la Société Normande du Livre Illustré – bibliographie

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SNLI – logo par Giraldon

La Société Normande du Livre Illustré est une société de Bibliophiles typique de ces associations, qui, vers la fin du XIXe siècle, ont vu le jour. En général, groupant quelques amis, ces sociétés se sont données comme objet de publier des livres de bibliophilie, en général illustrés par un illustrateur et/ou graveur en vogue, avec un tirage très restreint, limité à un exemplaire par sociétaire, plus éventuellement quelques exemplaires mis en vente. La périodicité de publication est variable suivant les sociétés, mais souvent elles essaient de publier un livre par an.

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Comme son nom l’indique, la SNLI est normande avant tout : le noyau de ses membres fondateurs est normand – et plus précisément d’Evreux ; il s’agit de Paul Réveilhac, Charles Hérissey et Joseph L’Hôpital. Paul Réveilhac, chasseur, a publié pour son plaisir personnel quelques ouvrages à très petit nombre (dont certains en un seul exemplaire…) dont « Bécasse« , chez l’imprimeur Charles Hérissey, en 1884.

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A ce premier noyau il faut ajouter notamment Edmond de la Germonière, Raymond Claude-Lafontaine, Arthur Join-Lambert – au total la Société compte seulement 20 membres, plus des « membres correspondants ». Ce nombre sera progressivement augmenté, passant à cinquante, puis cent membres. Paul Réveilhac sera le premier président, éphémère (il décède en 1896) ; suivi par E. de la Germonière. A noter que la Société comportera toujours de nombreux membres des mêmes familles – on trouve dans les listes de membres plusieurs de la Germonière, Réveilhac, Claude-Lafontaine ; jusques dans les années 1970 les membres des familles Réveilhac, Claude-Lafontaine, Hérissey, Hérissay, Join-Lambert formeront l’ossature de la Société.

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Les publications de la Société seront normandes : dans le choix de l’auteur, de l’œuvre, de l’artiste, autant que possible.

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A sa création, il faut noter une particularité du fonctionnement financier de la Société : les membres paient un droit d’entrée, qui sert à constituer le fonds de roulement, nécessaire à la réalisation matérielle d’un livre ; une partie du tirage est réservée, gratuitement, aux membres de la Société ; le reste du tirage est confié à un libraire pour être vendu – et est sensé supporter la totalité du coût de l’opération. En clair, les membres se font financer leurs livres personnels par les ventes aux bibliophiles.. Cette formule, appliquée sur les premiers livres, atteindra ses limites rapidement ; le prix des ouvrages vendus deviendra trop important pour espérer financer durablement les publications.

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Comme beaucoup de Sociétés de ce genre, les documents produits par l’illustrateur sont la propriété de la Société, qui les répartit ou les mets aux enchères, entre ses membres. Les livres sont donc relativement personnalisés – d’autant plus que souvent, des différences existent entre les ouvrages réservés aux membres, et ceux vendus aux bibliophiles (différences dans les tirages des gravures, présence d’un carton…). Cette Société n’applique pas ce que Lucien Vanderem préconise et que des bibliophiles fameux encouragent : « truffer, c’est mal ».

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La Société, créée en 1894, sera dissoute une première fois en 1920, victime des suites de la Grande Guerre (trop de décès dans ses rangs) ; seules les deux publications commencées avant guerre et différées seront achevées avant la dissolution. Elle renaît une première fois en 1929, dans une formule un peu différente : le nombre de membres est porté à cent, et il n’est plus question de vendre des exemplaires. Après quatre publications créées ou réservées à la Société, elle est de nouveau mise en sommeil en 1939 ; elle est réanimée en 1948, et produira des ouvrages jusqu’en 1970.

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Pendant ses soixante-quinze ans d’existence, elle a créé trente ouvrages, dont certains sont vraiment des créations, comme Foires et Marchés normands, dont elle produit le texte et commande les illustrations. Ces livres sont toujours d’un tirage réduit (de 75 à 170 exemplaires au maximum) ; ils ont souvent été truffés (oui, c’est mal) et très bien reliés – la plupart d’entre eux, principalement les plus anciens, sont recherchés ; tout ceci combiné donne des exemplaires qui peuvent être assez onéreux.

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On trouve sur Gallica les huit premiers Bulletins de cette Société, qui couvrent son activité de l’origine jusqu’en 1911, et détaillent notamment les bilans financiers, très instructifs. Dans le Bulletin du Bibliophile, année 1930, également numérisé sur Gallica (mais en mode image uniquement) un article de Raymond Hesse dresse un portrait et une bibliographie de la Société.

1895 – Le lit, de Maupassant, illustré par Jules Ferry.

Le premier livre créé par la Société est une nouvelle de Maupassant : le Lit. Il est illustré par une suite de dessins de Jules Ferry, qui était en possession de Charles Hérissey.

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Le Lit, avant-propos de Henri Lavedan. Évreux, Société Normande du Livre illustré, 1895. Texte entièrement gravé au burin par Stern, illustré de treize eaux-fortes de Champollion, d’après Jules Ferry, titre gravé, couverture sur japon.

Un volume grand in-8° (21 cm sur 28 cm), en feuilles, imprimées au recto seulement (dans un emboîtage réalisé par Champs), tiré par Ch. Wittmann, sur papier vélin des papeteries du Marais, à 76 exemplaires, dont 45, numérotés et signés du président, mis dans le commerce au prix de 225 francs (dont 25 francs de marge pour le libraire).

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Le lit, étui. Source : librairie Chez les libraires associés.

Tous les exemplaires contiennent trois états des planches, dont l’avant-lettre (avec remarque) et le premier état. Les exemplaires des membres de la Société contiennent en outre un carton destiné à remplacer la page 3 de la préface, et une épreuve biffée d’une des planches du volume. Publié le 5 octobre 1895, par les soins de M. Paul Réveilhac.

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Source : librairie Chez les libraires associés.

 

Le livre contient treize illustrations à pleine page de Jules Ferry, encadrant le texte gravé ; il est précédé de la préface de Lavédan, sur 7 pages.

Le tirage est le suivant :

  • 20 exemplaires pour les membres de la Société ;
  • 5 exemplaires pour les membres postulants ;
  • 6 exemplaires pour les collaborateurs ;
  • 45 exemplaires numérotés et mis dans le commerce.

Les exemplaires ont été confiés à Ferroud pour la vente.

 

1897 – Le Bonheur dans le Crime, de Jules Barbey d’Aurevilly, illustré par Félix Régamey.

Préface par Paul Festugière. Aux dépens de la Société Normande du Livre illustré, 1897.

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Le bonheur dans le Crime. Source : Drouot.com.

 

Ouvrage illustré d’un portrait de l’auteur, gravé au burin par Burney, d’après E. Lévy, de douze eaux-fortes de Monziès, d’après Régamey, et de deux fac-similés d’autographes de Barbey d’Aurevilly, dont un tiré en couleurs à la poupée. L’en-tête de la préface représente le vieux château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et le cul-de-lampe, l’église de Valognes.

1 volume grand in-8°, imprimé par Ch. Hérissey d’Evreux, sur papier vélin du Marais, à 85 exemplaires, tous signés du président de la Société, dont 50 mis dans le commerce au prix de 300 francs, couverture en papier gris. Tous les exemplaires contiennent trois états des planches, dont l’avant-lettre (avec remarque) et le premier état. Ces deux dernières suites ont été livrées en feuilles dans un carton, et non brochées dans le volume. Les exemplaires des membres de la Société contiennent en outre une épreuve biffée d’une des planches du livre.

 

Source : Gallica.bnf.fr.

Publié le 9 septembre 1897, par les soins de MM. Paul Réveilhac, Hérissey et R. Claude-Lafontaine.

Le tirage est le suivant :

  • 25 exemplaires pour les membres de la Société ;
  • 10 exemplaires pour les collaborateurs ;
  • 50 exemplaires numérotés et mis dans le commerce à 300 francs.

Les exemplaires ont été confiés à Rouquette pour la vente. Il faut noter que cette vente a été difficile – le prix ayant été jugé trop élevé. Pour pallier ce problème, pour le livre suivant le nombre d’exemplaires à vendre sera doublé, ce qui permettra de diviser le prix de vente par deux.

 

1898 – Foires et marchés normands, de Joseph l’Hôpital, illustré par Auguste Lepère.

Foires et Marchés normands. Notes et fantaisies. Croquis d’après nature dessinés et gravés sur cuivre et sur bois par A. LEPÈRE, Aux dépens de la Société Normande du Livre illustré, 1898.

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Ecrit spécialement pour la Société par un de ses membres et illustré par A. Lepère de 47 eaux-fortes originales (réparties et habillées dans le texte), et d’ornements typographiques gravés sur bois, cet ouvrage est divisé en cinq chapitres précédés d’un avant-propos.

1 volume in-8° jésus de xii-148 p., imprimé par Chamerot et Renouard, et par Ch. Wittmann pour la taille-douce, sur papier vélin blanc à la forme fabriqué par Perrigot-Mazure et encollé par lui après l’impression, à 140 exemplaires numérotés, dont 100 mis dans le commerce au prix de 150 francs ; couverture imprimée sur papier gris. Les exemplaires des membres de la Société contiennent en outre : 1° une suite de cinq grands bois (un par chapitre) gravés par A. Lepère, tirage sur chine ; 2° une suite en premier état des planches ; 3° une suite de ces mêmes planches, tirage à part de l’état achevé; 4° une épreuve d’une de ces planches biffées.

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Publié le 6 janvier 1899 par les soins de MM. Paul Reveilhac, de la Germonière. Joseph L’Hopital et Raymond Claude-Lafontaine.

Le tirage est le suivant :

  • 25 exemplaires pour les membres de la Société ;
  • 15 exemplaires pour les collaborateurs ;
  • 100 exemplaires numérotés et mis dans le commerce au prix de 150 francs.

Les exemplaires ont été confiés à Carteret pour la vente. Ce livre rencontrera tout de suite un grand succès, d’estime et de vente.

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source : SVV Binoche et Giquello.

L’exemplaire de Raymond Claude-Lafontaine a été vendu 14 000 euros par Binoche et Giquello le 20 mars 2013 – il était enrichi de 8 dessins de Lepère, ainsi que d’une planche de fumés – et présenté dans une reliure de Carayon ornée d’un cuir incisé, peint et doré de Lepère.

1900 – Melænis, de Louis Bouilhet, illustré par Paul Gervais.

Louis BOUILHET. Melænis, préface de A. Join-Lambert. Société Normande du Livre illustré. Évreux, Imprimerie Ch. Hérissey, 4 rue de la Banque, 4. M. D. CCCC.

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Source : SVV Pescheteau-Badin.

1 volume grand in-80 (20 cm x 28 cm) de xxlv-149-xvi pp., publié d’après l’édition originale, et illustré d’un frontispice, d’un fleuron pour la dédicace à Gustave Flaubert, d’un en-tête, un hors texte et un cul-de-lampe pour chacun des cinq chants, ensemble dix-sept planches gravées en couleurs par Bertrand d’après les aquarelles de Gervais et tirées en taille douce par Wittmann. Les épreuves de ces gravures, exécutées sur trois ou quatre cuivres par le procédé à repérage, sont sans aucune retouche.

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Source : librairie Giard.

Tirage sur papier vélin blanc des papeteries du Marais à 140 exemplaires numérotés dont 100 mis dans le commerce au prix de 250 francs. Couverture en papier du Japon. Les exemplaires des membres de la Société contiennent la suite des successifs des six hors textes et une épreuve d’une des planches biffées.

Publié le 27 mai 1900 par les soins de MM. Join-Lambert, Hérissey et Raymond Claude-Lafontaine.

1901 – le Village, d’Octave Feuillet, illustré par Albert Dawant.

Octave FEUILLET. Le Village, scène provinciale, préface de Mme Octave Feuillet. Aux dépens de la Société Normande du Livre illustré. — M. D. CCCCI.

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1 volume petit in-8° (19 cm sur 27 cm) de xii-83 pp., publié d’après l’édition originale (Revue des Deux-Mondes du 45 juin 1852), illustré d’un portrait gravé au burin par. Boisson d’après une photographie et de quatre vignettes gravées au burin par Boisson d’après les dessins de Dawant, et imprimé par P. Renouard et par Wittmann sur papier vélin teinté des papeteries du Marais. Couverture en papier gris. Tirage à 143 exemplaires dont 100 mis dans le commerce au prix de 40 francs.

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Il a été tiré en outre un exemplaire de grand format sans réimposition du texte, et sur papier blanc, destiné à l’acquéreur des dessins de Dawant.

Les exemplaires des membres de la Société contiennent une épreuve d’une des planches biffées.

Publié le 6 novembre 1901, par les soins de M. Claude-Lafontaine.

1903 – Un Cœur simple, de Gustave Flaubert, illustré par Edmond Rudaux.

Gustave FLAUBERT, Un Cœur simple, aux dépens de la Société normande du Livre illustré, 1903.

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1 volume in-12 de 91 pages (12 cm x 19 cm), publié d’après l’édition originale, illustré de 15 eaux-fortes originales en couleurs gravées par Rudaux et tirées par Ch. Wittmann, sur papier vergé teinté à, la forme des papeteries d’Arches. Texte imprimé par Ch. Hérissey d’Evreux. Les épreuves de ces eaux-fortes, exécutées au repérage sur 4 ou 5 planches, sont sans aucune retouche. Couverture en papier vert. Tirage à 110 exemplaires dont 40 mis dans le commerce au prix de 250 francs.

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Les aquarelles originales ont été exécutées par Rudaux en 1896 sur un exemplaire unique de format in-8° appartenant à M. Raymond Claude-Lafontaine, membre de la Société.

Tous les exemplaires contiennent les épreuves des successifs du frontispice. Ceux des membres de la Société contiennent en outre une épreuve d’une des planches biffées.

Publié le 19 décembre 1903 par les soins de M. Claude-Lafontaine.

1905 – Chansonnier Normand, illustré par Adolphe Giraldon.

Chansonnier Normand, préface de Joseph L’Hôpital. Table historique de A. Join-Lambert. Ornementation de Ad. Giraldon. Paris, aux dépens de la Société normande du Livre illustré, 1905.

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1 volume grand in-8° (19 cm sur x30 cm) de xlii-112-20 pages en 23 feuilles complètes. Couverture sur simili japon, imprimée en couleurs.

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Recueil de chansons normandes, depuis le moyen âge jusqu’à nos jours. divisé en 3 périodes, précédées chacune d’un portrait frontispice, et en 14 groupes ; orné à chaque page de cadres décoratifs d’Adolphe Giraldon, gravés en couleurs par Ducourtioux et Huillard. Ces cadres sont au nombre de quatorze. Gravure sur bois du trait des frontispices et des 14 en-têtes par Quesnel. Impression en couleurs en 3, 4, et 5 tirages par Draeger frères de Montrouge sur papier vélin filigrané à la forme, des papeteries du Marais. Cartonnage bradel toile pleine par Engel.

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Tiré à 125 exemplaires dont 50 brochés mis dans le commerce au prix de 150 francs.

Publié le 31 octobre 1905 par les soins de MM. A. Join-Lambert et Raymond Claude-Lafontaine.

1906 – la légende de Saint-Julien l’Hospitalier, par Gustave Flaubert, illustré par Malatesta.

Gustave FLAUBERT. La légende de saint Julien L’Hospitalier. Fac-simile d’un manuscrit enluminé, historié et calligraphié par Malatesta. Préface de Octave Join-Lambert. Paris, aux dépens de la Société normande du Livre illustré, 1906.

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source : Drouot.com

1 volume in-8° (200 X 260) de xiv-52 pages en 10 feuilles complètes. Reproduction en fac-siwile, au moyen do 6 clichés typographiques et un cliché d’or pour chaque page, gravés par Reymond, photograveur (Henri Jouffroy, chromiste), d’un manuscrit de H. Malatesta appartenant à M. Lucien Claude-Lafontaine, membre de la Société. Impression sur japon des manufactures impériales de Tokio, par Draeger frères, à Montrouge. Couverture sur papier gris. Tirage à 170 exemplaires dont 100 mis dans le commerce.

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source : Drouot.com

Publié en octobre 1906, par les soins de MM. Raymond Claude-Lafontaine et Octave Join-Lambert.

1907 – Léa, de Jules Barbey d’Aurevilly, portrait par Xavier Maccard.

J. BARBE Y D’AUREVILLY. Léa. Aux dépens de la Société normande du Livre illustré. (Préface de Mlle Read.) Paris, 1907.

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source : lib gravures9414 (ebay)

1 volume in-12 (11,5 cm sur 15 cm) de xiv-70 pages en 8 feuilles complètes.

Edition originale, précédée d’une préface de Mlle Read. Portrait gravé en couleurs au moyen de 4 planches repérées, par Xavier Maccard, d’après une miniature appartenant à Mile Read. Imprimée par Ch. Hérissey, sur papier d’Arches, à 90 exemplaires, dont 28 mis dans le commerce au prix de 25 francs. Couverture sur papier gris.

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Publié le 31 janvier 1907, par les soins de M. Raymond Claude-Lafontaine.

1907 – deux contes, de Guy de Maupassant, illustrés par Auguste Lepère.

Guy de Maupassant. Deux contes : Le Vieux, la Ficelle. 84 petites compositions dessinées et gravées sur bois par Auguste Lepère. Aux dépens de la Société normande du Livre illustré. Paris, 1907.

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1 volume in-8) (16 cm sur 24 cm) de 94 pages en 10 feuilles complètes.

Composé et imprimé dans l’atelier de Auguste Lepère, sur sa presse à bras et sous sa direction. Tirage sur papier de llollande van Gelder à 120 exemplaires, dont 50 mis dans le commerce au prix de 225 francs. Couverture illustrée sur papier blanc.

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Publié le 26 décembre 1907.

1908 – Rouen d’hier et d’aujourd’hui, de Georges Dubosc, illustré par Charles Jouas.

Georges Dubosc. Rouen d’hier et d’aujourd’hui. Préface de Léon Hennique. Dessins originaux de Charles Jouas, gravés sur bois par Eugène Dété. Paris, A. Blaizot, éditeur, 26, rue Le Peletier, 1908 (Imprimerie Ch. Hérissey et fils).

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source : ebay (wilbof)

1 volume in-8° (18 cm sur 25 cm) de 296 pages en 37 feuilles complètes, tiré à 200 exemplaires numérotés.

La Société normande du Livre illustré a acquis les numéros 26 à 75, tirés sur Chine spécialement pour elle. Chaque exemplaire contient une suite en tirage à part des bois de Dété.

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Publié en décembre 1908, sous la direction de M. Ch. Hérissey.

Il faut noter que la Société ne s’est pas contentée de souscrire à une publication de Blaizot ; en fait elle a fait porter à Blaizot une publication dont elle ne se sentait pas capable d’assurer la vente.

1909 – le Cid, de Pierre Corneille, illustré par Gorguet.

Pierre Corneille. Le Cid, tragédie. Paris, aux dépens de la Société normande du Livre illustré. M. CM. IX.

1 volume petit in-4° (23,5 cm sur 32,5 cm) de xxvi-114-xv pp. en 20 feuilles (dernier feuillet blanc), publié d’après l’édition Hachette-Marty Lavaux 1862, illustré de 5 hors-texte gravés à l’eau-forte par Louis Muller, d’après les compositions de Gorguet, et d’ornements typographiques gravés sur bois par Quesnel d’après les dessins de Gorguet.

Imprimé par Ph. Renouard et Cie, taille-douce par Ch. Wittmann. Caractère Plantin de la fonderie Turlot. Tirage à 116 exemplaires sur papier vélin d’Arches, dont 50 mis dans le commerce au prix de 175 francs. Couverture imprimée sur Japon.

Publié le 30 octobre 1909, par les soins de M. Raymond Claude-Lafontaine.

A noter que la Société rééditera le Cid en 1960…

 

1910 – Contes en prose, de Leconte de Lisle, portrait par Coraboeuf.

Leconte de Lisle. Contes en Prose (Impressions de Jeunesse), préface de Jean Dornis. Paris, aux dépens de la Société normande du Livre illustré. 1910.

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librairie Valier

1 volume grand in-8° (17 cm sur 25 cm) de xxiv-217 pp. en 28 feuilles (dernier feuillet blanc).

Edition originale de dix contes publiés par Leconte de Lisle dans divers journaux, de 1848 à 1850, intitulés : Mon premier amour en prose, Une peau de Tigre, Le songe d’Hermann, La Mélodie incarnée, Le prince Ménalcas, Sacatove, Dianora, Marcie, La Rivière des Songes, La princesse Yasolda. Portrait gravé au burin par Corabœuf d’après un dessin au crayon ad vivum de Jobbé Duval et ornements typographiques gravés sur cuivre par Maccard d’après les dessins de Malatesta.

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Tiré par Ph. Renouard et Cie à 135 exemplaires sur papier vélin du Marais, dont 50 mis dans le commerce à 80 francs. Taille-douce par Wittmann. Couverture tirée en taille-douce sur papier vergé gris.

Publié le 26 décembre 1910, par les soins de M. Raymond Claude-Lafontaine.

1912 – l’ensorcelée, de Barbey d’Aurevilly, illustré par Maurice Ray.

Barbey D’aurevilly. L’Ensorcelée. Paris, aux dépens de la Société normande du Livre illustré, 1912.

1 volume in-4 (30 cm sur 20 cm) de 266 pages en 34 feuilles : les 3 dernières pages contenant les notes de l’auteur, la table des gravures et l’achevé d’imprimer.

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source : librairie Clagahé, Lyon.

Les onze aquarelles, exécutées par Maurice Ray et gravées en couleurs sur planches repérées par Maccard, ont été tirées en taille-douce sur les presses de Ch. Wittmann. Les ornements typographiques de M. Ray ont été gravés sur cuivre par Maccard. Le papier fabriqué à Rives chez Blanchet frères, Kléber et Cie. L’impression a été faite sur les presses de Philippe Renouard.

Le volume a été tiré à 130 exemplaires sur papier vélin au prix de 150 francs (sans doute 50 exemplaires dans le commerce ?).

Publié par les soins de M. Raymond Claude-Lafontaine.

1913 – Vieux habits, vieux galons, d’Albert Sorel, illustré par Maurice Leloir.

Albert Sorel. Vieux Habits, vieux Galons. 1 volume in-8 carré (17 cm x 24 cm) de 265 pages en 35 feuilles plus une page pour la table. Imprimé par l’Imprimerie générale Lahure.

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Les compositions de Maurice Leloir, gravées an burin et à l’eau-forte par Léon Boisson. Cet ouvrage a été tiré à 300 exemplaires en 1913, Carteret éditeur, dont 50 sur papier de Hollande à la forme pour la Société normande du Livre illustré. Ces 50 exemplaires contiennent une préface écrite spécialement par M. Frédéric Masson, de l’Académie française, représentant xlviii pages.

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le tirage est le suivant :

  • 80 exemplaires de grand choix, sur japon ou sur vélin du Marais ;
  • 50 exemplaires sur papier de Hollande pour la SNLI ;
  • 170 exemplaires sur vélin du Marais.

1914. Mérimée, auteur Normand, par Joseph L’Hôpital.

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Une plaquette in-12 (12 cm x 16 cm) de 21 pages, éditée à 75 exemplaires et adressée à tous les membres de la Société, pour justifier le choix de Mérimée pour la prochaine publication retenue : Le Vase étrusque, dont la parution sera différée du fait de la guerre, jusqu’en 1920. Elle est illustrée d’un portrait de Mérimée, gravé par Maccard d’après une lithographie de Dévéria et imprimée à Evreux par Paul Hérissey.

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1914-1920 – le Vase étrusque, de Prosper Mérimée, illustré par Auguste Leroux.

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Prosper Mérimée. Le Vase étrusque. Paris, Société normande du Livre illustré, 1914-1920.

1 volume in12 (13 cm sur 20 cm) de 102 pages en 13 feuilles ; la dernière page comprenant l’achevé d’imprimer. Les dessins exécutés par Auguste Leroux (un encadrement, deux vignettes, six fleurons et cinq hors-texte) ont été gravés à l’eau-forte par Louis Muller. Le texte buriné par Frédéric Pimpe. Le tirage en taille-douce sur les presses de A. Porcabeuf et Cie. Le papier de Hollande filigrané aux initiales S. N. L. I.

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Ce livre entièrement établi dès juin 1914 par les soins de M. Raymond Claude-Lafontaine, n’a été achevé d’imprimer à raison de la guerre, que le 21 octobre 1920, sous la direction de M. Lucien Claude-Lafontaine.

Le volume a été tiré à 115 exemplaires et les cuivres détruits.

Le prix de ce volume, y compris le suivant, a été pour les membres de la Société de 150 francs.

1920 – les médailles d’argile, de Henri de Régnier, illustré par Guétant.

Henri de Régnier. Les Médailles d’Argile, Paris, aux dépens de la Société normande du Livre illustré, 1920.

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1 volume petit in-4 (20 cm X 27 cm) de cxxi pages, plus 4 pages de table : la dernière page comprenant l’achevé d’imprimer. Les dix compositions en couleur, dont cinq hors-texte, de G. P. Guétant ont été gravées sur bois par P. Gusman. Tirage unique à 100 exemplaires (et non pas 180 comme l’indique Raymond Hesse dans le Bulletin du Bibliophile).

Ce livre, commencé au début de l’année 1914, a été terminé pendant la guerre de 1914-1918 par les soins de M. Jean Borderel, membre de la Société, et achevé d’imprimer le 15 octobre 1920, sur les presses de Frazier-Soye, à Paris.

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Le prix de ce volume, y compris le précédent, a été pour les membres de la Société de 150 francs.

Société Normande du Livre Illustré – seconde période.

La Société est dissoute à la parution de ces deux derniers volumes. Elle est recréée en 1929, avec les mêmes animateurs – ou leurs descendants. la première publication est la réédition, portée par Ferroud, d’un livre de Paul Réveilhac, sous son pseudonyme de Fusillot, en attendant la parution du premier livre conçu par la nouvelle Société.

1929 – Un début au marais, par Fusillot, illustré par Giacomelli.

Fusillot (pseudonyme de Paul Réveilhac). Un début au marais. Préface de Joseph L’Hôpital, avant-propos de Pierre Réveilhac. Librairie des Amateurs, François Ferroud, 1929.

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1 volume in-8° de (5)viii-102 pages, illustré de dix compositions de Giacomelli, dont deux hors-texte, six vignettes et deux encadrements de page,  gravées sur bois par J. Huyot. Il s’agit de la réédition  de l’édition originale parue en 1892 chez A. Ferroud – qui comportait également des eaux-fortes de A. Lalauze, non reprises.

Le tirage est de quatre cent cinquante exemplaires, dont cent sont réservés pour les cent membres de la nouvelle Société :

  • 40 exemplaires sur japon impérial, avec 3 états des hors texte, dont un état en couleurs ;
  • 50 exemplaires sur Japon impérial, avec 2 états des hors texte, dont un état en couleurs ;
  • 260 exemplaires sur vélin d’Arches, avec 1 état des hors texte.
  • 100 exemplaires (tirage spécial) sur papier vélin, contenant 2 états des hors-texte, réservés à la SNLI.

 

1932 – la vie amoureuse de la Belle Hélène, de Gérard d’Houville, illustré par Carlègle.

Gérard d’Houville, la vie amoureuse de la Belle Hélène, bois en couleurs par Carlègle, Société Normande du Livre Illustré, 1932.

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1 volume in -4° (21 cm sur 27 cm), de 213 (8) pages, illustré de 45 bois en couleurs, de Carlègle. C’est la première fois que Carlègle réalise des bois en couleurs. Tirage à 130 exemplaires.

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A partir de cette publication, la liste des cent membres est systématiquement insérée en fin d’ouvrage, il n’y a pas d’exemplaires mis dans le commerce.

 

1935 – Mon Onc’Jean, de Joseph L’Hôpital, illustré par Charles Léandre.

Joseph L’Hôpital. Mon Onc’Jean, étude paysanne, illustré de 51 lithographies de Charles Léandre, Société Normande du Livre Illustré, Evreux, 1935.

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source : Drouot.com.

1 volume in-4° (24 cm sur 31 cm) de 256 pages, tiré à 130 exemplaires sur vélin BFK de Rives, dont cent pour les membres de la Société, vingt pour les membres correspondants et dix pour les collaborateurs et le dépôt légal.

Ce texte avait initialement été publié dans l’Illustration, en 1896. Joseph L’Hôpital est mort en 1930, la Société lui rend hommage avec cette réédition.

 

1939 – la Normandie bénédictine, de Georges Goyau, illustré par Ambroselli.

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1 volume in-4° de 197 pages, illustré de 51 gravures sur cuivre de Gérard Ambroselli, imprimé par Aulard à Paris, tiré à 110 exemplaires réservés aux membres de la Société. le livre est daté 1938 mais à la date du 20 mars 1939.

 

Comme précédemment, la Société est mise en sommeil pendant la Guerre. Elle reprend ses activités en publiant le titre suivant en 1948.

 

Société Normande du Livre Illustré – troisième période.

 

1948 – Thérèse Martin, de Louis Chaigne, illustré par George Desvallières.

Thérèse Martin, de Louis Chaigne, Société Normande du Livre Illustré, Caen, 1948.

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1 volume in-4° de 97 pages, illustré de 26 aquarelles de George Desvallières, tiré à 140 exemplaires.

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Thérèse Martin, bien sûr, c’est Thérèse de Lisieux.

Ce livre, spécialement écrit par Louis Chaigne pour la Société Normande du Livre Illustré, a été réalisé à l’occasion du Cinquantenaire de la mort de Thérèse Martin, en religion Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. Les aquarelles originales de George Desvallières ont été gravées en taille douce par Gérard Ambroselli, tirées sur presse à bras par R. et M. Padovani. André Join-Lambert, Jacques Hérissay, Armand Moreau ont surveillé l’exécution de l’ouvrage. Le tirage en a été limité à 140 exemplaires, dont 100, numérotés de 1 à 100, distribués aux membres de la Société ; 30, numérotés de 101 à 130, réservés aux membres correspondants; 10, numérotés de I à X, destinés aux collaborateurs.

Achevé d’imprimer sur les presses de Raymond Jacquet le 15 juin 1948.

1950 – trois contes, de madame d’Aulnoy, illustrés par Jacques Cassegrain.

Madame d’Aulnoy, trois contes, lithographies d’après les aquarelles de Jacques Cassegrain, Société normande du livre illustré, 1950.

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1 volume in-4° de 140 (8) pages (22,5 cm sur 28,5 cm), avec une préface de Jacques Hérissay. 50 lithographies en deux tons dont un frontispice et trois hors texte, de Charles Sorlier d’après les aquarelles de Jacques Cassegrain. Les contes sont la Biche au bois, l’Oiseau bleu, et la Belle aux cheveux d’or. Chaque conte est illustré d’une couleur particulière : le rouge pour la Biche au bois, le bleu pour l’Oiseau bleu, l’ocre jaune pour la Belle aux cheveux d’or.

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source : svv Kâ-Mondo

Le tirage est de 140 exemplaires sur vélin de Rives.

 

1953 – Farce normande et autres contes, de Guy de Maupassant, illustrés par Michel Ciry.

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Farce normande et autres contes, Guy de Maupassant. Eaux-fortes originales de Michel Ciry. Société normande du livre illustré, 1953.

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source : svv Alde.

1 volume in-4° de 117 pages, avec trente-trois eaux-fortes originales, dont quatre hors-texte, de Michel Ciry. Le volume contient, à la suite de Farce normande, les contes suivants : Taine, le petit fût, le diable, une vente, la bête à Mait’ Belhomme, le retour. Tirage à 140 exemplaires.

 

1960 – le Cid, de Pierre Corneille, illustré par Paul Aïzpiri.

Pierre Corneille, le Cid, lithographies originales de Paul Aïzpiri, Société normande du livre illustré, 1960.

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1 volume grand in-4° (28 cm sur 38 cm) de 150 pages, illustré de 25 lithographies originales en couleur de Paul Aïzpiri, à double-page, pleine page ou in-texte. Tirage à 150 exemplaires, plus 50 suites des lithographies, dont 10 en couleurs sur Japon nacré, 20 en couleurs et 20 en noir sur Malaca.

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Imprimé à Paris par Fequet et Baudier, et par Edmond et Jacques Desjobert pour les lithographies.

1962 – Hérodias, de Gustave Flaubert, illustré par Abram Krol.

Gustave Flaubert, Hérodias, illustré de cuivres d’Abram Krol, Société normande du livre illustré, 1960.

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source : librairie le Feu Follet.

1 volume grand in-4° (27 cm sur 33 cm), de 143 pages, illustré de 23 cuivres détourés, réhaussés de bois en couleurs d’Abram Krol. Tirage à 125 exemplaires sur papier de Rives. Il a été tiré 35 suites des illustrations – dont 10 sur vélin d’Arches dans leur état définitif (après notamment des suites sur Japon nacré).

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Imprimé par Fequet et Baudier à Paris, les cuivres par Georges Leblanc.

 

1965 – Pays de Caux, de Jehan le Povremoyne, illustré par Jacques Boullaire.

Jehan le Povremoyne. Pays de Caux, pointes-sèches de Jacques Boullaire, Société normande du livre illustré, 1965.

1 volume in-4° (25 cm sur 35,5 cm), de 189 (7) pages, illustré de 24 pointes-sèches de Jacques Boullaire. Tirage limité à 120 exemplaires, sur vélin de Rives.

 

1968 – la Phoebe, de jean de la Varende, illustré par Michel King.

Jean de la Varende, la Phoebe, histoire coloniale, lithographies par Michel King, Société normande du livre illustré, 1968.

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source : wikidata

1 volume in-4° de 124 pages, comportant vingt-quatre lithographies en couleurs dont onze à pleine page et une à double page. Imprimé par Pierre Daynac, et Henri Deprest pour le lithographies. Tirage à 125 exemplaires sur papier de Rives, plus trente suites des illustrations : dix sur papier Japon, vingt sur Auvergne du moulin Richard de Bas.

1970 – Certitudes et incertitudes de la science, de Louis de Broglie, illustré par Xavier Longobardi.

Louis de Broglie, Certitudes et incertitudes de la science, structurations et linogravures de Xavier Longobardi, Société Normande du livre illustré, 1970.

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librairie du Château de Capens.

Louis de Broglie, 7e duc de Broglie, est le fils de Victor de Broglie, 5e duc, et membre de la SNLI, et le frère de Maurice de Broglie, 6e duc, également membre de la SNLI.

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1 volume in-4° de (4) 101 pages, (39 cm sur 52 cm) en forme de guitare, sous couverture plastique dans un emboîtage magnétique. Illustré par onze compositions en couleurs, dont trois à pleine page et une à double page. Tirage à 140 exemplaires sur vélin d’Arches.

 

 

 

 

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la Chanson des mois : Juillet.

La Chanson des mois est sans doute la publication la plus luxueuse de Jérôme Doucet,  avec Maurice Leloir. Pour le détail de cette publication, voir cet article.

Après le mois de juin, voici juillet :

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                               Juillet

          Soleil créateur, Solleil homicide,
          Soleil brûlant comme un acide
          C’est dans la fournaise que Dieu
          Doit cuire l’émail translucide
          Du Ciel implacablement bleu.

          Soleil de Juillet, o béante gueule
                             De four,
          L’atroce splendeur de ton jour
          Nous écrase comme une meule.

                   Trop heureuse mille fois,
                       Au fond du bois
Lorsque ton char de feu suit son ardente course
          La Nymphe qui vient se cacher
Dans le creux sombre d’un rocher
Parmi le gazouillis des sources

      Le clair goutte à goutte de l’eau
Sur son corps engourdi d’une chaude paresse
      Fait ruisseler le frais manteau 
                          De sa caresse
      Et la Nymphe avec un frisson
      Délicieux reprend l’ancestrale chanson

      La vie est longue, la vie obscure
      La vie est douce à qui n’a cure
      De la gloire au vain apparat
      La vie est rude, la vie est brève
      Pour Icare, le fol, qui rêve
      De s’envoler jusqu’au Soleil

 

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Dix paysages de l’Yveline

Pierre-Eugène Vibert est un peintre, graveur et illustrateur Suisse ; né à Carouge (près de Genève) en 1875, il y est mort en 1937. Il partage sa vie entre la Suisse et Paris. La famille Vibert est une famille connue à Carouge, plusieurs de ses membres, dont le père de Pierre-Eugène, et ses frères, exercent des responsabilités politiques – une avenue porte leur nom.

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En France, Pierre-Eugène va travailler à Paris ; il collabore à la revue l’Image, et, un peu comme Paul-Emile Colin, sera remarqué par Clément-Janin et Pelletan. Pour Pelletan, il illustre notamment les Poèmes du Souvenir , d’Anatole France (1910), et Les Travaux et les Jours, d’Hésiode (1912), avec Paul-Emile Colin ; ainsi que la plaquette « aux Etudiants« , d’Anatole France – et le catalogue général des éditions Pelletan (1913). Il travaillera également beaucoup pour les éditions Crès (en général en fournissant un portrait).

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P.E. Vibert, maison de Pierre Lelong à Grosrouvre (Revue Illustrée, 10 avril 1910).
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maison de Pierre Lelong, vue Google – peu de changements

 

il achètera une maison à Grosrouvre, dans les Yvelines ; et ce n’est pas par hasard s’il a choisi ce petit village, tout près de Montfort-l’Amaury : au début du siècle ce coin de campagne est à la mode ; les Tinayre y sont installés ; Pierre Lelong aussi, qui a publié une monographie du village (Au pays des grenouilles bleues) – c’est lui qui a attiré l’attention sur ce village. Maurice Maeterlinck y passe du temps ; Pierre Gusman y habite… Rien d’étonnant à ce que Pierre-Eugène Vibert s’y installe.

La région lui plait et lui inspire des gravures – qu’il réunit dans deux albums. Le premier, publié par Crès en 1916, au format in-4°, réunit dix gravures sur les environs de Paris, avec une préface de Clément-Janin. Son tirage est de 10 exemplaires de tête, sur chine, plus 125 exemplaires sur vélin d’Arches.

Le second album, publié par les éditions Pelletan (dirigées, depuis la mort d’Edouard Pelletan, par son gendre René Helleu), en 1919, est intitulé « dix paysages de l’Yveline« . Il se présente sous la forme d’un portefeuille in-folio (34,5 cm sur 44,5 cm), de toile marron, avec une simple étiquette collée. Le portefeuille contient un livre broché, de format 31 cm sur 43 cm, de 14 feuilles (non paginées) ; suivi des dix gravures, sous passe-partout marron, tirées en camaïeu.

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Le livre reproduit un texte de Paul Fort (qui habitera également Grosrouvre…) ; il s’agit de huit poèmes en prose, qui célèbrent les environs, invoquant Vibert et Helleu, l’éditeur… qui y habite également !

La dédicace du livre évoque Pierre Lelong :

C’est le pays des grenouilles bleues, connu de tous les savants. Pierre Lelong, (Au pays des grenouilles bleues.)

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Ce livre est illustré, par Vibert, d’une vignette sur la page de titre (le clocher de Grosrouvre), de neuf bandeaux et neuf cul-de-lampe, floraux.

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Premier texte de Paul Fort : le Voyage :

C’est au pays de l’Yveline qu’une chaumière attend nos cœurs, Muse : elle est là, petite et fine, rustaude mais quasi divine et d’harmonie et de blancheur.

je n’en sais que ceci, ma mie, et qu’elle attend sous maints ciels bleus, et que Vibert nous l’a choisie pour y gâter de poésie ses « bois » édités chez Helleu.

 

Il est tiré à soixante-trois exemplaires seulement :

  • quinze exemplaires sur japon ;
  • quarante-cinq exemaplires sur vélin d’Arches ;
  • trois exemplaires de présent.

Plus cinq épreuves réservées à Vibert, et une collection de fumés réservée à Helleu.

Les gravures, sous passe-partout de format 33,5 Cm sur 42,5 cm, sont de format 18 ou 18,5 cm sur 24 cm ; elles sont tirées en camaïeu de brun, sauf les deux premières, en noir.

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Les dix gravures ne sont ni numérotées ni légendées ; des erreurs d’interprétation sont donc possibles. La liste donnée, en fin d’ouvrage, est celle-ci :

  • I. Montfort-l’Amaury.
  • II. Le domaine de Groussay (les Communs).
  • III. Montfort (la route de la Tripière).
  • VI (sic). la ferme de la Vignette.
  • V. le Manoir des Mesnuls.
  • VI. Gambais (l’Etang-Neuf).
  • VII. Grosrouvre (le Manoir et l’Église).
  • VIII. Grosrouvre (les Prunelliers).
  • IX. Galluis (la route de la Queue-Lez-Yvelines).
  • X. Condé (Moulin sur la Vesgre).

Tous ces sites sont à proximité immédiate de Grosrouvre – à peine quelques kilomètres.

Voici ces dix gravures, dans l’ordre :

On peut comparer quelques gravures à l’état actuel. Voici le manoir des Mesnuls :

l’église de Montfort-l’Amaury, depuis la tour d’Anne de Bretagne :

 

Dans toutes ces gravures, un peu comme Paul-Emile Colin, Vibert se concentre sur une nature vide ; quelques animaux de basse-cour, c’est tout ; peu de bâtiments, et quand il y en a, ce sont principalement des fermes, ou des aspects modestes, s’il s’agit d’un château (comme pour le château de Groussay – représenté par un bout de mur des communs…). On imagine ce qu’il aurait pu choisir, dans ce secteur, où les grandes demeures sont légions ! mais non, il nous représente une campagne tranquille, quasiment déserte.

En annexe, pour se faire une idée de la popularité du village de Grosrouvre, voici un article publié le 10 avril 1910 par la Revue Illustrée.

Une Excursion en Yveline

J’AI profité du temps radieux des dernières vacances de Pâques pour aller faire un petit tour en « Yveline ». Qu’est-ce que l’Yveline ? vous demandez-vous. Que cache ce nom, d’ailleurs frais et pimpant ? Cela doit être bien lointain ! Eh bien, non ! L’Yveline est une vieille petite province comprise dans la grande province de l’lle-de-France, et pour la trouver, il n’est besoin d’entreprendre un long et fatigant voyage. Elle est, pour ainsi dire, presque aux portes de Paris.

« L’Yveline » désigne la région de Dreux, Houdan, Rambouillet et Dourdan ; commençant un peu après Versailles, elle va jusqu’à Mantes en suivant la rive gauche de la Seine et a pour limites, à l’ouest, les limites mêmes du département de l’Eure. C’est un petit joyau bien serti dans notre joli département de Seine-et-Oise. Son centre officiel et administratif est Rambouillet, mais Rambouillet se trouve à l’une de ses extrémités, c’est pourquoi, au point de vue du pittoresque, elle lui préfère plutôt Montfort-l’Amaury, qui domine sa partie la plus vivante et la plus gracieuse. Autour de cette calme et intéressante petite ville, se groupent, en une aimable synthèse, les aspects les plus caractéristiques de ce pays qui, si proche de notre capitale, étonne tout d’abord et subjugue ensuite par son caractère de profonde et savoureuse rusticité. On ne peut souhaiter en effet plus de diversité, plus de mouvement et de grâce dans un cadre si menu. Ici les sites sont variés à l’infini : ce ne sont que vallonnements harmonieux, collines qui ondulent, se croisent et se coupent, vastes plateaux cultivés, prairies vertes, combes magistralement boisées, que de larges horizons de bois entourent d’une ceinture mystérieuse, profonde et frémissante. Les futaies sont opulentes : la foret de Rambouillet sur ses lisières masse la verdure puissante de ses chênes ; quelques ruisseaux longs, étroits, aux serpentines allures, mettent dans les fonds où ils glissent, à travers les herbes, le gai murmure de leurs eaux jaseuses, et je ne sais rien de plus archaïquement rustique, que ses hameaux et ses fermes nichés dans les vallées ou éparpillés aux penchants des collines, groupant leurs vieux toits de chaume moussu et se mettant ainsi en étroite harmonie avec la douceur ambiante du décor. Desservie par les lignes de Brest et de Granville aux stations du Perray, de Rambouillet, d’Epernon, de Montfort-l’Amaury-Méré, de Garancières – la-Queue et de Houdan, l’aimable Yveline a tout pour  séduire le touriste amateur de beaux sites de couleur franchement locale. Pourtant le touriste n’y fréquente pas comme il le devrait ; il s’en écarte par pure ignorance ; il s’en tient aux lieux qu’il connaît déjà, dont il commence même à être fatigué, il ne tente pas de découvertes nouvelles. On voudrait, d’une plume persuasive, lui démontrer combien il a tort.

J’ai donc fait halte à Montfort-l’Amaury. Cette gracieuse petite cité, bâtie sur un coteau que ses maisons escaladent et que couronnent les ruines du château comtal de la maison de Montfort, a plusieurs motifs de nous plaire. Elle doit son nom au comte Amaury, fils de Guillaume de Hainaut « auquel le bon roi Robert fit don de la forteresse qu’il avait bâtie en 996 sur le plateau, à la limite de la forêt  Yveline, et qui commandait une des routes de Paris. » Plus tard, la Maison de Montfort, prenait, comme l’on sait, possession de la Bretagne et la duchesse Anne, qui fut mariée à Charles VIII puis à Louis XII, s’intéressa a la reconstitution de l’église. Celle-ci, à laquelle on parvient tout d’abord, n’enchante pas beaucoup l’œil au premier aspect. Elle manque un peu d’unité.

Plusieurs fois abandonnée, puis reprise, modifiée et restaurée, elle se ressent de tous les caprices de ceux qui, dans ses pierres, mirent leur empreinte. La tour carrée, peu élégante, qui domine sa façade, n’a jamais été achevée. L’intérieur, sans transept ni chapelles latérales, est de style gothique. Mais c’est une agréable surprise de trouver là ces beaux vitraux du XVIe siècle, dus, en partie, à Jean Cousin et à Pierre Pinaigrier, qui sont d’une haute valeur décorative et qui, en tamisant le jour à travers leurs coloris si riches et si frais, leurs nobles et purs dessins où tant d’art et de poésie ont été dépensés, n’en rendent que plus précieux l’accueil discret et tout intime de cette vieille église. On arrive alors, en sortant par les bas-côtés, à descendre ces petites rues déclives qui entourent le monument et qui, avec leurs maisons agrestes ou trapues, leurs vieilles portes, leurs cours silencieuses, leurs jardins élevés, leurs guirlandes de verdure, lui font un cadre si archaïquement provincial. Ce sont les mêmes que Mme Marcelle Tinayre a si consciencieusement décrites dans sa Maison du Péché, et en les parcourant, on n’est pas étonné, au milieu du grand silence dont se drape l’église et qu’elle étend tout autour d’elle, de n’y rencontrer que quelque dévote s’en allant à petits pas, ou quelque prêtre regagnant le presbytère en lisant son bréviaire. Ces petits coins charmants offrent de multiples sujets d’étude à l’artiste, et M. Julien Tinayre, le mari de l’écrivain, que le dessin repose de la gravure, n’a pas manqué de les rendre dans des croquis à la plume très personnels que nous eûmes le plaisir de voir à l’un des derniers Salons au Village organisés chaque année par la Société des Amis de l’Yveline.

En face de l’église, au sommet d’un tertre herbeux et ombragé, arrangé en promenade publique, se dressent les restes du château de Montfort, qu’on appelle ici « les tours. » Ces débris sont à peu près informes, sauf une tourelle hexagonale où l’on peut encore monter. Mais les lierres les tapissent jusqu’au faîte et ils contribuent, par leur vétusté, à donner plus de caractère encore au paysage. D’en haut, on jouit d’une belle vue sur Montfort, ses dégringolades de maisons, ses rues étroites, l’église et la campagne environnante avec ses villas, ses feuillages, ses prés, ses champs qu’on embrasse jusqu’aux lointains horizons forestiers. On fait là une halle délicieuse. En bas du tertre, sur la gauche, on aperçoit la porte Bardorel qui, jadis, servait sans doute d entrée au manoir, et dont l’arcade s’enlève sur une rue, et un peu plus loin, englobé dans les maisons, le cimetière qu’entourent, sur trois côtés, les vieilles galeries d un ancien cloître. Ce cimetière est la grande curiosité de Montfort, et je crois qu’il en est peu d’aussi original sur notre territoire d’Ile-de-France. On y accède par une porte ogivale, travaillée et fouillée, petit chef-d’œuvre de délicatesse, percée dans un banal bâtiment aux allures de grange. On pénètre aussitôt, en poussant, la grille, dans la plus longue des galeries dont d’antiques voûtes en bois soutiennent les toits de tuiles grises, des arcades avec piliers laissent apercevoir, dans l’espace découvert, les tombes bien alignées autour de la croix protectrice. Appuyées aux murs qui font face aux arcades, des pierres funéraires sont dressées tout au long des galeries. De place en place, de petites chapelles délabrées, émiettées, rongées par les poussières du temps, s’avancent en empiétant sur le champ des morts. Le décor est vraiment unique… Le jour où je pénétrai, pour la première fois, dans le cimetière de Montfort-l’Amaury, le ciel était d’azur et le soleil riait, avec de printanières effusions, dans ce ciel que les cloches de Pâques, le lendemain, allaient emplir de leurs amples ondes sacrées. J’ai passé sous les arcades et j’ai pris plus intimement contact avec le domaine des trépassés. Sur le côté où ne règne point de galerie, j’apercevais, descendant sur le cimetière, le dominant et le touchant presque, un coin champêtre de la ville où les maisons se disséminent entre les jardinets clos. On devinait partout, Sur cette colline baignée de soleil, les frissons de la vie circulant plus joyeuse et plus alerte sous les souffles du renouveau et devant la lumineuse promesse des beaux jours. Mille bruissements peuplaient le silence, des insectes bourdonnaient, des oiseaux riaient en se poursuivant. Tout près de moi, des ouvriers devisaient gaiement, assis au bord d’un tombeau tout neuf. Et dans la vision que j’eus ici de la mort, de l’inéluctable écoulement des hommes et des choses, en ce petit cimetière que l’art enjolive, adoucit de ses grâces vieillottes et fanées, il n’y avait nulle angoisse, nul effrayant mystère mais, à peine teintée de très légère et très lointaine mélancolie, une sérénité profonde comme celle de ces eaux songeuses que le crépuscule assoupit doucement sous une très pâle écharpe de brume.

– Des devoirs d’amitié m’appelaient à Gros-Rouvre. J’aime le nom de ce village qui désigne une espèce particulière de chêne trapu et au feuillage persistant, commune ici, et qui symbolise si bien celle région, car l’Yveline est un des coins de notre France où se plaisent le mieux les beaux chênes robustes, si chers à nos pères les Gaulois. Je me souviens avec quel plaisir je suivis à pied la route qui y mène en longeant des bois, des pâturages et de courtes landes buissonneuses où croissent les genêts. Après le dur hiver que nous venions de traverser, l’éveil de la lumière prenait la terre encore frileuse au dépourvu. Les sèves n’avaient pas encore frémi au cœur des vieux arbres et les chênes conservaient leur parure démodée de feuilles aux tons de cuivre. On se serait cru à l’automne, aux heures dorées ou les forêts agonisent, nous jettent leur plaintif adieu. Et les lointains fuyants et roux gardaient leurs indécisions de pastel éteint.

Gros-Rouvre même ne se compose que d’une douzaine de maisons, d’une église, d’une mairie et d’une école, mais plusieurs hameaux éparpillés en dépendent, qui s’appellent: la Surie, la Troche, les Haizettes, le Buisson et le Chêne-Rogneux. C’est ici, je crois, la partie la plus accidentée de l’Yveline ; elle y a, sous des couleurs naturellement plus discrètes, des aspects de Suisse en miniature. Avec des collines, des plateaux, de minuscules vallées et ses lignes de forêts, elle compose son ravissant décor. Le paysage est tout mouvement et se soulève dans un rythme. Quand on est descendu dans la vallée où frétille le rù de la Mormaire, on aperçoit l’église entourée de son cimetière et bâtie sur de hautes murailles, d’où tombe l’ombre dense des bouquets de pins dont la lumière caresse les troncs roses. On cherche s’il n’est pas autour de vous quelque peintre en train de fixer sur sa toile cette harmonie réalisée là si simplement, où il n’y a rien à ajouter, rien à retrancher et qui vous parle un langage enchanteur comme certains coins d’Italie aussi intimes mais non plus savoureux que celui-ci. Et c’est ainsi partout: voilà la région bénie des peintres avides de solitude pour les labeurs féconds. Cazin y vint et Corot installa son chevalet sur le plateau du Chêne-Rogneux. Des lors on ne s’étonne plus que Gros-Rouvre et les villages d’alentour soient à l’heure actuelle une véritable et florissante pépinière d’artistes. « Partout ce sont des décors, a écrit M. Pierre Lelong, l’auteur de cet instructif petit livre : Au pays des grenouilles bleues (encore une caractéristique de l’Yveline, les grenouilles « bleues » !), partout les paysages ont l’air d’avoir été arrangés pour charmer le regard des hommes. Cela n’est ni grandiose ni fantastique, mais souple, gracieux, élégant presque, cela vous invite et vous retient par toutes sortes de séductions amicales ». C’est précisément, à la porte de cet écrivain-paysan que, répondant à un cordial appel, j’allai enfin frapper.

Pierre Lelong gardera le mérite d’avoir organisé l’Yveline au point de vue artistique et régionaliste. Grâce à lui, les artistes si nombreux dont le burin ou le pinceau, par un effort isolé, rendaient un hommage fervent a ce petit coin de terre, auront mis entre eux un lien nécessaire de fraternité et de communion. Lui, dont le passé atteste un perpétuel souci d’inspiration vraie et sincère, était venu refaire ici ses forces chancelantes et rétablir sa santé ébranlée. Il comprit bien vite sur quelle mine féconde il se trouvait, et en même temps il constatait que l’Yveline ne jouissait pas d’une réputation égale à son mérite. Tout restait à faire au point de vue de l’étude des mœurs, des traditions et des légendes. Fortifié par l’exemple de Mistral, il se mit courageusement à l’œuvre. Il chanta l’Yveline dans ses livres, après l’avoir « découverte » avec le concours de Louis Tinayre, l’auteur du Panorama de Madagascar, de Julien Tinayre, le graveur, son frère, de Marcelle Tinayre l’écrivain, il groupa tous les artistes de la contrée et fonda l’Ecole de Rambouillet. Chacun voulut alors faire œuvre d’art et de traditionalisme, enrayer l’exode des indigènes vers les villes, rendre florissant le bon terroir, appeler de toutes façons les touristes et les artistes, de Paris ou d’ailleurs, en quête de sites encore vierges. L’entreprise réussit. Le groupement s’appelle aujourd’hui : Société des Amis de l’Yveline, comptant une centaine de membres tous peintres ou graveurs, ou écrivains, ou poètes, ou publicistes. Mme Tinayre en est la présidente d’honneur. Des conférences, des causeries documentaires ou littéraires, des promenades, sont faites sur le territoire et en particulier à Gros-Rouvre. Tous les ans, à l’automne, dans la salle de l’école ou de la mairie d’un village, chaque fois différent, on organise le Salon au Village, exposition d’œuvres picturales conçues en Yveline et célébrant l’Yveline, où les habitants du département retrouvent les sites où ils passèrent et ces paysans, une image de leur vie et de leur cadre natal. En outre, les archéologues fouillent les terrains à la recherche des fossiles, des vieilles poteries, des monnaies et des médailles anciennes ; les entomologistes courent sus aux papillons et aux mille insectes locaux pour les piquer dans leurs vitrines, les botanistes s’empressent autour de la flore des collines et des grands bois où les mycologues s’en vont chercher les champignons comestibles ou nocifs. Les résultats de toutes ces recherches prennent place dans les collections du petit musée populaire de l’Yveline. En outre, chacun s’efforce, dans la mesure do ses moyens, de protéger les sites, de les défendre contre les mains profanes et, de ressusciter les traditions d’architecture locale. Maintenant, Pierre Lelong caresse l’idée d’un theàtre populaire. Ainsi une œuvre profondément intelligente et utile s’est greffée sur l’entreprise purement artistique du début. Nous causâmes de toutes ces choses dans la chaumière où Pierre Lelong mène sa vie d’indépendance et réalise jour à jour son rêve, lui assis sur sa bancelle rustique, et moi, dans un large fauteuil de paille, auprès de la vaste cheminée, tout en vidant un pichet de cidre frais. Puis nous partîmes en reconnaissance. J’aperçus la villa de Pierre Gusman, le graveur et écrivain d’art à qui nous devons ces excellentes monographies : Venise et Pompéi et en redescendant du Chêne-Rogneux, nous nous arrêtâmes devant la maison de Marcelle Tinayre, nichée dans les tilleuls et les châtaigniers qui abritent ses ruches. C’est là qu’Augustin, de la Maison du Péché, installe sa Fanny Manolé pour y connaître de courtes heures d’amour. « Le livre achevé, a dit l’écrivain, elle me parut vide comme au lendemain d’un départ. » La maison de Fanny est charmante et bien propre par son cadre rustique et son silence parfumé à abriter la méditation et le travail. Ce n’est pas un château mais l’aimable refuge d’artistes qui, à l’exemple de Maurice Maeterlinck, se reposent aux champs de leurs labeurs, en élevant des abeilles.

Le lendemain, nous allâmes par la forêt des Quatre-Piliers, en passant sur les bords de l’étang du Coupe-Gorge, jusqu’à Gambaiseuil dont les vieilles chaumines, l’église minuscule au clocher de bois, les belles combes forestières, m’ont enthousiasmé. Les cloches sonnaient partout et l’écho des grands bois profonds nous apportait des bribes de leurs gais alléluia de Pâques. Nous devisions en foulant, dans les sentiers, les feuilles mortes que les vents de l’automne et de l’hiver avaient arrachées aux branches, et dans la glaise humide, mon guide me montrait les empreintes qu’avaient laissées les dix-cors. Ce furent des heures légères, limpides et heureuses. Quand il fallut partir, je compris quel puissant attrait m’avait séduit et je pris l’engagement de revenir. Car l’Yveline est une et irrésistible enchanteresse : elle vous enveloppe, vous baigne de sa douceur pour mieux vous convaincre, vous subjuguer, et son charme est de ceux qui attachent, retiennent, et qu’on est tout surpris de n’avoir plus jamais la force d’oublier.

SERGE EVANS.

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différencier les tirages de Jouaust.

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Damase Jouaust (1834 -1893 ) est un éditeur réputé, qui, de 1865 à 1890 environs, a produit un nombre impressionnant d’éditions, qui ont été renommées, pour la qualité de leur typographie et le soin de leur mise en page – et pour certaines, également des textes d’accompagnement (préfaces, notes).

Ces éditions étaient illustrées, souvent de façon assez limitée, par un portrait de l’auteur, en guise de frontispice, par quelques bandeaux, en début de chapitre, voire par quelques hors-texte – plus quelques ornements. Ces gravures, en taille-douce, étaient réalisées d’après des dessins de quelques dessinateurs attitrés, et gravés de même par un petit groupe de graveurs ; on retrouve souvent les noms de Lalauze, Boivin, …

Comme tout éditeur de bibliophilie, Jouaust différenciait les tirages ; mais il avait une façon bien particulière d’indiquer la justification de ces volumes, qui induit assez souvent les amateurs en erreur. En effet, il n’indique que rarement le tirage réel… ni les différents formats, et joue volontiers sur l’ambiguïté du terme « grand papier ».

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Voici une justification typique, utilisée pour sa collection « bibliothèque artistique moderne« , dans laquelle Jouaust a publié 17 volumes :

TIRAGE A PETIT NOMBRE
Plus 25 exemplaires sur papier de Chine et 25 exemplaires sur papier Whatman,
avec double épreuve des gravures.

Il a été fait un tirage en GRAND PAPIER, ainsi composé :

        • 100 exemplaires sur vélin de Hollande à la forme,
        • 20          –               sur papier de Chine fort,
        • 20          –               sur papier Whatman,
        • 10          –               sur papier du Japon à la forme,
          150 exemplaires.

Ce tirage contient deux portraits différents, et les gravures s’y trouvent en double épreuve pour les exemplaires sur papier de Chine et sur papier Whatman, et en triple épreuve pour les exemplaires sur papier du Japon.

 

Cette justification comporte plusieurs ambiguïtés ! tirage à petit nombre, certes, mais combien ? et sur quel papier ? puisque les mêmes papiers sont utilisés pour le tirage courant et les grands papiers, comment savoir à quel tirage appartient un exemplaire particulier  ?

Tirage à petit nombre.

Cette formule, courante chez Jouaust, signifie un tirage entre 500 et 750 exemplaires. On peut s’en assurer d’après son catalogue, dans lequel certains tirages sont indiqués. Ainsi, les ouvrages du « Cabinet du Bibliophile » sont tirés à 300 exemplaires ; et ceux de la collection « Les Petits Chefs-d’œuvre » sont indiqués « Tirage à petit nombre » avec la remarque :

Cette collection est imprimée dans les mêmes conditions que le Cabinet du Bibliophile ; mais, le chiffre du tirage étant un peu plus élevé, les volumes sont vendus proportionnellement moins cher.

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La borne supérieure, fixée à 750 environ, correspond aux tirages plus importants indiqués par Jouaust ; il a toujours essayé de limiter les tirages aux possibilités de diffusion – 750 exemplaires correspondant aux tirages du Molière.

Papier courant.

Le papier utilisé pour le tirage courant n’est pas souvent mentionné dans la justification. Dans ses catalogues, Jouaust indique le plus souvent « sur papier vergé » sans plus de précision. Dans la brochure publiée pour l’Exposition Universelle de Lyon (1872) Jouaust précise :

Le papier de fil, employé dans les anciennes éditions, et dont la solidité a résisté à l’épreuve du temps, a été préféré par nous au papier de coton, qui est devenu le papier courant des impressions modernes. Nous avons heureusement trouvé des maisons qui, comme celles de MM. Blanchet et Kléber, de Rives ; Dambricourt, de Saint-Omer ; Van Gelder, d’Amsterdam, fabriquent de très-beaux papiers vergés à la forme.

 

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En pratique, ce papier courant est très souvent (toujours pour la Bibliothèque Artistique Moderne) un Hollande Van Gelder, filigrané, ce qui rajoute à l’ambiguïté…

Format.

Sur la quatrième page de couverture, Jouaust indique le plus souvent les autres titres de la collection, avec les formats et les prix. On peut donc voir que pour la Bibliothèque Artistique Moderne, le tirage courant est au format in-8° écu, et que les grands papiers sont au format in-8° raisin ; ce qui donne approximativement 13 cm par 20  cm pour le tirage courant et 16 cm par 25 cm pour les grands papiers..

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Lamartine, Graziella – quatrième de couverture.

 

Cette indication est à prendre avec précautions ; en effet, les tirages de luxe au petit format peuvent atteindre des dimensions importantes, compte tenu du peu de soin qu’apporte Jouaust à l’imposition : si le livre n’est pas rogné par le relieur, ses dimensions peuvent s’approcher de celles d’un grand papier.

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au dessus : Vigny, tirage courant à petit nombre ; à droite dessous : Jocelyn, sur Chine (« petit papier »), à gauche dessous : Graziella, sur Whatman, grand papier.

 

Voici, par exemple, un exemplaire sur Chine, pas en grand papier, avec témoins conservés, de Jocelyn (Lamartine) édité en 1885 dans la Bibliothèque Artistique Moderne : il mesure 15,5 cm sur 23,5 cm… S’il avait été rogné, il aurait eu les dimensions attendues (13 cm sur 20 cm).

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Jocelyn sur Chine – avec témoins importants.

 

Si un livre de grandes dimensions n’est donc pas une indication formelle de grand papier, a contrario, un livre de petit format n’est PAS un grand papier !

Indications sur la justifications.

Comment s’y repérer, alors ? il reste tout de même un moyen important : les mentions sur la justification. En effet Jouaust a une pratique particulière pour numéroter les exemplaires.

  • Le tirage courant n’est pas numéroté – et ces exemplaires contiennent la justification complète.
  • Les exemplaires sur papier de luxe, au petit format, sont numérotés, et ce numéro est inscrit au milieu de la justification, au dessus de la mention des grands papiers.
  • les exemplaires en grand papier ne mentionnent pas le tirage courant « à petit nombre » et la numérotation est placée en dessous de la mention des grands papiers.

A gauche : tirage courant, sur papier non précisé (Hollande Van Gelder), non numéroté (« petit nombre »).
Au milieu : petit format, papier de luxe numéroté (Chine ici) avec deux épreuves des gravures.
A droite : grand papier, numéroté (Whatman ici), avec deux épreuves des gravures, et sans mention du tirage à petit nombre.

 

 

Épreuves des gravures.

Comme on l’a vu dans la justification, pour les éditions illustrées, Jouaust varie les épreuves :

  • le tirage courant ne contient qu’une seule épreuve des gravures (portrait, frontispice, gravures in ou hors-texte) ;
  • les tirages sur papier de luxe du tirage courant contiennent deux épreuves ;
  • les tirages sur grand papier contiennent deux épreuves ;
  • le premier papier (souvent sur Japon) contient trois épreuves.

Il faut noter que Jouaust vendait également des jeux de gravures, avant lettre, avec pour remarque une ancre ; et des jeux d’eaux-fortes pures (tirage à 10 ou 15 exemplaires seulement).

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Graziella, épreuve supplémentaire avec une ancre comme remarque.

Un exemplaire sur grand papier, avec tous ses jeux de gravures, plus des épreuves avant lettre et les eaux-fortes pures, dans une belle reliure de l’époque, sera donc à rechercher – mais ce n’est bien sûr pas courant !

Moralité

On voit beaucoup de descriptions qui indiquent « exemplaire en grand papier sur Hollande, non numéroté » – et en creusant un peu on se rend compte que dans la plupart des cas il s’agit d’un exemplaire du tirage courant… sur Hollande, certes, comme tous les exemplaires.

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description fausse – noter la faute au nom de l’illustrateur..

 

Supplément : différencier la période Jouaust de la période Flammarion.

En 1891, Jouaust vend son entreprise, avec son stock, à Flammarion, qui va poursuivre de nombreuses années l’activité, en éditant ou rééditant des ouvrages, mais aussi en écoulant le stock existant, sans changer les dates d’édition. Il existe tout de même un moyen pour identifier les exemplaires vendus par Flammarion : la couverture est imprimée en un seul ton, alors que Jouaust l’imprimait en deux tons.

A gauche : Lamartine, période Jouaust ; à droite : Vigny, période Flammarion.

 

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Verrières : recherche d’un illustrateur.

Dans la bibliographie de Doucet, Verrières occupe une place à part. En effet, c’est un peu l’enfant gâté de Doucet ; pour ce livre, Doucet s’est beaucoup dépensé et à passé beaucoup de temps à sa conception. En voici un exemple, avec deux lettres, adressées à Maurice Denis, conservées au Musée Maurice Denis de Saint-Germain-en-Laye.

Première lettre, datée du 22 juin.

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Voici le texte de cette lettre :

91bis Cherche Midi
Paris 22 juin
Mon cher Maître –
Je ne vous demande pas si vous aimez les livres puisque vous avez fait peut-être le plus beau avec les « Fioretti », mais si vous connaissez quelques uns des 20 ou 25 que j’ai essayé de faire pour les bibliophiles.
Contes de Haute-Lisse, de la Fileuse – mon dernier de style chinois – La grande Douleur des Sept artistes.
Je viens d’achever une série de sept contes sous le nom de « Verrières » – je suis parti pour exergue, de la phrase de Gustave Flaubert « Voici l’histoire de St Julien l’Hospitalier telle qu’on la peut voir sur un vitrail d’église de mon pays. »
Et j’ai fait des contes « vus », sur des vitraux. Il me reste à illustrer ce livre – et je ne vois qu’un artiste pour le faire très bien – comme il a été conçu – vous.
Et je vous demande – accepteriez-vous de faire 7 dessins – pour les 7 contes – à la façon de Verrières – C. à. dire à traits emplis de couleurs à plat –
et si j’avais ce bonheur – quelles seraient vos conditions – soit en gardant les originaux, soit en vous les rendant.
Je suis sûr – pardonnez cette confiance – que les textes vous plairont par leur esprit et leur volonté d’art – et je vous demande votre concours – qui m’est je puis dire indispensable – car hors vous… qui ?? – personne pour faire ce qu’il faudrait.
Croyez, mon cher Maître – à ma vive admiration
Jérôme Doucet

Quelques jours plus tard Jérôme Doucet envoie une seconde lettre, un court billet cette fois,  à Maurice Denis :

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91bis Rue du Cherche Midi
Paris 29 juin
Mon cher Maître
Un proverbe prétend que « qui ne dit mot consent » mais je crains au contraire que votre silence soit une manière de refus.
Je viens pourtant vous demander – encore si en principes – cette collaboration pour 7 dessins de mes « Verrières » ne pourrait vous convenir
Je ne voudrais renonce qu’à la dernière extrémité à votre concours qui assurerait à mon livre le double intérêt du bien pressenti et du succès assuré.
Croyez, mon cher Maître, à mes sentiments d’admration
Jérôme Doucet.

On peut noter que ces lettres sont écrites sur papier de deuil ; en effet depuis la mort, en avril 1919, de son épouse, Doucet n’utilise plus que ce type de papier.

Maurice Denis n’a pas répondu à la première lettre ; on ne sait pas s’il a répondu à la seconde ; mais il est certain qu’il a refusé ; en effet l’illustration de Verrières sera réalisée par Edgard Maxence.

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On pourrait dater ces lettres du mois de juin 1925 ; en effet Maxence date le portrait qu’il réalise, pour le frontispice, de novembre 1925. Verrières paraîtra en 1926. Les Fioretti, illustrées par Maurice Denis, sont parues en 1913, chez Jacques Beltrand. Et Jérôme Doucet a sans doute raison de souligner la parenté d’esprit de l’illustration de ces Fioretti, avec son recueil, d’inspiration très religieuse et mystique.

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Maurice Denis, les Fioretti – document Gallica.bnf.fr

La Marseillaise – Discours de Raymond Poincaré

Pour le 14 juillet 1915, il est prévu une grande cérémonie patriotique : transférer les cendres de Rouget de L’isle au Panthéon. L’événement est attendu depuis longtemps déjà ; avant-guerre, Gil Blas publie cet entrefilet :

 

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Avril 1913, Gil Blas – source Gallica.bnf.fr

Nos Tyrtées.
Il y a plus de cent vingt-et-un ans, dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, Rouget de l’Isle concevait la Marseillaise.
Deux ans plus tard, en messidor an II, Marie-Joseph Chénier, en une matinée, écrivait le poème du Chant du Départ, dont Méhul, le soir même, composait la musique. Ni Rouget de l’Isle, ni Chénier, ni Méhul n’ont eu les honneurs du Panthéon. La France n’a pas su marquer à Tyrtée sa reconnaissance. Injustice choquante, noire ingratitude qu’il conviendrait de réparer au plus tôt en célébrant l’apothéose de la Marseillaise et du Chant du Départ par la translation au Panthéon des cendres de leurs auteurs.
Au reste, nous en reparlerons.

 

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image issue de Raymond Poincaré – les tranchées – Gallica.bnf.fr

Nous sommes maintenant en 1915 – il faut remonter le moral du pays, galvaniser les énergies, et l’idée de cette translation refait surface. Mais ses promoteurs s’y prennent un peu tardivement ; tout semble possible, début juillet, jusqu’à l’objection soulevée par un parlementaire, le secrétaire général de la Chambre : il faut un texte législatif pour procéder à cette inhumation – et les délais, pour réunir les deux Chambres, sont bien trop courts. On choisit donc, comme pis-aller, de transporter les cendres de Rouget de L’isle à l’Arc de triomphe, puis aux Invalides – bien que Rouget de l’Isle ne soit pas un soldat.

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le cortège à l’Arc de triomphe – Gallica.bnf.fr

Raymond Poincaré, président de la République, prononcera un discours à cette occasion – qui se veut grande manifestation d’union nationale. Ce discours est important ; il marque notamment la volonté de faire porter la responsabilité de la guerre aux « empires du Centre » et influencera la position des Alliés après la guerre.

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le discours de Raymond Poincaré – Gallica.bnf.fr

 

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A cette occasion, W.F. Higgins (esq.) (William Francis ?) va publier, sous le nom d’éditeur « les paroles immortelles« , un petit fascicule reprenant le discours de Raymond Poincaré, précédé d’une étude historique sur la Marseillaise, et d’un avant-propos, écrits par Jérôme Doucet.

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Source : Musée Carnavalet.

La couverture reproduit un médaillon représentant Rouget de l’Isle, par David D’angers.

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Il s’agit d’un petit livre de format 12,5 cm sur 18 cm, de 32 pages, présenté sous couverture orange, de format 13,5 cm sur 19 cm, avec deux feuilles, la première de papier blanc, la seconde de papier bleu, en guise de gardes ; le papier utilisé est un papier à la forme, très épais. L’imprimeur est mentionné sur la quatrième de couverture : « Imp. Studium – Paris ». Pas d’achevé d’imprimer ni de date d’impression – seulement l’année (1916) sur la page de titre.

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Le tirage est de 1000 exemplaires sur papier à la forme, et 100 exemplaires sur japon ; tirage non mis dans le commerce – la publication est faite « par les soins et aux frais de W. .F Higgins, Esq. ».

Le livre est composé de la manière suivante :

  • un avant propos, de Jérôme Doucet, occupe les pages 5 et 6 ;
  • la page 7 contient la première illustration, à pleine page, de OD.V. Guillonnet, ainsi que le premier mot du discours de Poincaré ;
  • le discours occupe les pages 8 à 16 ;
  • la page 17 contient la seconde illustration de Guillonnet, ainsi que le dernier paragraphe du discours de Poincaré ;
  • une notice historique, de Jérôme Doucet, occupe les pages 19 à 26 (dernière page numérotée) ;

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  • un fac-similé de l’édition originale occupe les pages 18 et 29 (non numérotées, sur double page) ;

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  • un fac-similé du manuscrit de Rouget de Lisle est publié page 30 (non numérotée).

 


marseillaise_ill1La première illustration de Guillonnet reprend la photographie publiée plus haut, montrant Poincaré prononçant son discours ; l’artiste a rajouté une figure allégorique, s’inspirant du Départ des Volontaires, de François Rude, présent sur l’Arc de Triomphe.

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La seconde illustration montre la future victoire. Les deux compositions de Guillonnet sont gravées par Ernest-Pierre Deloche (1861-1950).

 

Annexe : Avant propos de Jérôme Doucet.

AVANT – PROPOS

Ceci est plus, beaucoup plus, qu’un discours officiel ou académique, page d’un jour, éblouissant feu d’artifice d’un 14 Juillet, ce sont des paroles historiques, des phrases lapidaires, des pensées immortelles à la hauteur des circonstances inouïes dans lesquelles elles furent prononcées.
Dans un langage à la fois sobre et puissant, calme et énergique, le Président Poincaré, de l’Académie Française, a notifié au monde attentif la volonté de la France qui le mit à sa tête.
Ceci est mieux que du beau ou du bon français, c’est du Français.
D’ailleurs, pour parler en pareille circonstance d’une œuvre telle que la Marseillaise, il fallait une telle voix, et ce sera une gloire du Président d’avoir été, une fois de plus, en des circonstances si périlleuses, à la hauteur de sa tâche.
La Marseillaise ! Songeons à tout ce que ce mot évoque d’héroïsme et de splendeur, à tout ce que comportent de puissance irrésistible ses accents républicains, c’est une force de la nation, implacable et grandiose, c’est le soc qui laboure les champs de bataille pour y faire pousser la moisson de victoire et de liberté, plus nécessaire au Français que l’air qu’il respire.
Et c’est sans doute par l’importance du but à atteindre, par la valeur du résultat obtenu, que la Marseillaise a pris dans le monde cette puissance géante qui dépasse de si loin la sonorité d’un air, la portée d’une parole.
Songez à ce que seront les accents de la Marseillaise le jour, qui se prépare, où elle retentira à nouveau, remontée à sa source, revenue à son point de départ, sur la place même de Strasbourg.
D’où elle jaillit un jour pour illuminer le monde.
J. D.

 

Annexe : extraits de les Tranchées, de Raymond Poincaré.

Dans son livre de souvenirs les Tranchées, Poincaré évoque l’épisode et son discours – Voici les extraits correspondants (source : gallica.bnf.fr)

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Camille Mauclair et l’Art et les Artistes.

Deux lettres de Camille Mauclair adressées à Armand Dayot, actuellement en vente sur Ebay, nous permettent de glisser un œil dans les coulisses de la revue « l’Art et les Artistes », fondée par Armand Dayot, et dont le premier numéro paraît en avril 1905.

Voici la première de ces lettres :

A St Leu Taverny
S et Oise samedi

Cher monsieur Dayot
J’ai vu Besnard hier ; je sais maintenant ce qui figurera à son exposition. Mais je vais faire l’article sans attendre, car elle ne sera constituée que le 7 mai. Je possède tellement le sujet que c’est aisé. Comptez donc sur mon texte pour le 2 mai. Je vous le porterai sans doute le 2 mai au matin avec quelques photos. Je n’ai pas trouvé grand chose chez Besnard, sauf des photos d’œuvres murales. J’ai pourtant pris 4 ou 5 têtes de femmes, et la jne fille orange. J’ai ici la Réjane, que Besnard même n’a plus. Je vous la prêterai, et peut-être une ou 2 autres choses si je les retrouve. Il vous écrira pour la question du cuivre. Il m’a dit qu’en principe il était disposé à vous le donner. Je crois bien que pour le reste il faudra vous entendre avec lui, pour avoir chez Roux ou chez Manzi quelques photos. Quant à mon texte je ferai de mon mieux, c’est tout ce que je puis dire – une sorte de préface synthétique, la dimension du texte rendant impossible tout examen de détail. J’aurais même eu le désir, le dessein de faire cette préface, et qu’elle servît à la fois pour l’exposition (catalogue) et pour la revue, celle-ci la publiant en inédit. Mais les dates rendent impossible cet arrangement et c’est cette raison qui m’a dissuadé d’en parler à Besnard, outre la délicatesse – car j’ai horreur de me mettre en avant et je suppose bien que Petit lui a donné déjà un préfacier plus titré que moi, sinon plus compréhensif de son oeuvre.
Quant à ce que je vous ai dit hier, j’en maintiens l’entière véracité et j’en ai tu bien des détails. Je ne voudrais cependant pas que cette explication prît à vos yeux un caractère agressif, la personne m’étant indifférente et rien de plus, et mon parti étant pris des petits tours passés. Seulement j’ai senti que vous étiez très-froissé, avec votre nature spontanée, des choses douteuses constatées récemment, et je n’ai pu me retenir, entendant nommer avec confiance une seconde personne qui vaut la première, de vous en parler, par une impulsion de sympathie m’engageant à vous mettre en garde – Cela n’empêche nullement que cette personne puisse agir plus convenablement avec vous, personnage officiel et très « assis », dans la vie, qu’avec le jeune et naïf auteur que j’étais il y a deux ans et demi. C’est une question de surveillance et d’essai, voilà tout.
Au 2 mai, cher Monsieur Dayot, et trouvez ici ma bien vive et bien sincère cordialité.
Camille Mauclair
J’aurais le grand désir qu’on sût en France que j’ai publié ce livre récent sur Rodin. Voulez-vous être assez bon pour insérer une petite note que je joindrai à mon texte sur Besnard – un simple écho très bref ? Voulez-vous aussi penser à Sargent, à ses gravures, pour que rien ne m’empêche de m’en occuper sitôt le Besnard publié ?
Enfin je m’en remets à vous pour que soit réparée l’omission de mon nom dans la liste des collaborateurs.

L’article de Mauclair sur Albert Besnard paraît dans le numéro 3 de la Revue, daté de juin 1905 ; il occupe les pages 109 à 119. Il est illustré de dix reproductions in-texte, et deux reproductions à pleine page de tableaux de Besnard – mais il n’y a pas de gravure qui pourrait correspondre au cuivre évoqué par Mauclair dans ce numéro : elle paraîtra dans le numéro de septembre 1906.

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De même, le portrait de Réjane évoqué dans la lettre n’est pas reproduit. En revanche six têtes de femmes figurent parmi les douze reproductions.

 

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Dans le supplément de ce numéro paraît l’écho suivant, dans la rubrique « Livres d’Art » :

M. Camille Mauclair a publié récemment chez l’éditeur Duckworth, de Londres, un livre sur Auguste Rodin, sa technique et son symbolisme. L’ouvrage, luxueusement édité et illustré, outre une biographie, une bibliographie et une iconographie très complètes, présente une analyse minutieuse et une psychologie très précise des idées et du caractère tout spécial du génial sculpteur. Cette oeuvre obtient un grand succès de curiosité sympathique dans la presse anglaise et dans le public sur lequel l’oeuvre de Rodin exerce, comme on sait, une profond influence.
Ajoutons que la même librairie d’art, qui avait déjà publié le livre de M. Mauclair sur l’Impressionnisme avant l’édition française, a demandé au même écrivain un Watteau dont, paraît-il, la thèse sera inattendue et curieuse.

Le texte prend tout son sel si l’on sait que c’est Camille Mauclair qui en est l’auteur…

On a vu, dans sa lettre, que Mauclair est un peu frustré par les limites imposées à son article ; il se rattrapera près de vingt années plus tard, en publiant, dans la même revue (numéro de mars 1924) une grande étude sur Besnard – qui occupe les pages 209 à 246, soit la quasi-totalité du numéro.

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Dans cette étude de très nombreuses œuvres sont reproduites, dont le fameux portrait de Réjane..

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Voici la seconde lettre de Camille Mauclair à Armand Dayot.

 

St Leu Samedi
Mon cher ami
J’irai peut-être vous demander à déjeuner lundi. Comme dit l’autre, attendez-moi sans m’attendre : c’est-à-dire que je compte venir, mais qu’il peut arriver un empêchement de dernière heure. De votre côté, s’il y en a un ne m’écrivez ni ne prenez souci : si je ne vous trouve pas, je fais d’autres courses et voilà tout. Nullement étonné de l’affaire du Matin, mais curieux de savoir le genre de muflerie, celle-ci, en soi, n’ayant jamais fait doute en mes prévisions.
L’article fera grand plaisir au brave Picard. Avez-vous prié Laurent de faire un dessin hors-texte (Doucet me disait vous en avoir parlé, une litho ou je ne sais quoi. On aurait aisément une chose exquise). Vous savez qu’en fait de miss C. qui a le temps d’attendre et dont rien ne presse, nous sommes convenus de Mlle Claudel, et pour avril ! Autre chose. Je sors de l’exposition Pellet absolument enthousiasmé par la génialité de Louis Legrand, et je rêve un article sur lui, que je sens plus que tous les autres. Nous en causerons. Pour l’amour de Dieu laissez dans l’ombre mon ignoble portrait de la brochure Aubry ! A vous 
Mauclair
Lisez la « Revue » du 15, il y a l’article sur le Salon d’Art.

Camille Mauclair parle de Doucet : il occupe, au moins depuis le numéro 2 de la revue, le poste de « secrétaire« , terme vague, qui reprend le titre qui était le sien au sein de la Revue Illustrée ; Doucet ne publiera pas d’article, du moins pas d’article signé de son nom ; il signera la rubrique des nouvelles parutions. Doucet et Mauclair se connaissent depuis quelques années ; notamment depuis la publication, par le Livre et l’Estampe, du livre de Mauclair, les Danaïdes.

L’article sur Picard paraît dans le numéro de décembre 1905 ; il est paginé de 107 à 116.

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Il contient deux pages hors-texte, qui peuvent correspondre à ce qu’évoque Doucet – mais Laurent n’est pas mentionné.

Il n’y aura pas d’article publié sur Camille Claudel ; même si elle est citée à plusieurs reprises, avec notamment la reproduction du Pardon, dans le numéro de décembre 1905.

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L’article sur Louis Legrand, souhaité par Camille Mauclair, sera publié dans le numéro de janvier 1906 ; il occupe les pages 152 à 164 ; la revue publie pas moins de sept hors-texte à cette occasion !

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Nb : La plupart des illustrations de cet article sont issues de Gallica (gallica.bnf.fr).

 

Pages d’amour.

En 1912, Jérôme Doucet fait paraître un petit recueil de contes, plutôt pour adultes, et ceci à compte d’auteur. C’est le premier ouvrage qu’il fait paraître de cette façon ; jusqu’à ce moment, il a toujours utilisé les services d’un éditeur, pour toutes ses publications, y compris les plus confidentielles – publications fort nombreuses ; Pages d’amour sera la quatre vingtième publication de Jérôme Doucet !

Doucet a de l’expérience dans ce domaine, puisqu’il a dirigé une maison d’édition : le Livre et l’Estampe ; il a travaillé avec Ferroud ; il connaît bien les imprimeurs et le processus d’édition.

Au reste, ce n’est pas une volonté de Doucet de le publier « chez l’auteur » ; simplement, il n’a pas trouvé d’éditeur !

En effet, dans sa dédicace, Jérôme Doucet nous informe qu’Anatole France avait bien voulu le recommander à son éditeur (sans doute Calmann-lévy), pour ce livre, mais que ce dernier avait été trouvé trop court – et Doucet, n’ayant pas voulu ou pu étoffer son ouvrage, s’est décidé à l’éditer lui-même.

Cette dédicace à Anatole France est intéressante à un autre titre ; Doucet y cite la leçon bien apprise, faisant partie des Contes de jacques Tournebroche, publié par Anatole France quelques années auparavant ; et toutes proportions gardées, les pages de Doucet sont dans la même veine.

En effet, il s’agit ici de petits textes, très courts, qui mettent en scène des personnages historiques ou légendaires, avec un page qui joue un rôle insoupçonné dans l’histoire officielle ; les maris n’en sortent pas indemnes. Le ton est très léger, et détonne un peu dans la production de Doucet.

Les douze contes retenus sont les suivants :

  • La Belle Hélène
  • Le Roi Midas
  • Le Roi Crésus
  • La Reine Candaule
  • Madame Putiphar
  • Madame Dagobert
  • Madame Barbe-Bleue
  • Madame Gambrinus
  • la Duchesse de Malbrouck
  • Madame de Carabas
  • Le Roi d’Yvetot
  • Le Ci-Devant

Comme souvent, Doucet a retenu douze contes ; il a pu en écrire d’autres, non retenus dans ce recueil.

Serge de Solomko.

Pour ce livre, Doucet a fait appel à un artiste qui n’a encore jamais illustré de livre : ce sera sa première contribution à un livre imprimé. Mais il ne s’agit pas d’un jeune débutant ; en effet, Sergueï Solomko, dit Serge de Solomko en France, est un artiste russe, né en 1867 ; il a donc déjà une certaine expérience en 1910 ; ses illustrations sont notamment reproduites en cartes postales par l’éditeur d’origine Russe Ilya Lapina. Il donne des dessins de presse dans diverses revues ; notamment en 1906, à la Revue Illustrée, une caricature de Colette et Willy.

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la Revue Illustrée, 20 mars 1906 – source : Gallica.bnf.fr

Dans ce livre figure une seule illustration de Solomko, placée en frontispice.

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Solomko – fronstispice de Pages d’amour

Il n’est pas impossible qu’il ait réalisé d’autres illustrations, non retenues pour la publication ; il existe notamment une carte postale représentant Joseph et la femme de Putiphar, qui aurait parfaitement eu sa place dans ce livre.

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source : trouvé sur Pinterest.

 

Doucet fera appel à Serge de Solomko à d’autres occasions ; notamment en fin d’année 1913, pour la chanson de Pénélope, publié dans le numéro de Noël de la revue « Journal des ouvrages de dames«  ; puis de nouveau en 1921, pour illustrer la Légende des mois, chez Hachette.

 Pages d’amour.

Matériellement, le livre est un in-4° carré (22 cm sur 24 cm) de 110 pages plus 6 pages non numérotées ; il a été imprimé par l’Édition Romane, 40 rue des Mathurins, à Paris, l’achevé d’imprimer est daté du 20 juillet 1912.

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La couverture et la page de titre sont dessinées par Girardclos, dessinateur publicitaire ;  le texte est imprimé en noir, dans des encadrements jaune orangé, avec une mise en page très aérée.

Le livre est publié à Paris, aux despens de l’auteur, 91bis, rue du Cherche-Midi, ou à l’Edition Romane, 40 rue des Mathurins.

 

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Le tirage est limité à 99 exemplaires :

  • 3 exemplaires sur Japon à la forme, vendus 50 francs ;
  • 6 exemplaires sur papier de chine (non indiqués dans le prospectus) ;
  • 9 exemplaires sur Japon Impérial, vendus 30 francs ;
  • 81 exemplaires sur Papier à la forme, vendus 20 francs.

Hors les grands papiers, le livre est imprimé sur pur fil dAnnonay.

Le prospectus donne quelques indications :

Ces douze contes, douze fantaisies, douze poëmes en prose d’un goût si précieux, d’une forme si raffinée, ne sont peut-être pas dans leur frivolité amoureuse, une lecture pour tous les âges. Pourtant rien n’y saurait choquer si l’on aime les choses bien dites et spirituellement troussées.

Le livre en lui-même imprimé avec un caractère Roman neuf (dont ceci est un specimen), grand, artiste, sur du très-beau papier de fil à la forme, ou du Japon, est un chef-d’oeuvre de typographie, un bibelot raffiné. Malgré son tirage fort restreint, comme ce livre est édité en dehors de toute spéculation et non en librairie, il est d’un prix abordable pour tous.

La typographie, comme l’indique le prospectus, est effectivement assez soignée ; une mise en page claire, chaque page est entourée d’un filet orangé, avec rappel près de chaque cadre. D’un tirage très faible, le livre est relativement rare ; on n’en voit en vente qu’exceptionnellement.

 

Annexe : dédicace à Anatole France.

Voici le texte inséré en guise de dédicace :

Pour ANAT0LE FRANCE.
Maître,
Je vous envoie bien tardivement ces « Douze Pages d’Amour » dont l’an passé vous acceptiez la dédicace ; pardonnez cette lenteur, je vais vous en dire la cause.

Vous souvient-il que, si gentiment, vous les prîtes par la main, ces polissons, & les conduisites dans une grande et belle librairie. Ils furent accueillis avec un sourire qui vous revenait, examinés loyalement pour voir à quoi ils pourraient bien s’employer. Mais quand on voulut les mettre en pages, en pages de la maison, on s’aperçut qu’ils ne faisaient pas à eux douze un gros volume.

« Soyez sages & mangez votre soupe » leur fut-il dit avec bonhomie… Ils grandiront, pensait-on, car ils sont esp… iègles ! non !

Ces espiègles ne mangèrent pas leur soupe, préférèrent se nourrir d’amour & d’eau claire, quitter ce beau palais, pour aller loger à la belle étoile.

Je les ai grondés, amenés, je crois, à composition, corrigés de près & les voici, Maître, inclus en ces cent-douze pages, ces douze pages.

Je vous les offre à nouveau avec l’espoir que la leçon écoutée de vous, pour moi fut un peu « La leçon bien apprise ».
J. D.
Mai 1912.

 

 

 

 

Doucet au Gil Blas Illustré.

Le Gil Blas Illustré hebdomadaire est le supplément du journal quotidien Gil Blas ; il est servi comme prime aux abonnés. Gil Blas est un quotidien, créé en 1871 ; le supplément illustré est créé en 1891.

Ce supplément est constitué de deux feuilles pliées, ce qui donne huit pages ; la première page étant réservée à un grand dessin, soit isolé, soit en rapport avec le texte publié page suivante. La dernière page est le plus souvent occupée par une chanson, illustrée, assez souvent avec la partition. De nombreux illustrateurs sont mis à contribution, dont principalement Steinlen, notamment pour la dernière page ; mais on trouve aussi très fréquemment Paul Balluriau (1860-1917) ; il en est d’ailleurs le directeur artistique de 1897 à 1900.

Si l’iconographie choisie est en général assez populaire, avec une illustration souvent caricaturale, qui rappelle le Rire, la partie littéraire est de bonne tenue ; on trouve fréquemment les signatures des plus grands auteurs, comme Guy de Maupassant, Barbey d’Aurevilly, Émile Zola, Anatole France. De même, les chansons, quelquefois signées d’auteurs peu renommés, peuvent aussi être dues à Verlaine ou Baudelaire.

Jérôme Doucet, auteur de chansons et de textes courts, avait toute sa place dans ce journal ; et effectivement il y a été publié très tôt.

1894 et suivantes : chansons.

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La première contribution relevée est datée du 30 septembre 1894 (numéro 39) ; à cette date le Gil Blas illustré publie, en dernière page, la chanson « Il ne vit qu’un jour, l’amour« , Ronde, paroles et musique de Jérôme Doucet, avec une illustration de Paul Balluriau. A cette date Doucet habite toujours Rouen ; il a très peu publié, essentiellement des pièces théâtrales, en tirage très limité ; on trouvera le détail de ces publications dans cet article.

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Une autre chanson est publiée en 1896, dans le numéro 6 : « la chanson de la chair », paroles de Jérôme Doucet, sans musique ; l’illustration est toujours de Paul Balluriau.

Il existe sans doute d’autres chansons, publiées dans ces années-là. Ces chansons ne sont pas reprises dans les publications ultérieures de Doucet ; mais elles ont pu faire partie du projet, non abouti, de publication sous le titre « la chanson des gens« , évoqué par Doucet dans la Puissance du souvenir.

1903 : Jérôme Doucet, directeur.

Le bandeau du numéro 8 de 1903 est le suivant :

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On note la mention de Jérôme Doucet, directeur. Cette mention figurera jusqu’au numéro 18 ; Doucet est sans doute resté directeur, sans que ce soit explicité sur le bandeau (ce qui était courant pour ce journal) jusqu’à la fin de parution du journal, au numéro 34.

Les contributions de Doucet, maintenant qu’il est directeur, seront nettement plus fréquentes… Voici quelques exemples.

Le livre des masques.

Cette même année 1903, Jérôme Doucet, qui dirige également la maison d’édition le Livre et l’Estampe, publie le Livre des Masques, collection de cent caricatures féroces, illustrées par Jules Fontanez. Certaines de ces caricatures sont publiées dans le Gil Blas illustré, dont notamment :

  •  numéro 8 : les étudiants,
  • numéro 26 : les amoureux,
  • numéro 27 : les touristes,
  • numéro 29 : les catholiques.
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double page du livre présentée devant la double page du journal.

Le Gil Blas est un journal, donc d’un format assez imposant : 28 cm sur 40 cm ; ces caricatures sont publiées sur la double page centrale, donc avec un format de 56 cm sur 40 cm, ce qui rend ces caricatures encore plus impressionnantes. La publication du livre sera bien moins imposante : le livre est au format 16 cm sur 24,5 cm.

1903, numéro 9 : chanson d’amour.

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Une nouvelle chanson, du même registre que celles publiées en 1894 et 1896, est insérée dans le numéro 9 de 1903 : chanson d’amour, paroles de Jérôme Doucet, pas de musique, avec un dessin de Théophile Steinlen.

la Chanson des Choses.

Doucet a publié en 1898 un recueil de cinquante-cinq chansons, chez Henry-May, intitulé la Chanson des Choses ; ces chansons, illustrées par de nombreux artistes, avaient pour la plupart été publiées par la Revue Illustrée. Doucet a puisé dans ce vaste ensemble pour alimenter Gil Blas. Voici deux exemples :

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  • numéro 11 de 1903 : la chanson du masque.

Cette chanson, insérée dans un grand cadre de Giraldon, qui avait déjà été utilisé pour la publication dans la Revue Illustrée, en 1897, mais avec des couleurs différentes.

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la chanson du masque, dans la Revue Illustrée, 1897.
  • la chanson des fuseaux.

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Cette chanson est insérée dans un cadre de A. Cossard ; elle a été mise en musique par Henri Letocart (1866-1845). Cette illustration n’a rien à voir avec celle qui avait été utilisée lors de la publication dans la Revue Illustrée, ou dans le livre la Chanson des Choses (cadre de Giraldon).

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Pierrot.

Doucet republie certaines des pantomimes qu’il avait publié, en 1900, sous le titre général de Mon ami Pierrot, avec des illustrations de Louis Morin. Entretemps, Doucet et Morin se sont brouillés ; la publication dans Gil Blas sera sans illustration..

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Au moins deux de ces pantomimes sont publiées :

  • Dalila, à une date inconnue,
  • le Sermon, dans le numéro 11.

 

Jean Lorrain.

Doucet, grand ami de Jean Lorrain, republie plusieurs de ses contes, qui avaient déjà été publiés auparavant, notamment dans la Revue Illustrée. C’est le cas notamment de :

  • la princesse sous verre, dans le numéro 11,
  • la princesse Neigefleur, dans le numéro 13,
  • Madame Gorgibus, dans le numéro 18.

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Ces publications ne reprennent pas les illustrations d’origine ; les contes sont seulement illustrés par la première page, dédiée ; le conte étant repoussé à la seconde page. Pour Madame Gorgibus, l’illustration est de Georges Conrad ; pour la Princesse sous verre et la Princesse Neigefleur, elle est de Jules Fontanez.

Numéro 31 : spécial Doucet.

Dans ce numéro, Jérôme Doucet a beaucoup contribué… On trouve en effet :

  • Prenez garde ! par Simon de Pierrelée ;
  • Jardin de Paris, par S. Builder,
  • Duo du soir, par Montfrileux.

Il s’agit des trois pseudonymes utilisés par Doucet…

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Prenez garde ! est une lettre d’homme,  dans le genre des nouvelles sous forme de lettre, alors à la mode ; elle sera republiée dans la Revue Illustrée, en 1905, illustrée par Dutriac, quand Jérôme Doucet en reprendra la direction. Dans Gil Blas, la nouvelle est illustrée par G. Carré.

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Jardin de Paris, illustré par Florane (pseudonyme de Louis Blanchard, 1871-1939), est un publi-reportage, dans le ton des articles de ce genre, que Doucet insérait dans la Revue Illustrée.

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Duo du soir est une chanson inédite, paroles et musique signées de Montfrileux ; l’illustration n’est pas signée mais est certainement de Florane.

Autres insertions.

Dans le numéro 31, Doucet publie, sous la signature de Montfrileux, une nouvelle intitulée « Ce pauvre ami » ; avec une illustration de G. Carré.

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A une date inconnue, Doucet publie, sous la signature de S. de Pierrelée, une nouvelle initialement publiée en 1896 par la Revue du Siècle, « Sonate à quatre mains« , elle était alors signée du père de Jérôme Doucet, Théophile Doucet.

Lors de sa republication, Doucet procède à quelques changements nécessaires ; en effet, dans cette nouvelle, le héros se nomme… Simon de Pierrelée ! Doucet ne peut évidemment pas conserver ce nom et renomme le héros Charles Créol. Par contre il ne change rien aux autres circonstances ; l’action se déroule à Rouen et au château de Poinchy, résidence du comte de Poinchy… il se trouve que les cousins de Jérôme Doucet se nomment justement Baudesson de Poinchy de Richebourg – Théophile Doucet n’est pas allé très loin pour nommer ses personnages.

 

 

 

 

 

 

 

 

quelques exemplaires en veau blond glacé

Dans la hiérarchie des reliures, sujet toujours discuté, on trouve sur le podium les reliures en maroquin, le plus souvent rouge, quelquefois mosaïqué ; les vélins anciens sont également recherchés. Les chagrins et basanes ont moins de prestige ; sans parler des demi-reliures – les cartonnages constituant une catégorie à part. Hugues a publié un article de Xavier sur ce sujet, il y a quelques années.

En pratique, le maroquin domine largement le concours, aidé par la pratique courante au XIXe siècle, de faire re-relier les livres, le plus souvent en maroquin. Mais certains autres types de  reliure sont particulièrement plaisants, à mon avis du moins.

Voici quelques exemples  d’un de ces types : la reliure en veau blond glacé. On parle de veau glacé, quand le cuir est lissé, de façon à briller ; et on le qualifie de « blond » ou de « fauve » dans certains cas.

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Ces reliures sont semblables par la matière, la couleur, et la décoration : dans tous ces exemples les plats sont ornés d’un triple filet doré.

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Les dos sont différents, traduisant plus la date de leur réalisation, qui va de 1780 à 1835 environ.

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Certaines de ces reliures sont signées : REL. . BOZERIAN JEUNE, Koehler.

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Une troisième est signée R.P. Ginain.

François Bozérian, dit Bozérian le Jeune, est né en 1765 à Briord (Ain) ; il a été actif de 1801 à 1818 environ. François Koehler, élève de Thouvenin, commence son activité en 1834.  Ginain est actif entre 1821 et 1847.

Ces livres ont donc un point commun visible : leur reliure.

Les livres réunis ici sont les suivants :

  • Galatée, roman pastoral, imité de Cervantes, par M de Florian, quatrième édition, à Paris, de l’imprimerie de Didot l’aîné, 1785.

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la page de titre montre la marque typographique de François Ambroise Didot (1730-1804), dit Didot l’Aîné, fils (aîné, donc) de François Didot.

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Le livre se vend chez Didot l’Aîné, rue Pavée S. André et De Bure, quai des Augustins. Guillaume de Bure est le beau-frère de François-Ambroise.

  • Œuvres de Boileau Despreaux, à Paris, de l’imprimerie et de la fonderie de P. Didot l’aîné, 1815, trois tomes in-8°, relié par Bozérian Jeune.

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P Didot l’aîné, c’est Pierre Didot (1751, 1853), dont on voit la marque typographique, fils (aîné, donc) de François-Ambroise, qui s’est retiré des affaires en 1789 et a confié l’entreprise à ses deux fils Pierre et Firmin.

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Le livre fait partie de la Collection des meilleurs Ouvrages de la langue Françoise, dédiée aux amateurs de l’art typographique, ou d’éditions soignées et correctes, chez P. Didot l’aîné, ci-devant au Louvre, présentement rue du Pont de Lodi. Bonaparte avait accordé la Galerie du Louvre à Pierre Didot, qui y avait créé les fameuses Éditions du Louvre. Cet exemplaire est sur papier fin ; il existe d’autres qualités de papier pour ces éditions.

  • Les Provinciales, ou lettres de Louis de Montalte, par Blaise Pascal, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, imprimeur du Roi et de la Chambre des Pairs, 1816, deux tomes in-8°, reliure non signée.

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L’année suivante, la page de titre de cette collection affiche une mention supplémentaire, nouveau témoignage  de la faveur dont continuent à jouir les Didot.

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Cet exemplaire est sur papier vélin, de meilleure qualité. Il existe un troisième papier : le papier ordinaire. Ce livre était vendu 9 francs en papier ordinaire, 15 francs sur papier fin et 30 francs sur papier vélin.

  • Œuvres choisies de Quinault, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, chevalier de l’Ordre Royal de Saint-Michel, Imprimeur du Roi, 1822, deux tomes in-12, reliure signée par Koehler.

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La faveur de Pierre Didot ne se dément pas dans les années suivantes. Ce livre ne fait pas partie d’une Collection, contrairement à beaucoup de productions des Didot.

 

  • Relation des Campagnes de Rocroi et de Fribourg, par Henri de Bessé, sieur de la Chapelle-Milon. Paris, N.Delangle, éditeur,rue du Battoir, numéro XIX, 1826. Relié avec : Œuvres choisies de Sarrazin, même éditeur, même date. Un volume in-16, relié par Ginain.

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Ces deux livres font partie de la Collection des Petits Classiques François, dite aussi Collection de la Duchesse de Berry, à qui elle est dédicacée. Elle est imprimée à 500 exemplaires aux frais et par les soins de Charles Nodier et N. Delangle avec les caractères de Jules Didot Aîné.

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La page en regard porte la mention suivante : Imprimerie de Jules Didot Aîné, imprimeur du Roi, Rue du Pont-de-Lodi, n° 6.

Jules Didot (1794-1871) est le fils (aîné bien sûr) de Pierre Didot ; il est associé dès 1820 aux affaires paternelles, comme l’indique la page de titre du Siècle de Louis XIV, de Voltaire, édité en 1820 par Pierre Didot, l’Aîné, chevalier de l’ordre royal de Saint-Michel, imprimeur du Roi et de la Chambre des Pairs, et Jules Didot fils, chevalier de la légion d’honneur (Nb : cet exemplaire, relié en veau raciné et non pas en veau blond glacé, n’avait pas sa place ici) – Jules succède à son père en 1822 mais « conduit ses affaires de manière désordonnée et sombre dans la déraison en 1838 » (André Jammes). Cette branche de la dynastie Didot s’éteint avec Jules ; la relève passe par Firmin, le frère de Pierre, et ses descendants qui prendront le nom de Firmin-Didot.

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Des éditions Didot reliées en plein veau blond glacé sur cinquante années, que demander de plus ?