampe.

Ludek Marold, artiste tchèque né en 1895, comme Jérôme Doucet, est à Paris depuis 1889 ; il produit de nombreuses illustrations, et a notamment illustré 4 des Chansons figurant dans la Chanson des Choses. En 1897, Marold est retourné à Prague, où il meurt, le 1er décembre 1898. Ceci date ces nouvelles et ces illustrations au plus tard en 1896.

Trois lettres de femmes, en 1900.

 

Ces trois nouvelles sont regroupées en 1900 dans un petit recueil, publié par la Revue Illustrée. C’est un volume de format in-8 (15cm x 23 cm), de 51 pages plus 3 non numérotées. L’achevé d’imprimé est daté du 20 janvier 1900, pour la Revue Illustrée, par G. de Malherbe, imprimerie de Vaugirard à Paris.

Cette plaquette est protégée par une couverture de papier épais, parcheminée ; le titre est imprimé en haut et à droite. Au dos, figure la mention suivante :

. . Du même auteur . . .
DANSES-PARFUMS..
.PRINCESSES DE JADE
….ET DE JADIS

Danses est un volume de poèmes en prose, qui sera publié deux années plus tard ;  Princesses de Jade et de Jadis, recueil de 3 contes cruels, sera publié en 1903, par Le Livre et l’Estampe, quand Doucet aura quitté la Revue Illustrée ; Doucet n’a pas publié de livre sous le titre Parfums.

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Le tirage est limité à 200 exemplaires :

  • 20 exemplaires sur Whatman avec les figures en couleur, et une suite sur chine des figures ;
  • 50 exemplaires sur chine fort avec une suite sur chine ;
  • 130 exemplaires sur Vangelder.

A ces 200 exemplaires s’ajoutent 20 exemplaires réservés à la Société des XX.

Le volume est dédié à René Baschet :

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René Baschet, premier fils de Ludovic, dirige la Revue Illustrée ; il a été le témoin de Doucet à son mariage, le 24 juillet 1897.

Les dix illustrations annoncées sont les trois illustrations d’origine de chaque nouvelle, auxquelles se rajoute la vignette de la page de titre.

Voici quelques pages, d’un exemplaire de tête, avec les figures en couleur :

 

 

 

Autres lettres de femmes.

Doucet a publié d’autres textes comparables, dans d’autres revues :

  • L’intérimaire, publiée le 6 octobre 1906 dans la Vie Parisienne.
  • l’ancienne maîtresse : lettre de femme, chanson d’Yvette Guilbert, créée à la Scala, paroles de Jérôme Doucet, musique de E. Jaquinot, publiée par Paul Dupont en 1897.
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Source : gallica.bnf.fr

Il existe sans doute d’autres textes comparables, non repérés, dans les nombreuses revues auxquelles Doucet collaborait à cette époque.

Trois lettres d’hommes.

Jérôme Doucet a également écrit le pendant à ces trois nouvelles :

  • de la copie, publiée le 1er novembre 1903 ;
  • le portrait, publiée le 15 juillet 1905 ;
  • Sois sage, ô ma belle inconnue, publiée le 15 novembre 1905.

Ces trois nouvelles, de trois pages chacune, sont illustrées suivant le même schéma que les trois premières : une vignette d’en-tête, une vignette in texte qui peut servir de hors-texte, et un cul-de-lampe. le dessinateur n’est pas Marold mais Georges Dutriac, illustrateur prolifique, qui est un collaborateur régulier de la Revue Illustrée dans ces années-là.

Elles n’ont pas été reprises en volume ; et on pu être écrites et illustrées après la première série. Voici la reproduction de ces trois nouvelles :

  • de la copie :

 

  • le portrait :

 

  • Sois sage, ô ma belle inconnue :

 

 

 

Doucet a donc particulièrement aimé ce genre, puisqu’il l’a utilisé sur près de dix ans, au travers d’une dizaine de productions.

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Doucet critique d’art.

Nous avons vu que Doucet a eu des activités dans de nombreux domaines – auteur pour enfants, pour bibliophiles, journaliste, directeur de rédaction, éditeur… Il reste un domaine, que nous n’avons pas encore examiné : l’Art.

Très tôt Doucet s’est intéressé à l’art, de façon empirique. Il a sans doute été influencé en ceci par ses origines : sa mère descend d’une famille à la fois aristocratique et artistique, et son père collectionne les objets d’arts (tableaux, gravures) sans retenue, comme en témoigne le catalogue de sa vente.

Cette activité va occuper une place importante dans sa carrière, avec la publication de quelques ouvrages qui connaitront un succès certain.

Il s’agit essentiellement d’ouvrages de vulgarisation ; Doucet n’est pas un historien de l’art, ni même vraiment un critique d’art, et ses contributions n’ont sans doute pas fait évoluer l’expertise.

Voici un recensement des ouvrages en question :

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  • sans date, Doucet publie une étude, sans doute un tiré à part : « un tableau de Titien, le Christ à la monnaie, ou le tribut à César« , de 8 pages, chez Chauvin, imprimerie Kapp.

 

  • En 1906, Juven publie « Les peintres français« , recueil de onze études sur les peintres Fantin-Latour, Corot, les 3 Vernet, Ingres, Laurens, Bouguereau, Puvis de Chavannes, Jules Breton, Meissonier, Fromentin, Millet.
  • sans date, il publie les « Parodies des grands chefs-d’œuvre« , illustré par Bébin, imprimé par Kapp – le livre est peut-être édité en 1923 par Louis Michaud, mais il est pré-publié en 1906 dans la Revue Illustrée.

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  • en 1907, toujours chez Juven, Doucet préface le recueil de dessins comiques sur Alfred Grévin, dans la collection des Maîtres humoristes.

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  • en 1909, il publie un petit volume, chez Aubanel, Avignon : le Goût en Art, partie 1 : l’art pur – peinture et sculpture. Il n’y aura pas de suite.

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  • en 1911, fort du succès du premier livre (les peintres français), Doucet publie chez Juven « les Maîtres anciens« , recueil de 9 études sur Giotto, Della Robia, Memling, Dürer, Holbein, Rubens, Vélazquez, Rembrandt et Murillo.

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  • en 1912, Amadeo de Souza-Cardoso lui demande de préfacer son ouvrage « XX dessins« .

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  • en 1913, Doucet publie une étude sur « les peintres et graveurs libertins du XVIIIe siècle« , chez Méricant.

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  • Cette même année, il publie une petite étude sur « quelques estampes, gracieuses et précieuses du XVIIIe siècle« , cadeau publicitaire financé par le pharmacien Longuet à Paris.

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  • en 1914, il écrit des textes sur les « villes martyres« , textes non publiés, qui ont pu être destinés à des gravures de Robida.

 

  • en 1930 il participe au premier tome du « Dictionnaire biographique des artistes contemporains« .

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A ces publications en volume il faut ajouter un certain nombre d’articles, publiés dans diverses revues, à commencer par la Revue Illustrée. Mais Doucet a participé à bien d’autres revues, et a notamment été secrétaire de la rédaction de « l’Art et les Artistes« , la revue d’Armand Dayot.

Comme on le voit dans cette liste, Doucet a essentiellement écrit des notices journalistiques de vulgarisation, comportant beaucoup d’éléments biographiques. Se détachent tout de même quelques publications particulières :

  • le goût en Art, publié chez Aubanel – étude très intéressante, notamment sur la perception, au début du siècle, des écoles récentes.
  • les études sur les graveurs du XVIIIe siècle, qui révèlent un réel intérêt.

Ces publications sont bien sûr insuffisantes pour faire de Doucet un historien d’art – dans ce domaine il a été un vulgarisateur, et un journaliste suffisamment reconnu pour participer au Dictionnaire – pour lequel il rédigera les notices de quelques artistes de premier plan.

 

 

 

 

Les choses meurent – Léon Raffin

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Jérôme Doucet, en 1927, a déjà publié de très nombreux ouvrages (plus de quatre-vingt !) – il a maintenant plus de soixante ans ; son épouse Marie Meunier est morte huit années plus tôt. Mais il poursuit son œuvre ; cette année-là, il publie un recueil de courts textes, des poèmes en prose, assez comparable à celui publié en 1902, avec Louis Fuchs, Danses.

Ce nouveau recueil sera intitulé « les choses meurent » ; c’est une référence au roman d’Edouard Estaunié, publié en 1913, « les choses voient« , qui a connu le succès et est réédité régulièrement. Doucet explique son projet dans la dédicace à Edouard Estaunié, ainsi que dans l’avant-propos (reproduits en annexe).

Comme son nom l’indique, la tonalité est macabre – d’ailleurs Doucet regroupe ici treize textes, nombre fatidique ! comme il s’en explique dans le post-scriptum (reproduit en annexe).

une longue dédicace, un avant-propos, un post-scriptum… Certes ces textes sont bienvenus pour étoffer un volume assez mince, mais cela traduit sans doute aussi l’importance que Doucet lui accorde. Le thème de la mort est présent depuis longtemps dans son œuvre, on l’a vu dès Danses, et depuis la mort de son épouse, en 1919, c’est flagrant.

Techniquement, c’est un petit volume, de 19cm x 14 cm ; sous une couverture de papier sont brochés seize feuillets :

  • un feuillet pour la dédicace et la justification,
  • un feuillet pour le titre et l’avant-propos,
  • un feuillet par texte, soit treize feuillets,
  • un feuillet pour le post-scriptum, l’achevé d’imprimé et la table.

Chaque feuillet de texte comporte, sur la première page, le titre du texte, avec l’illustration ; sur les deux pages centrales, le texte ; la quatrième page est laissée vierge.

Le livre compte 59 pages ; il est édité par la Librairie Lucien Gougy, 5 quai Conti, à Paris  (Gougy est un ami de longue date de Doucet), et imprimé par Harambat, à Paris ; l’achevé d’imprimé est daté du 2 novembre 1927. Il est tiré à 500 exemplaires : 50 exemplaires sur japon impérial, et 450 exemplaires sur « japon blanc », vendus 35 francs – le livre est disponible pour la fin d’année 1927.

Les treize textes sont les suivants :

  • la rose se fane ;
  • la chandelle s’éteint ;
  • le ballon crève ;
  • la photo s’efface ;
  • le verre se brise ;
  • la buche se consume ;
  • le fruit se pourrit ;
  • la fourrure se mite ;
  • le tapis s’use ;
  • la barque sombre ;
  • le fer se rouille ;
  • la maison s’effondre ;
  • la tombe s’effrite.

Comme on le voit Doucet ménage une progression ; à la fin tout disparaît, même la tombe !

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Voici d’ailleurs la tombe de Marie Meunier, près de cent années après sa mort, au cimetière de Beaumont-le-Roger, avec le coffre en bronze que Doucet y a ajouté, pour héberger les livres qu’il lui dédie.

Illustrations.

Les illustrations – une par texte, une pour la couverture, sont dues à Léon Raffin. Le livre est édité fin 1927 – ces illustrations sont sans doute réalisées au cours de l’année ; Léon Raffin, né en 1906, a donc une vingtaine d’années. Il est étudiant aux Beaux-Arts et peut-être déjà en relations avec l’éditeur Devambez, chez qui il travaillera (avec la Grande Masse) dans les années suivantes. C’est peut-être via Devambez que Doucet et Raffin se sont rencontrés ; en effet Doucet a fait éditer deux plaquettes publicitaires par cet éditeur, Chaussures d’Antan, illustrées par Maurice Leloir, et les Recettes plaisantes et délectables du chocolat granulé de Royat, illustrées par Delaw (pour les chocolats de la Marquise de Sévigné).

Pour ce texte, Léon Raffin produit des illustrations typiques de l’air du temps ; nous sommes en pleine période Arts Décoratifs, deux années après l’exposition de 1925. Les couleurs employées sont en nombre réduit : l’argent,  le noir ; une touche discrète d’une seule autre couleur (rouge, bleu, vert, jaune). La typographie est soigneusement adaptée et participe à l’illustration.

Doucet, avec ce choix d’illustration, comme avec Danses (très Art Nouveau), se montre ici très moderne.

Par la suite, Léon Raffin poursuivra une carrière de peintre, et notamment de fresquiste, en décorant de nombreux édifices – dans une manière bien plus classique. Il est décédé en 1996.

Voici la reproduction des treize illustrations des textes :

Annexes :

Dédicace à Edouard Estaunié :

Il y a trente années, quand je publiai ma première œuvre – des vers naturellement – j’hésitai entre deux titres : La chanson des choses ou les Choses chantent.

Je m’arrêtai au premier qui me parut plus indiqué pour le public et aussi, en vérité, parce que, si je pensais donner quelques-unes des chansons évoquées en moi par certaines choses, je n’osais prétendre à montrer qu’elles chantent réellement.

Vous, au contraire, mon cher Maître, vous nous fîtes merveilleusement comprendre comment « les choses voient » ce qui, d’ailleurs, est autrement subtil et combien plus poignant.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je n’hésite plus entre les deux titres qui se présentent à ma pensée, pour ce livret : Les petites morts ou les choses meurent, je choisis le second, bien qu’il diminue considérablement le nombre de mes sujets.

Je ne puis plus, en effet, puisque je précise qu’il s’agit de choses, commenter les petites morts – petites uniquement parque les bêtes le sont elles-mêmes – d’une souris, garrotée, telle un criminel de Goya ; d’un perdreau fusillé, comme un duc à Vincennes ; d’un papillon empalé, à la manière d’un condamné turc ; d’une chauve-souris crucifiée, ainsi qu’un des mauvais larrons ; d’un chaton noyé dans un sac, ni plus ni moins qu’une houri infidèle.

Des bêtes ne sont point des choses, mais des êtres vivants qui passent de vie à trépas.

Chose : cela même veut désigner quelque chose… chose de très précis. L’heure qui s’écoule, le souvenir qui se perd, la nuance qui s’efface, l’empire qui s’effondre, l’amour qui s’éteint… ce ne sont point des choses, à vrai dire, c’est moins ou plus… comme il vouss (sic) plaira.

Mais l’arbre qui vit, grandit et meurt est-ce une chose ?… les feuilles mortes ?…

Malgré tout je garde mon titre ; il me convient, car il m’autorise, il m’oblige même, en quelque sorte – oh ! la si douce obligation – à vous offrir la dédicace de cet opuscule, en témoignage minuscule, de la très grande admiration que m’ont causée vos livres, que j’ai lus.

J.D.

5 avril.

Avant-propos :

Pour tous les humains – qu’il s’agisse du génie le plus vaste ou du moindre imbécile – on emploie la même formule : « il est mort. »

C’est d’ailleurs la seule égalité réelle et possible. Pour l’ensemble des bêtes – sauf, parfois, sentimentalement, quand il s’agit d’un animal familier – on se sert des mêmes mots, qui paraissent – pourquoi d’ailleurs ? –  méprisants : « Elle est crevée. »

Pour les choses, au contraire, quelle variété d’expressions ! quel raffinement !

Chacune, à peu près, a son verbe pour désigner sa fin, sa mort en vérité, car les choses meurent, tout comme nous, avec le temps, ou par notre faute.

Et même, il y a des choses qui ont plusieurs termes pour exprimer une mort identique ; entre autres, le bois. Selon sa résistance il se consume, il brûle, il flambe.

La disparition des choses, dans le temps, est plus ou moins rapide ; certaines sont presqu’éphémères ; d’autres résistent avec des airs d’immortalité ; mais il n’est nul besoin d’un Einstein pour prouver qu’elle n’est que fort relative.

L’airain, par exemple. Horace le prend orgueilleusement comme symbole de pérénnité pour ses odes ; Exegi monumentum oere perennius. Or il est rongé, très à la longue soit, mais forcément, par une manière de rouille, d’un adorable ton verdâtre, il tombe, il retourne lui aussi en poussière… irrésistiblement.

Le bronze… si dur… Allez dans la cathédrale Saint-Pol-de-Léon, regardez le pied droit du Saint-Pierre en bronze, que des lèvres – quoi de plus doux, de plus tendre qu’un baiser ? – ont usé.

Bref, les choses meurent toutes aussi ; mais cela se dit : « se briser, s’évaporer, se consumer, se démolir, s’user, se pourrir, se déchirer, s’effacer, se rouiller, etc., etc., etc. « 

Un détail pourtant : si les choses peuvent avoir, fréquemment, une mort subite, brutale, elles ignorent le suicide.

Post-scriptum :

Et ce n’est point tout. Certes : Je pourrais vous conter mainte autre petite mort de choses…

Comment, par exemple, le papier est déchiré, déchiqueté, voire mâché – quelle triste mine ! – le sucre, qui ne sait pas nager, tombe au fond du verre, s’y noie, se fond ; la source se tarit : eau pure ou fraîche inspiration ; la fortune se dépense ; la beauté se ride ; l’empire s’écroule ; la mare s’évapore ; le caillou est écrasé, broyé, effrité, rédut en poudre sous les roues, après que le cantonnier – sur la route de Louviers ou sur toute autre – l’a déjà concassé ; le nuage crève, mort accompagnée des larmes de la pluie ; la récolte est grêlée ; le tableau s’écaille ; le meuble est rongé des vers, comme nous, sans compter tout ce qui est mangé, croqué, dévoré, avalé, bu…

Mais ces treize exemples-ci suffiront, j’espère ; ah ! pourvu, même, qu’ils ne soient déjà trop : 13. J’ai choisi ce chiffre, ce nombre fatidique, pour son air fatal. D’aucuns prétendent, affirment, croient qu’il est source de malheur. Moi j’ai confiance en lui ; je veux espérer qu’il empêchera mon livre de tomber dans l’oubli ; ou – ce qui serait pis encore – d’être mort-né.

 

la Collection des Moralistes Anciens.

En 1781, François-Ambroise Didot sollicite l’approbation pour un nouvel ouvrage, qui sera le premier d’une nouvelle collection dédiée au Roi : une collection de Moralistes Anciens.

L’approbation est donnée le 15 octobre 1781, et l’ouvrage paraît en début d’année 1782 – le Mercure de France en donne compte-rendu dans son numéro du 2 mars 1782.

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La page de titre principale comporte le blason du Roi, suivi des éditeurs :

Chez DIDOT L’AINE, Imprimeur du Clergé, en surv. rue Pavée S.A.
et DE BURE L’AINE, Quai de Augustins.

Ce premier tome d’une collection « dédiée au Roi » commence par une dédicace « au Roi » :

AU ROI.
SIRE,
En lisant Votre auguste Nom à la tête d’une Collection qu’on eût dédiée à Marc-Aurele, & que VOTRE MAJESTE daigne accueillir, la Postérité jugera de votre amour pour la vérité, de votre zèle éclairé pour la conservation des moeurs, & regrettera de n’avoir pas été témoin des vertus dont le souvenir lui sera si cher, & qui font aujourd’hui le bonheur de vos Peuples.
Je suis avec le plus profond respect,
SIRE,
DE VOTRE MAJESTE,
le très humble, très soumis
& très fidele Sujet,
DIDOT L’AINE.

Cette note très peu prophétique est suivie d’un avis :

AVIS.
Les Libraires qui ont entrepris cette collection, empressés de mériter par des entreprises utiles l’intérêt que le Public semble prendre à tout ce qui peut contribuer aux progrès des lettres & de la vertu, vont publier incessamment
La Morale de Séneque;
Celle de Tacite, Moraliste aussi profond que grand Historien;
La Morale de Confucius, Philosophe Chinois;
Les Maximes d’Isocrate;
Les Réflexions morales de Marc Aurele Antonin;
la Morale de Socrate, extraite de Platon & de Xénophon ses Disciples;
Celle d’Epicure, si injustement décriée, & si peu connue;
Les Caractères de Théophraste;
Les Préceptes de Phocylide & de Théognis, & les Vers dorés de Lysis attribués à Pythagore;
Les Pensées Morales de Cicéron, extraites de ses œuvres, &c. &c. &c.
Tous ces ouvrages seront imprimés dans le même format, du même caractère, & sur le même papier que le Manuel d’Epictète ; & l’on n’épargnera aucun soin pour qu’ils le soient aussi correctement.
On donnera tous les six mois la Notice des Auteurs qui auront été imprimés dans cet intervalle.

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A la fin du volume figure la mention suivante :

Cette COLLECTION des Moralistes a été imprimée par Fr. Amb. DIDOT L’AINE, sur du papier de FRANCE, de la fabrique de MM. Mattieu JOHANNOT d’Annonai ; avec des caractères gravés sous FRANCOIS I par Claude GARAMOND, & fondus par M. FOURNIER L’AINE.

Comme on le voit Didot est fier de son ouvrage.

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A noter qu’il existe un tirage, sur papier courant, qui comporte une seule page de titre, avec la marque typographique de Didot, sans l’avis ni le texte « Au Roi » – ces volumes sont tirés sur papier courant.

La collection sera publiée à un rythme soutenu, du moins au commencement – et la première liste récapitulative est publiée à la fin du huitième tome, comme promis.

Voici la liste en question :

– 1. Manuel d’Epictète, traduit par M. N. Il s’agit de M. Naigeon. Le volume comporte 140 pages, plus les pages d’avis, insérées entre le titre général et le titre du volume. Le Discours Préliminaire, qui présente l’ouvrage, occupe les 69 premières pages ; il est suivi, en page 70, de l’approbation, datée du 15 octobre 1781 ; le Manuel proprement dit commence à la page 71.

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– 2. Pensées Morales de Confucius, recueillies et traduites du Latin par M. Levesque. Le volume, de 175 pages, commence également par un discours préliminaire, intitulé « De la philosophie des Chinois », jusqu’à la page 46, puis par un rappel de « la vie de Confucius », jusqu’à la page 62. En dernière page figure l’approbation, datée du 11 décembre 1781.

– 3. Pensées Morales de divers auteurs Chinois, recueillies et traduites du Latin et du Russe par M. Levesque. Le volume compte 167 pages, commençant, jusqu’à la page 14, par un avis « au lecteur ». L’approbation, datée du 18 janvier 1782, est imprimée en dernière page.

– 4. Discours préliminaire pour servir d’introduction à la morale de Sénèque par M. N. (Naigeon). Le volume, de 149 pages, est, comme son titre l’indique, consacré à une introduction de la matière qui sera présentée dans les deux volumes suivants – c’est le premier tome d’un livre en trois tomes.
– 5. Morale de Sénèque, extraite de ses œuvres, par M. N. Tome premier. Le volume compte 176 pages.
– 6. Morale de Sénèque, extraite de ses œuvres, par M. N. [Tome second.] Le volume compte 184 pages et se termine par l’approbation (valable pour les trois tomes) datée du 28 juillet 1782. La page de titre n’a pas de mention de tomaison ; on trouve des volumes sur lesquelles cette mention est rajoutée manuellement.

– 7. Pensées morales d’Isocrate, extraites de ses œuvres, et traduites par M. l’abbé Auger. Le volume, de 144 pages, commence par un rappel de la « Vie abrégée d’Isocrate », suivi par l’approbation, datée du 25 avril 1782 ; les Pensées proprement dites commencent page 21.

– 8. Pensées morales de Cicéron, recueillies et traduites par M. Levesque. Le volume compte 187 pages, et commence par une « Vie de Cicéron », jusqu’à la page 63, suivie par l’approbation, datée du 16 mai 1782 ; à la fin du livre se trouve la « Première liste » de la Collection, qui regroupe (dans cet ordre) les huit premiers volumes imprimés pendant l’année 1782.

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– 9. Caractères de Théophraste, et Pensées morales de Ménandre, traduits par M. Levesque. Le volume, de 153 pages, commence par la « Vie de Théophraste », jusqu’à la page 27, suivie de l’approbation, datée du 14 février 1782 ; jusqu’à la page 126 nous trouvons les Caractères de Théophraste, puis, de la page 127 à la page 132 les Pensées Morales de Théophaste. Les Pensées Morales de Ménandre commencent à la page 133, par un nouveau titre – la Vie de Ménandre occupant les pages 135 à 139 – les Pensées les pages 141 à 153.

– 10. Sentences de Théognis, de Phocylide, de Pythagore, et des Sages de la Grèce, recueillies et traduites par M. Levesque. Le volume, de 220 pages, commence par un court texte, jusqu’à la page 14, sur la vie « de Théognis ». Des titres particuliers, pages 71, 111, 148 et 178, annoncent les diverses autres parties. L’approbation est insérée en fin de volume, datée du 21 mars 1783.

– 11. Les entretiens mémorables de Socrate, traduits du Grec de Xénophon par M. Levesque. Tome premier. Le volume, de 202 pages, ne comporte pas d’introduction. Sa date d’impression, sur la page de titre, est curieusement de 1782.
– 12. Les entretiens mémorables de Socrate, traduits du Grec de Xénophon par M. Levesque. Tome Second. Ce volume de 234 pages est daté 1783 ; il se termine par l’approbation, datée du 4 janvier 1784..

 

La Collection, qui ne compte donc à cette date que douze volumes, va rester en sommeil quelques temps. En 1785 Didot publie un livre, en deux tomes, qui ne fait pas formellement partie de la Collection :

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– 13. Morale de Jésus-Christ et des Apôtres, ou la vie et les instructions de Jésus-Christ, tirées du N. Testament. Tome Premier. La date d’impression est de 1785. Le volume, de 348 pages, commence par un « Avertissement » de deux pages qui débute ainsi :
« On s’est toujours proposé de joindre la morale chrétienne à celle des anciens moralistes, et dans le même format. »

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– 14. Morale de Jésus-Christ et des Apôtres, ou la vie et les instructions de Jésus-Christ, tirées du N. Testament. Tome Second. Le volume, de 286 pages, se termine par l’approbation, datée du 25 mai 1784, et du privilège complet, daté du 22 février 1785.

Il faut attendre ensuite 1794 pour que la Collection soit continuée ; bien sûr, à partir de cette date, il n’est plus question d’approbation. Le premier volume commence par un Avis :

La collection des moralistes anciens avoit été long-temps interrompue. Ce travail doit être repris avec plus de zèle, à l’époque où la nation, devenue libre, prend avec elle-même l’engagement de se consacrer à la vertu, qui seule peut lui garantir la conservation de la liberté.
On a cru devoir commencer par les Apophtegmes et les Instituts des Lacédémoniens, attribués à Plutarque, parceque ce petit recueil respire l’amour de la liberté joint au plus ardent courage. On y a joint les Pensées du même auteur sur la superstition, parcequ’il n’est pas moins utile d’anéantir la superstition qui dégrade l’âme, que d’exciter au courage, qui l’élève au-dessus d’elle-même.
On publiera successivement
La morale de Plutarque, actuellement sous presse ;
Celle d’Aristote ;
Celle d’Epicure, si injustement décriée et si peu connue ;
Celle de Tacite, etc. etc.

Cet Avis reprend le premier Avis, publié en tête du premier volume – mais ne sera pas plus suivi..
La page de titre ne reprend bien sûr pas les symboles royaux ; elle montre la marque de Pierre Didot, qui a pris la succession de son père François-Ambroise. Les volumes sont ainsi marqués :

A Paris, Chez Debure l’aîné, rue Serpente; et P. Didot l’aîné, imprimeur, rue Pavée-des-Arcs.

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– 15. Apophtegmes des Lacédémoniens, extraits de Plutarque, suivis des pensées du même auteur sur la superstition. Par P.-Ch. Levesque. L’ouvrage est daté de 1794, l’an IIe de la République. Le volume comporte 196 pages, et commence par un Avis (donné ci-dessus) suivi de la page 1 à la page 126, par une présentation « de la constitution politique des Lacédémoniens ».

– 16. Pensées morales de Plutarque, recueillies et traduites par P.-Ch. Levesque. Tome premier.Le livre est daté de 1794, l’an IIIe de la République (soit le dernier trimestre 1794) ; il compte 155 pages.
– 17. Pensées morales de Plutarque, recueillies et traduites par P.-Ch. Levesque. Tome second.Le livre est daté de 1794, l’an IIIe de la République (soit le dernier trimestre 1794) ; il compte 172 pages.

-18. Vies et apophtegmes des philosophes grecs, recueillis et traduits par P.-Ch. Levesque. A Paris, l’an IIIe de la République, 1795. Ce volume, de 192 pages, commence par une courte présentation de deux pages ; il recueille des extraits de dix-sept philosophes : Empédocle, Anaxagoras, Démocrite, Socrate, Xénophon, Aristippe, Platon, Xénocrate, Aristote, Antisthène, Diogène, Cratès, Démétrius de Phalère, Bion, Stilpon, Zénon de Citium.

C’est le dernier volume publié. Aucune liste supplémentaire, depuis la « Première liste » publiée à la fin du Cicéron, n’a été donnée.

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Mais il en existe tout de même une, insérée à la fin du second tome de la Morale de Jésus-Christ, dans la réédition datée de 1790.
A noter deux « bizarreries » : Cette liste reprend les seize volumes des Moralistes anciens, dans l’ordre ci-dessus – mais ne comprend pas la Morale elle-même ; et elle mentionne des volumes imprimés en 1794 et 1795, alors qu’elle est insérée dans un volume daté de 1790. On peut en déduire que la date réelle de la réédition de cette morale est au moins de 1795.

 

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2 exemplaires du même livre, l’un relié, l’autre laissé broché.

Ces livres, couramment décrits comme des in-16 ou in-18, sont en fait des in-12 de 8,5 cm sur 14 cm, plus ou moins rognés suivant l’humeur du relieur.
La collection existe en plusieurs papiers : un papier courant, et un papier fin, de meilleure qualité (c’est le papier mentionné dans le premier Avis). Il existe un tirage sur papier vélin, limité à douze exemplaires ; au moins pour les volumes imprimés en 1782 et 1783.

La différentiation entre les exemplaires est plus marquée encore : les exemplaires en papier fin bénéficient de la page de titre générique, avec les armes de Louis XVI ; puis, sur la feuille suivante, du titre du volume proprement dit. Les exemplaires sur papier courant n’ont qu’une page de titre, qui reprend uniquement le titre du volume, sans la mention « collection des moralistes anciens dédiée au roi » , et avec la marque typographique de Didot. Bien sûr, pour les derniers volumes, seule cette disposition est adoptée.

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on voit clairement la cuvette correspondant au masquage des armes royales

 

A noter une autre particularité : ces livres, avec leur symbole royal, ont pu poser un problème au moment de la Révolution ; ainsi certains volumes ont-ils été cartonnés pour cacher les armes royales ; on peut en voir une trace dans la photo ci-dessous.

Dans la seconde liste, insérée dans la réédition datée 1790, se trouve le prix de ces exemplaires : 1 livre 10 sols pour le papier courant, 4 livres pour le papier fin. L’écart est donc conséquent.

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exemplaire du tirage XVIIIe, avec une couverture générique rajoutée, vendu fin XIXe.

 

Le tirage de cette collection n’a pas été limité ; il semble considérable, et des volumes ont pu être écoulés des années après leur impression – témoin ce volume recouvert d’une couverture de papier, avec la mention de la Librairie ancienne et moderne de Baillieu, 43, quai des Augustins : cette librairie était en activité dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les rééditions semblent datées de 1790, même si cette date est sans doute fictive, comme on l’a vu pour la Morale de Jésus-Christ.

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Ces livres se trouvent donc assez facilement, à des prix modérés ; mais deux facteurs peuvent considérablement modifier l’estimation : le fait d’avoir une collection complète en reliure uniforme, et le fait d’être recouvert d’une reliure luxueuse de l’époque, signée ou non.

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Louis Fuchs

En 1901 (début 1902, en fait), Jérôme Doucet publie un petit livre, recueil de poèmes en prose, chez Ollendorff : Danses. Ce livre est illustré par Louis Fuchs – et il semble bien que ce soit le seul livre publié par ce dernier.

Qui est donc Louis Fuchs ?

On peut, grâce aux outils actuels, retracer une partie de sa carrière.

En 1897, Les magasins du Louvre organisent un concours, dont un des sujets est uen horloge avec boîte aux lettres. Les trois premiers prix sont décernés à Messieurs Louis Fuchs, Paquet et Rudnicki – avec un prix de 750 francs pour Louis Fuchs. Il est alors précisé que Louis Fuchs est élève de l’école des Arts décoratifs.

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Source Gallica.bnf.fr : Revue des Arts décoratifs, résultat du concours des magasins du Louvre.

Deux années plus tard, nous retrouvons Louis Fuchs à l’occasion du deuxième concours ouvert par l’Union centrale des Arts décoratifs, en vue de l’Exposition Universelle de 1900.

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source Gallica.bnf.fr : revue des Arts décoratifs.

Pour ce concours, Louis Fuchs présente un projet de vase « Crocus », qui sera réalisé par Daum. L’article de la Revue des Arts décoratifs, qui rend compte de ce concours, précise que « à l’exécution, ce joli vase a perdu quelque peu et n’a pas gardé les colorations distinguées de la maquette primée au premier concours de l’Union centrale ; le ton rose, trop vif et trop uniformément dur, ne se fond plus avec les feuilles vertes, actuellement trop foncées de la base. Mais les proportions ont conservé leur charme et la silouhette sa souplesse peu banale. » Louis Fuchs est récompensé par un prix de 500 francs.

Fuchs, édité par Daum : vase Crocus. Source : musée des arts décoratifs

La même année, il est de nouveau récompensé, par 500 francs de nouveau (premier prix), pour le concours en vue de la décoration de la rue Royale pendant les fêtes de l’Exposition Universelle.

En 1900, Doucet a remarqué Louis Fuchs, qui illustre, dans le numéro du 1er juin de la Revue Illustrée, une nouvelle de Henri de Saussine : le voile de Tanit. Il s’agit d’un dialogue assez court, édité sur 5 pages dans la Revue, imprimé sur un fond composé par Louis Fuchs, en camaïeu vert ou sanguine ; le procédé décoratif est assez comparable à ce qu’il réalisera pour Danses.

L’année suivante, pour le numéro du 15 juin 1901, Fuchs collaborera une nouvelle fois avec la Revue Illustrée, en illustrant un poème de Maurice Rollinat, l’Aigle.

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Les motifs décoratifs, avec des moyens différents, rappellent certaines pages de Danses.

Que devient Louis Fuchs après ces publications ? nous trouvons trace de ses travaux dans certaines publications d’Art décoratif, notamment Dekorative Vorbilder – voici notamment un paon avec des tournesols, qui rappelle fortement une page de Danses :

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Fuchs : Pfau mit Sonnenblume nach einem aquarell von Louis Fuchs. Source : annonce catawiki.

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Louis Fuchs s’oriente vers les Arts décoratifs et devient professeur à l’Ecole des Arts décoratifs de Nancy – L’Est Républicain nous apprend qu’il est professeur de décoration, avec Victor Prouvé. il prend sa retraite vers le début de 1935 et se consacre alors à son art – et notamment la peinture.

Une galerie américaine propose une toile de Louis Fuchs ; non datée mais indiquée de 1890-1900.

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Madison Gallery : Louis Joseph Gustave Fuchs, quais de la Seine à Paris.

Je n’ai pas trouvé d’informations d’état civil ; on peut supposer qu’il est né vers 1870-75, puisqu’il est en fin d’études des Arts Décoratifs en 1897 – ce qui est cohérent avec son départ en retraite en 1935, vers l’âge de soixante ans.

 

 

 

Danses, illustré par Louis Fuchs.

 

Dans le numéro du 15 mars 1902 de la revue Néerlandaise « den gulden winckel« , paraît l’annonce suivante :

 

 

Doucet, Jérôme : Danses. Illustrations de Louis Fuchs. Paris, Libr. Paul Ollendorff. 16°. F. 1.90.

Les « Danses » sont imprimées lithographiquement sur papier chromosatin. Elles sont illustrées à toutes les pages et les figures, au lieu d’être imprimées de tons sur papier blanc, sont réservées en blanc sur le fond gris perle du papier. Les dessins sont imprimés en or, le texte en violet. Un brochage nouveau a été inventé pour ce volume, qui, monté sur un ruban, est, pour ainsi dire relié.

Cette même annonce est insérée également dans la « Bibliographie de la France », avec la mention « pour paraître le 21 janvier 1902 », et le texte suivant :

 Les Danses de Jérôme Doucet et Louis Fuchs sont imprimées lithographiquement sur très beau papier chromosatin des papeteries du Marais. Elles sont illustrées à toutes les pages, et les illustrations, au lieu d’être imprimées de tons sur papier blanc, sont réservées en blanc sur le fond du papier qui est, lui, imprimé en gris perle. Les dessins sont imprimés en or, le texte en violet. La couverture, les gardes, tout est dans le même style. Un brochage nouveau a été inventé pour ce volume, qui, monté sur un ruban, est, pour ainsi dire, relié. Les tranches sont dorées.
Le texte lui-même, « Danses », a été traité avec raffinement par le poète Jérôme Doucet et les dessins de Fuchs en sont le digne accompagnement.

Comme on le voit dans ces publicités, l’éditeur met en avant les nouveautés de son ouvrage : composition, technique d’illustration, technique de brochage. Et il est vrai que ce livre tranche à tous points de vue sur la production de l’époque, même si, dans le choix de l’illustration, il est pleinement « Art Nouveau ».

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Le livre est illustré par Louis Fuchs, sur lequel je n’ai rien trouvé ; il ne semble pas avoir illustré d’autres ouvrages. Il est publié par la Librairie Ollendorff et imprimé par les Imprimeries Gérardin, à Versailles, il porte la date de 1901 sur la couverture – il n’y a pas d’achevé d’imprimer. Les illustrations sont imprimées par Ed Méot, lithographe. Le tirage courant n’est pas limité ; on a vu dans l’annonce qu’il était vendu 1, 90 francs. Il existe un tirage de tête, de cent exemplaires sur japon impérial, avec une suite des figures sur papier de chine.

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Le livre se présente comme un ouvrage de petites dimensions (indiqué in-16° dans l’annonce) : 14cm x 19cm ; en pratique c’est un in-folio (!) composé de feuillets simples, collés, et non cousus, sur la couverture. Le papier de « chromosatin » est un papier très épais, cartonné, de couleur blanche ; il est preque entièrement teinté d’un « gris perle » ; le titre des danses et certains motifs sont laissés en réserve, et se détachent en blanc.

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détail d’un feuillet sur chine avec défaut d’impression ; on voit que le papier est imprimé et non teint d’origine.

Les motifs or sont imprimés sur ce fond.

Le texte est imprimé ensuite, d’un violet assez passé.

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Le livre est composé comme suit :

  • une couverture cartonnée, imprimée (outre le fond « gris perle ») de motifs verts ;
  • un feuillet de faux-titre, avec la justification ;
  • un feuillet de titre ;
  • quinze feuillets pour les quinze danses, qui sont : gavotte, pavane, sarabande, passepied, gigue, valse, menuet, ronde, rigaudon, farandole, ballet, carmagnole, danse macabre, bourrée, danse de corde ;
  • un feuillet de table.

Chaque danse occupe donc un feuillet, toujours composé de la même façon :

  • la première page comporte le nom de la danse, en réserve sur le fond et le motif ;
  • la double page intérieure porte, sur une décoration unique, le texte de Doucet ;
  • la quatrième page porte une illustration sans texte.

Techniquement, la méthode nouvelle sensée donner un livre « quasi relié » n’a pas résisté au temps ; l’ouvrage s’est défait et se trouve soit relié sur onglets, soit complètement dérelié.

Les « danses » en question sont des petits poèmes en prose, sur un thème puisé dans la nature, d’une thématique assez proche de la Chanson des Choses ; la tonalité générale est assez sombre, voire lugubre dans certains cas.

Mais le livre est très attachant, avec ses décorations féériques et pleinement Art Nouveau. Quelques années après les Douze Sonnets, Doucet réalise un livre remarquable, devenu assez rare, compte tenu de sa fragilité !

Voici la reproduction complète de l’ouvrage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Douze sonnets : un essai ambitieux.

Doucet, jeune débutant, dans les années 1890 et suivantes, publie des poèmes dans diverses revues et compose des pièces de théâtre qui ne connaissent pas le succès.

En 1893 il publie, chez Léon Vanier, un recueil de sonnets, forme très en vogue à cette époque. Ce recueil est imprimé par l’imprimerie E. Cagniard, à Rouen, il est officiellement vendu trois francs ; une justification manuscrite indique un tirage à quarante exemplaires. Cette édition est probablement faite à compte d’auteur.

 

Les douze sonnets sont les suivants :

  • Dédicace
  • Marie
  • Jumièges
  • Nuit d’Hiver
  • La Neige va tomber
  • La Neige est tombée
  • Avant l’aube
  • Éventail japonais
  • Au second acte de « Samson et Dalila »
  • Sortie de Messe
  • Saint-Adrien
  • Attente

Ces sonnets se lisent agréablement – Doucet ne se prend tout de même pas trop au sérieux. Voici le premier d’entre eux :

Dédicace

Peut-être un jour, plus tard, c’est l’espoir qui fait vivre
Dit la chanson, plus fier que le paon de Junon,
Serai-je l’un de ceux dont on vante le nom,
Et dont à plusieurs mille on édite le livre.

Peut-être aussi – d’un vain espoir je ne m’enivre –
La gloire à mon appel répondra-t-elle : Non.
Peut-être pour demeure aurai-je un cabanon ?
Ma route est commencée ainsi : je veux la suivre.

En attendant, j’ai fait les sonnets que voici,
Mes bons amis, pour vous, n’ayant que le souci
De plaire à votre goût si fin, de vous distraire.

Si je fais mieux plus tard, il me sera très doux
De vous devoir ce mieux ; si c’est pis, au contraire,
Mes meilleurs vers du moins auront été pour vous.

Le recueil est illustré de dessins de Vignet. Il s’agit de Henri Vignet, peintre né à Rouen en 1857 – il participe au Salon de Rouen en 1891. Pour ce recueil, il compose des ornementations florales, traitées en fond à pleine page, et imprimées en vert ou bleu, alternativement – sur la page entière, quitte à prendre le pas sur le texte, rendu d’autant moins lisible.

Matériellement, ce livre est un in-quarto de petites dimensions : 14cm x 18,5 cm, de soixante pages, non paginées, sous une couverture de papier vert d’eau. Il est composé de sept cahiers de huit pages, précédés d’un demi cahier. Sur chaque belle page est imprimé un motif floral – la page en regard étant systématiquement laissée vierge.

Les motifs sont imprimés alternativement en vert et en bleu – mais l’examen attentif montre que des irrégularités peuvent apparaître : deux pages successives en bleu, ou en vert.

Vignet n’a pas composé trente motifs différents – on retrouve plusieurs fois les mêmes dispositions, et la même succession de motifs. Voici tous les motifs recensés :

Série A.

Série B.

Série C.

Ces douze premiers motifs sont les seuls utilisés dans un premier exemplaire. Mais l’examen d’un second exemplaire révèle l’existence d’une autre série (série D) :

Pour toutes ces séries on note l’alternance de vert et de bleu – s’agissant d’un même feuillet plié au format in-quarto, il suffit d’imprimer chaque face d’une couleur et l’autre de l’autre couleur. Ces séries sont toujours utilisées dans cet ordre, indépendamment du texte imprimé – il y a sans doute eu une première impression des motifs, suivant les quatre dispositions choisies. Voici un état des pages successives du recueil :

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Sont représentées ici toutes les pages d’un exemplaire, à l’exception du premier demi-cahier. La série G2 est utilisée dans un autre exemplaire. On voit pour ce premier exemplaire l’utilisation des séries A, B, C, A, B, C, B, dans cet ordre. Le second exemplaire présente les séries suivantes : A, C, D, A, B, C, D.

Comme on le voit en comparant ces deux exemplaires, il n’y a aucune recherche d’adéquation particulière entre les poèmes et les motifs.

Ce type d’ornementation, assez original, sera réutilisé par Doucet plus tard, pour son recueil Danses – courts textes de prose, illustré par Louis Fuchs, publié par Ollendorff en 1902.

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On trouve également un conte de Jean Lorrain, illustré de cette façon : Neighilde, conte de Noël, publié par la Revue Illustrée le 1er décembre 1899. Ce conte de quatre pages est illustré par Henri-Patrice Dillon de fonds végétaux, de différentes teintes.

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Deux années plus tard, Doucet publiera un autre livre chez Vanier – la Puissance du souvenir. Curieusement, dans la bibliographie présente en début d’ouvrage, Douze Sonnets n’est pas cité – au contraire de la forme graphique, Doucet aurait-il renié ce premier recueil poétique ?

 

 

André Cahard illustre Doucet.

André Cahard, qui a commencé sa carrière d’illustrateur par une série sur les Ballets, dans la Revue Illustrée, a mis en images six contes de Jérôme Doucet, de 1898 à 1903. Cette série n’a pas été publiée en livre, mais Doucet a fait illustrer, auparavant ou par la suite, trois de ces contes par d’autres illustrateurs.

Tous ces contes sont publiés sur huit pages, avec un papier Draeger, de meilleure qualité que le papier standard de la Revue ; certains sont précédés d’une page de titre. Dans les paragraphes suivants, pour les contes ayant déjà fait l’objet d’un article, je me contente de renvoyer à cet article.

l’Effigie.

Ce conte, publié le 15 juillet 1898, sera repris ensuite, sous une forme enfantine, dans le recueil « la légende des mois« , illustré par Serge de Solomko.

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la Perle.

Ce conte est publié le 1er novembre 1898 ; comme l’effigie, Doucet le réutilisera, amplifié, et illustré par Paul de Pidoll et Edgar Maxence, dans Verrières.

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Le Philtre.

Ce conte est publié le 1er septembre 1902 ; il avait été repris, simplifié, et illustré par Louis Morin, pour le recueil « Notre ami Pierrot« .

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La mort de Pierrot.

Ce conte, publié le 1er décembre 1902, est dans le même esprit que le Philtre ; mais il ne figure pas dans « Notre ami Pierrot« . La tonalité, comme son nom le laisse deviner, est assez sombre.

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les trois rencontres de Jean Bourbarry.

Ce conte est publié le 15 juillet 1902. Jean Bourbarry, jeune garçon plein de bonne volonté et de bons sentiments,  fait trois rencontres qui lui donnent des conseils peu moraux, mais efficaces ; après avoir testé les bons sentiments, et avoir perdu son argent et son travail, Jean teste les conseils en question – et devient patron. Ce conte, assez cynique, est dédié à « J. de Montfrileux » ; c’est bien sûr son pseudonyme ; mais c’était surtout celui de son père.

Source : gallica.bnf.fr

Ressemblance.

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Le dernier conte, illustré par André Cahard, est publié le 1er juin 1903. Deux jumeaux vivent ensemble ; la blessure de l’un d’eux crée une différence – l’autre tombe amoureux pendant la convalescence de son frère – sans en parler. Un quiproquo naît de cette situation – l’amante rencontrant le frère, et défaillant de n’être pas reconnue. Mais tout se termine bien.

Ce conte possède une page de titre, curieusement imprimée en noir, contrairement aux autres pages.

Dans la plupart de ces contes, André Cahard insère le texte de Doucet dans un entrelacs décoré, en couleurs, comportant une illustration à mi-page. La numérisation de Gallica, en noir et blanc, ne permet pas de se rendre compte de la finesse de ces ornementations.

 

 

l’Effigie, de Doucet, illustré par André Cahard

Exemple de la réutilisation d’un conte : l’Effigie.

le 15 juillet 1898, la Revue Illustrée publie un conte de Jérôme Doucet, l’Effigie. Ce conte est illustré par André Cahard, artiste qui a fait ses débuts dans la même Revue Illustrée trois années auparavant.

C’est une histoire allégorique, au schéma linéaire : un noble seigneur, entouré de courtisans serviles, méprise le peuple. Dérangé par des jeux d’enfants qui s »amusent dans la neige, et fabriquent un bonhomme de neige, il tire une flèche pour abattre le bonhomme ; la flèche, traversant la neige, vient frapper un enfant en plein cœur. Venu constater l’efficacité de son tir, le seigneur ne montre pas de remords. Le corps de l’enfant se lève, et maudit le seigneur : il ne vivra que tant que le bonhomme de neige sera debout.

Ce conte, très classique, est publié sur un cahier de huit pages, avec une page de titre, chose relativement exceptionnelle, sur un papier Draeger, utilisé pour les parties pouvant être séparées de la Revue. L’illustration est composée d’illustrations à demi page, avec des bordures rappelant les pratiques des manuscrits enluminés ; ces illustrations monochromes sont alternativement imprimées en vert et en noir.

La page de titre présente une grande vignette, surmontée du titre, et la mention « Conte par Jerome Doucet / Ornementation par Andre Cahard ». Les deux monogrammes JD AC sont insérés sous la vignette.

André Cahard (né en 1868 et mort en 1925), après avoir illustré, sur une assez longue période, « le Ballet à travers les âges« , de Paul Gruyer, a illustré plusieurs contes pour la Revue Illustrée, écrits par Jérôme Doucet – mais aucun de ces contes n’a été publié dans un recueil. Il a également illustré un conte de Jean Lorrain (La Princesse sous Verre) qui a connu un bien plus grand succès.

Ce conte ne sera donc repris dans aucune publication ultérieure. Pourtant Doucet ne l’oublie pas.

En effet, plus de vingt ans après, ce conte figure, transformé, dans un recueil de contes pour enfants : la légende des mois. Cette série de douze histoires, (comme les douze mois), est illustrée par Serge de Solomko, jeune artiste que Doucet a déjà fait travailler auparavant ; elle est publiée, fin 1921, par Hachette – mais a été écrite plus tôt (avant la Guerre), comme l’explique Doucet dans la préface du livre. Solomko, pour ce conte, donne un grand hors-texte, et trois vignette in-texte.

L’effigie est la première de ces douze histoires ; reprise sous le nom « l’homme de neige« . L’histoire est à peine transformée ; la chanson des enfants (c’est une vraie chanson traditionnelle, simplement citée par Doucet) est identique ; le changement majeur étant (bien sûr) que l’enfant touché par la flèche est sauvé par une gentille sorcière.

Quand papa Lapin mourra
J’aurai sa belle culotte
Quand papa Lapin mourra
J’aurai sa culotte de drap.

Autre petit point à noter : dans cette version l’enfant porte un nom : Artabil, nom que Doucet a déjà donné à un de ses personnages, pour le conte du même nom, publié en 1905 par Juven dans le recueil « Contes merveilleux ».

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Grisélidis, par Jules Lefebvre

Grisélidis, de Jules Lefebvre : un tableau qui a particulièrement plu à Jérôme Doucet.

De mai à octobre 1896, se tient l’exposition nationale et coloniale de Rouen ; le grand évènement de la ville !

Comme dans toute bonne exposition de ce genre, les visiteurs trouvent les dernières nouveautés, en matière industrielle, commerciale, et culturelle. A cette occasion, un ouvrage luxueux est publié : la Revue Illustrée de l’exposition, imprimé en 1897 par l’imprimerie Lecerf, à Rouen ; c’est un fort volume in-4° (25cm x 33cm) de 458 pages, abondamment illustré. Il regroupe les contributions de nombreux auteurs, qui rendent compte de ce que les visiteurs ont pu admirer.

 

 

la partie Beaux-Arts est rédigée par Jérôme Doucet ; en deux articles, totalisant soixante pages, il rend compte des expositions de peinture, dessin, gravure, sculpture et arts décoratifs – dont un petit article sur la reliure.

Dans cette exposition Doucet fait un tour peut-être pas exhaustif mais assez large tout de même – et il met en avant quelques œuvres qui l’ont marqué.

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source : wikimedia

Parmi celles-ci figure Grisélidis, de Jules Lefebvre. C’est une huile sur toile, de 60cm sur 72cm, représentant un personnage du Décameron – une jeune fille qui tient un livre, en regardant le visiteur ; sa longue chevelure tombant sur ses épaules.

Voici ce qu’en dit Jérôme Doucet :

Et maintenant, arrêtons-nous un peu, et même beaucoup, car nous avons là deux splendeurs à admirer.

C’est d’abord la Grisélidis de Jules Lefebvre (n° 303), un pur chef-d’œuvre de grâce et de joliesse, une merveille d’exécution. Tout y est dans cette toile infiniment désirable et que j’adjure le Musée d’acquérir pour nous la garder indéfiniment. Il y a plus que de la peinture en cette œuvre, plus que l’exécution parfaite du modèle adorablement choisi ; il y a de la vie, de l’émotion, de l’amour ; on fait ainsi quand on est un grand artiste d’abord, et qu’on peint sa maîtresse ou sa fille.

Les cheveux blonds, longs, ondulés, ce sont des vagues
venant mourir au bord du front, lentes et vagues.

Ces cheveux, qui ont l’air d’être traités sommairement, mais si magistralement synthétisés, sont l’encadrement parfait de cette virginale figure.

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Logiquement, le tableau en question est reproduit dans l’ouvrage, en hors-texte ; c’est une reproduction photographique, en noir en blanc, de Cl. Petiton.

Doucet sera entendu : le tableau est acheté par le Musée des Beaux-Arts de Rouen à l’issue de l’exposition.

La chanson des Cheveux.

Les deux vers cités sont de Jérôme Doucet ; ils appartiennent à une des nombreuses chansons qu’il a composées pendant sa convalescence : la chanson des cheveux.

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Cette chanson, Doucet la publiera dans le numéro du 15 août 1898 de la Revue Illustrée, avec deux illustrations : une vignette de Pascalidès, et une gravure, par Gilardi, du tableau de Jules Lefebvre ; gravure monochrome, imprimée en couleur.

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La chanson sera reprise dans la Chanson des Choses, avec les mêmes illustrations, cette fois-ci imprimées en noir.