Houvet et la cathédrale de Chartres

Albums de la Cathédrale de Chartres – Etienne Houvet et Yves Delaporte.

La cathédrale de Chartres, depuis le regain d’intérêt pour l’architecture du Moyen Age que connaît le XIXe siècle, a été l’objet de nombreuses études et projets de publications.Jean-Baptiste Antoine Lassus est membre du comité des Arts et Monuments, depuis 1836, aux côtés de Prosper Mérimée et du baron Taylor. Ce n’est pas un novice : de 7 ans plus âgé qu’Eugène Viollet-Le-Duc, dont il est le mentor, il restaurera avec lui la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Sur Chartres, il réalisera des restaurations, retrouvant notamment des éléments du jubé, et de nombreux dessins. Il sera nommé Architecte diocésain de Chartres en 1848. Aujourd’hui Lassus est inconnu du grand public, contrairement à Viollet-Le-Duc, sans doute à cause de son décès précoce (à cinquante ans) et au fait qu’il a beaucoup moins publié.

Le comité a le projet de publier une Monographie de la Cathédrale de Chartres. Cet ouvrage, entrepris en 1839, devait comprendre trois parties (un historique, une description iconographique et des planches) mais seules ces dernières seront publiées, à partir de 1842, en neuf livraisons, de 72 planches au total, au format grand in-folio (55x70cm).

Jean-Baptiste Lassus, Choeur de la cathédrale de Chartres, planche extraite de la Monographie de la Cathédrale Chartres, dimensions de la gravure 33 x 43 cm, dimensions de la feuille 48 x 56 cm.

 

Voici ce que dit Emile Mâle de cette publication :

« Jadis, le Ministère de l’Instruction publique commença, avec le concours de Lassus, de Didron, d’Amaury Duval, de Gaucherel et de beaucoup d’autres, un livre immense sur la Cathédrale de Chartres. Mais la tâche était si écrasante, il y avait tant de statues, tant de bas-reliefs, tant de vitraux à dessiner et à décrire que les collaborateurs sentirent leur courage défaillir. Le livre resta inachevé. »

C’était un ouvrage de spécialiste, pour spécialistes, resté inachevé.

En 1897, Etienne Houvet, un jeune homme de 29 ans qui voulait devenir frère convers chez les Dominicains, mais doit faire vivre sa famille, est engagé comme domestique à la Maîtrise de la cathédrale, puis sacristain de la crypte. En 1906 il devient sacristain de la cathédrale, et guide officieux. Pour renseigner les nombreux visiteurs, il lit tout ce qu’il est possible de lire sur la cathédrale. Il fera ainsi visiter l’édifice aux plus grands noms de l’histoire de l’art : Eugène Lefèvre-Pontalis, Camille Enlart, Emile Mâle, Henri Focillon. L’administration des Beaux-Arts le nommera alors guide officiel de la cathédrale.

Il commence à photographier la cathédrale en 1910 et produira des centaines, des milliers de clichés, au moyen d’appareils de plus en plus sophistiqués.

Avec le soutien du chanoine Yves Delaporte, archiviste du diocèse, et d’Emile Mâle, qui rédigera la préface, Etienne Houvet essaiera de faire publier ses photographies. Mais comme aucun éditeur ne veut se risquer dans l’aventure, il éditera lui-même ses albums.

Paraîtront donc, à partir de 1919, sept albums de photographies, comportant chacun 90 phototypies (95 pour le portail occidental), et couvrant les trois portails, l’architecture, et le tour du chœur.

Nef de la cathédrale. Photo Houvet. Album Architecture, planche 54 .

 

Cette publication rencontrera un grand succès :

« Losrqu’il commença la publication de sa série d’albums sur la cathédrale, on s’étonna de l’audace d’une telle entreprise, où avait échoué jadis le Ministère de l’Instruction publique. M. Houvet a terminé cette grande œuvre. Ses sept volumes de planches, qui reproduisent tous les détails de l’architecture et de la sculpture de la cathédrale, sont aujourd’hui dans toutes les bibliothèques et constituent un instrument de travail indispensable aux archéologues comme aux historiens de l’art. » Marcel Aubert, préface aux « Vitraux ».

En 1926, le chanoine Yves Delaporte a le projet d’une étude sur les vitraux de la cathédrale. Tout naturellement, Houvet est associé, et produira les trois volumes de planches (284 en noir et blanc, 10 en trichromie, prises par Yves Delaporte, et 18 planches coloriées) accompagnant l’ouvrage, qui couvre la totalité des vitraux. L’entreprise a été facilitée par la guerre : les vitraux ont été démontés, la cathédrale est pleine d’échafaudages, permettant d’atteindre des recoins inaccessibles.

Vitrail Notre Dame de la Belle Verrière, photo Delaporte, Album Vitraux 1, planche IV.

Ces quatre volumes viennent compléter la série des Albums précédemment publiés, et seront logiquement reliés ensemble.

Houvet et Delaporte, la Cathédrale de Chartres, 1920-1926, Ed Houvet, Chartres.

Houvet est Officier d’Académie, en clair il a les Palmes académiques. En 1927, Edouard Herriot le décore de la Légion d’Honneur.

Houvet est officier des Palmes Académiques, et fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1927. Ce volume a donc été imprimé avant 1927 et vendu après, puisque la mention de sa décoration est rajoutée au tampon.

La série connaît une diffusion très importante. Mais le format (onze volumes de 24x30cm) n’est pas très pratique pour la visite… une Monographie de la Cathédrale de Chartres sera produite à partir des clichés et des textes des albums. Cette monographie reprend 64 phototypies de la série, et les 10 photographies en couleurs, pour les vitraux. Elle servira de guide pour la cathédrale pendant de nombreuses années, toujours publiée par les éditions Houvet.

Et. Houvet, Monographie de la Cathédrale de Chartres, Houvet, Chartres, sans date, réédité à de nombreuses reprises.

 

Cette maison d’édition durera : on trouve encore des guides de la cathédrale, éditions Houvet, datés de 2002.

Etienne Houvet mourra en 1949, après plus de cinquante années passées dans la cathédrale.

Yves Delaporte, après une longue carrière d’érudit au cours de laquelle il publia près de 560 articles, mourra en 1979.

Yves Delaporte, les trois Notre-Dame de la cathédrale de Chartres, Ed. Houvet, Chartres, 1955.

Aujourd’hui leur ouvrage, vieux de 90 ans, est toujours en tête des bibliographies sur Chartres. Les phototypies originales ont servi pendant très longtemps pour illustrer de nombreuses études sur Chartres. Il n’a pas été remplacé pour la statuaire, et seule la publication du volume du Corpus Vitrearum, consacré uniquement aux vitraux narratifs de Chartres, en 1993, peut lui faire ombrage.

Arc-boutant du chevet. Photo Houvet. Album Architecture, planche 47. Un gardien pose pour la photo.
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