Les souhaits merveilleux, Marcel Jeanjean.

Ce nouveau recueil de contes pour enfants, publié par Jérôme Doucet en 1932, est à la fois très inhabituel, dans sa production, et également très comparable aux recueils qui l’ont précédés.

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Très inhabituel, par le choix de l’illustrateur : Marcel Jeanjean, né en 1893, mort en 1973, est beaucoup plus jeune que Doucet (28 ans les séparent) ; c’est la seule collaboration entre les deux hommes.

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Inhabituel également par le choix de l’éditeur : les éditions H. Piazza, fondées à la fin du XIXe siècle par Henri Piazza, décédé en 1929 ; c’est également la seule fois que Jérôme Doucet travaille avec cette maison d’édition, qui publie (entre autres) une gamme de livres de demi-luxe, privilégiant l’orientalisme.

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Par contre, les contes réunis sont bien dans la manière de Doucet : cinq histoires, décrivant les tribulations de cinq enfants : Pallada, Emerée, Guilliri, Cordolo, Burluru, en butte aux agissements de méchants, aidés par de petits lutins et fées ; les souhaits formulés déclenchent des catastrophes mais tout finit bien, en général par un mariage.

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Les cinq contes sont dédiés à

Madeleine et Marguerite,
Maurice, Félix et Paul,
qui sont cinq,  ainsi que les voyelles,
deux filles et trois garçons
comme dans ces contes ;
en témoignage
de l’affection reconnaissante que je porte
à leur père
le bâtonnier Édouard Dumolard

Édouard Dumolard (né en 1883, mort en 1961) est avocat, bâtonnier de l’ordre, au tribunal de Grenoble. Marié en 1912 avec Anne Marie Durand, à Bourg-en-Bresse, ils ont six enfants : Maurice, né en 1912, futur avocat à Grenoble, Félix, né en 1913, Marguerite, née en 1915, Magdeleine, née en 1917,  Paul, né en 1919, puis Noémie (qui est sans doute décédée avant 1932). En 1932 l’aîné de ces enfants a donc 20 ans – un peu âgé pour ces contes.

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Comme le nom des héros et héroïnes, ainsi que la dédicace, nous l’indiquent, ces contes sont placés sous le signe des cinq voyelles. Jérôme Doucet s’en explique dans un préambule assez inhabituel dans un livre pour enfants – ce préambule est donné en annexe.

 

Description.

Le livre est un petit in-8) de 20 cm sur 14 cm ; il comporte 176 pages numérotées, sur un beau papier. Marcel Jeanjean l’a illustré de trente-quatre (ou trente-cinq suivant la manière de compter ; une page comporte deux illustrations) aquarelles reproduites au pochoir. Ces illustrations sont toutes in-texte, de tailles très diverses – d’une petite vignette à quasiment une pleine page.

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Le livre est achevé d’imprimer le 20 aout 1932 sur les presses de Pierre Frazier à Paris ; il est édité par l’Édition d’Art H. Piazza, à Paris, 15 rue Bonaparte.

Le livre est relié sous cartonnage de l’éditeur, crème avec inscriptions dorées ; la tête est dorée.

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Un tirage de tête existe, tiré à cent exemplaires sur papier vergé pur fil de Rives, au même format ; ces exemplaires comportent deux suites complètes des illustrations, en noir et en couleurs. Ils sont en feuille, sous chemise cartonnée à rabats et lacets, reproduisant le décor du cartonnage du tirage courant. Les exemplaires de tête sont vendus 100 francs ; les exemplaires courants 50 francs.

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Publicité dans la Reliure

Jérôme Doucet a fait la publicité de son nouveau livre ; journaliste à la Reliure, l’organe professionnel des relieurs, il fait insérer, sur plusieurs mois, des petits billets tels que celui-ci, paru dans le numéro 446 (novembre 1932) :

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Un délicieux livre d’étrennes

Nous ne pouvons laisser passer, sans le signaler, le nouveau livre de M. Jérôme Doucet et ceci pour deux raisons :

D’abord parce qu’il est notre fidèle collaborateur, puis parce que vraiment c’est un très bel ouvrage à un prix parfaitement raisonnable. Il n’y a pas de plus délicat cadeau de Noël et du jour de l’an à faire à une jeune fille, un jeune garçon ; ce sera développer leur goût du livre, des lectures saines, de la bonne bibliophilie. Il s’agit des

Contes merveilleux

que vient d’éditer la librairie d’art Piazza, 19, rue Bonaparte, Paris (6°).

D’un format délicieux 14 X 20, imprimé sur beau papier vélin, illustré de ravissantes aquarelles de Marcel Jean-Jean reproduites en couleurs avec patrons, ce recueil de cinq contes est à la fois aussi agréable à feuilleter que délicat à lire.

Il se prête en outre à une reliure qui peut être de plein maroquin sur les exemplaires (au nombre de 100) tirés sur pur fil de Rives au prix de 100 francs, comme à une délicate demie-reliure pour les exemplaires sur vélin au prix, vraiment modeste, de 50 francs.

Les relieurs peuvent se l’offrir comme modèle de reliure… qu’on leur achètera.

 

A noter la confusion sur le titre… Doucet a certes publié un livre sous ce titre, de nombreuses années auparavant, chez Juven, ce qui a pu expliquer le lapsus.

 

Annexe : préambule, par Jérôme Doucet.

     Les voyelles… Oh ! rassurez-vous, chers lecteurs, je ne veux point vous imposer une leçon de grammaire, même en vous citant celle – immortelle – de l’Académie. Les voyelles, voulais-je dire, sont pour le langage ce que sont les notes dans la musique ; ce sont elles qui donnent aux mots leur sonorité personnelle, leur vie.
     La consonne, son nom l’indique et le bon Larousse nous le confirme, ne peut former une syllabe que si elle est accompagnée d’une voyelle, ne sonne qu’avec elle. Toute seule, la consonne est muette, sourde ; la voyelle parle pour les deux, mieux elle chante.
     Oui ! elle chante puisque c’est elle qui, au bout du vers, forme la rime que la consonne d’appui ne fait qu’enrichir.
     La voyelle c’est l’assonnance, cet embryon de rime que le bambin – l’homme naît avec l’instinct poétique – cherche à découvrir pour créer ses chansons enfantines, ses rondes puériles, les phrases de ses jeux.
     Cette hantise de l’assonnance, donc de la voyelle, est telle qu’il inventera des mots étranges plutôt que de s’en passer :

ams, tram, gram
Pic et pic et colégram

     Les voyelles ont donc une personnalité marquante, un pouvoir bien précis ; elles ne sont que cinq, elles suffisent pourtant, avec les vingt consonnes – quatre fois plus nombreuses – à former tous les mots, à les prononcer.
     Et voilà pourquoi il m’a paru amusant – pourvu, mon Dieu ! que je me sois pas trop leurré – d’écrire cinq histoires de façon à ce que chacune ait une des cinq voyelles, pourrais-je dire, comme harmonique.
     Au lieu de contes : bleu, vert, jaune, orangé, rouge, je vous les offre en a, en é, en i, en o, en u…
     Oh : le présent est bien menu !

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