Pissarro, Murer, Doucet à travers leur correspondance.

La bibliothèque numérique de l’INHA conserve de nombreux documents autographes, dont notamment (une partie de) la correspondance de nombreux peintres.

Parmi cet ensemble voici une lettre, de Camille Pissarro, adressée à Eugène Murer.

 

 

 

Voici le texte de cette lettre :

Eragny-sur Epte
par Gisors
Eure
Mon cher Murer
je m’empresse de répondre à votre bienveillante et aimable lettre.
Nous sommes très enchantés d’apprendre que vous êtes en bonne santé en en pleine activité, chose que vous aimez tant -heureux mortel ! vous nagez dans un océan, vous vous trouvez comme un général enivré par la poudre et le combat au milieu de la bataille donnant des ordres, criant, gueulant à tue tête les commandements, harrassé brisé, toujours triomphant cependant à la fin  de l’action ! c’est Melle Murer qui doit être à la noce je la vois d’ici ! … si j’allais à Rouen ce n’est pas certes l’exposition qui m’y attirerait ni la rue Jeanne d’Arc, ni l’horrible groupe de la fontaine Falguière, j’irai voir les amis entre autres Melle Murer avec toute sa belle activité, les Gauguin, la rue Grand-pont, la rue de la grosse Horloge, le cours la reine, les maisons que l’on démolit – Rouen enfui, le vieux, le vrai Rouen quoi !!
Horrible ! Horrible la décadence de ce beau Rouen ! …. quand je pense que l’on a bâti cette horrible barraque de l’exposition sur cette merveilleuse place que l’on cache ce beau paysage vu de St Paul, non Horrible !!… je parle en peintre ! vous m’excuserez !
Faites comme vous l’entendrez mon cher, de mes toiles, ne les mettez pas trop dans de l’or l’encadrement demande à être ou très riche ou très modeste. Je suis enchanté que messieurs les voyageurs n’aient pas trop mauvaise opinion de mon travail et qu’ils aient une certaine indulgence pour un Parisien exotique, cela se comprend du rete, rien ne forme comme les voyages, il y a longtemps qu’on l’a dit. Quand à la Presse !!!
Ma famille me prie de dire bien des choses pour Melle Murer, peut-être irai-je avec mon fils, mais je suis sans le sous, pauvre comme job, et ne saurai quand je pourrai me déplacer.
Je crains même de ne pouvoir payer le vin blanc à heure fixée pour que votre oncle ne se fache.
Dites donc de notre part bien des choses à Mr Periaud (?) ainsi qu’aux fils.
Tout à vous et merci
C Pissarro
Lucien se joint à moi pour les compliments.

La lettre n’est pas datée mais elle est envoyée pendant l’Exposition de Rouen, qui se tient du 16 mai  à octobre 1896.

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Pissarro, qui a vendu plusieurs tableaux à Murer, dont des portraits, et notamment un pastel de Marie Meunier, donne son accord pour l’exposition que Murer a organisé dans son hôtel (hôtel du Dauphin et d’Espagne) de Rouen, en parallèle de l’exposition officielle. Il y expose sa collection personnelle de toiles impressionnistes, dans les salons et salles de restaurant de l’hôtel. On sait que cela n’avait pas plu à Renoir, bien représenté dans cette collection – mais apparemment Pissarro n’est pas opposé ; sa situation financière n’y est peut-être pas étrangère.

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La fontaine Falguière, érigée en 1875, représente Jean-Baptiste de la Salle ; depuis 1887 elle est située place Saint-Clément.

Marie Murer est évoquée plusieurs fois ; il s’agit de Marie-Thérèse Meunier, demi-soeur d’Eugène Murer. En 1896 elle vit chez son frère, à Rouen, et elle y rencontre Jérôme Doucet, qui occupe (entre autres) le poste de gérant de l’hôtel – qu’elle épousera l’année suivante.

Ce mariage est évoqué dans une autre lettre de Pissarro, adressée à son épouse Julie, et datée du 5 octobre 1896. Cette lettre a constitué le lot 672 de la vente des collections Aristophil (18 juin 2018) ; estimée 1500 à 2000 euros, elle a été adjugée 3380 euros avec les frais.

 

Voici cette lettre :

Rouen
Hotel d’Angleterre 5 oct 96
Ma chère Julie
Je viens d’écrire à Monet et fait ta commission pour les roses… quant aux huitres il faut attendre que je puisse aller en commander chez un marchand en gros qui se chargerait de l’expédition immédiate, le temps est tellement mauvais pour mon œil que je ne sors pas ou le moins loin possible.
Je n’ai pas de lettre de Londres ce matin, je suis toujours fort inquiet de ce mal de gorge, j’espère que son Dr homéopathe saura le tirer de là, si ils n’ont pas trop tardé à l’envoyer chercher. J’ai écrit et envoyé de l’argent hier, j’espère avoir une lettre ce soir. Mais Titi ne pense pas à m’écrire quand le docteur est venu faire sa visite, je n’ai pu travailler hier de la journée tellement j’étais plein d’inquiétude ; j’ai reçu dans l’après midi la visite du commis de Durand Ruel, Destrée venu en train de plaisir avec sa femme et un critique d’art Hollandais, quoi qu’il ne fît pas bien clair je leur ai montré mes Toiles qu’ils ont trouvées superbes. Destrée m’a beaucoup parlé du livre de Ruth et Booz que Lucien lui a envoyé, il m’en a fait un très grand éloge et compte en parler dans les journaux de Hollande. Entre autre chose Destrée m’a dit que les affaires étaient mauvaises  cause des élections présidentielles aux États-Unis qui arrête tout….
Le jeune Joseph Durand Ruel qui vient de se marier est parti avec sa femme pour New-York.
Oui j’ai des nouvelles du mariage de Mlle Murer, j’ai vu son fiancé Mr Doucet, c’est elle Mlle Marie qui devait venir te voir, j’avais mal compris. Heymann et Commentron sont venus ici pour traiter avec Murer à propos des tableaux de Guillaumin qu’ils voudraient probablement acheter, ceci est entre nous ; Murer est furieux que sa sœur se marie, j’ai deviné qu’il y avait du tirage dans le partage des biens entre eux… cela ne m’étonne pas, tu dois penser si Mur va jouer serré !!!….
Portez vous bien, et ne te fatigue pas pour faire des économies, tu t’es donné assez de mal il est temps que tu jouisse un peu de repos.
Quand tu auras besoin d’argent tu me le diras
Ton mari qui t’aime de tout coeur et qui t’embrasse
C. Pissarro
Tu me demandes l’adresse pour les meubles que tu veux acheter à Cocotte, tu ne m’explique pas quel marchand, j’ai beau fouiller ma mémoire je ne puis me rien rappeller. Est-ce Niederkorne le menuisier que tu veux dire, en ce cas c’est 228 rue du Faubg St Antoine. Fais attention au nom c’est NiéderKorne Si ce n’est pas cela écris le moi.

Mur est un des pseudonymes utilisés par Murer, de son vrai nom Meunier.

Cette lettre, envoyée quelques mois plus tard,  montre la rupture entre Murer et sa sœur, et confirme l’impression de « grippe-sou » que donne Murer ; Jérôme Doucet et Marie Meunier se marieront l’année suivante (le 24 juillet 1897), avec notamment Pierre Renoir, comme témoin de Marie Meunier – qui dans la bataille entre le frère et la sœur, a choisi le parti de la sœur.

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Montfrileux et Meissonier – correspondance intrigante.

Dans les collections de l’INHA, figurent deux lettres intrigantes..

Ces deux lettres, écrites à l’artiste reconnu universellement qu’est Meissonier, sont assez classiques des demandes qu’il devait recevoir en nombre : il s’agit, essentiellement, d’obtenir des dessins pour truffer une édition des Contes Rémois, de Chevigné, contes dont le succès est largement dû aux illustrations produites par Meissonier.

Jean-Louis Ernest Meissonier, né à Lyon en 1815, mort à Paris en 1891, est à la fin de sa vie un artiste reconnu, principalement dans le genre militaire, très en vogue entre les deux guerres (1870 – 1914). En 1858, pour la troisième édition des Contes Rémois, il produit trente-quatre vignettes – ce qui contribuera fortement au succès futur du livre.

Il n’est donc pas étonnant qu’il reçoive le genre de correspondance que voici.

 

La première de ces lettres n’est pas datée mais Meissonier – ou son secrétaire- a noté : « répondue – 5 février 1889 » ; voici sa transcription.

Monsieur
a un précédent voyage en France j’ai acquis un superbe exemplaire des Contes Rémois par le Marquis de Chevigné
Cet ouvrage est surtout splendide par ce qu’il est orné par vos merveilleux dessins. J’ai cherché partout ce qui pouvait embellir encore ce livre. J’ai vos deux portraits par vous le premier, paru dans la Gazette des Beaux arts – une tête seule splendidement belle comme une tête de Romain. Puis le dernier celui assis dans un fauteuil en grande robe du Doge. J’ai une pièce de vers que Chauvigné m’a donnée autrefois ; maintenant je cherche un dessin de vous, pour que mon ouvrage soit plus digne du grand maître qui l’a peint et fasse jaloux le roi Humbert lui même. Je n’ai pu trouver de dessin.
J’avais aussi peur d’être trompé. Aussi je m’adresse à vous et vous demande. Si vous ne pouvez me céder quelque dessin. Je ne veux pas partir en Italie sans cela ce serait pénible.
Je suis venu visiter les splendeurs de Rouen pour les monuments.
Croyez, Monsieur, à l’assurance de ma profonde admiration et recevez mes respectueuses salutations.

J de Montfrileux
8 rue de la Chaîne  Rouen.

Cette première lettre, qui date sans doute de janvier 1889, est suivie d’une seconde, non datable mais sans doute de février 1889 :

 

Monsieur,
le Comte est en ce moment à Liancourt pour visiter la demeure des Larochefoucauld à qui il est allié par les Bilain (??). Il doit aller à Amiens et revenir dans trois jours pour repartir de France. Il m’a laissée un peu lasse avec l’autorisation d’ouvrir son courrier. Je trouve votre lettre si aimable et je réponds. Je viens vous demander Monsieur de mettre une seconde fois votre obligeance à l’épreuve en m’aidant à préparer une agréable surprise au Comte.
Il a dans la galerie de Corzo Venezia une suite de dessins de nos maîtres antiques. Il rapporte de France et Paris qu’il aime tant des dessins des maîtres modernes.
Rien de celui qui aujourd’hui est le plus grand de tous les autres. Il ne vous a pas avoué qu’il a été trompé par un filou au moyen d’un fac-simile de la maison Goupil qu’il a acheté fort cher (bien ?) heureux. Il n’a pu retirer sur le filou et regrette non son argent mais ses illusions envolées. C’est pourquoi il s’adressait au Maître lui-même.
Je voudrais qu’à son retour en Italie il vint à trouver  dans sa galerie le dessin qui lui fait défaut. Demandez à monsieur Meissonier de vous dire s’il n’a pas un croquis un dessin si peu que ce soit mais bien de lui cela nous ferait tant de joie.
Comme aussi à moins d’être une roturière comme Mme Marchay on ne parle pas au plus grand peintre comme à un vil marchand, tâchez de savoir, Monsieur, si quelque figurine de Tanagra, ou quelque visage de Pompéï si un dessin d’un maître Italien serait agréable à Monsieur Meissonier en retour de tout sa complaisance ; est-ce (possible ?) dans vos goûts.
Je vous demanderais seulement une réponse et un envoi rapide car la saison locale nous appelle à Milan.
Comptant sur vous Monsieur je vous prie de croire à mes sentiments bien distingués.
Maria de Montfrileux
Si vous allez à Milan vous serez toujours bien reçu au Corzo Venezia chez le Comte di MonteFrilosi
Répondre au nom de mon mari

Cette seconde lettre fait sans doute suite à la réponse du secrétaire de Meissonier du 5 février, qui devait être négative.

Apparemment ces deux lettres sont écrites par un couple, le Comte J. de Montfrileux et son épouse, Maria ; ils habitent en Italie, à Milan, Corso Venezia, sous le nom de Comte di Montefrilosi – le Comte semble de vieille noblesse française, apparenté à la famille de La Rochefoucauld. Ils sont à Rouen, 8 rue de la Chaîne – peut-être pour des vacances, peut-être pour affaires familiales ?

Rien de suspect à première vue.

Ceci dit, tout de même… ce Comte J. de Montfrileux, on ne peux pas dire qu’on en trouve beaucoup de traces, dans des nobiliaires, ou des généalogies. En France, il existe quelques lieux-dits Mont Frileux, on pourrait donc imaginer un « Monsieur de » en rapport avec un de ces lieux-dits. Mais même là, rien. En Italie, pareil. Le Corso Venezia, à Milan, existe bien, évidemment ; mais rien dans ces lettres ne donne l’adresse exacte…

Et, quelle coïncidence, à cette date-là, à Rouen, existe un certain Mr Théophile Doucet, professeur au Lycée Pierre Corneille, qui publie des nouvelles et des poésies, dans diverses revues littéraires locales (de Lyon et de Rouen), sous le pseudonyme de… J. de Montfrileux – Montfrileux, le nom de la ferme de ses parents, à Beaumont-le-Roger. Théophile Doucet est bibliophile – après son décès une vente aux enchères est organisée, dont le catalogue est consultable sur Gallica.

Théophile Doucet meurt en 1890, donc peu après l’époque de ces lettres ; à cette date il habite au 12 rue Dulong – juste à côté du Lycée Corneille. Quelques années plus tôt, au décès de son épouse Élise, le couple habitait au 64 rue Ganterie. Pas de rapport, donc, avec le 8 rue de la Chaîne – si ce n’est que toutes ces adresses sont dans le plein centre de Rouen, à quelques minutes les unes des autres.

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les Contes Rémois, 1858 – librairie le trait d’union

 

Est-ce que dans le catalogue de la vente Théophile Doucet on trouve des dessins de Meissonier, ou des éditions des Contes Rémois ?

On y trouve plusieurs exemplaires des Contes Rémois, effectivement – mais aucun qui pourrait correspondre à la description de la lettre. Sous le numéro 374, un lot regroupant l’édition Hetzel de 1843, sous cartonnage éditeur, illustré par Perlet ; l’édition de 1858, premier tirage des illustrations de Meissonier, broché ; les éditions de 1861 et 1864 (Michel Lévy). Sous le numéro 375, l’édition Jouaust, avec les eaux-fortes de Worms. Aucune mention, pour ces exemplaires, de truffages (notamment des portraits mentionnés).

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source : Gallica.bnf.fr

Sous le numéro 224, on trouve un dessin « attribué à Meissonnier (sic) ». La description le donne « dans le goût du maître »… sans doute pas ce qui est évoqué dans cette correspondance.

Nous pouvons comparer l’écriture de Théophile Doucet, ou celle de son fils Jérôme, avec celle de la première lettre.

Voici un exemple de l’écriture de Théophile, avec sa signature :

Et voici des extraits de l’écriture de la première lettre, avec la signature :

Ce ne sont visiblement pas les mêmes écritures. Comparons avec l’écriture de Jérôme (qui a 24 ans en 1889) :

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Cette dédicace à Murer date de 1895 environ – soit quelques années plus tard. Voici une dédicace beaucoup plus tardive (1941) :

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Document : librairie Antoine

Là non plus il ne semble pas y avoir de points communs…

Et c’est d’ailleurs logique ; à moins d’un canular bien étrange, on ne voit pas pourquoi Théophile, ou son fils Jérôme, auraient sollicité Meissonier sous une fausse identité.

Le plus probable est qu’il s’agit d’une tentative d’escroquerie ; une usurpation d’identité (ou ici de pseudonyme),  pour obtenir ce qui devait être assez compliqué de demander directement : un dessin du grand Maître…

Ce ne serait d’ailleurs pas la seule fois pour cette famille ; en effet, en 1891, à Lyon, une fille galante fut assassinée ; de son vrai nom Clotilde Berthéas, elle se faisait appeler la Comtesse Baudesson de Richebourg ; sans doute parce qu’elle avait été défendue, dans un procès, par le Comte de Richebourg, et qu’elle avait trouvé que ce nom sonnait bien…

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Camille Mauclair et l’Art et les Artistes.

Deux lettres de Camille Mauclair adressées à Armand Dayot, actuellement en vente sur Ebay, nous permettent de glisser un œil dans les coulisses de la revue « l’Art et les Artistes », fondée par Armand Dayot, et dont le premier numéro paraît en avril 1905.

Voici la première de ces lettres :

A St Leu Taverny
S et Oise samedi

Cher monsieur Dayot
J’ai vu Besnard hier ; je sais maintenant ce qui figurera à son exposition. Mais je vais faire l’article sans attendre, car elle ne sera constituée que le 7 mai. Je possède tellement le sujet que c’est aisé. Comptez donc sur mon texte pour le 2 mai. Je vous le porterai sans doute le 2 mai au matin avec quelques photos. Je n’ai pas trouvé grand chose chez Besnard, sauf des photos d’œuvres murales. J’ai pourtant pris 4 ou 5 têtes de femmes, et la jne fille orange. J’ai ici la Réjane, que Besnard même n’a plus. Je vous la prêterai, et peut-être une ou 2 autres choses si je les retrouve. Il vous écrira pour la question du cuivre. Il m’a dit qu’en principe il était disposé à vous le donner. Je crois bien que pour le reste il faudra vous entendre avec lui, pour avoir chez Roux ou chez Manzi quelques photos. Quant à mon texte je ferai de mon mieux, c’est tout ce que je puis dire – une sorte de préface synthétique, la dimension du texte rendant impossible tout examen de détail. J’aurais même eu le désir, le dessein de faire cette préface, et qu’elle servît à la fois pour l’exposition (catalogue) et pour la revue, celle-ci la publiant en inédit. Mais les dates rendent impossible cet arrangement et c’est cette raison qui m’a dissuadé d’en parler à Besnard, outre la délicatesse – car j’ai horreur de me mettre en avant et je suppose bien que Petit lui a donné déjà un préfacier plus titré que moi, sinon plus compréhensif de son oeuvre.
Quant à ce que je vous ai dit hier, j’en maintiens l’entière véracité et j’en ai tu bien des détails. Je ne voudrais cependant pas que cette explication prît à vos yeux un caractère agressif, la personne m’étant indifférente et rien de plus, et mon parti étant pris des petits tours passés. Seulement j’ai senti que vous étiez très-froissé, avec votre nature spontanée, des choses douteuses constatées récemment, et je n’ai pu me retenir, entendant nommer avec confiance une seconde personne qui vaut la première, de vous en parler, par une impulsion de sympathie m’engageant à vous mettre en garde – Cela n’empêche nullement que cette personne puisse agir plus convenablement avec vous, personnage officiel et très « assis », dans la vie, qu’avec le jeune et naïf auteur que j’étais il y a deux ans et demi. C’est une question de surveillance et d’essai, voilà tout.
Au 2 mai, cher Monsieur Dayot, et trouvez ici ma bien vive et bien sincère cordialité.
Camille Mauclair
J’aurais le grand désir qu’on sût en France que j’ai publié ce livre récent sur Rodin. Voulez-vous être assez bon pour insérer une petite note que je joindrai à mon texte sur Besnard – un simple écho très bref ? Voulez-vous aussi penser à Sargent, à ses gravures, pour que rien ne m’empêche de m’en occuper sitôt le Besnard publié ?
Enfin je m’en remets à vous pour que soit réparée l’omission de mon nom dans la liste des collaborateurs.

L’article de Mauclair sur Albert Besnard paraît dans le numéro 3 de la Revue, daté de juin 1905 ; il occupe les pages 109 à 119. Il est illustré de dix reproductions in-texte, et deux reproductions à pleine page de tableaux de Besnard – mais il n’y a pas de gravure qui pourrait correspondre au cuivre évoqué par Mauclair dans ce numéro : elle paraîtra dans le numéro de septembre 1906.

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De même, le portrait de Réjane évoqué dans la lettre n’est pas reproduit. En revanche six têtes de femmes figurent parmi les douze reproductions.

 

mauclair_rodin

Dans le supplément de ce numéro paraît l’écho suivant, dans la rubrique « Livres d’Art » :

M. Camille Mauclair a publié récemment chez l’éditeur Duckworth, de Londres, un livre sur Auguste Rodin, sa technique et son symbolisme. L’ouvrage, luxueusement édité et illustré, outre une biographie, une bibliographie et une iconographie très complètes, présente une analyse minutieuse et une psychologie très précise des idées et du caractère tout spécial du génial sculpteur. Cette oeuvre obtient un grand succès de curiosité sympathique dans la presse anglaise et dans le public sur lequel l’oeuvre de Rodin exerce, comme on sait, une profond influence.
Ajoutons que la même librairie d’art, qui avait déjà publié le livre de M. Mauclair sur l’Impressionnisme avant l’édition française, a demandé au même écrivain un Watteau dont, paraît-il, la thèse sera inattendue et curieuse.

Le texte prend tout son sel si l’on sait que c’est Camille Mauclair qui en est l’auteur…

On a vu, dans sa lettre, que Mauclair est un peu frustré par les limites imposées à son article ; il se rattrapera près de vingt années plus tard, en publiant, dans la même revue (numéro de mars 1924) une grande étude sur Besnard – qui occupe les pages 209 à 246, soit la quasi-totalité du numéro.

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Dans cette étude de très nombreuses œuvres sont reproduites, dont le fameux portrait de Réjane..

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Voici la seconde lettre de Camille Mauclair à Armand Dayot.

 

St Leu Samedi
Mon cher ami
J’irai peut-être vous demander à déjeuner lundi. Comme dit l’autre, attendez-moi sans m’attendre : c’est-à-dire que je compte venir, mais qu’il peut arriver un empêchement de dernière heure. De votre côté, s’il y en a un ne m’écrivez ni ne prenez souci : si je ne vous trouve pas, je fais d’autres courses et voilà tout. Nullement étonné de l’affaire du Matin, mais curieux de savoir le genre de muflerie, celle-ci, en soi, n’ayant jamais fait doute en mes prévisions.
L’article fera grand plaisir au brave Picard. Avez-vous prié Laurent de faire un dessin hors-texte (Doucet me disait vous en avoir parlé, une litho ou je ne sais quoi. On aurait aisément une chose exquise). Vous savez qu’en fait de miss C. qui a le temps d’attendre et dont rien ne presse, nous sommes convenus de Mlle Claudel, et pour avril ! Autre chose. Je sors de l’exposition Pellet absolument enthousiasmé par la génialité de Louis Legrand, et je rêve un article sur lui, que je sens plus que tous les autres. Nous en causerons. Pour l’amour de Dieu laissez dans l’ombre mon ignoble portrait de la brochure Aubry ! A vous 
Mauclair
Lisez la « Revue » du 15, il y a l’article sur le Salon d’Art.

Camille Mauclair parle de Doucet : il occupe, au moins depuis le numéro 2 de la revue, le poste de « secrétaire« , terme vague, qui reprend le titre qui était le sien au sein de la Revue Illustrée ; Doucet ne publiera pas d’article, du moins pas d’article signé de son nom ; il signera la rubrique des nouvelles parutions. Doucet et Mauclair se connaissent depuis quelques années ; notamment depuis la publication, par le Livre et l’Estampe, du livre de Mauclair, les Danaïdes.

L’article sur Picard paraît dans le numéro de décembre 1905 ; il est paginé de 107 à 116.

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Il contient deux pages hors-texte, qui peuvent correspondre à ce qu’évoque Doucet – mais Laurent n’est pas mentionné.

Il n’y aura pas d’article publié sur Camille Claudel ; même si elle est citée à plusieurs reprises, avec notamment la reproduction du Pardon, dans le numéro de décembre 1905.

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L’article sur Louis Legrand, souhaité par Camille Mauclair, sera publié dans le numéro de janvier 1906 ; il occupe les pages 152 à 164 ; la revue publie pas moins de sept hors-texte à cette occasion !

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Nb : La plupart des illustrations de cet article sont issues de Gallica (gallica.bnf.fr).

 

un petit livre énigmatique : Vacances à la mer.

Jérôme Doucet a travaillé plusieurs années pour l’éditeur Félix Juven ; dans ce cadre il a produit, sous son nom ou en utilisant ses pseudonymes, de nombreux petits livres pour enfants, entre 1904 et 1910 – ces dates étant approximatives, ces petits livres n’étant pas toujours datés. Ces petits livres sont aujourd’hui bien oubliés ; on n’en trouve que rarement trace, et ils sont pour la plupart absents de toutes les bibliothèques publiques.

Voici un exemple de ces publications, un petit livre sur lequel on ne sait finalement pas grand chose…

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Il s’agit de « les Vacances à la mer« , petit livre de 48 pages, de 11 cm sur 17,5 cm, inséré dans un cartonnage rouge et or de 12 cm sur 18,8 cm ; sur le cartonnage la seule mention présente est un rappel du titre : « Vacances à la mer » (sans l’article).

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La page de titre indique le nom de l’auteur : S. de Pierrelée, pseudonyme habituel de Jérôme Doucet ; le nom de l’éditeur : Paris, Société d’Edition et de Publications, 13 rue de l’Odéon – il s’agit de la société fondée par Félix Juven en 1904. Nulle autre mention.

Le volume regroupe deux textes :

  • les vacances à la mer, de la page 5 à la page 32 ;
  • le Cosaque, de la page 33 à la page 45.

Le premier texte est illustré par quatre hors texte, signés Jean Lorant et datés 1904.

Le second texte est illustré par deux hors-texte, non signés ni datés mais pas du même illustrateur.

Datation.

Le livre n’a pas de mention d’imprimeur, qui comporte souvent une date ; nous ne pouvons donc que nous baser sur les rares éléments présents.

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Le premier est bien sûr le nom de l’éditeur ; cette société a été créée en 1904. Le second, qui vient confirmer cet élément, est la datation des premières illustrations : 1904. Le livre a donc été publié au plus tôt en 1904.

D’autre part, le texte sur le cosaque, parle de la guerre Russo-Japonaise au présent :

« Il n’est question en ce moment que de cosaques. Leurs sotnias, en Mandchourie, harcèlent les Japonais, car les Cosaques sont aussi excellents cavaliers, ont d’aussi bons petits chevaux, que les Nippons sont médiocres écuyers et ont de mauvaise cavalerie. »

Cette guerre, qui s’est terminée en septembre 1905 par la défaite de la Russie, permet de dater ce texte de 1904 ou du début de 1905 – et il n’est sans doute pas republié tel quel après la fin de la guerre.

Illustrateurs.

Le premier illustrateur a signé, certes… Jean Lorant. Je n’ai pas trouvé d’informations sur celui-ci ; peut-on le rapprocher de Vincent Lorant, qui signera Lorant-Heilbronn ? peut-être son frère ?

Le second illustrateur reste inconnu ; il semble à l’aise dans la représentation des chevaux, ce qui n’est pas si courant dans les publications pour enfants de l’époque.

Marie Meunier, portrait par Camille Pissarro.

Eugène Murer, demi-frère de Marie Meunier, future épouse de Jérôme Doucet, est un des premiers collectionneurs des peintres impressionnistes, Renoir, Sisley, Pissarro, dont il achète les toiles sans rechigner (mais en comptant, tout de même).

A cette époque Marie Meunier vit avec son demi-frère, pour s’occuper de son fils, Paul Meunier ; on trouve logiquement des portraits des trois, exécutés par ces peintres ; dont Renoir et Pissarro – un recensement de ces portraits est effectué ici.

Parmi ces portraits figure un pastel de Marie Meunier, exécuté par Camille Pissarro en 1877.

Ce pastel se trouve, au début des années 1920, dans la collection Meyer Goodfriend ; il figure sous le numéro 80 dans la vente de début janvier 1923.

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Voici sa description :

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Camille Pissarro – French : 1831- 1903

80 – Portrait of mademoiselle Murer (Gouache) Height, 24 3/4 inches ; width, 18 1/4 inches (61 cm sur 46 cm environ)

Bust portrait of a plump woman in youthfil maturity, clad in colorful hues both light and dark, seated and facing the right, three-quartes front. She is smiling, and directs her quizzical glance toward her right. Her hair, curling loosely over her forehead, is dressed high at the back and adorned with ping ribbons.

Signed at the lower left, C. Pissarro, 1877.

Collection R.Pissarro, Paris. 

Puchased frome the Galerie Barbazanges, Paris.

Le catalogue contient la reproduction, en noir, du portrait :

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En 1877 Marie Meunier (dite Murer) a 28 ans.

Ce portrait figure ensuite dans la collection William Laporte, et se retrouve dans le catalogue de la vente du 30 mars 1944 :

 

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Il est référencé sous le numéro 73 :

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CAMILLE PISSARRO French : 1831-1903.
73. MADEMOISELLE MARIE MURER. Portrayed at bust-length to half-right, with dark hair dressed with a pink ribbon, wearing a laced sapphire blue bodice and white fichu ornamented with a rose. Shaded blue-green and fawn backgrounr. Signed at lower left C. PISSARRO, and dated 1877.
Pastel : 25 1/2 x 19 1/4 inches (63,5 cm sur 48 cm environ)

Collection of Eugène Murer
Collection of Jerome Doucet
Collection of Ludovic Rodo Pissarro
From the Galerie Barbazanges, Paris
Collection of Meyer Goodfriend, New York, 1923 and 1927
Collection Foinard
4th Exposition des Peintres Impressionnistes, Paris, 1879, no 202
Illustrated in Drawing and Design, October, 1920
Illustrated in Le Phare, April 14, 1924
Illustrated in A. Tabarant, Pissarro, 1925, fig 12 (as Portrait de Femme)
Described and illustrated in Ludovic Rodo Pissarro and Lionello Venturi, Camille Pissarro, 1939, vol 1, p. 292 No 1537, vol II, pl. 295, no 1537.

Le tableau est reproduit :

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Il s’agit bien du même tableau, malgré les différences de taille et de technique des deux descriptions.

La notice permet de retracer une partie de son histoire :

  • il est peint en 1877 ;
  • en 1879, il figure dans la 4eme exposition des peintres impressionnistes, sous le numéro 202 – avec le titre : Portrait de Mlle M…. A noter que le numéro suivant, 203, est le portrait de Eugène Murer, sous le titre Le Pâtissier. Appartient à M. M…

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  • il appartient à cette date à la collection (indivise avec sa sœur) de Murer.
  • en 1897, Au mariage de Marie Meunier et de Jérôme Doucet, il est conservé par les époux, et donc figure « dans la collection de Jérôme Doucet » (sic).
  • Il est revendu à Ludovic Rodo Pissarro, fils de Camille Pissarro, à une date inconnue – peut-être en 1919, à la mort de Marie Meunier ?
  • La galerie Barbazanges le revend à Meyer Goodfriend (joaillier de New York)
  • Il est vendu en 1923, au prix de 750 dollars (soit 10 000 dollars de nos jours)
  • Il appartient à une date indéterminée dans la collection Foinard ; mais ne figure pas dans les catalogues de ventes correspondants.
  • Il appartient à la collection William Laporte – jusqu’à sa dispersion en 1945.

Je n’ai pas retrouvé sa trace depuis…

 

Le journal des ouvrages de dames.

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Le Journal des Ouvrages de dames est une revue mensuelle, publiée par François et Laure Tedesco ; comme son nom l’indique c’est une revue spécialisée, qui publie des patrons divers, pour la broderie, la couture, essentiellement. Ce n’est pas la seule revue du groupe ; on peut citer Ma Poupée, qui cible les fillettes ; Mademoiselle, pour les jeunes filles, ainsi que Le Petit Monde – et sa déclinaison, le Théâtre du Petit Monde.

Dans ces revues, les Tedesco insèrent également des pages plus journalistiques ; un courrier des lecteurs, des concours, des pages de dessins, souvent confiées à des dessinateurs attitrés, et des contes, écrits par les Tedesco eux-mêmes, ou plus souvent par différents auteurs pour enfants. Parmi les dessinateurs on peut citer René Giffrey, qui intervient très souvent (et dessine notamment les couvertures de Ma Poupée).

Le numéro de Noël 1913 (qui paraît le 1er décembre 1913), au format 24,5 cm sur 32 cm, est un numéro spécial, vendu un franc (alors qu’un numéro normal est vendu cinquante centimes), qui groupe un ensemble de contributions spécifiques.

Ce numéro est annoncé par une publicité insérée dans de nombreux journaux :

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Voici son sommaire :

  • couverture : la Reine Mathilde et la tapisserie de Bayeux, par Serge de Solomko ;
  • les amoureux à la crèche, par F. Funck-Brentano, illustrations de O.D.V Guillonnet ;
  • la Vierge aux raisins, tableau de David ;
  • la Chanson de Pénélope, par Jérôme Doucet, illustration de S. de Solomko ;
  • la Chanson des toits, par Raymond Crussard, encadrements de Sandy Hook ;
  • l’Aventure Vénitienne, par J. de Montfrileux ; illustrations de Robida ;
  • le Livre de Paix, tableau de Maxence ;
  • le Pont-Neuf, par J. de Richebourg, illustrations d’après des documents anciens ;
  • Broderies d’hier et d’aujourd’hui, reproductions en couleurs de broderies anciennes et modernes ;
  • Travaux de dames, étude et reproductions, Cousine Claire ;
  • Eugénie de Baculard d’Arnauld, par Greuze ;
  • les Empenneresses, conte de Noël par Jérôme Doucet, compositions de E. White ;
  • la Femme et la Perle, par S. de Pierrelée, illustré d’après des tableaux de maîtres ;
  • la Croisée, par Debucourt ;
  • la Légende de Sainte Odile, illustrations et texte par P. Pascal.

Ces quinze éléments peuvent se répartir entre :

  • 5 gravures (la couverture, les reproductions de David, Maxence, Greuze, Debucourt)
  • 2 articles « dans le sujet » : travaux de dames, broderies ;
  • 3 articles d’auteurs divers (Funck-Brentano, Raymond Crussard, qui est un « auteur Maison » de Tedesco, P. Pascal)
  • et 5 articles directement écrits par Jérôme Doucet lui-même, signés d’un florilège de ses pseudonymes !

En effet, on sait que Jérôme Doucet signe assez facilement ses contributions de façons diverses – Doucet, Montfrileux, Pierrelée – et nous voyons ici apparaître un nouveau pseudonyme, J. de Richebourg.

De plus, on peut remarquer que parmi les 5 gravures, certaines pourraient facilement avoir été choisies par Jérôme Doucet :

  • Serge de Solomko, à cette date, n’a encore illustré qu’un livre, de Jérôme Doucet justement : Pages d’amour ;
  • Edgar Maxence est un ami de Doucet ; et il illustrera Verrières, qui est lié à cette publication ;
  • Doucet a publié une étude sur les graveurs du XVIIIe siècle, ainsi qu’un port-folio, dans lequel il met en avant Greuze et Debucourt.

Le sommaire est suivi d’une introduction « à nos Lectrices ». Elle n’est pas signée ; mais son style rappelle fortement Jérôme Doucet…

A nos lectrices.

Au temps jadis, le moindre opuscule avait sa préface, sa notice, son avertissement ; toute oeuvre dramatique débutait par un prologue, un préambule. C’est qu’alors on se préoccupait uniquement de satisfaire le public, de tout l’effort de sa meilleure volonté. Amies lectrices, nous avons voulu rééditer cette coutume du bon vieux temps, dont nous avons cherché à reprendre aussi les saines traditions.

Nous nous sommes efforcés, comme nous nous efforcerons toujours, de ne vous présenter que des lectures plaisantes, saines, instructives, pleines à la fois de conseils pratiques, d’enseignements utiles, sous leur forme divertissante, et toujours dans el ton de la meilleure compagnie.

Tout particulièrement, en ce numéro spécial, remerciement offert à votre fidèle attention, nous avons groupé tout un choix fait, croyons-nous, pour vous plaire.

Rares et curieuses broderies de ce vieux temps, reproduites dans leurs teintes adoucies à côté de leurs émules les plus élégantes de l’heure actuelle, contes de Noël, magistralement illustrés, poésies gracieuses, nouvelle pittoresque, étude historique et documentation instructive, sans oublier la part légitime de l’élégante coquetterie. Enfin, pour orner vos murs, si cela vous plaît, vous n’aurez qu’à détacher les quarte estampes, plaisantes et variées, que nous avons imprimées avec grand soin sur du  beau papier fort, de luxe.

Puissent-elles, quand elles vous tomberont sous les yeux, vous rappeler notre souvenir et nos efforts, ainsi que les vœux que nous joignons, ici, pour vous, en ce numéro de Noël de votre fidèle :

JOURNAL DES OUVRAGES DE DAMES.

Voici, dans l’ordre de publication de la revue, les (autres) contributions de Doucet.

La Chanson de Pénélope.

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C’est une chanson, comme Doucet en a écrit de nombreuses autres ; à ma connaissance elle n’a pas été reprise. Elle est illustrée d’une composition de Serge de Solomko, à qui on doit également la couverture ; cette composition est connue par ailleurs, car elle a été éditée en carte postale par Lapina – le titre de la carte postale ne fait pas référence à Pénélope : « femme perse tressant un tapis« .

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L’Aventure Vénitienne.

C’est un petit conte, qui met en scène une belle Vénitienne, Isabelle, condamnée à porter un masque car elle est trop belle ; et ses soupirants – occasion de nous montrer, via les dessins de Robida, tous les hauts lieux de Venise.

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Ce n’est pas la première fois que Robida et Doucet travaillent ensemble – à cette même période se situe la publication de Mon ami Pierrot.

Voici la reproduction de ce conte :

la Naissance du Pont-Neuf.

Il ne s’agit pas d’un conte, mais d’un article didactique, qui nous retrace toute l’histoire de ce pont, depuis Lutèce jusqu’au XVIIe siècle.

Cet article est signé de J. de Richebourg ; une phrase de l’introduction peut nous donner une indication sur le nom réel de l’auteur :

Je me souviendrai toujours de cette vision quelque peu poignante ; j’étais dans la boutique fameuse, pleine de trésors littéraires, de Lucien Gougy, le libraire érudit, le Parisien charmant, dans cette vieille boutique spirituelle qui semble si souvent le fumoir de la proche Académie, et nous attendions que la Seine arrivât jusqu’à nous.

Lucien Gougy, grand ami de Jérôme Doucet, dont la mère est née Élise Baudesson de Richebourg…  je ne crois pas qu’il s’agisse de coïncidences.

Les Empenneresses.

Les empenneresses, ce sont les personnes chargées de réaliser les pennes des flèches ; de tailler et de fixer les plumes sélectionnées pour l’empennage.

Ce conte « de Noël » est d’une tonalité très religieuse : une empenneresse veut bien réaliser sa tâche pour défendre son château contre les attaques de Normands ; mais quand la châtelaine lui commande des flèches pour chasser des oiseaux, elle a un mouvement de révolte ; elle jette toutes les plumes sélectionnées… heureusement, un menuisier, venu lui apporter les flèches, va l’aider à retrouver des plumes ; c’est un menuisier un peu particulier : il peut faire apparaître une colombe réelle à partir de la colombe de l’Esprit-Saint d’un vitrail ; il a une plaie aux mains… les flèches réalisées ne blesseront aucun oiseau, et l’empenneresse s’enfuira avec le menuisier, nimbé d’or, suivi d’un vol de colombe…

Le conte est illustré de trois compositions de White, dont deux qui se répondent.

Ce conte sera de nouveau publié, en 1920, par la revue Canadienne la Revue Moderne ; deux seulement des illustrations de White seront reproduite, perdant l’effet de miroir de la première publication.

Il sera de nouveau publié, sous le titre « L’Empenneresse« , dans le recueil « Verrières« , illustré par Paul de Pidoll et Edgar Maxence, en 1926 et 1929 ; dans cette dernière version le récit est très amplifié.

La Femme – La Perle

Il s’agit d’une étude sur la perle comme ornement féminin ; il est signé S. de Pierrelée, pseudonyme courant de Jérôme Doucet.

Il est illustré de reproductions de portraits féminins.

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Gravures insérées.

Nous avons vu que quatre gravures ont été insérées dans l’ouvrage, tirées sur un papier plus fort que « vous n’aurez qu’à détacher », « pour orner vos murs »…

Il me semble qu’on peut reconnaître Doucet derrière le choix de ces gravures.

Autres participations de Doucet aux publications Tedesco.

Comme on l’a vu, Doucet a fortement contribué à ce numéro du Journal des Ouvrages de Dames. Il a également fourni d’autres articles et contes, pour d’autres publications du groupe Tedesco :

Boudomme – Le Petit Monde, 1919-1920.

A partir d’octobre 1919, Le Petit Monde publie Boudomme, roman de jérôme Doucet, illustré par Henry Morin. A ma connaissance ce « roman » n’a pas été réédité.

Ma poupée – 1919 – Montfrileux.

Dans le numéro de décembre 1919 de Ma Poupée, Doucet, sous la signature de Montfrileux, publie une histoire intitulée « Poupées d’antan – histoire d’une poupée grecque et d’une poupée romaine » ; elle est illustrée de deux compositions de René Giffrey, illustrateur attitré du journal.

Ma Poupée – 1920 – contes de fée.

En 1920, Doucet publie une série de contes de fée, dont « Timberli« , contes tous illustrés par René Giffrey. Ces contes seront publiés en volume par Tedesco sous le titre « Doigts de fée », en 1922 ; il s’agit d’un volume in-8 (hauteur 17 cm) de 131 pages, illustré par René Giffrey bien sûr.

« Ma Poupée » et « Le petit Monde » – septembre 1921 – Tristram Brachs

Le même mois, ces deux revues publient le même conte de Doucet, illustré par Harry Eliott, « Tristram Brachs, le fondeur de chandelles ».

 

Pages d’amour.

En 1912, Jérôme Doucet fait paraître un petit recueil de contes, plutôt pour adultes, et ceci à compte d’auteur. C’est le premier ouvrage qu’il fait paraître de cette façon ; jusqu’à ce moment, il a toujours utilisé les services d’un éditeur, pour toutes ses publications, y compris les plus confidentielles – publications fort nombreuses ; Pages d’amour sera la quatre vingtième publication de Jérôme Doucet !

Doucet a de l’expérience dans ce domaine, puisqu’il a dirigé une maison d’édition : le Livre et l’Estampe ; il a travaillé avec Ferroud ; il connaît bien les imprimeurs et le processus d’édition.

Au reste, ce n’est pas une volonté de Doucet de le publier « chez l’auteur » ; simplement, il n’a pas trouvé d’éditeur !

En effet, dans sa dédicace, Jérôme Doucet nous informe qu’Anatole France avait bien voulu le recommander à son éditeur (sans doute Calmann-lévy), pour ce livre, mais que ce dernier avait été trouvé trop court – et Doucet, n’ayant pas voulu ou pu étoffer son ouvrage, s’est décidé à l’éditer lui-même.

Cette dédicace à Anatole France est intéressante à un autre titre ; Doucet y cite la leçon bien apprise, faisant partie des Contes de jacques Tournebroche, publié par Anatole France quelques années auparavant ; et toutes proportions gardées, les pages de Doucet sont dans la même veine.

En effet, il s’agit ici de petits textes, très courts, qui mettent en scène des personnages historiques ou légendaires, avec un page qui joue un rôle insoupçonné dans l’histoire officielle ; les maris n’en sortent pas indemnes. Le ton est très léger, et détonne un peu dans la production de Doucet.

Les douze contes retenus sont les suivants :

  • La Belle Hélène
  • Le Roi Midas
  • Le Roi Crésus
  • La Reine Candaule
  • Madame Putiphar
  • Madame Dagobert
  • Madame Barbe-Bleue
  • Madame Gambrinus
  • la Duchesse de Malbrouck
  • Madame de Carabas
  • Le Roi d’Yvetot
  • Le Ci-Devant

Comme souvent, Doucet a retenu douze contes ; il a pu en écrire d’autres, non retenus dans ce recueil.

Serge de Solomko.

Pour ce livre, Doucet a fait appel à un artiste qui n’a encore jamais illustré de livre : ce sera sa première contribution à un livre imprimé. Mais il ne s’agit pas d’un jeune débutant ; en effet, Sergueï Solomko, dit Serge de Solomko en France, est un artiste russe, né en 1867 ; il a donc déjà une certaine expérience en 1910 ; ses illustrations sont notamment reproduites en cartes postales par l’éditeur d’origine Russe Ilya Lapina. Il donne des dessins de presse dans diverses revues ; notamment en 1906, à la Revue Illustrée, une caricature de Colette et Willy.

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la Revue Illustrée, 20 mars 1906 – source : Gallica.bnf.fr

Dans ce livre figure une seule illustration de Solomko, placée en frontispice.

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Solomko – fronstispice de Pages d’amour

Il n’est pas impossible qu’il ait réalisé d’autres illustrations, non retenues pour la publication ; il existe notamment une carte postale représentant Joseph et la femme de Putiphar, qui aurait parfaitement eu sa place dans ce livre.

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source : trouvé sur Pinterest.

 

Doucet fera appel à Serge de Solomko à d’autres occasions ; notamment en fin d’année 1913, pour la chanson de Pénélope, publié dans le numéro de Noël de la revue « Journal des ouvrages de dames«  ; puis de nouveau en 1921, pour illustrer la Légende des mois, chez Hachette.

 Pages d’amour.

Matériellement, le livre est un in-4° carré (22 cm sur 24 cm) de 110 pages plus 6 pages non numérotées ; il a été imprimé par l’Édition Romane, 40 rue des Mathurins, à Paris, l’achevé d’imprimer est daté du 20 juillet 1912.

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La couverture et la page de titre sont dessinées par Girardclos, dessinateur publicitaire ;  le texte est imprimé en noir, dans des encadrements jaune orangé, avec une mise en page très aérée.

Le livre est publié à Paris, aux despens de l’auteur, 91bis, rue du Cherche-Midi, ou à l’Edition Romane, 40 rue des Mathurins.

 

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Le tirage est limité à 99 exemplaires :

  • 3 exemplaires sur Japon à la forme, vendus 50 francs ;
  • 6 exemplaires sur papier de chine (non indiqués dans le prospectus) ;
  • 9 exemplaires sur Japon Impérial, vendus 30 francs ;
  • 81 exemplaires sur Papier à la forme, vendus 20 francs.

Hors les grands papiers, le livre est imprimé sur pur fil dAnnonay.

Le prospectus donne quelques indications :

Ces douze contes, douze fantaisies, douze poëmes en prose d’un goût si précieux, d’une forme si raffinée, ne sont peut-être pas dans leur frivolité amoureuse, une lecture pour tous les âges. Pourtant rien n’y saurait choquer si l’on aime les choses bien dites et spirituellement troussées.

Le livre en lui-même imprimé avec un caractère Roman neuf (dont ceci est un specimen), grand, artiste, sur du très-beau papier de fil à la forme, ou du Japon, est un chef-d’oeuvre de typographie, un bibelot raffiné. Malgré son tirage fort restreint, comme ce livre est édité en dehors de toute spéculation et non en librairie, il est d’un prix abordable pour tous.

La typographie, comme l’indique le prospectus, est effectivement assez soignée ; une mise en page claire, chaque page est entourée d’un filet orangé, avec rappel près de chaque cadre. D’un tirage très faible, le livre est relativement rare ; on n’en voit en vente qu’exceptionnellement.

 

Annexe : dédicace à Anatole France.

Voici le texte inséré en guise de dédicace :

Pour ANAT0LE FRANCE.
Maître,
Je vous envoie bien tardivement ces « Douze Pages d’Amour » dont l’an passé vous acceptiez la dédicace ; pardonnez cette lenteur, je vais vous en dire la cause.

Vous souvient-il que, si gentiment, vous les prîtes par la main, ces polissons, & les conduisites dans une grande et belle librairie. Ils furent accueillis avec un sourire qui vous revenait, examinés loyalement pour voir à quoi ils pourraient bien s’employer. Mais quand on voulut les mettre en pages, en pages de la maison, on s’aperçut qu’ils ne faisaient pas à eux douze un gros volume.

« Soyez sages & mangez votre soupe » leur fut-il dit avec bonhomie… Ils grandiront, pensait-on, car ils sont esp… iègles ! non !

Ces espiègles ne mangèrent pas leur soupe, préférèrent se nourrir d’amour & d’eau claire, quitter ce beau palais, pour aller loger à la belle étoile.

Je les ai grondés, amenés, je crois, à composition, corrigés de près & les voici, Maître, inclus en ces cent-douze pages, ces douze pages.

Je vous les offre à nouveau avec l’espoir que la leçon écoutée de vous, pour moi fut un peu « La leçon bien apprise ».
J. D.
Mai 1912.

 

 

 

 

Doucet au Gil Blas Illustré.

Le Gil Blas Illustré hebdomadaire est le supplément du journal quotidien Gil Blas ; il est servi comme prime aux abonnés. Gil Blas est un quotidien, créé en 1871 ; le supplément illustré est créé en 1891.

Ce supplément est constitué de deux feuilles pliées, ce qui donne huit pages ; la première page étant réservée à un grand dessin, soit isolé, soit en rapport avec le texte publié page suivante. La dernière page est le plus souvent occupée par une chanson, illustrée, assez souvent avec la partition. De nombreux illustrateurs sont mis à contribution, dont principalement Steinlen, notamment pour la dernière page ; mais on trouve aussi très fréquemment Paul Balluriau (1860-1917) ; il en est d’ailleurs le directeur artistique de 1897 à 1900.

Si l’iconographie choisie est en général assez populaire, avec une illustration souvent caricaturale, qui rappelle le Rire, la partie littéraire est de bonne tenue ; on trouve fréquemment les signatures des plus grands auteurs, comme Guy de Maupassant, Barbey d’Aurevilly, Émile Zola, Anatole France. De même, les chansons, quelquefois signées d’auteurs peu renommés, peuvent aussi être dues à Verlaine ou Baudelaire.

Jérôme Doucet, auteur de chansons et de textes courts, avait toute sa place dans ce journal ; et effectivement il y a été publié très tôt.

1894 et suivantes : chansons.

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La première contribution relevée est datée du 30 septembre 1894 (numéro 39) ; à cette date le Gil Blas illustré publie, en dernière page, la chanson « Il ne vit qu’un jour, l’amour« , Ronde, paroles et musique de Jérôme Doucet, avec une illustration de Paul Balluriau. A cette date Doucet habite toujours Rouen ; il a très peu publié, essentiellement des pièces théâtrales, en tirage très limité ; on trouvera le détail de ces publications dans cet article.

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Une autre chanson est publiée en 1896, dans le numéro 6 : « la chanson de la chair », paroles de Jérôme Doucet, sans musique ; l’illustration est toujours de Paul Balluriau.

Il existe sans doute d’autres chansons, publiées dans ces années-là. Ces chansons ne sont pas reprises dans les publications ultérieures de Doucet ; mais elles ont pu faire partie du projet, non abouti, de publication sous le titre « la chanson des gens« , évoqué par Doucet dans la Puissance du souvenir.

1903 : Jérôme Doucet, directeur.

Le bandeau du numéro 8 de 1903 est le suivant :

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On note la mention de Jérôme Doucet, directeur. Cette mention figurera jusqu’au numéro 18 ; Doucet est sans doute resté directeur, sans que ce soit explicité sur le bandeau (ce qui était courant pour ce journal) jusqu’à la fin de parution du journal, au numéro 34.

Les contributions de Doucet, maintenant qu’il est directeur, seront nettement plus fréquentes… Voici quelques exemples.

Le livre des masques.

Cette même année 1903, Jérôme Doucet, qui dirige également la maison d’édition le Livre et l’Estampe, publie le Livre des Masques, collection de cent caricatures féroces, illustrées par Jules Fontanez. Certaines de ces caricatures sont publiées dans le Gil Blas illustré, dont notamment :

  •  numéro 8 : les étudiants,
  • numéro 26 : les amoureux,
  • numéro 27 : les touristes,
  • numéro 29 : les catholiques.
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double page du livre présentée devant la double page du journal.

Le Gil Blas est un journal, donc d’un format assez imposant : 28 cm sur 40 cm ; ces caricatures sont publiées sur la double page centrale, donc avec un format de 56 cm sur 40 cm, ce qui rend ces caricatures encore plus impressionnantes. La publication du livre sera bien moins imposante : le livre est au format 16 cm sur 24,5 cm.

1903, numéro 9 : chanson d’amour.

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Une nouvelle chanson, du même registre que celles publiées en 1894 et 1896, est insérée dans le numéro 9 de 1903 : chanson d’amour, paroles de Jérôme Doucet, pas de musique, avec un dessin de Théophile Steinlen.

la Chanson des Choses.

Doucet a publié en 1898 un recueil de cinquante-cinq chansons, chez Henry-May, intitulé la Chanson des Choses ; ces chansons, illustrées par de nombreux artistes, avaient pour la plupart été publiées par la Revue Illustrée. Doucet a puisé dans ce vaste ensemble pour alimenter Gil Blas. Voici deux exemples :

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  • numéro 11 de 1903 : la chanson du masque.

Cette chanson, insérée dans un grand cadre de Giraldon, qui avait déjà été utilisé pour la publication dans la Revue Illustrée, en 1897, mais avec des couleurs différentes.

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la chanson du masque, dans la Revue Illustrée, 1897.
  • la chanson des fuseaux.

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Cette chanson est insérée dans un cadre de A. Cossard ; elle a été mise en musique par Henri Letocart (1866-1845). Cette illustration n’a rien à voir avec celle qui avait été utilisée lors de la publication dans la Revue Illustrée, ou dans le livre la Chanson des Choses (cadre de Giraldon).

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Pierrot.

Doucet republie certaines des pantomimes qu’il avait publié, en 1900, sous le titre général de Mon ami Pierrot, avec des illustrations de Louis Morin. Entretemps, Doucet et Morin se sont brouillés ; la publication dans Gil Blas sera sans illustration..

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Au moins deux de ces pantomimes sont publiées :

  • Dalila, à une date inconnue,
  • le Sermon, dans le numéro 11.

 

Jean Lorrain.

Doucet, grand ami de Jean Lorrain, republie plusieurs de ses contes, qui avaient déjà été publiés auparavant, notamment dans la Revue Illustrée. C’est le cas notamment de :

  • la princesse sous verre, dans le numéro 11,
  • la princesse Neigefleur, dans le numéro 13,
  • Madame Gorgibus, dans le numéro 18.

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Ces publications ne reprennent pas les illustrations d’origine ; les contes sont seulement illustrés par la première page, dédiée ; le conte étant repoussé à la seconde page. Pour Madame Gorgibus, l’illustration est de Georges Conrad ; pour la Princesse sous verre et la Princesse Neigefleur, elle est de Jules Fontanez.

Numéro 31 : spécial Doucet.

Dans ce numéro, Jérôme Doucet a beaucoup contribué… On trouve en effet :

  • Prenez garde ! par Simon de Pierrelée ;
  • Jardin de Paris, par S. Builder,
  • Duo du soir, par Montfrileux.

Il s’agit des trois pseudonymes utilisés par Doucet…

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Prenez garde ! est une lettre d’homme,  dans le genre des nouvelles sous forme de lettre, alors à la mode ; elle sera republiée dans la Revue Illustrée, en 1905, illustrée par Dutriac, quand Jérôme Doucet en reprendra la direction. Dans Gil Blas, la nouvelle est illustrée par G. Carré.

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Jardin de Paris, illustré par Florane (pseudonyme de Louis Blanchard, 1871-1939), est un publi-reportage, dans le ton des articles de ce genre, que Doucet insérait dans la Revue Illustrée.

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Duo du soir est une chanson inédite, paroles et musique signées de Montfrileux ; l’illustration n’est pas signée mais est certainement de Florane.

Autres insertions.

Dans le numéro 31, Doucet publie, sous la signature de Montfrileux, une nouvelle intitulée « Ce pauvre ami » ; avec une illustration de G. Carré.

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A une date inconnue, Doucet publie, sous la signature de S. de Pierrelée, une nouvelle initialement publiée en 1896 par la Revue du Siècle, « Sonate à quatre mains« , elle était alors signée du père de Jérôme Doucet, Théophile Doucet.

Lors de sa republication, Doucet procède à quelques changements nécessaires ; en effet, dans cette nouvelle, le héros se nomme… Simon de Pierrelée ! Doucet ne peut évidemment pas conserver ce nom et renomme le héros Charles Créol. Par contre il ne change rien aux autres circonstances ; l’action se déroule à Rouen et au château de Poinchy, résidence du comte de Poinchy… il se trouve que les cousins de Jérôme Doucet se nomment justement Baudesson de Poinchy de Richebourg – Théophile Doucet n’est pas allé très loin pour nommer ses personnages.

 

 

 

 

 

 

 

 

peintres et graveurs libertins du XVIIIe siècle

Jérôme Doucet a publié, notamment dans la Revue Illustrée, des articles traitant de la partie artistique ; chez Juven, deux ouvrages de vulgarisation, sur les Peintres français, puis les Maîtres anciens ; chez Aubanel, un petit livre intitulé le Goût en art.

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En 1913 il publie un nouvel ouvrage dans cette série : « Peintres et graveurs libertins du XVIIIe siècle« , chez Albert Méricant, 29 avenue de Châtillon (à Paris). Doucet a déjà travaillé avec cet éditeur, chez qui il a fait paraître deux romans illustrés par Maurice Leloir : la Fille de Manon, en 1909, et sa suite, la Royale amoureuse, en 1910. Cet éditeur s’est spécialisé dans la littérature « de genre » (policiers, aventures, science-fiction) – voire légèrement scandaleuse.

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Ce nouveau livre, comme son nom l’indique, est centré sur les gravures libertines du XVIIIe siècle ; il s’agit toujours d’un ouvrage de vulgarisation, destiné à un public sans doute cultivé, mais pas spécialiste.

L’ouvrage présente trente gravures (et pas simplement des reproductions), tirées sur le papier vergé, épais, de couleur jaune, utilisé pour tout le livre. Ces gravures sont accompagnées d’une série de vignettes de Gilles Marie Oppenort (1685-1742), rééditées par Dorbon Aîné, gravées par Huquier.

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Il s’agit d’un volume in-4° (25 cm sur 32 cm), de 64 pages, sous couverture papier. Le tirage est numéroté « limité » mais la limite n’est pas indiquée – il existe un tirage de tête constitué de trente exemplaires sur papier de Hollande vergé à la forme des papeteries d’Arches (?), numérotés de 1 à 30. Le tirage est important ; sans doute un millier d’exemplaires, vendus 35 francs broché, 50 francs relié.

Le livre est publié sous le nom de Gérôme (sic) Doucet, sur la couverture et répété à la page de titre ; il n’y a pas de date d’édition indiquée mais l’achevé d’imprimer est daté du 10 avril 19013 par « la Semeuse », à Paris.

Le tirage des gravures est de bonne qualité, au point que certains exemplaires ont été dépecés pour en vendre les gravures ; on peut comparer ce tirage avec les reproductions photographiques, insérées dans le classique de Loys Delteil publié en 1910, chez Dorbon Aîné, le Manuel de l’amateur d’estampes du XVIIIe siècle ; en effet quelques-unes de ces gravures sont reproduites dans les deux ouvrages.

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(à noter que, coïncidence ou pas, sur la troisième de couverture figure une page de publicités dans laquelle l’ouvrage de Delteil occupe la première place).

 C’est le cas de l’essai du corset, gravée par Dennel d’après Wille, de l’éventail cassé, gravée par Louis Marin Bonnet d’après Jean Baptiste Huet ; ou encore Marchez tout doux, gravée par Trière d’après Freudeberg. Cette dernière gravure fait également partie d’un autre recueil de la même époque, le Musée galant du XIIIe siècle, publié par Charpentier et Fasquelle. Ce recueil a paru en dix livraisons à soixante centimes, en 1896.

Les partis-pris sont bien différents. Chez Delteil, les reproductions sont purement photographiques, sur papier couché, en format réduit (le livre est un in-8° de 16 cm sur 26 cm), et toujours en noir. Dans le Musée galant, les reproductions sont de meilleure qualité, et respectent la couleur le cas échéant ; le format est nettement plus grand (c’est un format à l’italienne de 35 cm sur 27 cm), mais ce ne sont toujours que des reproductions.

 

Textes.

Doucet accompagne ce choix de gravures d’une série de textes, de taille variable, mais en général assez courte :

  • de la chevalerie au sadisme ; c’est une introduction aux mœurs du XVIIIe siècle, qui occupe les pages 5 à 16 ;
  • la formation du genre libertin, de la page 17 à la page 31 ;
  • le droit de l’art au libertinage, de la page 33 à la page 39 ; Doucet s’y montre résolument contre toute forme de censure ;
  • le libertinage étranger, de la page 41 à la page 44 ; texte assez court : pour Doucet (comme pour Loys delteil), les graveurs étrangers sont bien inférieurs aux Français dans ce domaine ;
  • le Grand Maître libertin  : Honoré Fragonard, de la page 45 à la page 48 ;
  • les Petits Maîtres de l’Amour : Moreau, Baudouin et Debucourt, de la page 49 à la page 52 ;
  • la note sentimentale : Greuze et Prudhon, de la page 53 à la page 56.

Doucet termine avec un texte justifiant le choix des gravures retenues, mais sans en donner la liste, puis une série de prix d’adjudication, guide sans doute précieux pour le collectionneur.

Dans ces textes Doucet aborde tous les aspects de son sujet, des sujets représentés (le marivaudage, son évolution au cours du siècle), il présente un bref résumé de la vie des principaux artistes, sans oublier la technique.

A l’occasion (en parlant de Moreau le jeune), il n’hésite pas à aider un ami :

De nos jours, résurrection véritable, nous avons notre Moreau. Même talent, même façon de voir la vie d’après nature, mais pas ses jolis côtés, même dessin impeccable, même exécution délicieuse, même succès aussi auprès de tous, grand public et collectionneurs difficiles – j’ai nommé Maurice Leloir.
Il est inouï de voir revivre, avec une personnalité absolue, le talent de Moreau aussi complètement dans Leloir – sans pastiche, sans copie, sans inspiration. – Aussi, disons-le à ceux qui s’arrachent à prix fous les introuvables originaux de Moreau le jeune : achetez ceux de Maurice Leloir, ils valent autant pour la préciosité, ils vaudront autant au point de vue pécuniaire.

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Liste des gravures.

L’ouvrage ne donne pas d’indication sur les gravures reproduites ; voici, dans l’ordre, les trente gravures retenues. On notera que dans l’ensemble les gravures sont légères, mais jamais grivoises ; le libertinage est souvent lié à la légende, ou à une attitude qui pourrait être anodine en d’autres circonstances.

le verre d’eau gravé par Nicolas Ponce (1746-1831) d’après Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
le matin gravé par Emmanuel de Ghendt (1738-1815) d’après Pierre Antoine Baudouin (1723-1769 )
l’indiscret gravé par François Dequevauviller (1745-1807) d’après Antoine Borel (1743-1810 ?)
les soins tardifs gravé par Nicolas de Launay (1739-1792) d’après Pierre Antoine Baudouin (1723-1769 )
la méprise gravé par Charles François Adrien Macret (1751-1783) puis Jean-Louis Anselin (1754-1823) d’après François Nicolas Mouchet (1750-1830)
le joli chien gravé par Auguste Claude Simon Legrand (1765-1815 ?) d’après Nicolas Lavreince  (1737-1807)
on la tire aujourd’hui gravé par Salvatore Tresca (1750-1815) d’après Louis Boilly (1761-1845)
Hony soit qui mal y pense gravé par Jacques Bonnefoy d’après Louis Boilly (1761-1845)
le bain gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Nicolas René Jollain (1732-1804)
la toilette gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Nicolas René Jollain (1732-1804)
la comparaison des seins gravé par Jean François Janinet (1752-1814) d’après Nicolas Lavreince  (1737-1807)
la servante officieuse gravé par Alexandre Chaponnier (1753-1830 ?) d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
le bouton de rose gravé par Nicolas Joseph Voyez (1742-1806) d’après Pierre Alexandre Wille (1748-1821)
le miroir consulté gravé par Géraud Vidal (1742-1801) d’après Pierre Alexandre Wille (1748-1821)
les jets d’eau gravé par Pierre Laurent Auvray (1736-1781) d’après Jean Honoré Fragonard (1732-1806)
les pétards gravé par Pierre Laurent Auvray (1736-1781) d’après Jean Honoré Fragonard (1732-1806)
l’essai du corset gravé par Antoine François Dennel (1745-1820) d’après Pierre Alexandre Wille (1748-1821)
la défaite gravé par Gabriel Marchand (1755-) d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
le modele disposé gravé par Alexandre Chaponnier (1753-1830 ?) d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
la comparaison des petits pieds gravé par Alexandre Chaponnier (1753-1830 ?) d’après Louis Boilly (1761-1845)
l’éventail cassé gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Jean Baptiste Huet (1745-1811)
la jarretière gravé par Louis Marin Bonnet (1736-1793) d’après Jean Baptiste Huet (1745-1811)
j’y passerai gravé par Robert de Launay (1749-1814) d’après Antoine Borel (1743-1810 ?)
ma chemise brule ! gravé par Auguste Claude Simon Legrand (1765-1815 ?) d’après Jean Honoré Fragonard (1732-1806)
marchez tout doux, parlez tout bas gravé par Pierre Philippe Choffard (1730-1809) d’après Antoine Borel (1743-1810 ?)
Lison dormait gravé par Philippe Trière (1756-1815) d’après Sigismond Freudeberg (1745-1801)
le baiser gravé par Jacques Louis Copia (1764-1799) d’après Pierre Paul Prud’hon (1758-1823) (pour le chant III de l’Art d’aimer, de Bernard, chez Didot)
avant la toilette gravé par Auguste Claude Simon Legrand (1765-1815 ?) d’après Louis Boilly (1761-1845)
le bât gravé par Jacques Bonnefoy d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)
la servante justifiée gravé par Jacques Bonnefoy d’après Jean Frédéric Schall (1740-1808)

 

 

 

 

Doucet et la Société « les XX »

la Société « les XX » (et pas la Société des XX)… ce nom évoque quelque société secrète, on pense à une conjuration, un complot ? mais non, il s’agit simplement d’une association de bibliophiles, qui a comme principale caractéristique, comme son nom l’indique, d’être limitée à vingt membres.

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Cette société, fondée en 1897 par Pierre Dauze, présente d’autres singularités, que d’Eylac, dans un article du Bulletin du bibliophile, nous expose.

 

Article signé D’Eylac – bulletin du bibliophile et du bibliothècaire – 1902.

LA SOCIÉTÉ DES XX

Deux catalogues de ventes de livres ont révélé, en 1901, l’existence d’une Société qui, insoupçonnée du grand public, n’était guère connue, jusque-là, des bibliophiles eux-mêmes. L’époque de sa fondation remonte à 1897 ; elle s’appelle la « Société des XX ».  Pourquoi? Des gens qui ont le calembour facile ont insinué que, sans doute, le siège social était… à Bercy. Mais ce n’est pas ça ; la Société a reçu cette dénomination tout simplement parce qu’elle ne compte pas vingt et un membres, ni dix-neuf, mais vingt exactement, — moins que l’Académie Française et même moins que la Société des Bibliophiles François !

L’idée qui présida à son institution fut une idée neuve. Eh quoi? Etait-il donc possible de faire du neuf, alors que tant d’autres groupements correspondaient aux catégories diverses d’amateurs de livres, alors que les tenants de la vieille école, conservateurs de la tradition et épris du passé, s’assemblaient solennellement aux Bibliophiles François, — alors que les novateurs, moins soucieux de collectionner les beaux livres anciens que de faire des beaux livres modernes, avaient à leur disposition la Société des Amis des Livres, — alors que la Société des Bibliophiles Contemporains, celle des Bibliophiles Indépendants, celle des Cent Bibliophiles, que sais-je encore ? ouvraient leurs rangs aux adeptes de l’« art nouveau » et, au besoin, de l’art incohérent ?

Le problème consistant à trouver et à tracer un programme inédit semblait insoluble ; cependant il a été résolu. Le mérite de l’invention revint à notre confrère M. Pierre Dauze, directeur de la Revue Biblio-Iconographique. Il s’adressa à quelques amateurs, un tout petit nombre : « Nous ne serons pas nous-mêmes des éditeurs, leur dit-il, mais nous nous mettrons en rapport avec les éditeurs. — Lesquels ? — Tous, depuis ceux qui élaborent des publications d’art jusqu’à ceux qui lancent dans la grande circulation des volumes à trois francs cinquante ou même à un franc. — Fort bien ; et que leur proposerez-vous ? — Je commencerai par ne rien leur proposer du tout ; je m’informerai simplement des ouvrages en préparation chez eux ; puis, quand un ouvrage paraîtra devoir remplir les conditions requises pour présenter « un intérêt de curiosité, de nouveauté, d’originalité et de valeur intellectuelle « , je demanderai à l’éditeur de nous autoriser à en faire tirer pour nous vingt exemplaires, sur un papier à nous, avec couvertures spéciales, que nos adhérents recevront au prix de revient. »

Et M. Dauze, s’échauffant sur son idée avec une ardeur communicative, s’écriait : « Voyez-vous ce qui fût advenu si, au grand siècle, vingt amateurs se fussent rencontrés pour faire tirer à leur usage des exemplaires exceptionnels de l’édition originale du Cid, ou de celle du Misanthrope, ou de celle des Fables de La Fontaine, avec signatures autographes de Corneille, de Molière, de La Fontaine, — car nous prierons les auteurs adoptés par nous de signer nos exemplaires !»

Une seule objection fut produite : à supposer qu’un petit cénacle de ce genre eût existé au grand siècle, et qu’il eût ouvert son sein aux plus beaux esprits, et qu’il se fut honoré de l’adhésion de femmes telles que Mme de Sévigné, tout porte à croire que la Phèdre choisie eût été, non pas celle de Racine, mais celle de Pradon…

— « Raison de plus, riposta M. Dauze. On court des risques de se tromper ; c’est ce qui rendra l’expérience intéressante. Là où il n’y a pas de chances d’erreur, on n’a pas de mérite à deviner. Et quelle gloire pour les XX si, dans la supposition d’un nouveau Racine faisant une nouvelle Phèdre, ils ne se laissent pas influencer par les cabales ! i>

Telle était la conviction du promoteur qu’en peu de jours il réunit autour de lui les vingt compagnons, ou complices, désirés, qui sombreraient en sa compagnie si la chose tournait mal, ou se partageraient l’honneur en cas de réussite.

Les vingt audacieux — je fus l’un d’eux — ne se repentent pas.

Donc, voici cinq années déjà que la Société fonctionne.

Pierre Dauze n’a pas cessé d’en être le président et l’âme. Il a eu pour vice-président d’abord M. Georges Hugo, puis M. le Docteur E. Goubert. M. d’Anfreville en est le trésorier. Une bonne signature, celle de l’aimable M. d’Anfreville : on la lit sur les papiers bleus de la Banque de France.

La composition des XX n’est plus tout à fait celle du début, en 1897. Quelques désertions se sont produites ; mais les vides ont été aussitôt comblés, et rien ne montrera mieux la faveur qui s’attache à la Société que les noms des derniers venus : MM. A. Bordes, Brivois, Gallimard, Mariani, Barthou…

Une disposition très sage des Statuts ferme la porte aux éditeurs : il ne faut pas que la Société puisse être soupçonnée de subir l’influence de telle maison, ou simplement d’avoir des préférences pour elle. Les libraires sont pareillement exclus, afin que toute idée de spéculation soit écartée. Mais on a admis un relieur, M. Georges Canape, le successeur et continuateur de maîtres qui s’appelèrent Niédrée et Belz. L’Assemblée des sociétaires a voté des remerciements à M. Canape pour le soin et le goût avec lesquels il fait confectionner, chez lui, les cartonnages dans lesquels les exemplaires en feuilles sont livrés à ses collègues.

Quarante et un ouvrages, dans l’espace des cinq années écoulées, ont fait l’objet de tirages à vingt exemplaires, à la marque de la Société. Ces ouvrages sont signés des noms les plus variés et représentent les genres les plus opposés. On se rend compte que la Société a cherché dans toutes les voies, par la crainte de manquer la bonne et dans le désir de s’y engager. M. Paul Bourget, avec le Fantôme, coudoie tel poète décadent. M. Maurice Barrés voisine avec M. Catulle Mendès, M. le Vicomte Melchior de Vogué avec M. Pierre Louys. Il y en a pour tous les goûts. M. Léon Daudet figure dans la liste à côté de M. Anatole France. C’est tout dire.

Depuis quelque temps surtout, la Société, encouragée par la confiance de ses adhérents qui n’ont pas hésité à doubler le chiffre de leur cotisation annuelle, primitivement fixée à cent francs, a jeté son dévolu sur d’importantes publications artistiques que leur illustration assurait du succès. Ainsi elle compte dans sa collection La Bièvre, etc., de M. Huysmans, illustré par Lepère, les Contes de la Fileuse et Notre Ami Pierrot, de Jérôme Doucet, décorés par Garth-Jones et Louis Morin, les Œuvres choisies, de Willette, etc.

J’ai dit qu’en 1901 pour la première fois, les livres de la Société des XX ont subi le feu des enchères publiques.

Ce fut d’abord à la vente de M. Hartogh, qui eut lieu en Avril 1901 – ce fut ensuite à la vente Raisin, qui eut lieu en Décembre.

Cette vente-ci surtout fut intéressante pour qui veut apprécier le résultat. L’amateur avait eu soin de laisser ses exemplaires tels qu’il les avait reçus, dans leurs boites en carton. Un seul ouvrage, le Jardin des Supplices de M. Mirbeau, avait été, à sa demande, habillé par Canapé d’une très riche reliure mosaïquée ; il a dû à cette circonstance d’atteindre le prix de 361 fr. Mettons qu’il se fût vendu, non relié, 45 fr., comme chez M. Hartogh ; additionnons sous le bénéfice de cette réserve, le prix de cet ouvrage et ceux des quarante autres livres de la Société : nous trouvons un total d’environ 2.000 fr. ; or. M, Raisin avait, de 1897 à la fin de 1901, payé, comme sociétaire, des cotisations s’élevant ensemble à sept cent francs.

Espérons que la Société mettra quelque jour dans sa collection une Phèdre, la vraie, celle de Racine. En attendant, l’affaire est bonne et, de celte chasse amusante au chef-d’œuvre, on ne rentre pas bredouille.

 

On voit que l’activité a été intense : quarante livres, en cinq années, soit huit livres par an ; pour environ cent francs. Les livres étant des tirages à part, avec des singularités, par rapport aux tirages normaux du livre : le plus souvent, des couvertures spécifiques, mais cela peut inclure des papiers spéciaux, des dessins originaux, un format particulier – et un cartonnage spécifique, réalisé par Canape.

Exemples : livres de Jérôme Doucet.

L’article de D’Eylac (le baron de Claye) indique dans les premiers livres « de bibliophilie » retenus par la Société, deux ouvrages de Doucet : Les Contes de la Fileuse, publiés en 1901, et Mon ami Pierrot, publié en 1900. Un autre ouvrage, moins prestigieux, avait également été choisi, en 1900 : « trois lettres de femmes« .

Trois lettres de femmes.

Ce livre est décrit dans cet article. Ici, contrairement à la règle fixée, il ne s’agit pas d’un tirage particulier ; les vingt exemplaires tirés pour la Société sont sur Hollande, comme le tirage courant ; il n’y a pas de couverture particulière, pas de dessin inséré ; Jérôme Doucet signe bien les exemplaires.

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Les Contes de la Fileuse.

Ce livre est décrit ici. Le livre se présente sous un cartonnage (de Canape, donc), décoré ; sous ce cartonnage se trouvent :

  • le livre, tiré sur chine, broché ;
  • une suite complète de toutes les ornementations, sur chine, en feuille ;
  • le tirage de la couverture courante ;

 

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  • un dessin aquarellé, signé de Garth-jones.
  • le tirage de la couverture spéciale ;

 

La justification mentionne le tirage à vingt exemplaires, avec le timbre de la Société, qui figure également au dos du cartonnage.

Mon ami Pierrot.

Ce livre est décrit dans l’article sur Pierrot. Le livre est tiré sur Japon, avec deux suites, sur Chine et sur Japon, soit plus que les exemplaires de tête, tirés sur Japon avec une seule suite.

 

Il comporte deux couvertures supplémentaires, réalisées spécialement pour les XX, mais n’a semble-t-il pas de dessin original de Louis Morin.

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Les images sont issues de l’annonce publiée par la librairie Artgil, qui vend cet exemplaire (mai 2019).

Liste des membres.

Voici la liste des membres en 1898, telle que publiée par l’Almanach du Bibliophile :

  • M. Pierre Dauze, 10 boulevard Malesherbes, Président.
  • M. Georges Hugo, 15 rue de la Faisanderie, vice-président. C’est le petit-fils de Victor Hugo, père de Jean Hugo.
  • M. V. D’antreville, caissier principal de la Banque de France, trésorier-archiviste.

Membres :

  • Mme Juliette Adam, 150 boulevard Malesherbes.
  • Mme Léontine Arman de Caillavet, 12 avenue Hoche. C’est la maîtresse d’Anatole France.
  • S.A.I. le prince Roland Bonaparte, 10 avenue d’Iéna. C’est le père de Marie Bonaparte, petit-fils de Lucien Bonaparte.
  • M. Léon Bourgeois, député, 50 rue Pierre Charron.
  • M. Georges Cahen, 41 bis, rue de Châteaudun.
  • M. Georges Canape, 18 rue Visconti.
  • M.Raymond Claude-Lafontaine, 7 rue de la Tour-des-Dames.
  • le Baron de Claye, 52 bis, rue de Varenne. Il utilise d’Eylac comme pseudonyme.
  • M. E. Courtot, intendant du 5eme corps d’armée, à Orléans. Il s’agit de Alfred-Eugène Courtot, né en 1838, mort en 1914, intendant général, commandeur de la Légion d’Honneur.
  • Docteur Émile Goubert, 6 rue Baudin.
  • M. Hartogh, docteur en droit, 7 boulevard Pereire. Il s’agit de Louis Hartogh, dont une première  bibliothèque sera vendue en 1901 à Drouot – voir plus bas.
  • M. Charles Hemour, boulevard Truphème, à Marseille.
  • M. Adrien Lachenal, conseiller fédéral, à Berne. Né en 1849, mort en 1918, président de la Confédération en 1896.
  • M. Roger Marx, 105, rue de la Pompe. Critique d’art, né en 1859, mort en 1913.
  • M. Frédéric Raisin, avocat du Consulat de France, 30 rue du Rhône, à Genève. Né en 1851, mort en 1923, député au Grand Conseil et au Conseil des États, auteur et traducteur de poésies (source : IdRef).
  • M. Léon Schück, 1 place Saint-Férréol, à Marseille. né en 1857, mort en 1930, il est également membre des Cent Bibliophiles, du Livre d’Art et du Livre Contemporain.
  • M. Victor Souchon, agent général de la Société des Auteurs et Compositeurs de musique, 17 rue du Faubourg-Monmartre.

 

 

Article de Pierre Dauze – Revue Biblio-iconographique, 1901.

Comme on l’a vu dans l’article du Bulletin, en 1901, la bibliothèque de Louis Hartogh est vendue aux enchères à Drouot, avec un catalogue établi par Durel.

Voici la présentation de cette vente, par Pierre Dauze, dans la Revue Biblio-iconographique, qu’il dirige :

Encore un dernier mot pour attirer l’attention des collectionneurs de livres modernes, non sur une vente passée, mais sur une à venir. Nous voulons parler de celle de beaux livres modernes très bien reliés, éditions originales d’auteurs contemporains, et ouvrages enrichis d’aquarelles, composant la bibliothèque de M. Louis Hartogh. Cette bibliothèque présente la particularité de renfermer, en dehors de quelques beaux, livres rares, toute une série d’ouvrages sur grand papier, épuisés en librairie, recherchés depuis, mais qui verront, tout au moins pour une partie, le feu des enchères pour la première fois. Se trouve dans ce cas, la collection complète des tirages effectués pour la Société « Les XX » dont le propriétaire de cette bibliothèque faisait partie. Cette Société a été constituée, comme on le sait, en 1897, et, bien que dans ces cinq années, elle ait fait tirer successivement pour ses vingt membres une trentaine d’ouvrages, la plupart sur papier à son timbre, et en tout cas, toujours sur une sorte non mise dans le commerce numérotés et signés par les auteurs, ce sont les premiers qui, en condition régulière et parfaite, passent non seulement en vente publique, mais nous pouvons même dire en librairie. Chose curieuse, en effet, jusqu’ici aucun de ses membres passés ou présents ne s’est dessaisi d’un seul de ses livres, et comme plusieurs nouveaux venus aux « XX » paraissent désireux de se compléter, les enchères pourront, de ce fait, présenter un certain intérêt notamment celui de fixer une valeur absolument inconnue auparavant. La concurrence n’en sera que plus vive, si quelques amateurs non sociétaires, désirent également se procurer quelques-uns de ces trente numéros qui seront adjugés par MM. Delestre et Durel le 28 avril et les quatre jours suivants.

 

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