le chocolat de la Marquise

Jérôme Doucet est un ami de Clémentine Rouzaud, qui, avec son mari Auguste dirige les Chocolats de Royat, sous la marque commerciale de la Marquise de Sévigné. Cette marque est assez réputée, au début du siècle, et ceci grâce au talent commercial de Clémentine, qui tient salon, et se fait appeler la Marquise par ses amis.

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le salon de thé, boulevard de la madeleine, en 1919 – source : Gallica.bnf.fr

 

Doucet lui dédie un livre : Princesses d’or et d’Orient, avec une belle dédicace en fac-simile.

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Doucet est un habitué de son salon. En témoigne un écho paru dans Cyrano, début 1932 ; au vernissage organisé par Clémentine Rouzaud dans sa librairie de la Plume d’Or (ouverte en 1930), en l’honneur du photographe américain Irving Chidnoff, Doucet est présent. Au passage, on pourra vérifier que la confusion entre J (érôme) Doucet, auteur, et J (acques) Doucet, couturier, n’est pas rare, même à l’époque…

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Cyrano, 10 janvier 1932. Source : Gallica.bnf.fr

 

Livre de recettes.

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Jérôme Doucet contribuera également à la promotion du chocolat de la Marquise, en écrivant une petite plaquette :

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Recettes Plaisantes et Délectables du Chocolat Granulé de Royat

 recueillies et mises en ordre par
JEROME DOUCET
illustrées par l’imagier de la reine
GEORGE DELAW.

La plaquette paraît en 1913 ; il s’agit d’un petit in-8° (11,5 cm sur 17 cm), de 46 pages, imprimée sur un papier vergé épais, de couleur crème, et sous une couverture de papier marron. Elle est imprimée par Devambez et illustrée de très nombreux dessins in-texte, en deux tons : le marron avec lequel le texte est imprimé, et un vert.

La première partie regroupe des pastiches de la Marquise de Sévigné, la Fontaine, Boileau, Perrault, Racine, Molière, et d’évocations de l’empereur Auguste, Mansart, Vatel, qui donnent déjà quelques recettes ; puis, à partir de la page 21, 33 recettes diverses.

Ce livret est illustré par George Delaw, qui n’est pas britannique, contrairement à ce que semble indiquer le titre : il s’agit de Georges Delau, né en  1871, mort en 1938.

Ce petit livret, sans doute distribué plusieurs années de suite, est devenu assez rare.

Salon de thé décoré par Maurice Leloir.

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intérieur du salon de thé avec les panneaux de Leloir – doc Gallica.bnf.fr

En 1923, le salon de thé du boulevard de la Madeleine est redécoré par Maurice Leloir. Il fournira également nombre de compositions pour des objets publicitaires (notamment des éventails, très à la mode à ce moment) et des boîtes de chocolat.

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Maurice Leloir, éventail au décor « Salon de thé de la Marquise de Sévigné », musées de la ville de Paris.

Ce salon de thé sera détruit dans les années 1970 pour laisser la place à une agence bancaire.

 

Publi-reportage de Doucet ?

Dans la revue « la renaissance de l’art francais et des industries de luxe paraît en 1924 un publi-reportage, non signé, à la gloire de la Marquise de Sévigné ; son style général me rappelle fortement Jérôme Doucet.

 

Voici cet article :

COMME beaucoup d’établissements qui jouissent d’une réputation universelle, la Marquise de Sévigné a connu des débuts timides. Elle a grandi doucement, mais sûrement, ainsi qu’un bébé né sous l’étoile de la victoire qui, peu à peu, se développe, fait ses premiers pas, croît en vigueur, s’épanouit dans une robuste adolescence, puis, devenu femme, s’en va à la conquête du monde…

La première fabrique, fondée en 1892, fort modeste, débitait du chocolat en tablettes baptisées de cette ambitieuse devise : Nec Plus ultra.

Cette épigraphe qui, avant d’historier des bâtonnets de cacao, avait été gravée par Hercule sur ces montagnes qu’il croyait être les bornes de la Terre, ne porta pas bonheur au produit qu’elle eût dû protéger.

Aussi bien, offrir du chocolat en tablettes, de si fine qualité qu’il fût, n’apportait point la note d’originalité nécessaire pour retenir l’attention du public et fixer sa faveur.

Il fallait trouver de l’inédit.

Les stations thermales fournirent les premiers débouchés, consacrèrent les premiers succès, Royat, d’abord puis Vichy, en 1898, où une heureuse conjoncture, liée à notre histoire littéraire, allait favoriser la réussite.

On jouait en tournée Cyrano de Bergerac, qui avait reçu l’année précédente, à la Porte Saint-Martin, l’accueil triomphal que l’on sait.

Enthousiasmée par les vers du poète, Mme Rouzaud eut la pensée délicate de lui envoyer, avec l’expression de son admiration, une boîte de ses meilleurs produits.

L’adresse était celle-ci : Edmond Rostand, au Pavillon Sévigné.

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le pavillon Sévigné, Vichy – source Wikipédia.

Pavillon Sévigné ! Ce fut comme un trait de lumière ! Comme cela sonnait bien ! Pourquoi ne pas placer la maison sous l’invocation de la charmante Marquise qui, deux siècles plus tôt, venait rétablir sa santé dans ce Vichy d’où elle a daté de si jolies lettres, dont elle aimait tant les « jolis bocages » ainsi que les promenades, « d une beauté au-dessus de ce que je puis vous dire », écrivait-elle, et où l’on voit encore, sur les bords de l’Allier, la gracieuse petite maison qu’elle habita, parmi les fleurs et la verdure ?

Et c’est ainsi que naquit cette charmante appellation : « A la Marquise de Sévigné ».

La contribution d’une devise chère au plus robuste des dieux n’avait eu aucun crédit. Mais, dans une âme éblouie par les vers d’un grand poète, se précise la pensée de choisir le patronage de notre merveilleuse épistolière, et c’est le plus efficace des porte-bonheur…

La « Marquise de Sévigné » marche de succès en succès.
Elle ouvre en 1900 une maison de vente à Clermont-Ferrand, en 1904 une autre à Lyon et enfin en 1906 consacre définitivement son prestige par l’installation à Paris, 11, boulevard de la Madeleine, de salons de vente qui firent sensation.

Puis, c’est Marseille, Nice, Monte-Carlo, Deauville… Trois maisons nouvelles sont créées à Paris et de gentilles succursales éclosent en toutes les stations thermales d’Auvergne : Royat, le Mont-Dore, Châtel-Guyon, La Bourboule, Saint-Nectaire, etc…

La Marquise de Sévigné règne aujourd’hui sur vingt succursales — vingt gracieuses bonbonnières — et n’a point négligé d’y adjoindre une vaste organisation commerciale qui lui permet d’expédier à profusion dans le monde entier le bon chocolat de France auréolé de la plus parisienne parure.

La Marquise de Sévigné — je veux dire Mme Rouzaud — apporte dans la confiserie une très heureuse innovation qui explique sa prodigieuse réussite.

Les bonbons d’autrefois se vendaient dans de fades cartonnages, en de mornes bonbonnières ou en des sacs d’une affligeante banalité, le tout fanfreluché de dérisoires « faveurs » roses ou bleues.

Les bonbons croqués, le sac ou la boîte, sans intérêt, demeuraient inutiles !

L’idée féconde, l’œuf de Colomb fut de concevoir pour la présentation des sublimes friandises, des récipients à usage défini qui fussent par eux-mêmes des cadeaux charmants conservés en raison de leur cachet d’art.

La céramique, le cristal, le bois précieux servirent à établir des vases, des coupes, des coffrets d’une inspiration gracieuse et novatrice.

Des artistes de talent, séduits par l’attrait de cette rénovation, ciselèrent le bronze, le cuir ou le cristal et j’en sais — que je ne dirai point — pour qui ce fut un agréable délassement que de dessiner boîtes à bonbons et sacs « danseuse » .

La recherche de l’inédit, le goût des ensembles, l’imagination ardente de Mme Rouzaud et le succès grandissant de la Marquise de Sévigné imposent des obligations nouvelles. Créer la mode, c’est la devancer ! Donc, à chaque saison, des tissus somptueux seront spécialement tissés à Lyon pour habiller poupées ou bonbonnières, des rubans merveilleux seront dessinés et exécutés pour les boîtes nouvelles, mille détails inédits et précieux contribueront à donner à chaque objet un petit air « Sévigné » un chic tout à fait personnel qui achève la perfection de cette séduisante présentation.

Enfin, en confiant à Leloir la décoration de son Salon de thé du boulevard de la Madeleine, elle vient de réaliser un cadre d’élégance digne de son aristocratique clientèle.

Et si, par aventure, nos petits-enfants d’après-guerre venaient un instant à confondre la Grande Épistolière avec l’enseigne de leur chocolat préféré, M. Léon Bérard lui-même ne s’en offusquerait point, la gloire de l’écrivain pouvant sans déchoir accepter un hommage nouveau.

Nb : Léon Bérard, cité dans cet article, n’est pas le chirurgien, mais le ministre de l’instruction publique de l’époque (né en 1876, mort en 1960).

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l’éclaireur du dimanche, août 1929. Source : Gallica.bnf.fr

 

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Les souhaits merveilleux, Marcel Jeanjean.

Ce nouveau recueil de contes pour enfants, publié par Jérôme Doucet en 1932, est à la fois très inhabituel, dans sa production, et également très comparable aux recueils qui l’ont précédés.

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Très inhabituel, par le choix de l’illustrateur : Marcel Jeanjean, né en 1893, mort en 1973, est beaucoup plus jeune que Doucet (28 ans les séparent) ; c’est la seule collaboration entre les deux hommes.

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Inhabituel également par le choix de l’éditeur : les éditions H. Piazza, fondées à la fin du XIXe siècle par Henri Piazza, décédé en 1929 ; c’est également la seule fois que Jérôme Doucet travaille avec cette maison d’édition, qui publie (entre autres) une gamme de livres de demi-luxe, privilégiant l’orientalisme.

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Par contre, les contes réunis sont bien dans la manière de Doucet : cinq histoires, décrivant les tribulations de cinq enfants : Pallada, Emerée, Guilliri, Cordolo, Burluru, en butte aux agissements de méchants, aidés par de petits lutins et fées ; les souhaits formulés déclenchent des catastrophes mais tout finit bien, en général par un mariage.

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Les cinq contes sont dédiés à

Madeleine et Marguerite,
Maurice, Félix et Paul,
qui sont cinq,  ainsi que les voyelles,
deux filles et trois garçons
comme dans ces contes ;
en témoignage
de l’affection reconnaissante que je porte
à leur père
le bâtonnier Édouard Dumolard

Édouard Dumolard (né en 1883, mort en 1961) est avocat, bâtonnier de l’ordre, au tribunal de Grenoble. Marié en 1912 avec Anne Marie Durand, à Bourg-en-Bresse, ils ont six enfants : Maurice, né en 1912, futur avocat à Grenoble, Félix, né en 1913, Marguerite, née en 1915, Magdeleine, née en 1917,  Paul, né en 1919, puis Noémie (qui est sans doute décédée avant 1932). En 1932 l’aîné de ces enfants a donc 20 ans – un peu âgé pour ces contes.

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Comme le nom des héros et héroïnes, ainsi que la dédicace, nous l’indiquent, ces contes sont placés sous le signe des cinq voyelles. Jérôme Doucet s’en explique dans un préambule assez inhabituel dans un livre pour enfants – ce préambule est donné en annexe.

 

Description.

Le livre est un petit in-8) de 20 cm sur 14 cm ; il comporte 176 pages numérotées, sur un beau papier. Marcel Jeanjean l’a illustré de trente-quatre (ou trente-cinq suivant la manière de compter ; une page comporte deux illustrations) aquarelles reproduites au pochoir. Ces illustrations sont toutes in-texte, de tailles très diverses – d’une petite vignette à quasiment une pleine page.

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Le livre est achevé d’imprimer le 20 aout 1932 sur les presses de Pierre Frazier à Paris ; il est édité par l’Édition d’Art H. Piazza, à Paris, 15 rue Bonaparte.

Le livre est relié sous cartonnage de l’éditeur, crème avec inscriptions dorées ; la tête est dorée.

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Un tirage de tête existe, tiré à cent exemplaires sur papier vergé pur fil de Rives, au même format ; ces exemplaires comportent deux suites complètes des illustrations, en noir et en couleurs. Ils sont en feuille, sous chemise cartonnée à rabats et lacets, reproduisant le décor du cartonnage du tirage courant. Les exemplaires de tête sont vendus 100 francs ; les exemplaires courants 50 francs.

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Publicité dans la Reliure

Jérôme Doucet a fait la publicité de son nouveau livre ; journaliste à la Reliure, l’organe professionnel des relieurs, il fait insérer, sur plusieurs mois, des petits billets tels que celui-ci, paru dans le numéro 446 (novembre 1932) :

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Un délicieux livre d’étrennes

Nous ne pouvons laisser passer, sans le signaler, le nouveau livre de M. Jérôme Doucet et ceci pour deux raisons :

D’abord parce qu’il est notre fidèle collaborateur, puis parce que vraiment c’est un très bel ouvrage à un prix parfaitement raisonnable. Il n’y a pas de plus délicat cadeau de Noël et du jour de l’an à faire à une jeune fille, un jeune garçon ; ce sera développer leur goût du livre, des lectures saines, de la bonne bibliophilie. Il s’agit des

Contes merveilleux

que vient d’éditer la librairie d’art Piazza, 19, rue Bonaparte, Paris (6°).

D’un format délicieux 14 X 20, imprimé sur beau papier vélin, illustré de ravissantes aquarelles de Marcel Jean-Jean reproduites en couleurs avec patrons, ce recueil de cinq contes est à la fois aussi agréable à feuilleter que délicat à lire.

Il se prête en outre à une reliure qui peut être de plein maroquin sur les exemplaires (au nombre de 100) tirés sur pur fil de Rives au prix de 100 francs, comme à une délicate demie-reliure pour les exemplaires sur vélin au prix, vraiment modeste, de 50 francs.

Les relieurs peuvent se l’offrir comme modèle de reliure… qu’on leur achètera.

 

A noter la confusion sur le titre… Doucet a certes publié un livre sous ce titre, de nombreuses années auparavant, chez Juven, ce qui a pu expliquer le lapsus.

 

Annexe : préambule, par Jérôme Doucet.

     Les voyelles… Oh ! rassurez-vous, chers lecteurs, je ne veux point vous imposer une leçon de grammaire, même en vous citant celle – immortelle – de l’Académie. Les voyelles, voulais-je dire, sont pour le langage ce que sont les notes dans la musique ; ce sont elles qui donnent aux mots leur sonorité personnelle, leur vie.
     La consonne, son nom l’indique et le bon Larousse nous le confirme, ne peut former une syllabe que si elle est accompagnée d’une voyelle, ne sonne qu’avec elle. Toute seule, la consonne est muette, sourde ; la voyelle parle pour les deux, mieux elle chante.
     Oui ! elle chante puisque c’est elle qui, au bout du vers, forme la rime que la consonne d’appui ne fait qu’enrichir.
     La voyelle c’est l’assonnance, cet embryon de rime que le bambin – l’homme naît avec l’instinct poétique – cherche à découvrir pour créer ses chansons enfantines, ses rondes puériles, les phrases de ses jeux.
     Cette hantise de l’assonnance, donc de la voyelle, est telle qu’il inventera des mots étranges plutôt que de s’en passer :

ams, tram, gram
Pic et pic et colégram

     Les voyelles ont donc une personnalité marquante, un pouvoir bien précis ; elles ne sont que cinq, elles suffisent pourtant, avec les vingt consonnes – quatre fois plus nombreuses – à former tous les mots, à les prononcer.
     Et voilà pourquoi il m’a paru amusant – pourvu, mon Dieu ! que je me sois pas trop leurré – d’écrire cinq histoires de façon à ce que chacune ait une des cinq voyelles, pourrais-je dire, comme harmonique.
     Au lieu de contes : bleu, vert, jaune, orangé, rouge, je vous les offre en a, en é, en i, en o, en u…
     Oh : le présent est bien menu !

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la grande douleur des sept artistes

En 1923, Jérôme Doucet publie un nouveau recueil de contes, pour adultes, dans la lignée de ceux qu’il avait publiés de nombreuses années plus tôt, comme les Princesses de Jade et de Jadis, repris l’année précédente dans les Princesses d’or et d’Orient.

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Ce nouveau recueil n’est pas d’une tonalité plus joyeuse que le précédent – il regroupe sept contes, mettant en scène sept artistes exerçant différents arts, auxquels il arrive des aventures assez affligeantes – toutes autour de la perte de l’être aimé ; perte souvent provoquée, malgré lui, par l’artiste et son exigence de perfection dans son art.

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Le recueil est précédé d’une dédicace, adressée à Georges Rochegrosse et Denys Puech :

Au Statuaire / Denys Puech

Au Peintre / Georges Rochegrosse

            Si le Destin, parfois, semble guider mes pas sur un autre chemin que le vôtre – et qui ne menait pas à Rome – du moins il ne put jamais désunir nos mains, ni dissocier nos pensées.

            Bien plus, hier, cruellement, il nous réunissait tous trois en même temps, dans la douleur, la grande, la plus grande, la seule grande douleur : la perte de notre Compagne.

            C’est pourquoi en souvenir de notre claire amitié, en mémoire de cette heure sombre, j’inscris vos noms sur la première page de ces Contes faits pour nous trois

 

La dédicace n’est pas joyeuse non plus ! elle mérite quelques explications.

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Denys Puech, la princesse Anina Gagarine-Stourdza peignant, Musée Puech.

L’épouse de Denys Puech, Anina Gagarine Stourdza, née le 1er juin 1865 (qui a donc le même âge que Jérôme Doucet) est artiste-peintre. Pendant la Guerre, elle fait office d’infirmière, et meurt d’une maladie (la grippe espagnole ?) contractée dans un hôpital le 14 avril 1918.

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Georges Rochegrosse, Georges et Marie, vente Marambat, Toulouse, le 11 avril 2018.

L’épouse de Georges Rochegrosse, Marie Leblon, meurt à Alger, où le couple s’est installé, en janvier 1920.

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L’épouse de Jérôme Doucet, Marie Meunier, meurt le 5 avril 1919.

 

le livre est illustré par Paul de Pidoll, artiste Luxembourgeois né en 1882 (il a donc déjà 40 ans) dont il s’agit d’un des premiers travaux. Paul de Pidoll est plus à l’aise dans l’ornementation que dans l’illustration proprement dite ; cela se sent dans cet ouvrage, et ce sera encore plus visible dans les collaborations suivantes entre Doucet et lui. A noter d’ailleurs que la page de titre indique « Ornementations de Paul de Pidoll ».

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le livre est publié par Lucien Gougy, Quai Conti, 5. Paris. C’est un ami de Jérôme Doucet. C’est le premier livre de Doucet officiellement publié par cet éditeur ; mais il avait déjà travaillé, l’année précédente, sur la réédition de la Mort au beau visage, ainsi que sur les Princesses d’or et d’Orient, deux ouvrages qui sont pourtant indiqués « à compte d’auteur ». Dans les années suivantes, ce genre de collaboration dans l’ombre se poursuivra…

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Catalogue général de la Librairie française

 

Il s’agit d’un volume de format petit in-folio (24 cm sur 30 cm) de 96 pages non numérotées.

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faux-titre et justification. Cet exemplaire est offert par Lucien Gougy à l’éditeur Michaud.

Le tirage est de 658 exemplaires :

  • 8 exemplaires sur papier impérial du Japon avec deux suites des figures ;
  • 150 exemplaires sur papier d’Arches à la forme avec une suite ;
  • 500 exemplaires sur papier vélin.

La suite pour les exemplaires sur Arches est sur papier mince, en noir. les exemplaires sur vélin sont vendus 60 francs, les exemplaires sur japon 300 francs.

Le recueil regroupe les sept contes chinois suivants :

  • le noyau de mangue
  • les trois dragons
  • le bracelet de jade
  • la mort de la zibeline
  • la flamme sur la colline
  • l’urne de grès noir
  • les mains d’ivoire
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dernière page du dernier conte, et table.

Le recueil est composé de la façon suivante :

  • une feuille non imprimée
  • une feuille portant la justification au verso
  • une feuille portant le faux-titre et la première gravure en couleurs
  • une feuille portant le titre
  • une feuille portant la dédicace et une gravure d’ornementation (en noir), se  rapportant au premier conte.
  • Pour chacun des six premiers contes :
    • une feuille portant le titre et une gravure en couleurs au verso (belle page)
    • cinq feuilles portant le texte ; le verso du dernier feuillet portant une gravure d’ornementation se rapportant au conte suivant.
  • Pour le dernier conte :
    • une feuille portant le titre et une gravure en couleur
    • quatre feuilles portant le texte.
  • une feuille portant la table
  • une feuille portant l’achevé d’imprimer.

Soit un total de 48 feuilles. Toutes les pages portent un fond bleu turquoise intense, avec une bordure, simple pour les pages non imprimées, beaucoup plus ornée pour les pages de texte. Le recueil compte huit gravures en couleurs, à pleine page, et quinze gravures d’ornementation, en noir, à pleine page, correspondant aux pages de titre des contes, et à la dernière page du conte précédent ; plus la gravure de la couverture, tirée sur papier et rempliée. Les gravures tirent parti du bleu du fond, du blanc laissé en réserve, du noir, et de l’or ; les gravures en couleurs utilisent le rouge et un vert pâle en plus.

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Voici l’achevé d’imprimer :

Composé en Robur gras
de la Fonderie G. Peignot
et mis en pages avec les gravures
de la Maison Brun et Cie
par Charles Géhin, prote ;
tiré sur les presses de l’imprimerie
Georges Berland
par Henri Houvet, pressier,
cet ouvrage a été achevé d’imprimer
le 22 Novembre 1923.

Comme on le voit Géhin n’est pas le graveur, contrairement à ce que certains libraires indiquent.

Voici la reproduction des gravures insérées au début de chaque conte :

Voici quelques planches de la suite, dans laquelle les pages d’ornementation pure ne sont pas oubliées :

 

 

 

 

Princesses d’or et d’orient

En 1922, Jérôme Doucet publie un nouveau recueil de contes, « Princesses d’or et d’Orient ».

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Ce recueil regroupe les contes suivants :

  • les trois Miroirs
  • la Toison d’Or
  • le Troupeau
  • la Cuve
  • le Gantelet

Chaque conte décrit une princesse cruelle, aveuglée par ses défauts ; en général il finit mal, pour le peuple, mais souvent aussi pour la princesse elle-même.

Ces contes sont illustrés par Ternat : il s’agit de Paul Ternat, décorateur, et non pas illustrateur ; ce n’est pas un artisan du livre ; il a conçu des meubles, des tentures, des flacons de parfum, notamment pour Caron.

Parmi les cinq contes regroupés, trois avaient déjà été édités auparavant, dans les Princesses de Jade et de Jadis : La Cuve, le Troupeau, le Gantelet, illustrés par Vincent Lorant-Heilbronn. Un autre de ces contes avait été pré-publié dans la Revue Illustrée : La Toison d’Or, dans le numéro du 1er décembre 1904, illustré par Emile Monchau. Dans la Revue Illustrée, ce conte est publié sur quatre pages ; les illustrations sont tirées en couleurs – deux verts, et dorées. Je n’ai pas trouvé trace d’autre publication du premier conte, les trois Miroirs. On peut supposer que les cinq contes ont été écrits à la même époque, et que seuls trois d’entre eux ont pu faire partie du premier recueil, pour une raison indéterminée (retard de l’illustrateur, volonté de ne pas faire un volume trop important ?).

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Le texte des contes est revu pour la publication de 1922 ; voici quelques exemples des différences :

  • La Toison d’Or, 1904 :

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  • la Toison d’Or, 1922 :

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Le livre de 1922 est un petit in-4° de 16 cm x 20 cm ; il comporte 68 pages non numérotées, sous une couverture de vélin blanc. Il est tiré sur un papier glacé, de couleur vert-nil. Chaque conte est illustré d’une vignette de titre, d’une vignette en début de conte, d’une lettrine, et d’un hors-texte. Ces illustrations sont tirées en noir et or ; toutes les pages sont encadrées de deux filets dorés, gras et maigre.

Le tirage annoncé est de 500 exemplaires numérotés ; mais il semble que de nombreux exemplaires soient non numérotés. Le livre est imprimé par Melzer, à Paris, l’achevé d’imprimer étant daté du 23 novembre 1922. Le livre est annoncé au prix de 20 francs.

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Pour l’éditeur, un doute subsiste… La plupart des exemplaires portent la mention de la Librairie Lutétia, 66 Boulevard Raspail, à Paris. Mais on trouve des exemplaires avec la mention « aux dépens de l’Auteur ». Et le Catalogue Général de la Librairie Française mentionne Lucien Gougy comme éditeur. Il semble probable qu’il s’agisse bien d’une édition personnelle de Jérôme Doucet, avec l’aide de son ami Lucien Gougy ; la librairie Lutétia étant ici partenaire, en réservant un certain nombre d’exemplaires, sur lesquelles elle est mentionnée.

Le livre est dédié à Clémentine Rouzaud, la Marquise, qui dirige, avec son mari, les Chocolats la Marquise de Sévigné, et qui tient salon, salon dont Doucet est un habitué. Cette dédicace est déroutante : composée d’un texte imprimé : « à Madame C. Rouzaud », et d’un texte manuscrit, reproduit :

Pour mon amye à l’oeil riant
Eveilleur de Muse qui dort
Jai cueilly ces Princesse d’or
et d’Orient

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Il est facile de vérifier que ce texte, qui semble manuscrit (et de nombreux libraires s’y laissent prendre) , est présent dans tous les exemplaires.

Annexe : La Toison d’Or, 1904.

Voici la reproduction du conte publié dans la Revue Illustrée en décembre 1904 :

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Doucet et l’éditeur François Ferroud.

Jérôme Doucet et François Ferroud, le neveu d’André Ferroud, sont amis – peut-être cette amitié date-t-elle de la première collaboration entre les deux, à l’occasion de la publication d’un recueil de contes, les 3 légendes, d’or, d’argent et de cuivre, recueil qui occupe Jérôme Doucet pendant plusieurs années, depuis 1895 (première mention) jusqu’en 1922 (dernière publication d’un conte de ce recueil). Même s’il Ferroud a publié assez peu d’ouvrages de Doucet, ils n’en ont pas moins travaillé plusieurs années ensemble, sur diverses productions.

Concrètement, cette collaboration se traduit par les publications suivantes :

3 légendes, d’or, d’argent et de cuivre.

En 1901, l’éditeur Ferroud (librairie des Amateurs) publie les 3 légendes, d’or, d’argent et de cuivre, illustré par Georges Rochegrosse. 

 

 

Il s’agit d’un in-8°, de (8) 121 (3) pages, illustré de 33 compositions de Rochegrosse, gravées en taille-douce et tirées en noir. Le tirage est de 350 exemplaires.

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Pour plus de détail sur cette édition, voir cet article détaillé, qui reprend également les impressions dans la Revue Illustrée, et l’édition de 1922.

Pétrone et Anacréon.

Il s’agit de deux ouvrages, publiés à une année d’intevalle, formant une paire :

  • en 1902, Pétrone, illustré par Louis-Edouard Fournier.

 

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C’est un petit in-4°, qui contient la traduction, par Doucet, de sept fragments attribués à Pétrone, et illustrés de 8 compositions gravées à l’eau-forte par Xavier Lesueur.

  • en 1903, Anacréon, illustré par Louis-Edouard Fournier.

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C’est un petit in-4°, qui contient la traduction, par Doucet, de sept fragments attribués à Anacréon, et illustrés de 8 compositions gravées à l’eau-forte par Edmond Pennequin.

Ces 2 ouvrages, qui forment pendant, sont étudiés en détail dans cet article.

les trois comédies de l’amour.

Ces livres, forment un ensemble. Ferroud a souvent publié des paires de livres ; ici, c’est , cas nettement plus rare, un groupe de trois livres, sur le même thème.

Les textes réunis sont l’Amour médecin, de Molière, le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, et On ne badine pas avec l’amour, de Musset. Les trois livres ont des caractéristiques communes ; seul diffère l’illustrateur – les illustrations sont gravées à l’eau-forte par Edmond Pennequin.

Il s’agit de volumes de format in-folio, avec cahiers numérotés, de dimensions 18cm x 26 cm ; la couverture porte la mention « PARIS / édition Ferroud / 1905 » ; la page de titre indique « PARIS / librairie des amateurs / A. Ferroud – F. Ferroud, successeur / 127, boulevard Saint-Germain, 127 / 1905 ». Le livre est imprimé par Ch. Hérissey d’Evreux ; les eaux-fortes sont tirées par Ch. Wittmann.

Un avant-propos, inséré dans l’Amour médecin, signé de Jérôme Doucet, explique le choix des trois pièces, et des illustrateurs ; Doucet s’y présente comme l’éditeur, et pas simplement le préfacier, de cette édition. Le texte de cet avant-propos est donné en annexe.

Le livre est annoncé pour fin octobre 1905 ; les trois livres sont livrés sous emboîtage commun et le tirage est de 225 exemplaires :

  • 25 exemplaires sur papier du Japon, à la forme, contenant un dessin (aquarelle pour Musset) original inédit et un triple état des eaux-fortes : eau-forte pure, eau-forte terminée avant la lettre, eau-forte avec la teinte, 150 francs ;
  • 50 exemplaires sur papier impérial du Japon avec double état des eaux-fortes, 50 francs ;
  • 150 exemplaires sur papier du Marais à la forme fabriqué spécialement, contenant un état des eaux-fortes, 35 francs ;
  • plus 30 suites des eaux-fortes avant la lettre, sur Japon.

A ces 225 exemplaires, il faut rajouter 5 exemplaires hors commerce, sur vélin, réimposés au format in-4°, avec une suite des figures sur vieux japon.

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catalogue de la bibliothèque Lucien Gougy.

Chaque livre est illustré de 8 compositions :

  • une vignette sur la couverture,
  • une vignette sur la page de titre,
  • une grande composition à mi-page au début de chacun des trois actes,
  • un cul-de-lampe à la fin de chaque acte.

La vignette de la couverture est toujours en noir ; les autres illustrations sont tirées en noir ou en sanguine et « mises en couleur ».

  • l’amour médecin, illustré par L.Ed Fournier

Le premier des trois livres est illustré par Louis-Edouard Fournier (1857-1917). Avec Pennequin, ils avaient déjà illustré Anacréon, deux années plus tôt ; pour le Pétrone, le graveur était Louis Lesueur.

 

 

L’Amour médecin, couverture et page de titre.

Le livre comporte 62 pages numérotées ; l’achevé d’imprimer est daté du 21 janvier 1905. Il comporte l’avant-propos, sur III pages, qui est tout de même compris dans la numérotation ; cet avant-propos est daté de juin 1905, dont bien après l’impression du livre lui-même – mais il est cohérent avec l’impression du troisième livre.

 

 

Les illustrations sont tirées en noir et mises en « couleur » – un vert pâle.

 

  • on ne badine pas avec l’amour, illustré par Adrien Moreau.

Le second livre est illustré par Adrien Moreau (1843-1906). Les illustrations, gravées à partir des aquarelles de Moreau, sont tirées en noir et mises en couleurs à la poupée.

 

 

Le livre comporte 95 pages ; l’achevé d’imprimer est daté du 3 avril 1905.

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  • le jeu de l’amour et du hasard, illustré par Maurice Leloir.

le troisième livre est illustré par l’ami de Doucet, Maurice Leloir ; Les illustrations sont tirées en sanguine et mises en couleur – un bleu pâle.

 

 

Le livre compte 104 pages ; l’achevé d’imprimer est daté du 5 juin 1905.

 

 

A noter une curiosité ; il existe au moins deux couvertures différentes, l’une mentionnant « Edition Ferroud », l’autre, de façon plus classique « PARIS / librairie des amateurs / A. Ferroud – F. Ferroud, successeur / 127, boulevard Saint-Germain, 127 / 1905 ».

 

Narkiss, de Jean Lorrain

Jean Lorrain est mort en 1906 ; ses amis, parmi lesquels Georges Normandy et Jérôme Doucet, ont le projet d’ériger un monument dans sa ville natale, Fécamp. Pour financer ce projet, il est décidé d’éditer un des contes si fameux de Jean Lorrain, dans une édition de luxe – telle qu’il en aurait rêvé, ainsi que nous le dit Doucet dans la préface.

Ce projet est porté par une structure spécifique, « les éditions du Monument » – ce livre n’est donc pas tout à fait une production des éditions Ferroud – mais à y regarder de plus près François Ferroud a certainement participé à cette édition.

 

 

Le livre est de format (environ) 16 cm x 24 cm ; il comporte 78 pages. Il est illustré par O.D.V Guillonnet, qui a fourni le dessin de la couverture, le frontispice et trois hors-texte, plus dix vignettes in-texte (dont une sur la page de titre). Les illustrations sont gravées par Xavier Lesueur, et tirées en vert, réhaussées d’or ; les in-texte sont collés sur les pages (comme l’avait déjà fait Doucet dans certains livres des éditions le Livre et l’Estampe).

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La mise en page est particulièrement soignée, le texte étant inscrit dans une stèle funéraire, avec l’astre solaire, et un symbole égyptien varié, en bas de chaque page. Ces décorations sont dorées.

 

 

frontispice et un hors-texte. Images : librairie le Feu Follet.

Le livre est imprimé par la Semeuse, à Paris ; l’achevé d’imprimer est daté de janvier 1908. Le livre est tiré à 300 exemplaires :

  • 25 exemplaires sur Japon Shidzuoka avec III états des figues (décomposition des 2 couleurs : vert et bistre).
  • 50 exemplaires sur Japon avec II états, pour F. Ferroud, éditeur.
  • 225 exemplaires sur vélin à la cuve des papeteries d’Arches, avec un seul état.

Guillonnet, Lesueur, 50 exemplaires réservés pour Ferroud… on peut penser qu’une collaboration entre Doucet et Ferroud pour cette maison d’édition créée de toutes pièces est au moins probable.

En annexe on trouvera la préface de Jérôme Doucet.

Ce livre a été reproduit en fac-simile par les éditions QuestionDeGenre (bibliothèque GayKitchCamp), au prix de 14 euros ; la réédition est « presque » fidèle : le format est légèrement réduit (15 cm x 21 cm) ; les encadrements des textes sont tirés en noir ; mais ça reste un moyen peu onéreux de se procurer ce livre recherché.

 

 

Annexe : Avant-propos aux trois comédies de l’amour.

 

L’Amour médecin, le Jeu de l’Amour et du Hasard, On ne badine pas avec l’Amour… que de choses, en apparence, les séparent et les éloignent ces trois œuvres dramatiques ; la date, le scénario, le style même, et cependant, en réalité, que de points communs les rapprochent : l’éternel à-propos du sujet, qui ne peut dater étant de tous les temps, l’intrigue facile, connue, mais toujours intéressante, toujours neuve, la forme enfin digne, en toutes trois, de l’immortel génie de leurs trois écrivains.

Que de raisons encore les groupent, les unissent, les classent en un indissoluble trio ; ne serait-ce d’abord que la magie de ce mot : Amour, le maître irrésistible de toutes les unions, dont le nom éternel se retrouve dans les trois titres, ne fut-ce que la coupe analogue en trois actes, pour les trois pièces, ne fut-ce même que cette petite remarque de symétrie mesquine en apparence : la même capitale, magistrale, l’M est l’initiale commune aux trois noms, des trois Maîtres : Molière, Marivaux, Musset.

Ne sont-elles pas également trois expressions typiques de leur époque, de leur milieu : Molière détrônant le théâtre italien en le battant avec ses propres armes, Marivaux créant cet ancêtre du flirt, le marivaudage auquel il donna le baptême de son nom, Musset, avec son âme romantique, ne pouvant concevoir l’amour sans la mort.

Ces trois comédies eussent chacune suffi à éterniser leur auteur.

C’est pourquoi il était logique, juste, indispensable de les grouper définitivement ces trois comédies de l’amour, de les assembler, purs joyaux, appareillés, dans un même écrin, à jamais.

C’est pourquoi elles paraissent aujourd’hui, illustrées chacune par un peintre différent, Louis Edouard Fournier, Maurice Leloir, Adrien Moreau ; chaque artiste ayant été choisi pour représenter le siècle qui lui est le plus familier, dont il a donné déjà de brillantes interprétations.

Et ces illustrations traitées selon la manière spéciale de chaque siècle, celles du Molière à la façon des dessins de Terburg, celle de Maurice Leloir évoquant les meilleurs Watteau, celles d’Adrien Moreau faisant penser aux aquarelles si recherchées d’Eugène Lamy, ont été gravées à l’eau-forte et au burin en fac-similé absolu des originaux.

Car E. Pennequin a su, héritier des secrets et de l’habileté de son maître Alphonse Leroy, interpréter entièrement avec son art, à l’eau-forte, sans aucun secours mécanique, aussi bien les coups de crayon si libres et si légers de Maurice Leloir que les touches si fraîches et si coquettes des aquarelles d’Adrien Moreau.

Et pour compléter, Wittmann a brillamment tiré les eaux-fortes dans la belle typographie d’Hérissey.

Ces trois comédies de l’Amour, ces trois chefs-d’oeuvre, de Molière, de Marivaux, de Musset ne sont-ils point ainsi, Messieurs les bibliophiles, bien faits pour vous tenter, pour vous plaire.

Souriez, si vous voulez, à notre paternelle tendresse, reprenez même, à notre adresse, en l’une de ces trois comédies, le mot de Molière : « Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse ! « ……

Oui nous sommes orfèvre, nous en convenons, mais reconnaissez avec nous que ce bijou, ces trois bijoux qu’on vous offre sont d’or pur, de dessin précieux, de ciselure exquise d’un prix bien doux pour leur valeur, et dignes en tous points de vos somptueuses vitrines.

Jérôme DOUCET.

Juin 1905.

 

Annexe : préface de Narkiss.

 

– « Jérôme, mon bon ami, quand ferons-nous le volume de luxe ? » – Combien de fois Jean, mon bon ami, ne m’avez-vous point dit ou écrit cette phrase ? Lorrain me la répétait aux heures, même triomphantes, de « M. de Phocas », alors que la grosse vente qui ne pouvait éblouir ou griser un homme de cette valeur n’apportait à cette âme éprise de beauté, curieuse de bibelots, aucune sensation élevée ou rare capable de la faire vibrer.

« Comme ils sont laids ces romans » disait-il avec une lippe de dégoût, « ils sont odieux les trois francs cinquante qui puent le journal ».

Et il froissait les pages, ses doigts s’exaspéraient, se crispaient sur le papier grossier au contact vulgaire… « Quand ferons-nous le beau livre de luxe?… » et pour se reposer, sa main, cette petite main fine, sombre, velue, constellée de bagues allait caresser le flanc velouté d’un pot vert de Lachenal ou la glace attiédie d’un cristal de Gallé. Et nous fîmes souvent de belles illustrations pour ses contes ; les Princesses d’Ivoire et d’Ivresse, les Princes de Nacre et de Caresse défilèrent vêtus d’or et de perles dans le logis de René Baschet, c’étaient les belles heures de la précieuse « Revue Illustrée », mais le livre de luxe ne fut jamais fait, comme Lorrain le souhaitait tant, comme il le demanda si souvent.

Nous avions, croyions-nous, tout le temps de le faire, hélas ! maintenant il est presque trop tard.

Non, il en est temps toujours, car les amis de Lorrain sont encore très vivants, ses admirateurs augmentent en nombre chaque jour, et les bibliophiles, qui ne donnent leur appui qu’aux artistes dignes de leur consécration, attendent et désirent un beau livre de Jean Lorrain.

Et c’est pourquoi Narkiss a été fait.

Narkiss ! ce récit prestigieux qui est à la fois tout le Lorrain de jadis et celui de naguère, quoi qu’en disent certains qui l’ont cru, à tort, dédaigneux des Princesses et féru de modernisme en des jours de lassitude, à ses heures de départ ; Narkiss ! ce conte fantastique, cruel et somptueux où tout l’amour de Lorrain, pour les gemmes, les colorations, les harmonies, toute son horreur pour la redingote, la banalité, la laideur éclatent en fanfare à chaque ligne. Narkiss ! où Lorrain a tant mis de soi, nous a paru sous tous rapports désigné plus que tout autre pour être le sujet de ce livre de luxe.

Du reste à son apparition au « Journal » en troix parties, Lorrain me l’avait signalé ; « Voilà qui ferait bien notre livre de luxe », ce leitmotiv de tant de nos causeries ; et je suis sûr qu’il pensa en écriva ce conte, long assez pour un livre de bibliophile, trop court pour un ouvrage banal, à noter aux places voulues des phrases ciselées pour le peintre, à découper son texte en quatre tranches pondérées s’adaptant à merveille à la tenue d’un ouvrage illustré.

Et c’est pourquoi nous avons choisi Narkiss pour sujet de « livre de luxe » tant désiré, pour le livre du Monument.

Non, jean Lorrain n’avait pas renié ses Princesses et les Fées – mais il fallait se réveiller parfois du rêve. Tel un homme qui le jour venu s’arrache au sommeil pour aller peiner le labeur quotidien, Lorrain quittait ses tapisseries et ses bibelots pour fréquenter les salles de rédaction, il enfermait ses Princesses dans la chambre hantée et se mettait à griffer ses Raitif.

Mais cela ne veut pas dire qu’il reniait son genre. Lorrain est un de nos grands poètes et la copie hebdomadaire n’a tué jamais en cette pensée robuste et forte une parcelle de poésie. Narkiss restera une des plus belles pages de son oeuvre, ce récit complet, d’un style prestigieux, d’une coloration admirable, à côté de Bougrelon digne d’Anatole France ou de Voltaire, de Phocas que Flaubert eût salué avec un respect effrayé, est une des facettes, petite peut-être mais éblouissante, de cette âme taillée à même une troublante émeraude.

Quand au livre lui-même, il a été conçu dans une forme que Lorrain eût aimée – noir et or.

Les compositions de Guillonnet ont traduit à merveille le côté somptueux et rêveur du récit. L’archaïsme en est précis sana être sec et la formule nouvelle sans nul anachronisme.

La manière noire des graveurs anglais du XVIIIe siècle, si à la mode aujourd’hui, est venue sur la première eau-forte pure apporter son enveloppe mystérieuse, traduction fidèle des compositions de Guillonnet, et la typographie conçue dans le style des stèles antiques, a contribué pour sa part à la présentation précieuse et raisonnée de ce livre, à qui rien ne manquerait si l’approbation de Lorrain, qui eût été absolue, ne lui faisait, hélas ! défaut.

JEROME DOUCET.

 

 

 

 

 

 

 

Doucet à la Revue Illustrée

Jérôme Doucet a beaucoup contribué à la Revue Illustrée, d’abord en tant qu’auteur, puis avec le titre de Secrétaire de la Rédaction, de juillet 1897 à 1902 environ. Son action dans ce rôle est assez peu documentée ; il a certainement une influence sur les choix éditoriaux (auteurs et illustrateurs), ainsi que sur les choix techniques (usage des inserts en couleur notamment).

Pendant ces années-là, il a également beaucoup contribué, en tant qu’auteur, à la Revue ; et il a fait un fréquent usage de pseudonymes pour cela.

Le numéro d’étrennes du premier décembre 1897 est assez emblématique de ce point de vue. Il s’agit d’un numéro spécial, pour Noël, vendu 3 francs au lieu de 1,5 francs habituellement. La couverture de ce numéro ne comporte pas le sommaire, mais un poème signé Montfrileux, intitulé la Mule de Noël, illustré par la reproduction en couleurs d’une composition de Rodolphe Vacha.

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Voici le sommaire de ce numéro :

  • Jean Lorrainla Princesse des Chemins, illustrations de ORAZZI (sic), tirées en couleurs
  • MontfrileuxMaurice Leloir, aquarelles inédites gravées par FLORIAN, ROUSSEAU et RUFFE. – le Voyage de Noces.la Chaise à Porteurs.
  • Anatole FranceLa Bergerie.
  • Pierre LotiLucette, composition de J. Van BEERS.
  • André TheurietSouhaits de Noël.
  • Jérôme Doucetla Chanson des Ailes de Moulin, la Chanson de la Poudre de Riz, aquarelles de LOUIS MORIN, tirées en couleurs.
  • Tristan KlingsorLa Pantoufle de Satin, illustrations de J. DÉDINA.
  • Hugues Leroux. – les délices du Patin, composition de DOUGLAS ROBINSON.
  • Marthe Stiévenard. –Noël, dessin de BELLERY-DESFONTAINES.
  • Rodolphe Vacha. – La Mule de Noël.
  • Adolphe Brisson. – sur les toits de Notre-Dame, photographies de ED. HAUTECOEUR.
  • B. Rabier. – Rue barrée.
  • Documents Esterhazy-Dreyfus, lettres et portraits.
  • Camille Legrand. La Quinzaine Parisienne, photographies de REUTLINGER.
  • Francisque Sarcey. – Critique littéraire, illustrations de FERNAND FAU.
  • Louis Schneider. Echos de Théâtres, la Musique du Régiment Préobrajensky, photographie BARY.
  • S. de Pierrelée. – Livres d’étrennes. – La Vie Mondaine. – Echos mondains.
  • Gustave Robert. – les Concerts.

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La plupart de ces articles sont imprimés sur papier spécial ; seul le conte de Jean Lorrain est imprimé sur deux cahiers particuliers, qui peuvent être séparés facilement – c’est une pratique connue de cette Revue de tirer ces contes en plus grand nombre que nécessaire, et d’en conserver des cahiers, qui peuvent alors constituer des cadeaux particuliers.

A première vue, rien de surprenant : Doucet figure au sommaire, pour la reproduction de deux chansons, illustrées par Louis Morin ; ce qui n’est pas une surprise ; au cours de l’année, on trouve de telles chansons dans la plupart des numéros. A noter que ces chansons seront regroupées dans la Chanson des Choses, qui sera publié l’année suivante par L-Henry May (dont on reparlera plus bas).

En fait, Doucet est un peu plus présent… En effet il utilise alors plusieurs pseudonymes, dont deux figurent dans ce sommaire : Montfrileux et Pierrelée.

Doucet, dans ce numéro, a donc produit :

  • le poème de la couverture, signé Montfrileux ;
  • l’article, sur cinq pages, sur Maurice Leloir, signé également Montfrileux ; article illustré par trois feuilles supplémentaires, comportant les gravures de Leloir ;
  • les deux chansons, illustrées par Louis Morin, signées Doucet, sur quatre pages ;

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  • A la fin du numéro, quatre pages de publicité peu déguisée pour les publications L.-Henry May, comportant notamment un éloge d’un livre de Jean Lorrain (Ma petite ville, illustré par Orazi)- pages signées S. de Pierrelée ;
  • les deux pages de la Vie Mondaine, signées le Masque de Velours, et S. de Pierrelée au sommaire.

Au total, on peut compter dix-neuf pages directement produites par Doucet, sur un total de cinquante-cinq pages au total (en comptant la couverture, et en enlevant les pages laissées blanches au dos des gravures pleine page) – le tiers de la Revue est une contribution de Doucet !

En annexe, voici le sonnet de la couverture :

La Mule de Noël

SONNET

Que nous veut cette mule rose ?
Dites-moi, Dame de Beauté,
Serait-ce par naïveté
Que votre pied rose la pose ?

Ou bien faudrait-il mettre en cause
Un peu de curiosité ?
Vous avez, à satiété
Pourtant, ici-bas, toute chose

Ne serait-ce point, par hasard,
Un pauvre cœur que ce regard
Malicieux et vainqueur guette.

Le mien peut-être ? – vous l’épiez,
Sachant bien, divine coquette,
Qu’il s’en va rouler à vos pieds.

 

 

 

 

 

 

 

trois légendes, d’or, d’argent et de cuivre.

Jérôme Doucet, dans la liste de ses ouvrages publiés, insérée en tête de la Puissance du Souvenir, publié en 1895, présente ce titre dans la catégorie Romans :

  • trois légendes, d’or, d’argent et de cuivre (Revue Illustrée). Illustrations de Georges Rochegrosse.

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Comme le titre l’indique, il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un recueil regroupant trois « légendes » écrites par Doucet. En 1895, les trois légendes en question sont écrites, mais non encore publiées.

Le recueil en question n’est pas un recueil de circonstance ; Doucet a écrit ces contes en vue de cette publication. Il s’en explique dans un avant-propos, inédit, inséré dans un exemplaire sans doute offert à l’épouse de Tiarko Richepin, fils de Jean Richepin (le texte de cet avant-propos est donné en annexe).

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En particulier, Doucet a choisi le nombre de contes du recueil : trois, d’après le choix de Gustave Flaubert. Il a également choisi, toujours comme Flaubert, de situer ces trois contes dans trois époques différentes : les temps bibliques, le moyen âge, l’époque moderne. Et le titre découle de ces choix : l’or, pour évoquer la légende dorée, pour l’époque biblique ; l’argent, pour évoquer le moyen âge, le cuivre, pour l’époque moderne.

Et deux de ces contes ont été écrits en fonction de ces choix ; en effet, si le premier conte, biblique, était déjà écrit, Doucet avait prévu deux autres contes, finalement non retenus, car ils ne correspondaient pas à ce qu’impliquait le choix du titre-programme retenu.

les trois contes finalement retenus sont les suivants :

  • La Légende de Sainte Marie l’Egyptienne ; d’après un épisode de la Légende Dorée, de Jacques de Voragine ;
  • La Mort au beau Visage qui retrace une légende autour de la figure de Charles le Bon, comte de Flandres ;
  • L’âme du samovar – une variation autour de l’expression disant que le samovar, qui chante quand l’eau bout, a une âme.

Ces contes sont illustrés (« enluminés ») par Georges Rochegrosse, ami de Jérôme Doucet ; ces illustrations comportent des vignettes et des encadrements variés ; elles sont mises en couleur à la main et rehaussées, suivant le conte, de couleurs et d’émaux or, argent ou cuivre.

On voit que dès 1895 ces choix sont fixés ; mais la publication réelle sera bien plus tardive. En effet Doucet a prévu de les publier dans la Revue Illustrée, avec laquelle il a commencé sa collaboration ; et il s’agira pour cette Revue d’une publication exceptionnelle, qui sera réservée pour les numéros de Noël.

Publication exceptionnelle à plusieurs points de vue ; en effet, ces contes seront imprimés en couleurs, ce qui n’est pas systématique dans la Revue ; ils le seront sur un papier de très bonne qualité (Draeger) ; et, chose exceptionnelle, ils seront rehaussés à la main. La réalisation de ces pages sera anticipée et étalée sur plusieurs mois avant la date de publication prévue ; malgré cela, elle prend du retard, ce qui conduira la Revue à décaler les dates de publication.

Le premier conte, la Légende de Sainte-Marie l’Egyptienne, est publié en deux parties, le 15 mars puis le 15 avril 1895, sur 16 pages (2 fois 8 pages) – ceci sans page de titre ni frontispice.

Le second conte, la Légende de la Mort au beau visage, est publié en trois fois, le 15 décembre 1897, le 15 mars 1898 puis le 15 avril 1898 (3 fois 8 pages).  Dans ces 24 pages sont comprises une page de titre et un frontispice.

Le troisième conte, l’Âme du Samovar, est publié bien plus tard, en 1905 ; cette fois-ci il est réparti sur 6 numéros, avec à chaque fois seulement 4 pages. En tête de la première publication sont insérées en plus une page de titre et un frontispice – avec verso laissé blanc, ce qui fait au total 28 pages. Les dates de publication sont :

  • 1er janvier 1905
  • 15 février 1905
  • 15 mars 1905
  • 1er mai 1905
  • 1er juin 1905
  • 1er juillet 1905

Comme on le voit ces dates ne coïncident pas vraiment avec les dates des numéros de Noël ; c’était bien la volonté de la Revue ; mais la réalisation technique, avec rehauts à la main, pour chaque exemplaire, a pris du retard. Pour s’en excuser, la Revue publie,  dans le numéro de Noël 1894, l’insert suivant :

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La Revue Illustrée désirait offrir à ses lecteurs, dans le Numéro de Noël, une véritable primeur artistique, un joyau de bibliothèque :

Un Conte Mystique
illustré d’aquarelles de Rochegrosse.

Ces aquarelles ont été confiées à d’habiles artistes, qui les colorient à la main et les rehaussent d’or.
On comprend ce que doit exiger de soins et de temps un travail aussi délicat.
Bien qu’étant commencée depuis plusieurs mois, cette enluminure, digne des précieux missles du Moyen-Age, n’est pas encore complètement terminée, et plutôt que de compromettre par un travail hâtif un résultat qui, nous pouvons l’assurer à nos lecteurs, est déjà merveilleux, nous préférons leur demander un mois de répit, et ne publier qu’en Janvier la Légende de Sainte-Marie L’Égyptienne.
Nous sommes certains que le plaisir qu’ils goûteront en feuilletant les admirables aquarelles de Rochegrosse, nous fera pardonner ce retard.

Comme on l’a vu, le retard sera un peu plus important…

Avec la publication de la première partie, la Revue insère de nouveau un petit billet explicatif :

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Nous commençons aujourd’hui la publication de

La Légende de Sainte-Marie L’égyptienne

Nous nous sommes attachés à faire colorier à la main les précieuses miniatures de ROCHEGROSSE, à la façon des enluminures des anciens Missels. Nous espérons que cette illustration, que son prix et ses difficultés interdisaient jusqu’ici aux Revues périodiques, sera justement appréciée par nos lecteurs.
La seconde partie de la Légende paraîtra dans le numéro du 15 Avril. Dans le volume semestriel, la première partie sera reliée immédiatement avant la seconde.

Le problème ne se reproduit pas lors de la publication du second conte ; la première partie est publiée à temps, le 15 décembre 1897 ; mais la parution de la suite tarde, et la Revue insère de nouveau un petit texte explicatif en tête de la seconde partie :

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Nous donnons aujourd’hui la seconde partie du conte mystique de Jérôme Doucet :

La Mort au beau Visage

Nous nous sommes attachés à faire colorier à la main ces précieuses miniatures de Rochegrosse, à la façon des enluminures des anciens missels.
La première partie est parue dans le numéro du 15 décembre dernier. La troisième et dernière partie de la Légende paraîtra dans le numéro du 15 Avril. Dans ce volume semestriel, ces trois parties, formant chacune 8 pages, seront réunies et reliées immédiatement l’une après l’autre, de façon à former un tout complet de :

La légende de la Mort au beau Visage

Il faut noter que le regroupement, dans le volume semestriel, est effectif pour le premier conte, mais pas pour le second. Et la publication du dernier conte, plusieurs années plus tard, ne donne pas lieu à tant de scrupules : la publication est étalée sur tout un semestre.

Comme on le voit, l’illustration de Rochegrosse est importante ; et la mise en couleurs à la main est un argument commercial important.

Illustrations de Rochegrosse.

la Légende de Sainte Marie l’Égyptienne.

Pour ce premier conte, Rochegrosse crée :

  • une page de titre, le titre étant calligraphié, inscrite dans un encadrement ;
  • une grande illustration hors texte, inscrite dans un second encadrement ;
  • huit lettrines, pour chacun des huit chapitres ;
  • un cul-de-lampe.

La page de titre, et le hors-texte, ne sont pas reproduits dans la Revue Illustrée : la première page comporte à la fois le titre calligraphié, la première lettrine, le premier encadrement et le début du texte, ce qui en fait une page relativement surchargée.

Le texte est enchâssé dans les deux encadrements ; le premier étant utilisé trois fois, le second treize fois ; les couleurs changent à chaque page : bleu, vert, violet, rose, ocre…

 

La légende de la Mort au beau Visage.

Pour ce conte Rochegrosse crée :

  • une page de titre, calligraphié, sans encadrement ;
  • une grande illustration hors texte ;
  • huit lettrines, pour chacun des huit chapitres ;
  • un cul-de-lampe.
  • trois encadrements différents.

Les encadrements sont reproduits plusieurs fois dans des couleurs différentes ; mais cette fois-ci ils ne sont pas systématiquement utilisés à chaque page :

  • le premier encadrement est reproduit quatre fois, en violet, vert, bleu ;
  • le second encadrement est reproduit quatre fois, en rose, jaune,  vert ;
  • le troisième encadrement est reproduit trois fois, en bleu, violet.

A noter une particularité : la dernière vignette, en début du chapitre VIII, représente Jérôme Doucet lui-même ; ce qui est cohérent avec le texte, puisque dans ce chapitre Doucet parle directement au lecteur. C’est une des rares illustrations représentant Doucet ; pour d’autres exemples voir Iconographie Doucetienne.

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L’âme du Samovar.

Pour le dernier conte, Rochegrosse crée :

  • une page de titre, avec le titre dessiné, dans un premier encadrement ;
  • une grande illustration hors-texte, dans un second encadrement ;
  • huit lettrines, pour chacun des huit chapitres ;
  • un cul-de-lampe.

Le texte est enchâssé dans les deux encadrements, chacun étant utilisé treize fois – les « couleurs » varient – une variation sur des tons cuivrés, verts, ocres, ou seulement au trait, pour les premières pages. Pour ce dernier conte les lettrines et le cul-de-lampe sont imprimés en vert, avec rehaut noir et métal pour la lettre.

On est assez loin de la mise en couleur à la main des deux premiers contes ; mais nous ne sommes plus à la même époque.

 

Publication en volume.

Comme on l’a vu, Doucet envisage très tôt, dès 1895, une publication en volume, qu’il imagine réalisée par la Revue Illustrée. Bien qu’inhabituel, ce procédé n’est pas unique ; la Revue a déjà publié l’Evangile de l’Enfance, de Catulle Mendès, illustré par Schwabe. Mais cela ne se fera pas – et la publication en volume sera confiée à l’éditeur Ferroud ; Doucet est un ami de François, le neveu d’André.

Annonces.

Dans le Bulletin du Bibliophile, un autre ami de Doucet, Georges Vicaire, annonce ainsi la future publication :

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« Mais on ne chôme pas à la Librairie des Amateurs ; à peine le Pavillon sur l’eau paru, voici que l’éditeur annonce plusieurs autres publications[…] puis un autre livre de Jérôme Doucet, illustré de 34 compositions de Georges Rochegrosse, gravées en taille-doucet et également tirées en couleurs[…]

Au moment de la parution, l’annonce dans le même Bulletin est légèrement différente :

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On ne parle plus de couleurs.

La parution du livre est effective à la fin de l’année 1901 ; il est annoncé avec les nouvelles parutions, dans le numéro du 20 octobre 1901 des Annales Politiques et Littéraires. Dans le numéro du 22 décembre1901, Adolphe Brisson, autre ami de Doucet, publie la chronique suivante :

Trois Contes d’Or, d’Argent et de Cuivre, par M. Jérôme Doucet. Récits ciselés dans une forme précieusement archaïque. Le plus rare, à mon gré, est le second, dont M. Doucet a emprunté la matière à quelque vieille légende. […] L’histoire est charmante. Et le peintre Rochegrosse y a joint de petits tableaux qui sont, selon sa coutume, somptueux et délicats. M. Rochegrosse a l’imagination naturellement épique ; il se plaît à évoquer les splendeurs, et les tumultes de la vie chevaleresque. Il en rend, à merveille, les côtés brillants et extérieurs. Je n’ose affirmer qu’il en pénètre aussi bien le sens intime.

Il y a dans son talent quelque chose de fastueux, une truculence qui l’apparente avec les poètes de l’école romantique et parnassienne, avec Hugo, Gautier, Mendès… et Banville !…

Publication.

le livre, publié donc à la fin de l’année 1901, se présente sous la forme d’un in-8 de (8) 121 (3) pages, comportant 33 illustrations de Rochegrosse, gravées en taille-douce (et en noir ; pas de gravure en couleurs pour cet ouvrage). Le livre est imprimé par l’imprimerie Philippe Renouard, rue des Saints Pères, à Paris, et les gravures tirées par Wittman.

Pour obtenir le compte de 33 illustrations, il faut compter, pour chaque Légende :

  • une page de titre, encadrée ;
  • un hors-texte ;
  • 8 lettrines ;
  • un cul-de-lampe.

titre, hors texte (inédit) et première page de Sainte-Marie l’Égyptienne

 

Le prospectus de souscription indique les différents tirages :

  • un exemplaire unique (non numéroté), sur peau de vélin, avec une aquarelle originale de G. Rochegrosse, contenant une suite en couleur sur japon et une suite en noir sur chine, ainsi que tous les bons à tirer (2000 francs) ;
  • 20 exemplaires sur papier du Japon ou grand vélin d’Arches, contenant une suite en noir et un motif original à l’aquarelle de G. Rochegrosse (350 francs) ;
  • 60 exemplaires sur japon ou grand vélin d’Arches, contenant une suite en noir (200 francs) ;
  • 50 exemplaires sur petit Japon (120 francs) ;
  • 220 exemplaires sur vélin d’Arches (80 francs).

Les grands papiers sont au format 25 cm  x 16 cm ; les autres exemplaires au format 23,5 cm  x 15,5 cm. Au moment de la publication, les 20 premiers exemplaires sont déjà souscrits.

Ce n’est pas clairement indiqué mais les 20 premiers exemplaires doivent comporter une des aquarelles réalisées par G. Rochegrosse pour l’ouvrage : certainement une des lettrines. Il est à noter l’existence d’un tirage des illustrations en couleur, mais qui a été effectué à un nombre réduit d’exemplaires (officiellement un seul, mais on peut se demander s’il n’existe pas un tirage réservé aux auteurs).

Le livre est dédié à Marie Georges Rochegrosse, en témoignage de respectueuse amitié. Il s’agit de Marie Lebon, l’épouse de Georges Rochegrosse, qu’il a épousé en 1896, et qui mourra en janvier 1920.

Différences entre la publication en Revue et le livre : illustrations.

L’illustration diffère légèrement de la publication dans la Revue Illustrée :

  • présence du faux-titre et du hors texte, pour Sainte-Marie L’Égyptienne ;
  • de ce fait, la première page de Sainte-Marie l’Égyptienne est allégée ;
  • le hors-texte de la Mort au beau visage est entouré d’un encadrement différent ;
  • rajout d’un encadrement sur les pages de faux-titre ;
  • absence générale des encadrements sur le texte ;
  • Redimensionnement des illustrations : 13 cm de hauteur contre 19 cm dans la Revue, pour le hors-texte de la Mort au beau visage.
  • et bien sûr tirage des illustrations en noir.

On peut observer ces différences, en comparant une aquarelle originale, sa traduction dans la Revue, et sa gravure dans le livre ; en effet, toutes les aquarelles n’ont pas trouvé place dans les exemplaires de tête. L’une d’entre elles est passée en vente le 26 mars 2015, à Drouot, chez Ader Nordmann (lot 72) ; elle a été adjugée 800 euros. L’aquarelle mesure 23 cm x 17 cm (dimensions du papier sans doute, soit environ 21 cm x 16 cm) ; la taille de la lettrine dans la Revue est de 15cm x 11 cm ; sa taille dans le livre est de 11 cm x 8 cm.

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Les deux lettrines en couleurs sont issues de deux exemplaires différents ; en regardant en haute résolution (toutes les images sont cliquables et en haute résolution) on peut observer des différences dans l’apposition de l’argenture et des couleurs, notamment pour les fleurs en bas à gauche.

La Mort au beau visage, aux dépens de l’auteur, 1922.

En 1922, Jérôme Doucet republie, à compte d’auteur, le second conte de ce recueil. Il s’agit d’une publication en hommage à son épouse, Marie Meunier, qui est morte en avril 1919, à la Rochelle. Il en confie l’ornementation à Eugène Belville (1863-1931), décorateur. Il ne s’agit pas ici d’illustration ; Belville a conçu des encadrements stylisés, reproduits plusieurs fois, imprimés en noir et violet ; le texte lui-même est imprimé en violet. Le livre, non paginé, comporte une feuillet blanc, un second feuillet avec le faux-titre et la justification, un feuillet portant le titre, un feuillet avec la dédicace ; le texte commence ensuite, sur 24 pages, à partir du verso de la dédicace. Viennent ensuite un feuillet avec l’imprimeur, puis un dernier feuillet blanc.

Le livre est broché sous une couverture « de deuil », imprimée en or sur fond noir ; le décor évoquant une reliure ancienne. les feuillets font 19cm x 14 cm ; la couverture 20,5cm x 14,8 cm. Il est imprimé par Melzer, 21 rue Chartier, à Paris.

La justification indique :

  • un exemplaire sur parchemin
  • 499 exemplaires sur papier gris.

A noter que le Catalogue général de la Librairie française indique Lucien Gougy comme éditeur, et donne le prix de l’ouvrage : 12 francs. Mais il ne semble pas facile, voire possible, de trouver trace d’exemplaires avec l’indication de Gougy comme éditeur ; et je ne suis pas convaincu qu’il y ait eu autant d’exemplaires de réellement diffusés – l’ouvrage est réellement rare.

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Voici le texte de la dédicace :

à
l’impérissable mémoire
de
Marie-Thérèsee-Jérôme DOUCET
ma femme
la Morte au beau visage
LA ROCHELLE – PARIS
Avril
1919-1922

La décoration d’Eugène Belville est d’inspiration macabre : têtes de mort, ronces, cierges éteints, fleurs de cimetière… Nous sommes effectivement en présence d’une publication de deuil.

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Différences sur le texte.

Doucet a retouché légèrement le texte ; il s’agit de corrections de style essentiellement ; quelques transitions modifiées, quelques ponctuations rectifiées. Ces corrections sont plus marquées sur la Mort au beau visage, republié en 1922.

Voici quelques exemples de différences sur la Mort au beau visage :

Dans la Revue :

« Qui donc me succédera, puisque Dieu ne m’a donné ni fils ni parents ? » demandait Beaudoin VII, comte de Flandre, aux chevaliers qu’il avait convoqués autour de son lit de mort, et tous répondirent spontanément :  » Ce sera le comte Charles, le fils de Kanut, roi de Danemark, le petit-fils de Robert le Frison. »

« Comte, selon notre bon vouloir et selon le vœu formel des seigneurs de notre beau pays, tu seras héritier de ma couronne.  Je le dis avec joie, car je te sais excellent chrétien et vaillant chevalier et j’aurai, du moins, la suprême consolation d’être utile aux miens jusque dans la mort. « 

En 1901 :

« Qui donc me succédera, puisque hélas Dieu ne m’a donné ni fils ni parents ? » demandait Beaudoin VII, comte de Flandre, aux chevaliers qu’il avait convoqués autour de son lit de mort, et tous répondirent simultanément :  » Ce sera le comte Charles, le fils de Kanut, roi de Danemark, le petit-fils de Robert le Frison. »

« Comte, selon notre bon vouloir et selon le vœu formel des seigneurs de notre beau pays, tu seras héritier de ma couronne.  Je le dis avec joie, car je te sais excellent chrétien et vaillant chevalier et j’aurai, du moins, la suprême consolation d’être utile aux miens jusque dans la mort. »

En 1922 :

« Qui donc me succédera, puisque hélas Dieu ne m’a donné ni fils ni parents ? » demandait Beaudoin VII, comte de Flandre, aux chevaliers qu’il avait convoqués autour de son lit de mort, et tous répondirent simultanément :  » Ce sera le comte Charles, le fils de Kanut, roi de Danemark, le petit-fils de Robert le Frison. »

« Beau Sire, de part notre bon vouloir et selon le vœu formel des seigneurs de notre province, tu seras héritier de ma couronne. Je te la lègue en toute confiance et avec une joie profonde car je te sais excellent chrétien et vaillant chevalier et j’aurai, du moins, la suprême consolation d’être utile aux miens jusque dans la mort. « 

En général les corrections de 1901 sont conservées ; d’autres modifications sont apportées en 1922, qui corrigent légèrement l’expression. A noter un changement de structure ; le chapitre VIII commence une page plus tôt (à « Au lendemain.. »)  alors que dans la Revue et dans l’édition de 1901 il commence à l’envoi (« Ami lecteur… »).

Annexe : avant-propos inédit.

Jérôme Doucet a rédigé un « avant-propos », qu’il a envoyé à madame Tiarko Richepin, l’épouse du fils de Jean Richepin. Dans ce texte, il explique le choix du titre, et des contes qui composent ce recueil. En voici une transcription, établie avec l’aide bienvenue d’Evanghélia Stead (l’écriture de Doucet n’est pas toujours facile à déchiffrer) :

Avant-propos

Cet ouvrage devait d’abord s’appeler “Légendes d’or” mais de la sorte c’était forcément un reflet du livre de J. de Voragine, ce n’eut été que du vermeil.

Puis de la sorte rien ne limitait dans le titre le nombre des contes à ce 3 que Flaubert avait consacré en situant ses « Trois contes » à des époques cadencées.

Le titre primitif me fit songer à d’autres métaux, cadencés eux aussi, par leur valeur, et comme les époques qu’ils pourraient symboliser ; ainsi jadis l’âge de pierre désigne fort nettement ces rudes temps du silex.

Or – argent – cuivre – les trois noms étaient trouvés avec leurs trois stades harmoniques.

Fatalement – la légende d’or était divine et du domaine de Voragine.
La légende d’argent – précisément se plaçait instinctivement au moyen âge.

La légende de cuivre était de nos vagues époques de sillon : naturellement.

Ste Marie l’Egyptienne fut choisie – sans discussion –

Pour la légende d’argent j’écrivis d’abord – « le Chevalier au Cygne » c’est-à-dire la véritable histoire de Lohengrin – ou Lorengrain – mais c’était à la fois un peu allemand et trop féerie du Rhin.

Pour la légende de cuivre je fis « Les sept Souabes » amusante histoire de sept bons commerçants qui conspirent à l’hôtellerie – veulent délivrer le pays d’un monstre imaginaire qui le terrorise –

C’était trop bourgeois – la femme et l’amour y manquaient – amour profane – charnel qui était nécessaire après l’amour mystique de la légende dorée, l’amour paternel de celle d’argent.
Enfin – la Mort au beau visagel’Âme du samovar me parurent être ce que je voulais. Le livre fut clos ainsi.

Tel quel on le peut certes attaquer – Voici du moins des raisons défensives.

Dans ce texte Doucet évoque deux autres contes : le Chevalier au Cygne, et les sept Souabes. Je n’ai pas retrouvé trace de publication du premier. Doucet a publié un conte pour enfants, sous ce titre, dans le Monde Moderne, de Juven, en 1907. Il s’agit d’une histoire, inspirée de Grimm, assez peu en harmonie avec le recueil ; on peut penser que Doucet l’a réécrite pour sa publication. Deux illustrations d’Andréas ornent le conte.

 

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Lettres de femmes.

Dans la Revue Illustrée, dont il est le secrétaire de la rédaction, Doucet publie, entre autres, ses propres productions : poèmes, contes, interviews, compte-rendu d’expositions, et courtes nouvelles.

trois nouvelles dans la Revue Illustrée en 1898.

Dans ce dernier genre, il publie, pendant l’année 1898, trois courtes nouvelles dans un genre un peu particulier : chaque nouvelle est une lettre de femme.

Ces nouvelles sont :

  • la fuite, publiée le 15 janvier 1898,
  • amis, publiée le 1er mai 1898,
  • la puissance du souvenir, publiée le 1er septembre 1898.

La fuite et la puissance du souvenir sont signées Doucet et occupent 4 pages dans la Revue Illustrée ; amis est signée Montfrileux et occupe 5 pages. la fuite est dédicacée à Marcel Prévost – cette dédicace ne sera pas reprise dans le volume publié.

A noter que Doucet a déjà utilisé ce titre, la Puissance du Souvenir, mais il n’y a qu’un très lointain rapport entre les deux textes.

Chaque nouvelle est illustrée de trois vignettes de Marold : une en tête de nouvelle, une dans le corps, une en cul-de-lampe.

Ludek Marold, artiste tchèque né en 1865, comme Jérôme Doucet, est à Paris depuis 1889 ; il produit de nombreuses illustrations, et a notamment illustré 4 des Chansons figurant dans la Chanson des Choses. En 1897, Marold est retourné à Prague, où il meurt, le 1er décembre 1898. Ceci date ces nouvelles et ces illustrations au plus tard en 1896.

Trois lettres de femmes, en 1900.

 

Ces trois nouvelles sont regroupées en 1900 dans un petit recueil, publié par la Revue Illustrée. C’est un volume de format in-8 (15cm x 23 cm), de 51 pages plus 3 non numérotées. L’achevé d’imprimé est daté du 20 janvier 1900, pour la Revue Illustrée, par G. de Malherbe, imprimerie de Vaugirard à Paris.

Cette plaquette est protégée par une couverture de papier épais, parcheminée ; le titre est imprimé en haut et à droite. Au dos, figure la mention suivante :

. . Du même auteur . . .
DANSES-PARFUMS..
.PRINCESSES DE JADE
….ET DE JADIS

Danses est un volume de poèmes en prose, qui sera publié deux années plus tard ;  Princesses de Jade et de Jadis, recueil de 3 contes cruels, sera publié en 1903, par Le Livre et l’Estampe, quand Doucet aura quitté la Revue Illustrée ; Doucet n’a pas publié de livre sous le titre Parfums.

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Le tirage est limité à 200 exemplaires :

  • 20 exemplaires sur Whatman avec les figures en couleur, et une suite sur chine des figures ;
  • 50 exemplaires sur chine fort avec une suite sur chine ;
  • 130 exemplaires sur Vangelder.

A ces 200 exemplaires s’ajoutent 20 exemplaires réservés à la Société des XX.

Le volume est dédié à René Baschet :

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René Baschet, premier fils de Ludovic, dirige la Revue Illustrée ; il a été le témoin de Doucet à son mariage, le 24 juillet 1897.

Les dix illustrations annoncées sont les trois illustrations d’origine de chaque nouvelle, auxquelles se rajoute la vignette de la page de titre.

Voici quelques pages, d’un exemplaire de tête, avec les figures en couleur :

 

 

 

Autres lettres de femmes.

Doucet a publié d’autres textes comparables, dans d’autres revues :

  • L’intérimaire, publiée le 6 octobre 1906 dans la Vie Parisienne.
  • l’ancienne maîtresse : lettre de femme, chanson d’Yvette Guilbert, créée à la Scala, paroles de Jérôme Doucet, musique de E. Jaquinot, publiée par Paul Dupont en 1897.
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Source : gallica.bnf.fr

Il existe sans doute d’autres textes comparables, non repérés, dans les nombreuses revues auxquelles Doucet collaborait à cette époque.

Trois lettres d’hommes.

Jérôme Doucet a également écrit le pendant à ces trois nouvelles :

  • de la copie, publiée le 1er novembre 1903 ;
  • le portrait, publiée le 15 juillet 1905 ;
  • Sois sage, ô ma belle inconnue, publiée le 15 novembre 1905.

Ces trois nouvelles, de trois pages chacune, sont illustrées suivant le même schéma que les trois premières : une vignette d’en-tête, une vignette in texte qui peut servir de hors-texte, et un cul-de-lampe. le dessinateur n’est pas Marold mais Georges Dutriac, illustrateur prolifique, qui est un collaborateur régulier de la Revue Illustrée dans ces années-là.

Elles n’ont pas été reprises en volume ; et on pu être écrites et illustrées après la première série. Voici la reproduction de ces trois nouvelles :

  • de la copie :

 

  • le portrait :

 

  • Sois sage, ô ma belle inconnue :

 

 

 

Doucet a donc particulièrement aimé ce genre, puisqu’il l’a utilisé sur près de dix ans, au travers d’une dizaine de productions.

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Doucet critique d’art.

Nous avons vu que Doucet a eu des activités dans de nombreux domaines – auteur pour enfants, pour bibliophiles, journaliste, directeur de rédaction, éditeur… Il reste un domaine, que nous n’avons pas encore examiné : l’Art.

Très tôt Doucet s’est intéressé à l’art, de façon empirique. Il a sans doute été influencé en ceci par ses origines : sa mère descend d’une famille à la fois aristocratique et artistique, et son père collectionne les objets d’arts (tableaux, gravures) sans retenue, comme en témoigne le catalogue de sa vente.

Cette activité va occuper une place importante dans sa carrière, avec la publication de quelques ouvrages qui connaitront un succès certain.

Il s’agit essentiellement d’ouvrages de vulgarisation ; Doucet n’est pas un historien de l’art, ni même vraiment un critique d’art, et ses contributions n’ont sans doute pas fait évoluer l’expertise.

Voici un recensement des ouvrages en question :

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  • sans date, Doucet publie une étude, sans doute un tiré à part : « un tableau de Titien, le Christ à la monnaie, ou le tribut à César« , de 8 pages, chez Chauvin, imprimerie Kapp.

 

  • En 1906, Juven publie « Les peintres français« , recueil de onze études sur les peintres Fantin-Latour, Corot, les 3 Vernet, Ingres, Laurens, Bouguereau, Puvis de Chavannes, Jules Breton, Meissonier, Fromentin, Millet.
  • sans date, il publie les « Parodies des grands chefs-d’œuvre« , illustré par Bébin, imprimé par Kapp – le livre est peut-être édité en 1923 par Louis Michaud, mais il est pré-publié en 1906 dans la Revue Illustrée.

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  • en 1907, toujours chez Juven, Doucet préface le recueil de dessins comiques sur Alfred Grévin, dans la collection des Maîtres humoristes.

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  • en 1909, il publie un petit volume, chez Aubanel, Avignon : le Goût en Art, partie 1 : l’art pur – peinture et sculpture. Il n’y aura pas de suite.

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  • en 1911, fort du succès du premier livre (les peintres français), Doucet publie chez Juven « les Maîtres anciens« , recueil de 9 études sur Giotto, Della Robia, Memling, Dürer, Holbein, Rubens, Vélazquez, Rembrandt et Murillo.

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  • en 1912, Amadeo de Souza-Cardoso lui demande de préfacer son ouvrage « XX dessins« .

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  • en 1913, Doucet publie une étude sur « les peintres et graveurs libertins du XVIIIe siècle« , chez Méricant.

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  • Cette même année, il publie une petite étude sur « quelques estampes, gracieuses et précieuses du XVIIIe siècle« , cadeau publicitaire financé par le pharmacien Longuet à Paris.

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  • en 1914, il écrit des textes sur les « villes martyres« , textes non publiés, qui ont pu être destinés à des gravures de Robida.

 

  • en 1930 il participe au premier tome du « Dictionnaire biographique des artistes contemporains« .

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A ces publications en volume il faut ajouter un certain nombre d’articles, publiés dans diverses revues, à commencer par la Revue Illustrée. Mais Doucet a participé à bien d’autres revues, et a notamment été secrétaire de la rédaction de « l’Art et les Artistes« , la revue d’Armand Dayot.

Comme on le voit dans cette liste, Doucet a essentiellement écrit des notices journalistiques de vulgarisation, comportant beaucoup d’éléments biographiques. Se détachent tout de même quelques publications particulières :

  • le goût en Art, publié chez Aubanel – étude très intéressante, notamment sur la perception, au début du siècle, des écoles récentes.
  • les études sur les graveurs du XVIIIe siècle, qui révèlent un réel intérêt.

Ces publications sont bien sûr insuffisantes pour faire de Doucet un historien d’art – dans ce domaine il a été un vulgarisateur, et un journaliste suffisamment reconnu pour participer au Dictionnaire – pour lequel il rédigera les notices de quelques artistes de premier plan.

 

 

 

 

Les choses meurent – Léon Raffin

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Jérôme Doucet, en 1927, a déjà publié de très nombreux ouvrages (plus de quatre-vingt !) – il a maintenant plus de soixante ans ; son épouse Marie Meunier est morte huit années plus tôt. Mais il poursuit son œuvre ; cette année-là, il publie un recueil de courts textes, des poèmes en prose, assez comparable à celui publié en 1902, avec Louis Fuchs, Danses.

Ce nouveau recueil sera intitulé « les choses meurent » ; c’est une référence au roman d’Edouard Estaunié, publié en 1913, « les choses voient« , qui a connu le succès et est réédité régulièrement. Doucet explique son projet dans la dédicace à Edouard Estaunié, ainsi que dans l’avant-propos (reproduits en annexe).

Comme son nom l’indique, la tonalité est macabre – d’ailleurs Doucet regroupe ici treize textes, nombre fatidique ! comme il s’en explique dans le post-scriptum (reproduit en annexe).

une longue dédicace, un avant-propos, un post-scriptum… Certes ces textes sont bienvenus pour étoffer un volume assez mince, mais cela traduit sans doute aussi l’importance que Doucet lui accorde. Le thème de la mort est présent depuis longtemps dans son œuvre, on l’a vu dès Danses, et depuis la mort de son épouse, en 1919, c’est flagrant.

Techniquement, c’est un petit volume, de 19cm x 14 cm ; sous une couverture de papier sont brochés seize feuillets :

  • un feuillet pour la dédicace et la justification,
  • un feuillet pour le titre et l’avant-propos,
  • un feuillet par texte, soit treize feuillets,
  • un feuillet pour le post-scriptum, l’achevé d’imprimé et la table.

Chaque feuillet de texte comporte, sur la première page, le titre du texte, avec l’illustration ; sur les deux pages centrales, le texte ; la quatrième page est laissée vierge.

Le livre compte 59 pages ; il est édité par la Librairie Lucien Gougy, 5 quai Conti, à Paris  (Gougy est un ami de longue date de Doucet), et imprimé par Harambat, à Paris ; l’achevé d’imprimé est daté du 2 novembre 1927. Il est tiré à 500 exemplaires : 50 exemplaires sur japon impérial, et 450 exemplaires sur « japon blanc », vendus 35 francs – le livre est disponible pour la fin d’année 1927.

Les treize textes sont les suivants :

  • la rose se fane ;
  • la chandelle s’éteint ;
  • le ballon crève ;
  • la photo s’efface ;
  • le verre se brise ;
  • la buche se consume ;
  • le fruit se pourrit ;
  • la fourrure se mite ;
  • le tapis s’use ;
  • la barque sombre ;
  • le fer se rouille ;
  • la maison s’effondre ;
  • la tombe s’effrite.

Comme on le voit Doucet ménage une progression ; à la fin tout disparaît, même la tombe !

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Voici d’ailleurs la tombe de Marie Meunier, près de cent années après sa mort, au cimetière de Beaumont-le-Roger, avec le coffre en bronze que Doucet y a ajouté, pour héberger les livres qu’il lui dédie.

Illustrations.

Les illustrations – une par texte, une pour la couverture, sont dues à Léon Raffin. Le livre est édité fin 1927 – ces illustrations sont sans doute réalisées au cours de l’année ; Léon Raffin, né en 1906, a donc une vingtaine d’années. Il est étudiant aux Beaux-Arts et peut-être déjà en relations avec l’éditeur Devambez, chez qui il travaillera (avec la Grande Masse) dans les années suivantes. C’est peut-être via Devambez que Doucet et Raffin se sont rencontrés ; en effet Doucet a fait éditer deux plaquettes publicitaires par cet éditeur, Chaussures d’Antan, illustrées par Maurice Leloir, et les Recettes plaisantes et délectables du chocolat granulé de Royat, illustrées par Delaw (pour les chocolats de la Marquise de Sévigné).

Pour ce texte, Léon Raffin produit des illustrations typiques de l’air du temps ; nous sommes en pleine période Arts Décoratifs, deux années après l’exposition de 1925. Les couleurs employées sont en nombre réduit : l’argent,  le noir ; une touche discrète d’une seule autre couleur (rouge, bleu, vert, jaune). La typographie est soigneusement adaptée et participe à l’illustration.

Doucet, avec ce choix d’illustration, comme avec Danses (très Art Nouveau), se montre ici très moderne.

Par la suite, Léon Raffin poursuivra une carrière de peintre, et notamment de fresquiste, en décorant de nombreux édifices – dans une manière bien plus classique. Il est décédé en 1996.

Voici la reproduction des treize illustrations des textes :

Annexes :

Dédicace à Edouard Estaunié :

Il y a trente années, quand je publiai ma première œuvre – des vers naturellement – j’hésitai entre deux titres : La chanson des choses ou les Choses chantent.

Je m’arrêtai au premier qui me parut plus indiqué pour le public et aussi, en vérité, parce que, si je pensais donner quelques-unes des chansons évoquées en moi par certaines choses, je n’osais prétendre à montrer qu’elles chantent réellement.

Vous, au contraire, mon cher Maître, vous nous fîtes merveilleusement comprendre comment « les choses voient » ce qui, d’ailleurs, est autrement subtil et combien plus poignant.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je n’hésite plus entre les deux titres qui se présentent à ma pensée, pour ce livret : Les petites morts ou les choses meurent, je choisis le second, bien qu’il diminue considérablement le nombre de mes sujets.

Je ne puis plus, en effet, puisque je précise qu’il s’agit de choses, commenter les petites morts – petites uniquement parque les bêtes le sont elles-mêmes – d’une souris, garrotée, telle un criminel de Goya ; d’un perdreau fusillé, comme un duc à Vincennes ; d’un papillon empalé, à la manière d’un condamné turc ; d’une chauve-souris crucifiée, ainsi qu’un des mauvais larrons ; d’un chaton noyé dans un sac, ni plus ni moins qu’une houri infidèle.

Des bêtes ne sont point des choses, mais des êtres vivants qui passent de vie à trépas.

Chose : cela même veut désigner quelque chose… chose de très précis. L’heure qui s’écoule, le souvenir qui se perd, la nuance qui s’efface, l’empire qui s’effondre, l’amour qui s’éteint… ce ne sont point des choses, à vrai dire, c’est moins ou plus… comme il vouss (sic) plaira.

Mais l’arbre qui vit, grandit et meurt est-ce une chose ?… les feuilles mortes ?…

Malgré tout je garde mon titre ; il me convient, car il m’autorise, il m’oblige même, en quelque sorte – oh ! la si douce obligation – à vous offrir la dédicace de cet opuscule, en témoignage minuscule, de la très grande admiration que m’ont causée vos livres, que j’ai lus.

J.D.

5 avril.

Avant-propos :

Pour tous les humains – qu’il s’agisse du génie le plus vaste ou du moindre imbécile – on emploie la même formule : « il est mort. »

C’est d’ailleurs la seule égalité réelle et possible. Pour l’ensemble des bêtes – sauf, parfois, sentimentalement, quand il s’agit d’un animal familier – on se sert des mêmes mots, qui paraissent – pourquoi d’ailleurs ? –  méprisants : « Elle est crevée. »

Pour les choses, au contraire, quelle variété d’expressions ! quel raffinement !

Chacune, à peu près, a son verbe pour désigner sa fin, sa mort en vérité, car les choses meurent, tout comme nous, avec le temps, ou par notre faute.

Et même, il y a des choses qui ont plusieurs termes pour exprimer une mort identique ; entre autres, le bois. Selon sa résistance il se consume, il brûle, il flambe.

La disparition des choses, dans le temps, est plus ou moins rapide ; certaines sont presqu’éphémères ; d’autres résistent avec des airs d’immortalité ; mais il n’est nul besoin d’un Einstein pour prouver qu’elle n’est que fort relative.

L’airain, par exemple. Horace le prend orgueilleusement comme symbole de pérénnité pour ses odes ; Exegi monumentum oere perennius. Or il est rongé, très à la longue soit, mais forcément, par une manière de rouille, d’un adorable ton verdâtre, il tombe, il retourne lui aussi en poussière… irrésistiblement.

Le bronze… si dur… Allez dans la cathédrale Saint-Pol-de-Léon, regardez le pied droit du Saint-Pierre en bronze, que des lèvres – quoi de plus doux, de plus tendre qu’un baiser ? – ont usé.

Bref, les choses meurent toutes aussi ; mais cela se dit : « se briser, s’évaporer, se consumer, se démolir, s’user, se pourrir, se déchirer, s’effacer, se rouiller, etc., etc., etc. « 

Un détail pourtant : si les choses peuvent avoir, fréquemment, une mort subite, brutale, elles ignorent le suicide.

Post-scriptum :

Et ce n’est point tout. Certes : Je pourrais vous conter mainte autre petite mort de choses…

Comment, par exemple, le papier est déchiré, déchiqueté, voire mâché – quelle triste mine ! – le sucre, qui ne sait pas nager, tombe au fond du verre, s’y noie, se fond ; la source se tarit : eau pure ou fraîche inspiration ; la fortune se dépense ; la beauté se ride ; l’empire s’écroule ; la mare s’évapore ; le caillou est écrasé, broyé, effrité, rédut en poudre sous les roues, après que le cantonnier – sur la route de Louviers ou sur toute autre – l’a déjà concassé ; le nuage crève, mort accompagnée des larmes de la pluie ; la récolte est grêlée ; le tableau s’écaille ; le meuble est rongé des vers, comme nous, sans compter tout ce qui est mangé, croqué, dévoré, avalé, bu…

Mais ces treize exemples-ci suffiront, j’espère ; ah ! pourvu, même, qu’ils ne soient déjà trop : 13. J’ai choisi ce chiffre, ce nombre fatidique, pour son air fatal. D’aucuns prétendent, affirment, croient qu’il est source de malheur. Moi j’ai confiance en lui ; je veux espérer qu’il empêchera mon livre de tomber dans l’oubli ; ou – ce qui serait pis encore – d’être mort-né.